‹ La mort et la mort subiteChapitre 29 sur 139 · GO · texte numérisé non relu

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la lamelle osseuse très mince près de laquelle il était presque toujours placé, afin de donner issue au pus. Cette conception est vraie, à condition d’être présentée en sens inverse : car ce n’esl pas l’abcès, c’est la carie du rocher qui a été le phénomène initial.

III. Tumeurs cérébrales. — Les tumeurs cérébrales et les tumeurs cérébelleuses se comportent presque absolument comme les abcès du cerveau (1).

Nous sommes moins surpris de les trouver à l’autopsie, car nous savons que ces tumeurs se développent souvent sans donner naissance à des symptômes révélateurs. Les individus porteurs de tumeurs cérébrales peuvent présenter des vomissements qu'on met sur le compte de la dyspepsie; s’ils sont jeunes, adolescents, ils ont de l’hémichorée qui éveille

quelquefois l’idée d’une lésion cérébrale. D’autres ont des ver. «

tiges, du diabète insipide ou du diabète sucré ; tous ces phénomènes n’attirent pas beaucoup l’attention : aussi quand soudainement l’individu tombe dans la rue ou chez lui, les circonstances plus ou moins bizarres dans lesquelles il est frappé, une plaie, une érosion occasionnées parla chute, font intervenir la justice.

Voici un exemple (2) : 11 y a une douzaine d’années je fus chargé de pratiquer une autopsie médico-légale à l’occasion des faits suivants : C’était au début d’une grève. Des ouvriers paveurs en désaccord avec leur patron veulent, avant de quitter le travail, lui présenter leurs réclamations et pénètrent dans son bureau. Des propos un peu vifs sont échangés, une dispute s’ensuit, et le patron, acculé au fond du bureau, cherche à se dégager en bousculant les deux ou trois ouvriers qui sont le plus immédiatement près de lui. L’un de ces hommes tombe foudroyé. On arrête et on enferme le patron, autant pour le tenir à la disposition de la justice que pour le soustraire à la fureur de ses ouvriers. A l’autopsie, je trouve dans le cerveau

(1) Obs. 89, 90,91, 92.

(2) Obs. 93.

de l’ouvrier mort, sur la paroi antérieure du quatrième ventricule, trois petites tumeurs fibreuses pédiculées, dont la plus grosse avait le volume d’un petit haricot. Cet homme était, depuis quelque temps, en imminence de mort subite: Le trouble circulatoire déterminé par la discussion a suffi pour la provoquer. Son corps ne portait la trace d’aucune violence, et du reste les témoins de la scène affirmèrent tous qu’il n’avait pas été frappé.

Cetexemplen’estpasle seul. En Allemagne, Maschkainvoque les excès alcooliques, les fatigues de toutes sortes, la danse comme cause ultime de la mort pendant l’évolution de ces tumeurs.

Ces néoplasmes sont le plus souvent des tubercules, des fibromes, des cancers ; on a quelquefois observé des kystes bydatiques. Lancisi avait déjà rapporté (1) un cas où la mort était due à la présence d’une grosse hydatide à la surface du cerveau; la mort survient soit par compression, soit par la rupture de la poche kystique.

L’indifférence avec laquelle l’encéphale supporte parfois la présence de tumeurs est expérimentalement mise en évidence par la tolérance de cet organe pour les corps étrangers, pour les projectiles d’armes à feu. Dans une autopsie nous avons trouvé une balle de revolver de 7 millimètres logée dans le lobe occipital gauche où elle était depuis longtemps enkystée, une autre balle analogue dont la base était incrustée dans la partie écailleuse du temporal droit. Toutes deux avaient été le résultat de tentatives de suicide remontant à plusieurs années. L’individu avait mis fin à ses jours par la pendaison.

Celles de ces tumeurs qui provoquent le plus souvent des enquêtes médico-légales siègent dans le bulbe, la protubérance, les pédoncules. Elles peuvent comprimer les veines de Galien et se traduisent parfois par une obnubilation de l’intelligence, des vertiges, des troubles de la vue, mais bien souvent rien ne permet de soupçonner leur présence.

(1) Lancisi, De subitaneis mortibus libri duo. Romae, 1707.

