‹ La mort et la mort subiteChapitre 119 sur 139 · Mort suspecte. Suspicion de meurtre. Ictère grave. — Je · texte numérisé non relu

Mort suspecte. Suspicion de meurtre. Ictère grave. — Je

soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. Desjardin, substitut, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre du nommé G... (hôpital temporaire de la rue de Sèvres), etc.

Le cadavre est celui cl’un homme de 49 ans, assez vigoureux, il est dans un état de putréfaction très avancée. (Le décès remonte à quatre jours.)

La peau, les conjonctives oculaires ont une coloration jaune, uniforme, très intense. On ne constate ni ecchymose, ni écorchure, ni plaie, ni trace de contusion. On ne trouve pas de suffusion sanguine sous la peau, ni de fracture.

L’encéphale est en putréfaction très avancée, il s’écoule après l’ouverture du crâne sans qu’il soit possible de constater sa structure. On ne note pas de coloration, qui prouverait l’existence d’un foyer sanguin dans sa substance.

Les plèvres et les poumons sont dans leur état normal.

Le cœur est presque entièrement transformé en graisse, ses «cavités ne renferment pas de caillots .

L’estomac et l’intestin sont couverts de bulles de putréfaction.

Le foie est coloré en vert par la bile, il est dur, il a subi un commencement d’hépatite interstitielle. La vésicule biliaire renferme plus de quarante calculs hépatiques inégaux.

Le pancréas parait sain.

La rate est énorme.

Les reins sont volumineux, leur capsule n’est pas adhérente.

Conclusions. — 1° La mort de G... a été causée par un ictère grave ;

2° On ne constate sur le corps aucune trace de contusion ou de violences;

3° Les lésions du cœur, du foie et l’ictère, peuvent faire penser que G... avait des habitudes d’alcoolisme.

190. Mort rapide par accident nerveux dans la lithiase biliaire (1). — Un malade ictérique, qui jusque-là n’avait présenté aucun symptôme grave, se plaint un jour d’une sensation de prurit dans l’hypochondre droit, sensation bientôt suivie d’une douleur vive, puis il tombe dans le coma et l’algidité. Le lendemain matin, on le trouve poussant des cris inarticulés, paraissant privé de connaissance, bien que des contractions de la figure et des membres indiquent encore la persistance de la sensibilité. Cependant la pression exercée sur la région du foie ne provoque aucun signe de douleur. Il n’y a point de tuméfaction du ventre. Extrémités froides. Pouls petit. Urines involontaires. Mort dans l’algidité.

Autopsie. — Voies biliaires altérées sur trois points, altération légère de la vésicule et du canal cholédoque. Épaississement avec rétrécissement du conduit cystique. Dilatation de quelques canalicules. Congestion mélangée à de la cirrhose partielle. Mais ni rupture, ni oblitération des canaux, ni lésion des reins qui puissent donner lieu à une cholémie ou une urémie. En sorte que la mort paraît avoir été le résultat d’une perturbation du grand sympathique.

191. Mort rapide dans le cours de la colique hépatique (2). — Femme de 54 ans, atteinte de coliques hépatiques depuis trois ans, coliques qui ont augmenté d’intensité et de fréquence au point qu’elle les ressent tous les jours. Teinte subictérique. Depuis quelque temps, digestions pénibles, constipation très forte, congestion très intense des lobes droit et gauche du foie,

(1) Aug. Fabre, Les relations pathogéniques des troubles nerveux , ou les troubles nerveux étudiés dans leurs rapports réciproques de cause à effet avec les autres phénomènes morbides. — Paris, Gaz. des hop., 1880, p. 489.

(2) J. Cornillon, Vichy médical, Sept. 1878 et Union médicale , 1879, p. 31.

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avec douleur à la pression. Elle eut une crise des plus violentes. Les extrémités étaient froides, le pouls petit et fréquent, le ventre était douloureux à la palpation. Le foie atteignait la fosse iliaque, et malgré la médication employée (potion à l’extrait thébaïque, etc.), la mort est survenue rapidement, par le seul fait de l’excès de la douleur.

192. Mort subite, comme complication des kystes hydatiques du foie (1). — Caroline H..., 24 ans, bonne santé jusqu’à sa seizième année. Onze mois seulement avant sa mort, la malade commença à éprouver dans l’hypochondre droit des douleurs d'abord gravatives, puis lancinantes. Toux sèche. Amaigrissement général. Trois mois plus tard, apparition de la tumeur. En un mot, tous les signes présomptifs d’un kyste hydatique du foie.

