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qui renvoie Tassez faible lueur des « bougies » ' garnissant « deux llambeaux argentés" », lesquels sont disposés de chaque côté d"(( une pendule à sonnerie de Paris, annoncée sur le cadran Chevalier Dutertre^ dorée en or moidu sur une base de marbre gris » '\ Devant la cheminée est placée, dans cette nuit du 20 janvier % « une petite table a écrire couverte de maroquin vert », avec dessus du papier, des plumes, une écritoire et des livres, parmi lesquels, très probablement, un des volumes de ce bréviaire, acheté pour le Roi, sur sa demande, dès le début de sa captivité ', Contre la cloison, à gauche, est le lit
Temple au deuxième «'tage, le 19 janvier I79> ». (Archives natioualcs, F' 4-^91 1^" 4 ; publié dans la lies'ue i-c'ti-ospecti\'e, 1'' série, iSSy, p. 231 et suivantes) ; et inventaire des nieublesdu Temple, le 25 octobre 1792 (Archives nationales, V' 4^91; n"5).
^ Journal de Cléry (Beaucourt, t. I. p. 161).
-Inventaire du 25 octobre 1792 (Arch. nat., V' 4391).
•'* « Etat des difl'éi-ents meubles..., » [Revue rc'trospecti\'e, 1837, p. aSi).
* Lettre de Cléry à M™<= Yigéc-Le Brun, du 27 octobre 1796 (Beaucourt, t. I, p. 194)-
•' Procès-verbal du Conseil général de la Commune, du 18 novembre 1792 (Beaucourt, t. II, p. 127).
du Roi, qui est « celui qui servait au capitaine des gardes de Monsieur le comte d'Artois, grand-prieur de France ^ » ; c'est ce une couchette de quatre pieds, à quatre colonnes, peinte en blanc, garnie en damas vert, sa courtepointe garnie, de plus, de trois matelas en futaine blanche, d un sommier de crin, d'un fond sanglé, et d'un traversin, le tout en bon état... avec un petit couvre-pieds en satin blanc et piqué »'\ Dans le reste de la pièce sont disposés : « une commode en bois d'acajou, à dessus de marbre, et garnie de trois tiroirs où ne se trouvent que des livres classiques, d'histoire et des Me/ cures » ; « un secrétaire, placjué en bois de rose, garni de quatre tiroirs » ; « un paravent en drap fond vert de six feuilles, à hauteur d'appui » ; « une bergère, avec un coussin de damas vert, deux fauteuils de damas vert, une chaise
^ Journal de Cléry... (Beaucourt, t. I, p. 124)-
- « Êlat des différents meubles... » {Revue rétrospective,
1837, p. 2Jl).
i4 LA MOUT DU ROI
de canne, une chaise de paille, deux petits tabourets de paille » ' ; un miroir de 0,07 centimètres sur Zjo, entouré d\in cadre laqué (art et sujets de la Chine), devant lequel se rase le Roi ; sur un meuble, la petite lanterne en cuivre, à Faide de laquelle il s'éclaire après l'extinction des feux à dix heures "' ; aux- murs, deux baromètres dorés '.
C'est dans cette chambre que rentre le Roi, lorsqu'à onze heures, Cléry, son valet de chambre, « vient lui proposer de souper* ». « Le Roi hésita un moment ; mais, par réflexion, il accepta l'offre^ ». « Je le servis », raconte Cléry, sans dire où. « J'avais eu soin, pour ce souper, continue-t-il, de demander de la volaille panée, quelques petits pâtés, du gratin de bouilli qu'il aimait beaucoup, de la purée
^ <i Étal des différenls meubles... » Ihid.
^ Ces deux derniers objets appartiennent aujourd'hui à ^mes Lasne et Dubuisson, qui ont bien voulu me permettre de les reproduire ici.
3 « Etat des meubles... » [Revue rétrospective, 1837. P- 22 1).
* Relation d'Edge<,\orth (Bcaucourt, t. I, p. 322.)
^ Ihid.
DERMKUE SOIREE l5
de navets, en un mot toutes choses qui pouvaient se manger sans le secours du couteau ou de la fourchette [qu'on avait retirés au prisonnier, par crainte d'un suicide]. Le Roi mangea de bon appétit deux ailes de poulet, un peu de légumes, but deux verres d'eau et de vin, et [prit], pour dessert, un petit biscuit à la cuiller et un peu de vin de Malaga. ' »
Après avoir achevé ce repas, et obligé Edgeworth à se mettre à table, à son tour', le condamné retourne avec ce dernier dans l'oratoire, et y reste un instant » ', au bout duquel ils en ressortent, l'abbé quittant son pénitent, pour descendre dans la salle du Conseil, au rez-de-chaussée, demander aux commissaires de garde de la Commune « l'autorisation de dire la messe, le lendemain, dans l'appartement de Louis Capet » % et celle d'envoyer
^ Journal de Cléry (Boaucourt, i. I, p. i85-i86.)