P. BnOUARDEI.. 1 1

Je ne vous citerai que pour mémoire la mort subite clans la paralysie glosso-labio-largngce. Vous savez que cette affection est due à la destruction des cellules des noyaux d’origine des nerfs moteurs de la langue, des lèvres, du pharynx, à leur naissance dans le bulbe. L’hypoglosse est le premier atteint, puis le facial, puis le pneumogastrique.

La mort subite est aussi une des terminaisons prévues de l’acromégalie.

IV. Lésions de la moelle. — J’arrive aux lésons de la moelle ; je laisserai de côté les hémorrhagies médullaires, mal connues. Elles n’ont donné lieu, à. ma connaissance, à des enquêtes médico-légales que lorsqu’elles sont survenues chez des femmes enceintes ou pendant l’accouchement.

Le mal de Pott sous-occipital, à son début, peut amener la mort subite(l). On entend, sous le nom de mal de Pott, la tuberculisation des vertèbres. Celle-ci ne se révèle souvent que par des douleurs localisées, par un torticolis. Dans un mouvement brusque, un effort violent, l’apophyse odontoïde peut se casser et comprimer la moelle ; il y a perte de connaissance et mort plus ou moins rapide.

Heurteaux (de Nantes) a donné l’observation d’une mort subite survenue à la suite de l’ouverture d’un abcès provoqué par le mal de Pott sous-occipital dans le canal rachidien.

V. Épilepsie. — La question de la mort subite au cours d’une attaque d'épilepsie est fort intéressante. Quand un médecin légiste, même très expérimenté, publiera un traité de l’ouverture des corps en médecine légale, il lui sera difficile d’assigner des caractères déterminés à la mort dans une attaque d’épilepsie. Dans les traités que vous avez entre les mains, on dit que la mort est due soit à une rupture du cœur, soit à l’introduction dans la trachée et les bronches de matières alimentaires provenant de l’estomac, soit à une asphyxie résultant de la position qu’avait le malade pendant son accès,

(1) Obs. 9G, 97, 98, 99.

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le nez et la bouche enfoncés dans l’oreiller (1). Dans le premier cas, il est clair qu’il faut attribuer la mort à une lésion cardiaque, dans les deux autres à une asphyxie mécanique; il n'y a là rien de particulier à l’épilepsie.

Dans toute l’œuvre de Charcot, de M. Grasset et de l’école de la Salpétrière nous ne trouverions pas vingt cas de mort par épilepsie. Et cependant M. Lesser donne 17 observations d’individus morts dans une attaque de haut mal. En y regardant de près, on s’aperçoit qu’il range sous le nom d 'épilepsie, des attaques convulsives de toutes sortes, l’urémie, etc.

Quels sont les signes de la mort que nous pouvons trouver dans la névrose épileptique vraie? Après une attaque, nous constatons souvent que le cou, les épaules, sont couverts de taches piquetées, que les conjonctives sont injectées, que la langue est mordue en un ou en plusieurs endroits, que les bronches sont remplies de spume; ce sont là les signes que nous rencontrerons sur le cadavre d’un épileptique mort pendant l’accès, nous n’en avons pas d’autres pour asseoir nos conclusions, et ces signes sont à peu près les mêmes dans la mort par strangulation, au moyen d’un lien un peu souple, qui n’intéresse guère la peau et le tissu cellulaire sous-cutané, comme un foulard ou un cache-nez.

Il y a une douzaine d’années, on trouva le cadavre d’un enfant sous un tas de sacs, sur un des quais de Paris ; les signes retrouvés sur le corps avaient le caractère de ceux dont je viens de vous parler. Il n’y avait pas autour du cou trace bien nette de strangulation, il y avait à peine quelques ecchymoses formant des lignes ponctuées. L’affaire allait être classée ; j’exprimai au procureur de la République ma conviction que cet enfant avait été étranglé. L’enquête fut reprise et la vérité fut découverte. L’enfant portait autour du cou un cache-nez dont les deux bouts flottaient derrière lui. Ses camarades avaient fortement tiré sur les bouts de ce cache-nez : l’enfant avait été étranglé, et effrayés de ce qu'ils avaient fail ,

(I) OJ)S. 103, 1 14, 105.