« Vers la fin de septembre, après une nuit calme et tranquille, la malade ressentit tout à coup, en s’habillant, une douleur dans la poitrine avec oppression, puis toux intense et rejet d’une grande quantité de matière spumeuse par le nez et la bouche. La malade devint tout à coup pâle et succomba. »

Autopsie. — On trouva à la face supérieure du foie un kyste hydatique volumineux qui avait perforé et usé le diaphragme pour se mettre en contact avec le poumon. Le liquide avait pénétré dans les bronches communiquant avec le kyste et la tumeur hépatique et avait ainsi déterminé la mort par suffocation.

193. Mort rapide par rupture d’un kyste hydatique du foie dans le péritoine (péritonite suraiguë) (2). — Le 2 septembre 1851 , nous avons procédé à l’autopsie de la dame L..., qui avait succombé très rapidement, en proie à des vomissements incoercibles et à des souffrances intolérables, à la suite de circonstances qui pouvaient autoriser une suspicion d’empoisonnement; elle avait été surprise par son mari en flagrant délit d’adultère.

L’examen cadavérique révéla une tout autre cause de mort, qui ne pouvait laisser place au doute, un kyste hydatique du foie rompu dans le péritoine où il avait déterminé une inflammation suraiguë.

(1) DrAlftor, Mort subite par suite de la rupture d'un kyste hydatique dans le poumon ( Deutsche Klinik, 1853, n° 39, p. 419 et Gazette hebd., 1853-54, p. 194-195).

(2) Tardieu, Observations pratiques de médecine légale sur les cas de mort naturelle et de maladies spontanées qui peuvent être attribuées à un empoisonnement [Ann. d'hyg. pub. et de méd. lég., 1854, t. II, 2e série, p. 154).

!î . — Mort subite par lésious de la rate.

194. Mort rapide par rupture spontanée de la rate (1 ). — Dame de 35 ans, robuste, hystérique. Elle avait un estomac très irritable, avec accès fréquents de vomissements, et se plaignait de temps à autres de vives douleurs dans la région épigastrique... Un matin, elle tomba subitement malade, après avoir mangé un hareng : Efforts violents de vomissement, malaise considérable avec douleur aiguë siégeant au côté gauche et s’étendant rapidement à tout l’abdomen, puis collapsus : algidité, pâleur, petitesse du pouls, sueurs visqueuses, enfin mort vingt heures après le début des accidents.

Autopsie. — Les viscères abdominaux étaient exsangues. Un gros caillot, du poidsde plusieurs livrescouvraitle bord inférieur du grand épiploon et remplissait le côté gauche de l’abdomen. De plus, il y avait un épanchement considérable de sérosité brunâtre. On ne constata aucune lésion de péritonite (ni adhérences, ni fausses membranes). Ce sang provenait d’une fente existant sur l’épiploon gastrosplénique, complètement converti en une vaste poche. En agrandissant l’ouverture, on vit s’échapper un caillot encore plus considérable et de la sérosité sanguine, et on put constater que la rate était affaissée, pâle, flasque, déchirée à la partie inférieure qui était réduite en une boue pulpeuse.

(L’auteur ajoute que le seul cas analogue qu’il connaisse est celui que son ami le Dr Deville, de Harrogate, a communiqué •en 1873 au congrès de Scarborough.)

195. Rupture produite par un coup de poing (2). — Un Indien, âgé de 27 ans, reçut un coup de poing dans le ventre.

Il mourut quelques minutes après.

L’autopsie fut faite peu de temps après la mort. La rigidité cadavérique ne commença qu’à huit heures et demie du matin, l’homme ayant expiré à sept heures précises. Ainsi, une heure et demie après le dénouement fatal, la rigidité ne s’était pas montrée.

A l’autopsie on ne constata aucune marque extérieure de violence.

L’abdomen contenait une quantité considérable de sang noir liquide et peu de caillots. Comme toujours ceux-ci siégeaient surtout du côté de la rate et de la fosse iliaque gauche.

(1) Edward Atkinson, The british medical Journal , 2G sept. 1874, et Union méd., 1875, t. XÏX, 3e série.

(2) Pellereau, Considérations médico-légales sur les ruptures de la rate [Ann. d’hyg., 1882, t. Vil, 3° série, p. 223).

420 OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES

La rate était augmentée de volume et pesait 1 4 40 grammes. — Son diamètre vertical était de 26 centimètres, son diamètre horizontal de 17 centimètres, et son épaisseur de 6 centimètres; vers le centre de sa face convexe, l’organe était lézardé en travers. Le sillon, peu profond, partait du bord postérieur et se terminait au bord antérieur, intéressant capsule et parenchyme. Les bords en étaient nettement découpés. Gomme toujours, la rate était ramollie avec une capsule légèrement épaissie. Elle avait l’aspect de la rate sagou.

Le foie présentait un nombre considérable de petites ecchymoses de la grosseur d’une tête d’épingle, sur ses faces convexe et concave. Les autres organes sont sains.

