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CHAPITRE V LE CIMETIÈRE DE LA MADELEINE

« On lui mit la tête entre les jambes. » (Déposition d'un témoin de l'inhumation : Moniteur du 21 janvier i8i5.)

II avait été décidé, on l'a vu, que a le corps de Louis Gapet serait transféré au cimetière de la Madeleine » ^ c'est-à-dire « dans le lieu ordinaire destiné aux inhumations de la section dans l'étendue de laquelle devait avoir lieu l'exécution »'.

Le 20 janvier, le Conseil exécutif provisoire avait convoqué le sieur Dominique-Joseph Picavez, curé constitutionnel de Sainte-Madeleine, pour lui communiquer ses ordres à ce

^ Procès-verbal de la séance du Conseil exécutif provisoire, du 20 janvier 1793. (Bcaucourt, t. II, p. 267.)

2 Décret de la Convention, du 21 janvier, confirmant la décision du Conseil exécutif, de la veille. [Ibid., p. 3 11.)

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sujet, et régler avec lui les détails de la cérémonie. Celui-ci avait répondu que, étant nnalade « depuis près de trois semaines », il lui était bien difficile de se rendre à l'invitation du Conseil; que, « si cependant il s'agissait de rendre service à la chose publique et que ledit Conseil jugeât que les forces d'un convalescent fussent suffisantes pour ce service, il était prêta ramasser toutes les siennes pour les lui consacrer » '. Cette maladie était un prétexte, et si peu sérieux, qu'il semble bien que le citoyen-curé ait dû finalement comparaître devant le Conseil, qui lui fit « verbalement 2» ses recommandations.

Mais cette première obligation remplie, Picavez résolut de se soustraire à une autre : celle de présider en personne à l'inhumation du Roi. (( M. Picavez, déposa plus tard son premier vicaire, François-Silvain Renard,

^ Lettre de Picavez au Conseil exécutif provisoire, du 20 janvier 1793. (Arch. nat., AF II, 3, doss. 14, ii*^ 18.)

- Lettre de Leblanc, administrateur du département de Paris, du 21 janvier 1793. (Beaucourt, t. II, p. 3i3.)

M. Picavez, ne se sentant pas le courage nécessaire pour, remplir une fonction aussi pénible et aussi douloureuse, prétexta sa maladie et m'engagea, comme son premier vicaire, à la remplir et à veiller sous ma responsabilité à la stricte exécution des ordres intimés par le pouvoir exécutif. Ma réponse fut d'abord un refus positif fondé sur ce que personne n'avait peut-être aimé Louis XVI plus que moi. Mais, sur l'observation juste, que M. Picavez me fit, que ce double refus pourrait avoir des suites fâcheuses et incalculables pour nous deux, j'acceptai ))^

C'est avec le récit de ce Francois-Silvain Renard, et avec les procès-verbaux officiels, qu'il faut retracer la scène tragique, de « l'inhumation du tyran ».

Aussitôt l'exécution faite, et le corps chargé sur la charrette du bourreau, le convoi avait

^ DéposiLion de François-Sylvain Pienard, devant M. Charles- Henry Dambray, chancelier de France, le 22 mai 18 14- [Moniteur du 21 janvier i8i5.)

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pris le chemin du cimetière de la Madeleine, situé au bout de la rue d'Anjou, probablement par la rue des Champs-Elysées (Boissyd'Anglas), le faubourg Saint-Honoré, et la rue d'Anjou. L'escorte était faite par « un détachement de gendarmerie à pied »*.

D'après certains, le transfert se serait opéré au milieu de l'indifférence générale. « Entre autres discours du peuple dignes d'être recueillis, écrit Ghoudieu, dans le Républicain^ on a remarqué celui-ci. On l'a invité à ne pas dégrader sa majesté en troublant le cortège du mort qui se rendait à la Madeleine : « Qu'on le mène où Ton voudra ! Qu'est-ce « que cela nous fait? Nous avons toujours « voulu de lui ; il n'a jamais voulu de nous ! »-.

* Joseph Trémie, témoin oculaire pourtant, dit « cent dragons à cheval ». (Lettre de Joseph Trémie, du 21 janvier, dans Revue rétrospective, nouvelle série, 1892, p. 82.) Mais ce dire ne peut prévaloir contre le procès-verbal officiel d'inhumation, signé de Leblanc et Du Bois, administrateurs du département de Paris, Picavez, Renard et Damoreau. (Beaucourt, t. II, p. 3i6.)

2 Le Républicain, n° du 22 janvier 1793. Je crois cet article de Pierre-René Choudieu, membre de la Convention, car il

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