PRE
Ces deux termes ne désignent pas un principe : ils onstatent et expriment un fait : le fait brutal que les
individus variant en un sens survivent plutôt que ceux qui varient en un autre sens, ou ne varient pas.
Aussi la sélection naturelle n'est-elle pas invariablement un facteur de progrès : des formes vivantes peu-
vent devenir plus aptes à survivre non seulement par
une variation qui est un perfectionnement, mais aussi
par une autre qui est une dégradation. La plupatt w
des animaux parasites, dégradés anatomiquement, physiologiquement, et — si l’on ose dire — moralement, descendent d'êtres plus élevés. Mais les individus qui, par variation, ont été adaptés au parasitisme, ont, par là, acquis des chances plus grandes de survivre, et ils ont fait souche.
En résumé, la sélection naturelle, c’est l'élimination, plus rapide par les forces de la nature, par les ennemis, etc., des formes moins bien adaptées aux circonstances de la vie, avec survivance au contraire des formes mieux adaptées, plus aptes.
La récente introduction du principe de la mutation ou de la variation brusque, par H. de Vries, n’a aucun contre-coup sur la sélection naturelle, cat celle-ci doit se présenter aussi bien pour les formes à grande mutation que pour les formes à petite variation. Tout ce qui n'est pas adapté aux conditions du milieu doit périr plus vite que ce qui est adapté, n’étant pas aussi bien
équipé pour la lutte pour l'existence.
Mais y a-t-il réellement une mortalité sélective : les survivants différent-ils réellement des éliminés ? La question se pose pour les groupes et pour les individus.
Darwin, dans l'Origine des Espèces, écrivait que selon toute probabilité dans aucun cas il ne nous est possible
+ 1 Er : AVES
En
de dire exactement pourquoi une espèce l’a emporté sur l’autre dans la lutte pour l'existence. Et pourtant, le nombre des espèces qui ont disparu est énorme. Et :1 faut bien admettre, car la raison
pourtant encore, t -— comme espèce ou race =
l'exige, que ce qui survi est ce qui devait survivre, parce que le plus fort,leplus apte plutôt. La probabilité est considérable. Mais les preuves ? Qu’avons-nous comme preuves ? 1 Il faut le reconnaître : pas grand’chose. Mais il faut at
reconnaître aussi qu’on n'a pas beaucoup cherché et … (
qu'il est difficile de se livrer aux investigations néces | saires. Weismann a même déclaré que cela est impos- Fi … sible : nous ne sommes pas, dit-il, en état de déclarer laquelle de deux formes est la plus apte. no Peut-être Weismann va-t-il trop loin. a …. Nous ne pouvons pas, 4 priori, décider, de deux varia- … tions, quelle est celle qui confére le plus grand avantage. … C’est vrai. Mais nous pouvons expérimenter. C’est là une … idée toute récente : et voilà pourquoi nous disposons Re … encore de si peu de faits. Mais on s’y met et avec succes. | n L'expérimentation consiste. à Voir, ‘par exemple, 1e … degré de protection que conférent deux couleurs diffé- À rentes à un même insecte.
Ï1 est bien certain que des variations de couleurs se à . et il est évident que si l’on a la + preuve que les individus possédant une certaine couleur » survivent davantage dans le milieu où ils vivent, ils … ont plus de chances de se multiplier et de faire souche, et il ressort que leur variation les rend plus aptes, et
L qu’il y a sélection naturelle,
“ produisent souvent
eu Ainsi, dans un travail publié dans Biometrika, di
Cesnola a fait connaître le résultat de ses expériences sur la Mante religieuse. Il y a en Italie deux formes de cet insecte : l’une colorée en vert, l’autre en brun.
