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logical Society. Bumpus s’est livré à une étude attentive des cadavres d’un certain nombre de moineaux, de 136 moineaux qui, pendant une tempête, furent blessés ou tués. Ce naturaliste a pensé qu’en comparant ces moineaux, — qui sont tous ceux qu’il a pu se procurer dans son rayon d’action, mais ne forment qu’une petite proportion du chiffre total des bestioles détruites ou estropiées par la tempête en question, — à un certain nom- . bre de moineaux restés indemnes, il pourrait découvrir quelque différence entre les deux groupes qui expliquerait dans une certaine mesure comment les uns ont souf- . fert, et les autres sont restés indemnes.
Les observations de Bumpus lui ont montré qu'entre ces deux catégories, il y a des difiérences non seulement appréciables et mesurables, mais frappantes. Les oiseaux qui ont succombé se distinguent par le fait qu'ils étaient plus longs, plus lourds, avaient la tête plus courte, les membres inférieurs plus courts, le crâne moins large, le sternum plus réduit. Il y a donc, entre les moineaux qui ont péri et ceux qui ont survécu, des * différences anatomiques générales, prononcées. Un autre fait se laisse apercevoir aussi : c’est que les individus les plus variables, c’est-à-dire ceux qui s’écartent le plus » de la moyenne, se trouvent parmi les moineaux les moins favorisés, parmi ceux qui ont succombé. De tous les | moineaux examinés par Bumpus, le plus long et le plus Court se rencontrent parmi ceux qui ont succombé. De même, c’est parmi ces derniers que se trouvent le moineau qui a la plus petite, et celui qui a la plus grande envergure. L'oiseau le plus lourd se trouve encore … parmi les victimes ; celui qui avait la tête la plus longue et celui qui avait la plus courte ont péri aussi ; et on
trouve encore parmi les victimes les moïneaux qui possédaient, respectivement, l’humérus le plus court, le fémur le plus long, le crâne le plus court, le crâne le plus long, le brechet le plus court. Il semble donc que la mort a exercé ses ravages surtout parmi les moineaux les plus aberrants, les moins conformes au type moyen. Bumpus tire de son étude Îa conclusion que les moineaux qui ont péri étaient prédestinés à succomber par le fait de leur organisation physique ; ils ont été éliminés, parce que moins aptes, moins bien doués.
Le fait est intéressant et l’observation de Bumpus pourrait être profitablement répétée. Sa conclusion | n’est pas encourageante, toutefois, à l'égard de la variabilité : mais elle montre combien il est difficile à une variation qui n’est pas avantageuse de s’établir. Sansu doute les organismes sont ce qu’ils doivent être, pouru les conditions où ils se trouvent ; et s’ils s’écartent d’un certain type moyen, ils sont moins en état de résister” aux causes de destruction habituelles.
On aperçoit ici un exemple de ce qui doit se passerl partout où une espèce est en harmonie avec son milieu. Etre en harmonie, c’est présenter l’adaptation requise ; c’est posséder la structure et la physiologie qui conviennent exactement. S’il n’y a plus harmonie, chez un certain nombre d'individus qui varient en plus ou en: moins, en ce qui concerne un certain caractère, la sé lection intervient, et élimine ces individus. Ce n’est pas, en réalité, parce di 118 présentent ce caractère, du. reste, et c’est parce qu'avec celui-ci vont d’autres modi= Éttions d'ordre caché, d’ordre physiologique, sans!
ï LA PRÉDESTINATION À LA MORT 159
L doute, qui mettent ceux qui les présentent en état … d’infériorité.
S1 le milieu reste tout à fait stable, et si l’espèce est . bien adaptée, la sélection doit avoir pour effet d’éliminer
tous les individus présentant trop de variabilité, et par
. conséquent de maintenir le type.
… Elle favorise ceux qui varient quand ils varient de » façon favorable, au point de vue du milieu, et par là … elle. favorise, dans un milieu changeant ou nouveau, » l'apparition de types nouveaux : mais dans un milieu \ Stable auquel le type est bien adapté, elle favorise au contraire ceux qui restent conformes à ce dernier, et … élimine ceux qui s’en écartent, parce que ces derniers, : … forcément, sont moins bien adaptés. Elle élimine tou- ….jours, mais selon le cas c’est sur les orthodoxes ou sur … les hérétiques que s’abattent ses coups. Sur les ortho- … doxes quand les conditions changent ; sur les hérétiques . quand le milieu reste le même, … Sa politique est très évidente : et le but en est invariable : l’accord entre l’être et son milieu.