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ses camarades l’avaient caché sous la pile de sacs au milieu desquels on l’avait retrouvé.

Beaucoup de maladies d’ailleurs peuvent produire des lésions analogues.

La justice intervient dans la mort subite au cours d’une attaque d’épilepsie, en raison de circonstances accessoires qui rendent cette mort suspecte^ Je connais à cet égard deux faits, dont l’un est resté profondément gravé dans ma mémoire en raison des conséquences tragiques qu’il a eues.

Un homme de trente-trois ans, un commerçant dont les affaires commençaient à prospérer, accompagne à la gare d’un chemin de fer, sa femme qui partait en voyage (1). En quittant la gare, il rencontre une jeune fille, l’aborde et la ramène chez lui. Après avoir accompli un certain nombre d’aclesque vous devinez, cette jeune fille va aux water-closets ; elle ne revient pas. Le commerçant s’inquiète, se lève, frappe à la porte, n’obtient pas de réponse et, de guerre lasse, va chercher le concierge qui enfonce la porte : La jeune fille était morte dans les water-closets, et comme elle était montée sur le siège, en tombant elle s’était fait diverses blessures ; elle avait, entre autres, une plaie du cuir chevelu. Le commissaire de police intervint, l’autopsie fut ordonnée. Cette jeune fille avait un chancre induré, une blennorrhagie et du pus dans la vessie. Elle présentait en outre un piqueté des conjonctives, des épaules, une morsure de la langue, de la spume bronchique. Je conclus que cette jeune femme pouvait avoir succombé dans une attaque d’épilepsie. Le commissaire de police apprit, de son côté, qu’elle était sujette à des crises de haut mal.

Le malheureux commerçant a eu la syphilis et une blennorrhagie; le scandale décida sa femme à demander le divorce ; ildutluirendre sa fortune; privé de ces capitaux, il ne put faire honneur à ses affaires, il fit faillite, et on m’a dit qu’il se brûla la cervelle quelques années plus tard.

(1) Obs. 106.

LÉSIONS DE L’APPAHEIL CÉRÉBRO-SNNAL.

A la campagne, les choses peuvent se présenter sous un autre aspect. Les individus pris d’une attaque épileptique tombent parfois dans le feu et se brûlent plus ou moins gravement. Ce fait connu des malfaiteurs les a quelquefois incités à jeter dans le feu le cadavre de leur victime ou à mettre le feu h la maison.

Dans tous les cas, il y a, dans les expertises médico-légales pour mort subile au cours d’une attaque d’épilepsie, des problèmes assez difficiles à résoudre.

Je puis vous citer encore un fait tout récent : Un gaillard de seize à dix-sept ans est trouvé mort dans la voiture cellulaire qui l’amenait du dépôt à Mazas (1). Le garde municipal qui était dans la voiture dit que l’individu a dû avoir une crise d’épilepsie. Je n’ai trouvé à l’autopsie que du pointillé des conjonctives et un peu de spume dans les bronches; il n’y avait pas de piqueté sur les épaules, pas de morsure de la langue. L’enquête n’a donné aucun résultat au point de vue des antécédents épileptiques de l’enfant. Il était moralement abandonné, sans famille ; il s’était sauvé de l’endroit où il avait été placé, personne ne pouvait fournir de renseignements sérieux. Je pense que le municipal a formulé un diagnostic exact, mais vous comprenez que ce n’est pas sur le diagnostic de ce garde de Paris que j’ai pu m’appuyer pour formuler des conclusions.

Je ne connais pas de question plus difficile à résoudre pour le médecin légiste, qui n’est pas prévenu que, chez l’individu qu’il examine, il y a des antécédents épileptiques.

VI. Hystérie. — La mort subite au cours d'une attaque d'hystérie est encore beaucoup plus rare qu’au cours d’un accès épileptique. Les observations publiées par M. Grasset, de Montpellier (2), ne me paraissent pas très concluantes ; elles se rapportent à des individus atteints en outre d’albu-

(1) Obs. 107.

(2) Grasset, Maladies du système nerveux.

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