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LA MORT SUBITE DANS LE DIABÈTE

l’examen des urines était fait d’une façon systématique chez tous les malades de ce service. Je fis donc l’analyse des urines de mon malade, elles étaient sucrées. Le surlendemain, la sœur du malade et son frère, qui était notaire, me prièrent d’examiner également leurs urines. Ils rendaient de 60 à 80 grammes de sucre par jour. Tous les trois ont survécu plus de vingt ans sans jamais avoir eu un accident imputable au diabète. Mon malade, en particulier, est mort il y a deux ans seulement. J1 a eu une survie de trente-deux ans, et il n’a su qu’il était diabétique que parce que la guérison de la plaie insignifiante qu’il portait h la jambe traînait en longueur.

Il faut, malgré les conditions plus favorables que l’antisepsie assure actuellement à nos malades, toujours vous assurer, avant de tenter une opération, que votre malade est ou n’est pas diabétique.

La mort peut survenir d’une façon imprévue dans le diabète. La forme la plus suspecte médico-légalement est celle qui a reçu le nom de coma diabétique (4). Tous les observateurs ont été d’accord pour dire que le coma succédait à une phase caractérisée par des troubles gastro-intestinaux, des troubles dyspeptiques : perte de l’appétit, constipation, vomissements, face grippée, petitesse du pouls. Ces symptômes auraient rappelé ceux d’une péritonite, si la douleur et la fièvre n’avaient pas manqué absolument. 11 y a en outre une forme particulière de dyspnée, caractérisée par des mouvements respiratoires amples, réguliers et peu fréquents. Cette période dyspeptique dure de trente-six à quarante-huit heures, puis le malade tombe dans le coma, le thermomètre ne marquant plus que 35° à l’aisselle ; il y a perte de connaissance. La durée de cette phase comateuse varie de vingtquatre à trente-six heures. Vous voyez que le processus entier dure en tout quatre ou cinq jours.

Telles ont été les premières descriptions du coma diabé-

(1) Obs. 208.

P. Brouardel.

tique. Puis on a décrit des exceptions; on a cité les cas de diabétiques qui entraient d’emblée dans le coma, la phase abdominale faisant complètement défaut. Ces cas sont souvent difficiles à interpréter, ils deviennent aisémentsuspects. Il n’en est pas de même de ceux qui savent qu’ils sont diabétiques et dont l’histoire est bien connue dans les villes, comme Vichy ou Carlsbad, où les diabétiques vont faire des saisons. Ces malades suivent un traitement, mais comme ils sont ou se croient bien portants, ils font des excursions, vont au Casino, ne ménagent pas leurs forces, quelquefois ils exagèrent leur traitement, parce qu’ils n’ont pas consulté leur médecin ou qu’ils ont cessé de le voir. Ils tombent subitement dans le coma. Ces cas-là ont été très bien étudiés par Cyr, médecin à Vichy, mort il y a quelques années (1).

Cyr a décrit une autre variété que, pour mon compte, j’ai pu observer trois fois. Un diabétique, à la suite d’excès de travail, de préoccupations, d’excitation cérébrale, entre dans une période d’agitation. Son caractère change : il s’aigrit, il devient difficile à vivre, enfin il a des incohérences de langage que je ne saurais mieux comparer qu’au bavardage bien connu des individus qui commencent à subir la chloroformisation ; puis surviennent de la céphalalgie, des vertiges, et l’individu tombe tout à coup dans le coma. Jamais Cyr n'a observé de convulsions.

Supposez que l’on sache dans la famille, dans l’entourage de cet homme, qu’il est diabétique; il n’y aura aucune difficulté médico-légale. Mais si personne ne savait que cet individu était atteint de diabète, il pourra y avoir suspicion d’empoisonnement, qu’il y ait eu ou non des troubles dyspeptiques avant que la période comateuse ne se soit établie. L’autopsie médico-légale sera ordonnée, mais elle ne donnera aucun résultat; le médecin légiste ne trouvera pas de lésions sur lesquelles il puisse appuyer des conclusions. La seule chance qu’il ait, c’est de trouver de l’urine dans la

(1) Cyr, Traité pratique des maladies du foie. Paris, 1887.

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