‹ La mort et la mort subiteChapitre 11 sur 139 · CIRCULATION · texte numérisé non relu

CIRCULATION

certain que nous tous, nous sommes contraints de refaire un apprentissage del’auscultalion lorsque nous avons interrompu l’exercice de notre profession pendant quelque temps, quand nous revenons de vacances, par exemple. C’est une question d’entraînement journalier; je suis sûr que chacun de nous n’a pas un nerf auditif aussi délicat, aussi susceptible que tel professeur de clinique de Paris. Il faut se défier de ces expériences qui peuvent être des preuves de laboratoire ou d’hôpital et qui ne sont pas toujours applicables dans la pratique courante. D’ailleurs, il y a là une pétition de principes; nous savons que des individus dont le coeur ne battait plus ont pu survivre (exemple : les deux pendus de Boston et de Buda-Pesth). Aussi on doit considérer l’absence des battements du cœur comme un signe de la mort apparente, mais on ne saurait l’invoquer comme un signe de la mort réelle.

Vous connaissez l’expérience de laboratoire ou de cours, dont M. Middeldorf s’est inspiré pour préconiser un signe certain de la mort. On plante dans le cœur d'un animal une aiguille munie d’un petit drapeau; ce drapeau s’agite tant que le cœur continue à battre. M. Middeldorf a voulu introduire cette expérience dans la pratique; il a appelé sa méthode Y Akidopéirastique , et il a inventé à cet usage des aiguilles longues de 10 centimètres, que le médecin enfoncerait dans le cœur de la personne dont il doit constater le décès. Celte méthode ne me paraît guère applicable dans les familles ; elle soulèverait des objections et des résistances qui me semblent très naturelles.

Toujours en utilisant l’arrêt de la circulation, d’autres auteurs ont proposé la section cle V artère temporale. Si le cœur bal, cette section sera suivie d’un écoulement de sang, il sera nul, dans le cas contraire; je crois inutile de reproduire devant vous une discussion déjà exposée à propos des battements cardiaques.

La phlébotomie a été autrefois considérée comme le procédé classique de constater la réalité de la mort; les familles et quelquefois le défunt lui-même exprimaient la volonté

LES SIGNES DE LA MOUT. — CIllCULATlON. 45

qu’on ouvrit une des veines, afin de constater s’il y avait ou non écoulement de sang. Messieurs, la saignée d’un individu qui vient de mourir ne donne pas de sang. Mais si après la saignée on n’a pas eu la précaution de placer un bandage, une forte ligature sur la plaie quelques heures après la mort, la veine donnera du sang. L’explication de ce fait, anormal en apparence, est très simple. Quand l’individu meurt, les phénomènes chimiques continuent ; la fermentation développe dans l’intestin des gaz qui, si la température est élevée, acquièrent, au bout de vingt-quatre à trente- six heures, une tension telle qu’elle peut arriver à une atmosphère et demie dans l’abdomen. Sous l’influence de cette tension, le diaphragme est repoussé jusqu’à la troisième côte, le sang du cœur des vaisseaux et des poumons est chassé vers la périphérie dans les veines. C’est une véritable circulation posthume. Au moment de la mort, la peau est blanche. La putréfaction commence; on voit les veines se dessiner en bleu sous la peau, et si l’on pratique la phlébo- 1 omie, la saignée donnera du sang, quelquefois en abondance, il est vrai qu’il ne se coagulera pas. Il y a là un fait très important et dont, au moyen âge, on tira une interprétation singulière. Vous savez ce qu'on appelait le jugement de Dieu. Lorsqu’on trouvait un cadavre aux abords d’un village et qu’il était impossible de découvrir le meurtrier, on faisait défiler devant la victime les habitants du village; si, par les plaies, il s’échappait du sang et des gaz, on se saisissait immédiatement de l’individu arrêté devant le corps à ce moment-là; cet individu, disait-on, était l’assassin, puisque le cadavre se révoltait à sa vue. Cette coutume a persisté jusqu’au règne de Charles-Quint, qui institua les premiers médecins-légistes.

D’autres difficultés surgissent encore à propos de la phlébotomie. Si l’on pratique une saignée à quelqu’un qui vient de mourir, le sang ne devrait pas se coaguler, dit-on. Lorsque le sang s’écoule d’une plaie faite à un individu qui vient de succomber, il peut se coaguler; mais le caillot ainsi

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