Or, la verte vit toujours sur l’herbe verte ; la brune, sur de l’herbe desséchée et brunié par le soleil : deux formes distinctes vivant dans deux milieux différents. M. di Cesnola recueillit 45 mantes vertes et 65 brunes et les attacha par un fil à des plantes séparées ainsi qu’il suit. :
20 vertes à des plantes vertes ;
25 vertes à des plantes désséchées ;
20 brunes à des plantes brunes ;
45 brunes à des plantes vertes.
Ceci, pour placer des individus de chaque forme, les uns dans leur milieu habituel, les autres, dans un milieu différent. Car le milieu joue un rôle très important. Un changement de milieu peut avoir les mêmes conséquences qu’une variation.
Or, qu’arriva-t-il ? Ceci, qu’en onze jours les individus verts sur herbe brune avaient tous été tués par des oiseaux. Des 45 bruns sur herbe verte, il resta ro individus au bout de r$ jours.
Par contre, tous les bruns sur l’herbe brune survécurent, et aussi tous les verts sur l’herbe verte.
Autrement dit, les deux formes sont adaptées à leur milieu. Mais il est évident que si dans une contrée verdoyante, une race brune se formait, par variation ou mutation, elle serait vite exterminée — par les oiseaux en l’espèce. Elle n’aurait même pas le temps de se cons-
tituer. La sélection est certaine. Il y a élimination
— mortalité sélective — des individus non adaptés au milieu, vivant dans un milieu pour lesquels ils ne sont
LÉ
pas faits. Cela vaut mieux, comme argument, que toutes lés probabilités a priori.
} Dans le cas qui précède, le pourquoi de la sélection … est évident. Les Mantes vertes sur fond vert, et les Mantes brunes sur fond brun sont moins visibles : …. léurs ennemis les distinguent et atteignent moins aisément. La coloration est protectrice évidemment : elles est au contraire dangereuse dès qu’il y a désaccord entre la couleur de l’insecte et celle du milieu : le caractère qui donne l’avantage saute aux yeux. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Et il faut se dire que bien … souvent la variation qui confère un avantage n’est pas … visible. C’est ce qui fait qu’on à si peu de données …. Certaines sur le fait de la sélection.
Comme exemple de variation pour ainsi dire invi- … Sible, et dont l'avantage reste inconnu, on peut citer le suivant, emprunté au discours prononcé par Weldon, à la section de zoologie de la British Association en 1808 (voir Mature du 22 sept. 1898).
Depuis que l’on à construit à Plymouth un brise-lames, les conditions de la baie ont considérablement changé. L’eau y entre et en sort moins librement, par deux ouvertures seulement.
… Une des conséquences de la construction de cet ou- … vrage est que les ruisseaux de la contrée apportant beaucoup de sédiments argileux dans la baie, ce sédi- : ment, au lieu d’être entraîné au loin, se dépose dans celle- … ci. Comme en outre la population a augmenté, les égouts à sont plus chargés, et, en somme, la baie reçoit beaucoup j de déchets de toutes sortes. L’effet de ce double changement a été de faire fuir beaucoup d’animaux qui se sont
réfugiés au dehors, au delà du brise-lames, où qui ont disparu, tués par les circonstances adverses qui leur étaient offertes.
Weldon a voulu voir s’il a pu y avoir, dans ce cas, une élimination sélective, et il a, à cet effet, imaginé une expérience consistant à faire vivre les crabes communs dans de l’eau contenant du sédiment argileux en suspension. Grâce à une disposition automatique les sédiments étaient tenus en suspension dans l’eau de façon permanente.
Plusieurs lots de crabes furent contraints à vivre dans ces conditions, et il en mourut un bon nombre. Par exemple, sur un lot de 248 crabes mâles, il en succomba 154. Mortalité certaine : il n’y a pas à en douter.
Mais était-ce une mortalité sélective ; y avait-il là une élimination des moins aptes, et les moins aptes ou plus aptes étaient-ils reconnaissables à un caractère anatomique ?
Sans aucun doute. Weldon eut le soin de mesurer attentivement aussi bien les victimes que les survivants. Et il constata que les survivants présentent une largeur frontale inférieure à celle des victimes.
