PARIS
LIBRAIRIE J. -B. BAILLIÈRE et FILS
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PRÉFACE
Le danger des inhumations prématurées et l’imprévu de la mort subite ont de tout temps préoccupé l’opinion publique.
J’ai pensé qu’il y avait lieu d’exposer aux élèves de la Faculté de médecine l’état actuel de ces questions, en utilisant les travaux des différents auteurs et les documents qu’ont fourni à mes collaborateurs MM. Descoust, Vibert, Socquet et à moi, les nombreuses autopsies médico-légales, que, depuis vingt ans, nous avons faites à la Morgue.
J’ai essayé de montrer que les incertitudes qui surgissent parfois au moment de la mort et dans les premières heures qui la suivent, peuvent être écartées par le médecin ; que son intervention est souvent nécessaire pour constater la réalité d’un décès; que seule elle peut faire disparaître toute préoccupation au sujet des inhumations prématurées.
D’autre part, les causes de la mort subite sont mal connues. Elles sont fort nombreuses, elles soulèvent souvent l’hypothèse d’un crime ou d’un suicide, et donnent naissance à des enquêtes médico-légales. Le
PRÉFACE
médecin ne peut les ignorer, l’expert doit savoir les rechercher et éviter de trop faciles erreurs. La mort subite est un des chapitres les plus complexes de la médecine légale.
Le médecin connaît bien la palhogénie de la mort imprévue qui survient au cours des maladies qui obligent à prendre le lit ou à enlrer à l'hôpital. Ce sont des accidents prévus ou redoutés, ils ne peuvent le surprendre; mais le médecin connaît beaucoup moins les causes de la mort qui saisit à l’improviste, sans avertissement préalable, un homme jouissant en apparence d’une santé parfaite.
J’ai montré que, malgré un état extérieur excellent, la mort subite est la terminaison de maladies fort diverses, qui évoluent clandestinement, ignorées du malade et de son entourage; telles sont certaines affections des reins, l’artério-sclérose, le diabète, etc.
Pour ne pas donner à ce volume un développement exagéré, j’ai dû me borner à résumer en quelques mots les lésions qui sont étudiées dans les traités de pathologie et d’anatomie pathologique; j’ai au contraire insisté sur les circonstances qui provoquent l’intervention de la justice.
J’ai reproduit à la fin du volume un certain nombre de rapports médico-légaux et d’observations médicales .
Les rapports sont pour la plupart notre œuvre personnelle. Ils reflètent l’état de la science, au moment où ils ont été rédigés; écrits quelques années plus lard, ils auraient du être complétés sur divers points. Ce sont des exemples et non des modèles que je propose à mes
PREFACE
élèves ; il serait imprudent de les considérer comme aboutissant à des conclusions définitives sur les questions médico-légales qui les ont provoqués. Ce sont, pour employer le langage du Palais, des décisions d’espèces et non de principe. Avant de faire la synthèse d'une maladie, tous les médecins ont recueilli et analysé bien des observations. On ne saurait employer une autre méthode pour résoudre les problèmes médicolégaux. Cette réserve se trouverait d’ailleurs justifiée par la lecture des observations que je reproduis soit dans leur texte intégral, soit en les résumant.
Pour quelques-unes des observations médicales, l’interprétation donnée par les auteurs est très contestable, je les ai publiées sans les discuter; j’ai pensé en effet qu’il serait utile pour le lecteur de constater les changements survenus dans les théories médicales et les progrès accomplis dans ces dernières années. Les renvois insérés dans le texte permettent facilement de comprendre quelle pathogénie serait maintenant acceptée.
Ces leçons étaient destinées aux élèves de la Faculté, M. le docteur Reuss a pensé qu’il serait utile, même à des docteurs, de les consulter. Il les a recueillies avec un très grand soin, il a colligé les observations, il s’est chargé de la partie matérielle de l’œuvre. Si le lecteur trouve quelque profit à parcourir ces pages, il le devra à mon excellent confrère, M. le docteur Reuss.
P. Brouardel.
Paris, le 15 novembre 1894.