- Relation d Edgeworth (Bcaucourt, t. I, p. i'i-i.)
■' Journal de Cléry [ïhid., t. I, p. 186.)
'* Note de l'abbé Edgeworth, du 20 janvier 1793. (Beaucourl, t. I, p. 294.)
chercher à la paroisse voisine de Saint-François-d'Assise * les objets nécessaires à la célébration de cette messe.
Ayant obtenu la double faveur qu'il souhaitait, Edgeworth est aussitôt « reconduit » " auprès du Hoi qui l'attendait dans sa chambre. 11 pouvait être alors onze heures et demie. « Tous deux repassèrent dans la tourelle, où ils restèrent jusqu'à minuit et demie ^ ». Une version des souvenirs de Firmont veut que le Roi soit, à ce moment, « tombé à genoux », pour remercier Dieu de « l'espoir qu'il avait d'entendre encore une fois la messe et de recevoir la communion. Puis il commença sa confession » \
« Quand elle fut achevée », raconte Edgeworth, (( le voyant fatigué, je lui proposai
^ Ancienne église des Capucins du Marais, rue du Perche, aujourd'hui église Sainl-Jean-Saint-François.
2 Relation d'Edgenorih. (Beaucourl, 1. 1, p. 3:45.)
3 Journal de Cléry. {Ihid., t. I, p. i86.)
•'* Relation d'Edgewovth, texte de Bertrand de Moleville. (Beaucourt, t. I, p. 325.)
de prendre un peu de repos. Il y consentit avec sa bonté ordinaire, et il m'engagea à en prendre aussi. Je passai par ses ordres dans la petite pièce qu'occupait Cléry. Cette pièce n'était séparée de la chambre du Roi que par une cloison, et tandis que j'étais livré aux pensées les plus accablantes, j'entendis ce prince donner tranquillement ses ordres pour le lendemain, et se coucher ensuite ))^ . « Alors, je déshabillai le Roi, confirme Cléry, et comme j'allais pour lui rouler les cheveux, il me dit : ce Ce n'est pas la peine ! » Puis, en le couchant, comme je fermais ses rideaux : « Cléry, vous m'éveillerez à cinq heures ! » D'après une relation très postérieure, il est vrai, le Roi aurait dit en se mettant au lit : « J'ai besoin de forces pour le voyage que j'ai à accomplir, je vais en chercher dans le repos' ». En fait, « à peine fut-il couché qu'un
^ lielatlun d\Edi,'eii'orlli. (Beaucourt, l. I, p. ii't-riô.) - Les Tuileries, le Temple, le Tribunal res'olutioii?i(tire et la Conciergerie, sous la tyrannie de la Convention, auquel on
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sommeil profond s'empara de ses sens » *, et que les tristes pensées de Cléry, qui « passa la nuit sur une chaise, ctans la chambre, priant Dieu de conserver à son maître sa force et son courage », durent être bientôt bercées au son du « ronflement continuel et des plus extraordinaires » '^ qui accompagnait d'habitude le sommeil du Roi.
Tout Louis XVI est dans cette admirable résignation chrétienne, dans ce tempérament parfaitement équilibré, aussi, dans cet étonnant manque de « nerfs », dans cette stupéfiante placidité, qui sont les secrets de son courage pendant cette dernière soirée et qui le soutiendront demain encore dans la matinée.
a joint le tableau du 21 janvier, pour servir de supplément au Journal de Cléry, par un ami du Trône. Paris, i8i4, in-8°, p. 145.
1 Journal de Cléry. [Ibid., p. 186.)
- Goret, Mon témoignage sur la détention de Louis XVI, dans Beaucourt, t. I, p. 213-216. — Yerdier. Tableau historique de la famille royale au Temple. {Ibid., p. 240.)
Au calme, à la résignation de la victime s'opposent violemment le trouble et l'agitation des « bourreaux ».
La Convention, qui a siégé, le 20 janvier, jusqu'à trois heures du matin ', a repris séance le même jour, de dix heures trois quarts à cinq heures trois quarts". Entre trois et quatre heures du matin, deux expéditions de ses décrets ont été envoyées au Conseil exécutif provisoire % qui, réuni à neuf heures, reste assemblé jusqu'à minuit % avec une seule interruption de six heures à neuf heures du soir. Le Comité de sûreté générale ^
^ Archives parlementaires, t. LVII, p. 468.
- Ibid., p. 5o5, 5i4.
•^ Compte rendu par le ministre de la Justice de la notification du jugement de Louis Capet à la Convention nationale, le 20 janvier 1793. (Beaucourt, t. II. p. 281.)
* Séance du Conseil exécutif provisoire, du 20 janvier. [Ibid., p. 266-271.)
* Ihid . , t. II, p. 290.