‹ La mort du roiChapitre 35 sur 39 · CHAPITRE VII RELIQUIAE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII RELIQUIAE

a Cléry, reconnaissez-vous ce cachet? i) (Paroles de Louis XVIII à Cléry, 21 janvier 1797, dans le Journal de Cléry.)

Quels vestiges, quels souvenirs matériels demeurent du drame que je viens de raconter ? Telle est la question que, je le sens, se sont déjà posée mes lecteurs. De ce drame, quelques spectateurs survivaient encore au temps où écrivait M. de Beaucliesne. Aujourd'hui, des témoins muets, les choses, peuvent seuls être interrogés. Mais l'aspect de ces choses n'estil pas capable de nous toucher, le sort qui leur a été fait de nous émouvoir ?

Le décor où se joua le premier acte de la tragédie a aujourd'hui malheureusement disparu. La tour du Temple a été démolie en

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1811, riiôtcl du Grand-Prieur en i853,' et il faut toujours regretter que le monument, qui devait être érigé là, ne Tait jamais été. Un saule planté dans le « square du Temple y) a longtemps indiqué seul au promeneur où fut la prison d'un Roi. Ce saule lui-même a péri ! Disparus aussi, dispersés les meubles de Tappartement du Uoi. Enfouis dans quel improbable garde-meuble?- partagés entre quels acheteurs? aux mains de quels possesseurs? On ne sait. Seul un hasard, comme celui qui s'est produit récemment pour le mobilier de la chambre de la Reine, au Temple % peut les ramener à la lumière, ces épaves. Je n'en ai

* Un décret du 16 mars 1808 en ordonna la démolition, qui fut achevée en 181 1. (Arch. nat., A F IV, 3oo.)

- Dans un rapport officiel du 26 thermidor an V, conservé aux Archives nationales (F'^ Sgo) et publié par F. Barbey, La mort de Pichegrii (Paris, 1909, in-8°, p. i45), il est dit qu'« après le départ de la fille Capet pour Vienne, les meubles qui garnissaient la maison du Temple furent transportés au garde-meuble national ». Les recherches, qu'a bien voulu ordonner pour moi M. Dumonthier, administrateur du mobilier national, sont malheureusement restées sans résultat.

^ Lenôtre, Vieilles maisons, vieux papiers, ^^ série, p- i45i58.

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retrouvé que deux, je Tai dit plus haut : le miroir devant lequel se rasait le Roi, qui appartient aujourd'hui à M"'^ Lasnc, belle-fdle d'Etienne Lasne, gardien de Louis XVll au Temple, à la bienveillance de laquelle je dois aussi, on s'en souvient, communication de la petite lanterne ayant servi à Louis XVI au Temple.

Je rappelle de même qu'on conserve à l'église Saint-Jean-Saint-François, rue du Perche, les ornements de la dernière messe de Louis XVI ; et la nappe de communion, qui servit alors au Roi, confiée par Cléry au municipal Lepître et apportée par ce dernier à Juvisy à M"'^ Clér}^^ est, aujourd'hui, à la suite d'événements dont je parlerai, la propriété de M^'^Ia comtesse de Reiset,

Dans le même ordre d'idées, on connaît le sort d'un des livres de piété du Roi : un paroissien de 1792, sur lequel est écrit de sa main : « Donné à notre fidèle Hue. Dans la Tour du

1 Lepitrc, QueUiues souvenirs... (Bcaucourl, t. I, p. '-^87.)

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Temple, 20 janvier 1793 ». Il a été retrouvé par M. de Maricourt au château de la Carrière (commune de la Bazoque, canton de Balleroy, arrondissemerit de Bayeux), appartenant alors à M™® de Ghoisy et aujourd'hui à M. le comte G. d'Astier d'Ussel'. La découverte de ce volume près de Bayeux s'expliquerait par le fait qu'il aurait été confié par le Roi à l'abbé Edgeworth pour être remis à Hue. L'on sait, en effet, qu'ayant quitté Paris au mois de mars, pour se cacher d'abord à Montigny, chez le comte de Rochechouart, puis à Fontainebleau, Edgeworth se réfugia à Bayeux, où il demeura dix-huit mois avant de passer en Angleterre. — Quant au bréviaire du Roi, donné à Gléry, celui-ci déclara au municipal Goret qu'il était dans l'intention de l'offrir au Pape-. Je ne sais, pas plus que Goret, si ce projet fut réalisé.

^ SoiU'enirs du haron //«e (1789-1815), publiés par le baron de Maricourt. Paris, s. d., in-8°, p. lo/j.

- Goret, Mon témui^nage sur la détention de Louis AVI. (Beaucourt, t. I, p. a'i^.)

