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Tel est sur celte terre neuve Le cri qui descend chaque Oeuvc, Qui court sur les lacs, éclatant ; Dans les défaites croît plus ample ; Et que, pour éternel exemple, Le monde spectateur entend.
Les soldats encombrent les villes; Washington est un camp; j'ai vu Des noirs aux courbures servîtes Marquer un pas guerrier, pied nu; Mais que la guerre en gouffre creuse La patrie autrefois heureuse, Et que dans ce fond enflammé Elle attire de notre monde Les vaillants cœurs, — le feu qui gronde Chasse notre vers mal armé.
Dans un jardin la Maison-Blanche Rit au soleil, son seul gardien; La grille s'ouvre large et franche ; Enire, passant, et ne crains rien ; Point de sentinelle à la porte, Point d'arme qu'on présente ou porle Au grand élu sans appareil :
Le premier de ce vaste empire
Pour seule tlatterie aspire L'odeur des fleurs sous ce soleil.
Là, l'ancien batelier austère, Les traits mobiles, souriant Mais triste, entend frémir la terre, Sans peur, debout et confiant ; Car tout un peuple, qui se fie En son honneur, le fortifie Contre tout lâche abattement, Et, quoi que pour ce peuple il ose, Sa conscience se repose Dans la piété du serment.
Pendant l'épouvantable guerre Point de dictature, de loi De salut, servant la colère Et la peur plutôt que la foi.
Jaillissez, 6 vœux populaires.
Des places, des journaux, des chaires; La parole est libre en tout lieu.
Nord, Sud, Lincoln pour vous ne vise, Dans ce combat qui vous divise.
Qu'au droit immuable sous Dieu.
A toute hauteur il s'élève ; Nul devoir ne l'a surmonté,
El sa main obligée au glaive
Pour large étreinte a la bonté.
Plus grand qu'un empereur de Rome,
Il craindrait de tirer de l'homme
Un abject applaudissement ;
Mais lui-même a, sous sa charmille,
La meilleure cour, sa famille,
Domestique rayonnement.
L'œuvre terrible est faite; un monde qui commence A vu la guerre antique et la ruine immense; La terre a bu le sang sous le deuil des vainqueurs ; La (erre a soif encor, mais de paix. Haut les cœurs!
Loin, égorgements d'Assyrie, Loin ! Cette Amérique, pétrie Par révangile, a soif d'amour, Soif d'aider à la main divine Qui la pousse et qu'elle devine 0 président ! voici ton jour.
Que ton cœur s'ouvre et se répande Dans une œuvre plus chère et grande, Trente Élals à rendre à leur loi, Au travail, leur titre exemplaire, A leur mission ouvrant l'ère De l'avenir... Réjouis-toi.
Et quel avenir ! — Cent rivières Portant cent flottes ouvrières, Voile qui bat, onde qui bout.
Sont les grand'roules de ce monde Où la terre est dix fois féconde.
Où l'homme hyperbolise tout.
Depuis que cette terre est née, L'immense forêt, couronnée ^Par le nuage qu'elle boit, Entasse l'engrais sous son ombre Pour nourrir de moissons sans nombre Le genre humain lointain qui croît.
Déjà les pins et les érables, Noircis par le feu, misérables.
Ont vu des trombes de vapeur, Traînant du fer à voix vivante.
Frapper le désert d'épouvante Et le silence de stupeur.
Et dans les essartements vastes Déjà montent, enthousiastes, Les couleurs des champs aplanis, Ces hymnes que le soleil tire Du sol que l'homme fait sourirb' Par ses travaux du ciel bénis.
La maison de bois ' est le centre Du champ ébauché, l'arche où rentre Au soir Témigrant pauvre et seul:
Et les petits-fils de cet homme Seront fiers un jour que l'on nomme Un bourg du nom de leur aïeul.
Comme sous un souffle qui passe Le brouillard délivre l'espace, La forêt s'abat maintenant; Et, perçant les ombres premières, Un fourmillement de lumières Apparaît sur ce continent.
* I.f>g-liou«c ou l"£fcabin.
Des troncs tombés dans leur feuillage Un toit sort, du toit le \illage.
Et la ville étend ses îlots; Alentour s'élancent les routes, Puis les canaux, et sous les voûtes Des ponts la vapeur roule à flots.
Où s'arrêtera l'entreprise De ce peuple que favorise L'ordre éleiuel? A cet assaut Dieu jettera-t-il la parole Qu'il a dite à l'écume folle Des mers : Tu n'iras pas plus haut ?
En riiomnie travail et sagesse ; Effort en bas ; au ciel largesse ; Triomphe de nouveaux accords; Les puissances matérielles.
Courant en veines naturelles.
Servent l'âme du puissant corps.
Dans l'eau des torrents l'or chemine.
La montagne li\re la miue.
Le sillon l'engrais vierge encor.
L'huile dans les cavernes coule, Et cette terre est bien le moule Où prit sa forme tout trésor.
Les lacs, miroirs des sapinées, Sont des mers méditerranées Qui des syrtes verront sortir, Pour les pacifiques conquêtes Du luxe, des arts et des fêtes, Des \illes plus riches que Tyr.
La grande \allée est la coupe Qui pour bords a le double groupe Des monts de l'aube et du couchant.
Et dans cette coupe fertile Tout cours d'eau descend en reptile Au Meschacébé s'épanchant.
Les deux océans de ce globe Enveloppent, comme la robe Seule digne de la vêtir, Cette terre au blason d'étoiles, Qui sème en joyaux tant de voiles Qu'elle donne aux flots à sertir.
De ton jardin, de ta fenêtre, L'esprit ferme en Dieu, tu vois naître Tout cet avenir sous sa main ; Au-dessus de tous humble et calme, Tu vois ces gloires, hors la palme Qui va te barrer le chemin.
Contemple, élu d'un peuple libre, Dans ce magnifique équilibre Les forces du ciel et du sol, Les forces de l'homme et des choses, Des trésors souterrains, des roses.
Des esprits qui prennent leur vol.
Enfin l'ordre nouveau se fonde
Où l'activité surabonde,
Oil la justice tient sa cour.
A l'œuvre encor ! Que Dieu t'accorde
De travailler dans la concorde !
Vainqueur de paix, voici ton jour.
Non, sur l'escarpement sublime,
Comme Moïse sur la cime
Du mont qui voyait Jéricho,
Tu dois tomber; il faut qu'on meure
Quand le triomphe a sonné l'heure
Dont les siècles seront l'écho.
Et tu meurs, et ta tombe est sainte, Et le monde entier sert d'enceinte Au triomphe de ton convoi, Et ta mission accomplie Est déjà l'exemple qui lie L'homme au devoir; réjouis-toi.
Ta probité sera féconde ; Ton esprit vivra ; ta mort fonde Cet avenir que tu révais ; Le sénat de Rome te loue ; Washington pour frère t'2i,voue.
Meurs triomphant, revis en paix.
Éternelles vertus, vieux sages,
Sortis splendides dans les âges
Des hontes qui vous ont hués.
Ouvrez votre cercle de gloire;
Un grand homme entre dans l'histoire ;
Et vous, Nations, saluez.
Paris. — Imprimé pai E. Thunof et C", 20, nie Racine.
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