196. Rupture due au passage d’une charrette sur le milieu du corps (1). — Un homme de 25 ans fut écrasé par une charrette, le 29 novembre 1880. Il expira trois quarts d’heure après l’accident.

A l’autopsie, on trouva l’anus et les testicules baignés de matières fécales. Au niveau de la septième côte gauche existait une ecchymose de la grandeur d’une pièce de 1 franc.

Dès l’ouverture de la cavité abdominale une énorme quantité de sérosité sanguinolente mêlée de caillots s’en échappa. A l’intérieur beaucoup de sang coagulé.

Le diaphragme est repoussé jusqu’à la quatrième côte. Aucune fracture.

La rate pèse 725 grammes. Les diamètres sont: D.V., 20 centimètres, D.H., 14 centimètres. Épaisseur : 4 centimètres. Capsule amincie, parenchyme légèrement ramolli et rouge foncé.

La déchirure intéressait le bord postérieur de l’organe et s’étendait en avant, occupant la moitié de sa longueur. Elle était rrégulière et légèrement concave.

197. Rupture spontanée (2). — Un homme âgé de 44 ans, souffrant de fièvre, ressentit tout à coup une douleur intense dans le côté gauche. Deux heures après son entrée à l’hôpital, il expira, après avoir fourni sur son état les renseignements nécessaires.

A l’autopsie, le ventre est proéminent, la figure et les extrémités sont infiltrées de sérosité.

Abdomen. — A l’ouverture une grande quantité de sérosité s’en échappe. A l’intérieur beaucoup de caillots noirs.

La rate est énorme et remplit par son volume les deux tiers.

(1) Pellereau, loc. cit.

(2) Pellereau, loc. cil.

<le la cavité abdominale. Ses diamètres sont : D.Y., 35 centimètres, D.IL, 20 centimètres. Épaisseur : 6 centimètres. Son poids de 2,000 grammes.

A la partie supérieure du bord postérieur, il y avait une rupture de 12 centimètres de long et de 2 centimètres de profondeur, à bords irréguliers. Le viscère était d’une couleur rouge brique et très ramolli.

La capsule était amincie. Les autres organes étaient sains, sauf le cœur et le foie, qui étaient graisseux et ramollis.

Thorax. — Le péricarde contenait 90 grammes de sérosité citrine. Le cœur pâle, vide et ramolli. Les valvules sont saines, sauf la mitrale qui est couverte à son bord lisse d’un certain nombre de petites végétations. Les poumons sont sains.

Crâne. — Cerveau et méninges pâles et sains.

Cette observation fait ressortir aussi clairement que possible les trois grandes lésions du paludisme : 1° lésion de la rate; 2° lésion du cœur; 3° lésion du foie.

VI. — MORT SUBITE PAR LÉSIONS DES ORGANES GÉNITAUX DE LA FEMME, PENDANT LA GROSSESSE ET APRÈS L’ACCOUCHEMENT.

de la femme.

197bis. Mort rapide en dehors delà grossesse, mais chez une femme ayant eu des enfants, par hémorrhagie interne provenant de la rupture d’une varice des plexus veineux utéro- ovariens. — Leclerc (i) rapporte l’histoire d’une hémorrhagie devenue mortelle dans l’espace de trois heures, et due à l’ulcération d’un vaisseau variqueux situé dans l’épaisseur du ligament large, chez une jeune femme qui n’était pas enceinte, mais qui avait été mère.

198. Mort rapide en dehors de la grossesse, par hémorrhagie interne provenant de la rupture d’une varice des plexus veineux utéro-ovariens (2). — Une dame veuve, d’une constitution robuste, âgée de 29 ans, mère de deux enfants, jouissait habituellement d’une santé parfaite. A l’occasion d’un bal qu’elle donnait chez elle, elle se fatigua beaucoup... Elle avait commencé à danser, quand elle éprouva une défaillance subite: une demi-heure après, elle était morte.

A l’autopsie, on trouva une couche large et épaisse de sang coagulé recouvrant tous les viscères de la cavité abdominale. Audessous d’elle, tous les organes du ventre étaient sains. On enleva avec soin le sang qui remplissait le petit bassin et l’on découvrit que le plexus veineux pampiniforme du côté droit était variqueux, et présentait une déchirure.

Dans ce cas, comme dans le précédent, il n’existait pas de grossesse, mais il y avait eu des couches précédentes.

199. Mort rapide, au commencement d'une grossesse tubaire, par rupture d’une varice du plexus utéro-ovarien (3). — Une

(1) Leclerc, Archives générales de médecine , 1828. — Moynier, Des morts subites chez les femmes enceintes ou récemment accouchées, p. 21.

(2) Mémoires de la Soc. méd. d’émulation.

(3) Ollivier (d’Angers), Archives générales de médecine. 1833. — Moynicr, Des morts subites chez les femmes enceintes ou récemment accouchées, p. 15.

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