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On se souvient du cachet, de Falliance et des cheveux remis à Cléry par le Roi le matin du 21 janvier. Lors de sa comparution, le soir du même jour, devant le Conseil du Temple, on avait laissé ces objets entre les mains du dernier confident du Roi. Mais à sa sortie de la Tour, le i^'' mars 1793, les commissaires exigèrent qu'il les restituât; ils les placèrent sous scellés et les déposèrent dans la salle de garde au rez-de-chaussée. C'est là que Toulan les vit ; il en parla à la Reine et, sur sa demande, s'en empara au péril de sa vie, pour les lui remettre. La Reine les conserva jusqu'au mois d avril, puis, dans l'incertitude où elle était de l'avenir, elle songea à placer ces reliques hors des atteintes de ses persécuteurs, et par l'entremise de Toulan chargea M. de Jarjayes de les faire parvenir : l'anneau de mariaee au comte d'Artois, le cachet au comte de Provence, La commission fut faite, et le cachet au moins était certainenient aux mains de son destinataire le 21 janvier 1797,

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lorsque Gléry vint à Blankenbourg faire hommage à Louis XVIII du manuscrit de son Journal. Arrivé dans sa lecture au passage où il est question du dépôt fait entre les mains de Gléry, le Roi se leva, et après avoir cherché dans son secrétaire : « Cléry, dit-il, reconnaissez-vous ce cachet?' ». Cachet et alliance doivent être aujourd'hui entre les mains des héritiers du comte de Ghambord, les divers membres de la famille des Bourbon de Parme. G'est par Gléry encore que nous ont été conservées de plus tristes dépouilles : quelques-uns des derniers effets portés par le Roi. Lorsque, le 21 janvier, on mit les scellés sur l'appartement de Louis XVI : « Je pris, raconte

^ Paul Gaulot, Un épisode de la capth'ilé du Temple. Vanneau et le cachet de Louis XVI. [Be^'ue des questions historiques, t. XLV, p. 219-233.) Je sais qu'un auteur contemporain, Ad. Lannc, a nie toute cette histoire du cachet dans un travail, fort intéressant d'ailleurs, intitulé Une officine royale de falsification : le cachet de Louis XVI ; le récit d'une sœur, Paris, s. d., in-i6. Mais comme son principal argument est fondé sur une phrase du Mémoire de Madame Royale, édition do 1825, laquelle ne se retrouve pas dans le manuscrit autographe publié, en 1892, chez Pion, à Paris, j'ai quelques doutes sur la thèse qu'il soutient.

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Cléry, quelque linge sale sous prétexte de le faire blanchir, et j'y glissai le linge quitté par le Roi le matin, ainsi que celui de la veille et quelques autres effets. C'est ainsi que j'ai pu faire sortir du Temple des objets que je conserve précieusement. Deux jours après. Madame Elisabeth me fit demander si je possédais des vêtements qui eussent appartenu au Roi ; je lui en fis tenir la note ; elle me fit dire de les faire sortir du Temple et de les mettre en lieu sûr pour les conserver. Ce fut le municipal Toulan qui se chargea de les porter chez moi à la campagne, à quatre lieues de Paris'. »

Ainsi entrés dans la famille de Cléry, ces objets y sont restés longtemps ; mais depuis i8t52, ils ont commencé à être dispersés.

L'une des trois chemises de Louis XVI, que

1 Cléry, Journal de ce qui s'est passé à la tour du Temple... première édition publiée par la famille... précédée d'une introduction par H. de Piiancey, augmentée de la suite du Journal, de notes inédites laissées par Cléry el de la vie de l'auteur. Paris, 1861, in-80, p. 179, 181.

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Ton connaît, — et qui, grâce à une étiquette vraisemblablement de la main de Gléry, paraît bien être celle que Louis XVI quitta le matin du '21 janvier, — appartenait à M™^ Giovanelli, petite-fille de Cléry, lorsqu'en 1882 elle est devenue la propriété de M. Philippe Gille*. Elle est aujourd'hui celle de M""" Philippe Gille. En 1896, M"" Le Besnier, née Louise-Thérèse-Françoise de Gaillard, autre petite-fdle de Cléry, étant morte, la part de u reliques » decette dame a été vendue, le 10 mars,àrhôtel des ventes de Rouen, C'est alors que la nappe de communion, dont je parlais tout à l'heure, fut acquise par M. le comte de Reiset et est aujourd'hui à M"'' la comtesse de Reiset ; une autre chemise de Louis XVI échut à un acheteur qui ne s'est pas fait connaître ; un serre-tête du Roi, à M. Greuzé de Lesser-.

1 R. Chantolaiizc, Les derniers chapitres de mon Louis XVII, Paris, 1887, in-8°, p. 54-56.

- Les reliques de la famille royale et les descendants de Cléry, par P. Le Verdier. {Revue des questions historiques, t. LX, 1896, p. 264-280.) M. Creuzé de Lesser a bien voulu

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