‹ La mort du roiChapitre 18 sur 39 · ANTOINE-JOSEPH SANTERRE · texte numérisé non relu

ANTOINE-JOSEPH SANTERRE

Cuiunian.laiil général île la garde nationale.

Il Toi-! sut))

Dcrisln et gravure de Frdnrois Bonnf.vm.i.k. i Musée Carnavalol.)

juste' ! » et confie l'expression de ses dernières volontés au municipal Jean-Baptiste Baudrais". Puiss'adressantà lui et à ses collègues, il leur recommande sa famille, ses anciens serviteurs de Versailles et Cléry^ Ce dernier se trouve derrière lui près de la cheminée et lui présente alors sa « redingote ». « Je n'en ai pas besoin, dit-il ; donnez-moi seulement mon chapeau »', ajoute-t-il, « arrivé en haut de l'escalier ))°. Cléry le lui remet; c'est « le vieux chapeau à cornes avec lequel il est sorti des Tuileries le lo août y)% mais auquel est « attachée une cocarde nationale toute neuve » '. La seule distraction du Roi est qu'il

^ Rapport de Jacques Pioux, du 21 janvier. [Ibid.) - La Révolution de 92, journal de la Convention, n" du 22 janvier.

* Journal de Cléry et Relation d'Edgeworth. (Bcaucourt, t. I, p. 192, 329-330.)

* Journal de Cléry. [Ihid., p. 192.)

* Relation d' Edgei^orth, version de Bertrand de iMoleville. [Ibid., p. 33o.)

^ Lettre de M. Chaumine à M. Prcval, Paris, 21 janvier 1793 (Grille, op. cit., t. III, p. 349-)

^ Le Magicien républicain, par Rony l'aine. (Beaucourt, t. I, p. 378.)

/,o LA MORT DU ROI

oublie de demander ses gants*. Puis, regardant Santerre : « Marchons!' » dit-il, ou : (( Allons, partons », suivant un autre récit, qui ajoute qu' « après avoir levé les yeux au ciel, il frappa du pied droit contre le plancher, en disant ces mots » ^

(( Le Roi sortant de sa prison pour n'y plus rentrer, raconte un contemporain, et accompagné de ceux qui le conduisaient au martyre, descendait l'escalier. 11 y rencontra [Jean- François] Mathey, qui, remplissant les fonctions de concierge [de la tour du Temple |, allait sans doute fermer la porte de l'endroit d'où sortait le Roi, qui le reconnut comme s'étant souvent présenté devant lui, pour demander s'il ne désirait rien. Un jour que le Roi était assis devant la cheminée, Mathey, sans plus d'égards, se plaça à côté de lui, en tendant la jambe et posant le pied sur l'un

i Lettre de M. Çhaumine à M. Préval, Paris, 21 janvier. (Grille, op. cit., t. III, p. 349.)

- Relation d'Edgen'ortk. (Beaucourt, l. I, p. 3io.) ■^ Procès des Bourbons . (Beaucourt, t. I, p. 386.)

des tisons. Ce maintien put ne pas plaire au Roi, qui alors dit à cet homme : « Mathey, j'ai « besoin d'être seul, laissez-moi! » Celui-ci parut choqué de ces paroles et se retira ; le Roi ne le vit plus reparaître. Mais, se rappelant sans doute sur Tescalier, à la rencontre de Mathey, la circonstance que je rapporte, et qui avait pu décider ce dernier à ne plus reparaître comme decoutume, le Roi s'arrêta, et, adressant la parole à Mathey, lui dit : « Mathey, est-ce que aous m'en voudriez ? « Pour moi, je ne vous en veux pas ! » Et lui prenant la main, pour se la porter à l'endroit où le cœur bat, il ajouta, avec l'accent de la bonté : « Tenez, portez plutôt là votre main ! '» Si l'épisode final de ce récit n'a pas été inspiré par le geste fameux de Louis XVI, au 20 juin, on peut dire que ce Mathey est, avant le bourreau, le dernier qui ait senti palpiter sous sa main le cœur du roi de France !

^ Goret, Mon téinuigiuii^e sur la détention de Louis XVI. (Beaucourt, t. I, p. 227.)

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