Il est bien entendu toutefois qu’elle ne s'oppose … point à une certaine hérésie, du moment où celle-ci . n’est pas grave : la sélection n’extermine point les indi- … vidus dont la variation est indifférente et ne diminue pas leur résistance naturelle, leur degré d’adaptation. …. Mais bien évidemment, le fait qu’une espèce, ou variété, dure depuis longtemps montre que celle-ci est bien adaptée, et que le milieu n’a point varié dans ses ” éléments essentiels. Le fait qu’elle ne se trouve pas dans un milieu, bien qu’il paraisse approprié, indique h que l’adaptation n’existe pas. Et pourtant, entre deux espèces du même genre, la différence apparente est
souvent minime : toutefois on voit l’une avoir un habitat et l’autre un autre, et si l’on peut, souvent, recontrer les deux espèces côte à côte dans une même région, il est visible que l'habitat de l’une se poursuit fort loin dans un sens, par rapport à l’habitat commun, et celui de l’autre, fort loin dans un autre sens. Pourquoi l’habitat ne coïncide-t-il pas exactement pour les deux espèces ? On ne sait. Mais à coup sûr il existe, en cofrélation avec les petites différences de structure extérieures, des différences physiologiques qui font que l’une supporte un milieu que l’autre ne supporte pas.
Un cas fort intéressant de sélection naturelle a été fourni par un naturaliste américain, M. H. E. Crampton (Biometrika 1904, t. I, p. 113). Celui-ci, opérant sur la chrysalide d’un phalène, le Philosomia cynthia, a constaté que 16. 6 °/, seulement des chrysalides fournissaient des adultes parfaits : donc, grosse élimination. I1 fallut d’abord se rendre compte du moment où se fait celle-ci, et on découvrit que dans une partie des cas, la mort survenait déjà chez la chrysalide, alors que dans d’autres elle survenait durant l’élaboration de l’insecte adulte dans son cocon.
Crampton compara alors les survivants et les victimes, aux deux périodes, et il constata que les survivants étaient plus longs, plus étroits et plus profonds de thorax que les victimes. Leur type était différent à plusieurs égards de celui des sacrifiés. On ne peut évidemment échapper à la conclusion que le type des survivants est ce qui les a fait survivre, et que le type des éliminés est la cause de leur élimination,
“de la chercher on en constaterait plus souvent l'existence “et l'importance. Mais ce n’est que d’hier, pour ainsi “dire, que l'étude de la sélection est entrée dans la voie “expérimentale. Puisse-t-elle y marcher à grands pas. … Mais si la sélection existe, elle doit former des types nouveaux ? Sans doute. En voici un exemple.
… Jusque vers 1835 on ne connaissait qu’un seul type du phalène nommé Amphidasys betularia. Vers 1850. “on reconnut un type nouveau : tout noir au lieu du Mhointillé noir sur fond blanc, classique. On en fit la variété doubledayaria, observée pour la première fois “en Angleterre. En 1865, on constatait à Manchester que la forme nouvelle prédominait et qu’elle s’étendait ÆEn 1870, elle était aussi nombreuse que la forme typique : il arriva même en certaines régions, que la nouvelle “supplantait entièrement l’ancienne. Plus récemment le “type noir a fait son apparition en Belgique, puis en Allemagne où il se trouve jusqu’en Silésie et à Dresde. » Voici donc une variété, née naturellement, sponta- “nément, par une variation qui n’a rien d’extraordinaire, qui se présente souvent chez les animaux, variété qui,
peu à peu, s’est étendue, et cela aux dépens du type
Le simple fait que la forme nouvelle gagne du terrain “et que l’ancienne en perd indique clairement que la première est mieux adaptée que la seconde, et que la
» La variation est très répandue : c’est certain, Car
N. 2 EAN Re L À RE “c’est grâce à la variation, aidée de la sélection artificielle Eu
Varigny. 11
4 MORT ET LA BIOLOGIE in
ue Thomme a JA des frite et légumes He “ ses! animaux domestiques. C’est grâce à elle qu'il fabrique actuellement une race de brebis ayant quatre et six. marnelles au lieu de deux, et une autre ayant la spé- | cialité de donner deux et trois jeunes par portée au lieu d’unseul. A Mais la sélection naturelle n’est pas moins certaine Il est plus difficile toutefois de l’apercevoir : des expériénces prolongées et méticuleuses sont nécessaire pour la mettre en évidence. Ce n’est du reste que du. côté des animaux et des plantes qu’il les faut chercher : notre système actuel, si favorable aux mal venus, aux malades, aux chétifs, n’est pas de nature à faire apparaître 1 effets de la sélection sur le bipède humain Même la sélection se ferait plutôt à rebours, du fait. des guerres et de la philanthropie. On constate chez la plante le même fait que chez l'animal : d’après J. Harris (1912) les haricots atypiques meurent dans la proportion de 6.78 0/6, au lieu que les normaux Ps | 1 rissent dans celle de 4. 49 0/0.