La largeur frontale est un facteur qui varie chez les crabes. Il y a une largeur qui est plus habituelle ; il en est d’autres, inférieures et supérieures, qui sont plus rares : d'autant plus rares qu’elles sont plus extrêmes. C’est là un phénomène à peu près constant, pour tout
organe, pour tout membre, pour tout caractère anato-
mique : l'expression de la variabilité normale. Or l’expérience de Weldon fait voir que les individus présentant une variation donnée, la moindre largeur
frontale, survivent en plus grand nombre. C’est donc«
qu'ils sont mieux adaptés au milieu nouveau qui leur est imposé : c’est donc qu'il y a sélection : il a élimination h de sujets moins adaptés, et survivance de sujets mieux adaptés.
L. Bien évidemment, ce n’est pas simplement la diffé- \ rence existant dans la largeur frontale qui agit en soi, … La survivance des crabes à front étroit est due à quelque » caractère physiologique inaperçu encore, qui est en corrélation avec une largeur frontale moindre, qui est exprimé, en particulier, par ce trait.
…. Mais il est tout à fait légitime de conclure que si l’on … prolongeait l'expérience ou plutôt si elle se faisait en “crand, on constaterait la disparition graduelle du crabe “à front large, la population ne consistant bientôt qu’en ï crabes à front étroit.
| On verrait se faire une sélection par laquelle un type disparaîtrait pour ne laisser subsister que l’autre : exactement ce qu'a dit Darwin.
à C’est du reste ce qui semble avoir lieu à Plymouth :
“Weldon a mesuré des crabes en 18093, 1805 et 1808, et
il a constaté que le nombre des crabes à front étroit “s'accroît sans cesse, Sans doute, ils arrivent seuls à se reproduire et les autres périssent avant d’avoir pu se 1 | ess Il se fait une sélection ; c’est-à-dire une éli- D des formes non appropriées, On ne sait pas
en quoi consiste leur non-adaptation : mais elle existe . évidemment.
Encore une fois, la sélection ne crée pas de types “nouveaux : mais entre les variations que présente toute “espèce, il en est qu’elle favorise, et il en est qu’elle décourage. On plutôt les individus variant en tel sens Sont favorisés, c’est-à-dire mieux adaptés au milieu ;
re
ES
RÉLESS
ceux qui varient en tel autre sont « handicapés » au contraire, et moins adaptés. Les premiers survivent, les autres disparaissent : par la sélection il y a prépondérance qui peut devenir exclusive, absolue, d’un type sur un autre.
On conçoit, par ce qui précède, quelle est l’importance du milieu. On conçoit très bien, par exemple, que, dans un milieu donné où une espèce ou variété vivait avec peine, cette même espèce ou variété peut tout à coup vivre très aisément, par le fait qu’une légère altération s’est produite chez elle, qui lui est favorable.
Et inversement on conçoit qu’un milieu puisse changer beaucoup par le fait des forces naturelles, et que l'espèce ou variété disparaisse totalement. Cela veut dire qu’elle n’était pas adaptée aux nouvelles conditions, et que sa variabilité n’a pas pu fournir des individus
présentant l'adaptation requise, individus qui auraient
été la souche d’une forme nouvelle.
C’est sans doute parce que beaucoup d’espèces ont u
été surprises par des conditions nouvelles auxquelles elles n’ont pu s’adapter (par une de ces révolutions
que l’on à tant reprochées à Cuvier, et qui reviennent 4 en honneur), que les couches géologiques servent de 1 tombeau à tant de formes animales et végétales. Car une variation de milieu peut être défavorable, comme elle peut être favorable aux variations existantes, aux 1
races ou variétés qui aspirent à se constituer.
Un cas intéressant se rapportant au rôle que-joue law sélection dans la mortalité a été fourni par M. G. Bumpusu dans un travail présenté par lui à l'American Morpho-
a RS ES se