SCÈNE II
ROBERT
Oui, Médor, pourquoi tout ce tapage ?... (a Adeline.) C’est ce que je ftii disais ; Pourquoi tout ce tapage ?... Il chasse le poisson que je pêche.
ADELINE, au chien.
Rentrez, Médor!
ROBERT
Merci, Madame ou Mademoiselle... Comptez sur ma reconnaissance.
ADELINE, froidement
Oh! cela n’en vaut pas la peine... (Elle se dirige vers le pont qu’elle traverse, et disparaît un instant à gauche.)
ROBERT
Pardon... et je vous prie d’agréer l’expression des sentiments distingués avec lesquels j’ai l’honneur d'être... votre
très-humble... (A part — regardant Adeline qui ne l’ccoule pas.) Elle est
charmante cette dame ou cette demoiselle .. car on ne peut pas savoir... Mais elle n’est pas liante... (S’installant pour pêcher.) Elle se dérobe à ma reconnaissance la canne à la main... Serait-ce la fée de ce fleuve? et celte canne serait-elle une baguette?... (Pendant ce temps, Adeline est arrivée de l'autre c6té de la rive» et 8’est assise sur le tertre.)
ADELINE, reparaissant.
Là... reposons-nous et reprenons la lecture de ce roman nouveau. (Eiieiu haut.) « La jeune Anna ne pouvant supporter » Èidée d’abandonner sa famille pour épouser un inconnu, » prit la détermination de n’ètre ni ingrate envers scs pa- » rents qui l’avaient élevée, ni malheureuse avec un époux » qui n’était pas l’objet de ses rêves de jeune fille. Alors elle » se rendit sur le bord de l’étang et, comme Opbélia, elle se » mira dans le calme des eaux, et bientôt... » (Jetant le livre.) Ah 1 se noyer pour cela... Ce roman est invraisemblable... Je n’en veux plus... Pêchons,c’est plus amusant. (Eiieprendsa ligne
et la jette dans ’eau-)
ROBERT
Tiens! elle va pêcher aussi?
ADELINE, chantant.
Sur l’onde perfide
ROBERT
Ah! mais non, permettez. Madame ou Mademoiselle... on ne peut pas savoir... On ne chante pas en pêchant, ça eflarouche le poisson.
ADELINE
C’est une erreur, Monsieur,... les poissons ne sont pas insensibles aux charmes de la mélodie.
BOBERT.
Vous m’avez trop généreusement débarrassé de votre chien,
E our que je vous donne un démenti... Cependant, si j’osais asarder mon opinion personnelle, je vous dirais que je crois que le poisson ne goûte pas Rossini... Rossini peut aimer le poisson, c’est possible... Mais la sympathie inverse ne m’est pas prouvée... Pour les sirènes, je ne dis pas.
ADELINE
Soit... si cela vous contrarie, je ne chanterai plus.
ROBERT
Je le regrette comme homme, mais comme pêcheur, je vous en remercie...
ADELINE, à pari.
11 est poli, au moins.
ROBERT, à part.
Elle est obéissante... c’est une qualité!... (Haut. Pause.) Mademoiselle... je vous parlais des sirènes, tout à l’heure, savezvous ce que c’étaient que les sirènes?
ADELINE
Monsieur, est-ce que vous ne craignez pas, môme en parlant, que le charme de votre voix... ne fasse fuir le...
ROBERT
Ah!... une méchanceté!...
ADELINE, tirant aa ligne.
Ah ! un poisson ! (Elle le détache.)
ROBERT, avec regret.
Le ciel n’est pas juste !... vous me décochez des sarcasmes... et vous attrapez une ablette !
ADELINE
Pardon... c’est un goujon!... tenez!...
ROBERT, avec mépria.
Oh!... un goujon de la plus petite espèce... CPaase.) Je vous demandais donc si vous connaissiez la biographie des sirènes dont parle la fable.
ADELINE
Non, Monsieur.
ROBERT
Eh bien, Madame ou Mademoiselle... car j’ignore toujours...
ADELINE
Vous avez l’air de savoir tant de choses que vous pouvez Lien ignorer celle-là.
c’est juste... je peux m’en passer, au besoin... Cependant, comme complément d’éducation, je désirerais la connaître.