SCENE
ADELINE, arrivant.
Installons-nous à sa place... Nous verrons bien... s’il était malheureux ou maladroit. (Elle s’assied et jette sa ligne.)
ROBERT
Je crois la place bonne... — Tiens, vous revoilà?
ADELINE
Sans doute.
ROBERT
Je vous croyais partie !
ADELINE
Vous n’avez probablement pas la prétention d’accaparer cette petite rivière pour vous tout seul?
ROBERT
Je connais le code du pêcheur... Je sais que tous les Français sont égaux devant la rivière... que l’eau coule pour tout le monde et que les poissons sont pour ceux qui les prennent.
ADELI.se, tirant sa ligne.
Alors, celui-là est pour moi ?
ROBERT
Quoi donc! un goujon?
ADELINE
Non, une ablette... Votre côté est le côté des ablettes.
ROBERT
Des ablettes... vous êtes bien bonne... Je n’y ai pris que des souliers...
ADELINE
Parce que vous ne savez pas pécher.
ROBERT
Ah! je ne sais pas pêcher! (A part.) Elle me froisse! (Haut.) Elle e.st bonne celle-là ! moi, élève de Brard et de Saint-Omer... non, c’est pour l’écriture... moi, élève de Krez et de Deyeux, ne pas savoir pêcher!... Mais si je voulais... j’en attraperais plus que vous, du poisson.
ADELINE
Mais, veuillez-le donc. Monsieur, je ne demande pas mieux et je n’en serai pas jalouse...
ROBERT
Oui, je vais le vouloir, mais pas sous vos yeux...
ADELINE
Vous craignez sans doute que je ne vous prenne votre recette?
ROBERT, bas.
Elle continue à me froisser. (Haut.) oui, Mademoiselle... et je
fU
LA MORT 1)0 PÈCHEOU.
me relire... je vais derrière ce pont... peut-être serais-je plus heureux. (Poiimem.) Comme liorame je regretterai mon vis-àvis, mais comme pécheur je ne regretterai rien.
Air : Tout le long de la rivière.
Loin de vous, je porte mes pas i
ADELINE
Monsieur, je ne vous retiens pas!
ROBERT
Au revoir donc, mademoiseiie '■
ADELINE
Je n'arrête pas voire zèie.
ROBERT, désignant la rivière.
Je veux, de ce peuple endormi,
Faire une Sainl-B.Trtiiéiemi 1...
ADELINE
Plus heureux qu'ici, vous serez, j’espère.
Tout le long, le long, le long do la rivière.
Allez tout le long de la rivière.
ENSt.MBl.E. ROBERT.
Je vais tout le long de la rivière.
(Robert «duc galamment et s'en va par le fond à droite, en passant sous le pont.)
SCKNI-: iV.
.ADELINE, so levant.
Là, le voilà parti... ce Monsieur que je ne connais pas... et que j’ai pris plaisir à taquiner... Et pourquoi? je vous le demande. Mon Dieu... parce que je suis tourmentée moimême... que j’ai mal dormi... qu’il me fallait, ce malin, une victime... et que je l’ai trouvée là, sous ma main, au bout de maligne... avec les au très... (Soupirant.) Ah! la pallé que j’affecte est bien loin de mon cœur! — « Adeline, m’a dit mon père, » hier au soir, lu auras 18 ans demain et demain j’aurai une » confidence à le faire... tu entreras dans mon appariement à » 7 heures, et si je ne me sens pas le courage de parler... » Eh bien ! j’écrirai. » — Que peul-il avoir à me dire?... je cherche en vain des distractions pour calmer mon impatience... l’heure n’arrive pas... et mon imagination travaille... Cette confidence, si c’était un mari? Ma foi... je dirais... j’aime mieux rester fille... demeurer avec vous, mon père, avec vous qui êtes si bon pour moi... mais non... mon père ne songe pas plus à me marier que je n’y songe moi-même... (Elle s’assied h gauche.) Bah !... chassoHS ces idées-là... et chantons,.. Le ficcheurà ligne.