Mort subite par lésions cardio-aortiques. Athéromes(l
B., professeur de mathématiques ; 44 ans. Antécédents : il avait éprouvé antérieurement des accès d'étouffement simulant l’angine de poitrine, des congestions pulmonaires , et ressentait de plus une tension douloureuse au niveau de l’ombilic. Enfin, il souffrait depuis plusieurs années de la vessie. Il était grand fumeur et grand travailleur. Il avait été blessé à la jambe pendant la guerre. Malgré sa vie très active, il se sentait néanmoins malade. Le 10 février dernier, il avait été pris d’une sorte de défaillance en faisant son cours. Il était rentré chez lui, puis il était mort subitement le lendemain 11 février à 4 heures et demie du soir.
Autopsie. — Cœur volumineux. La paroi du ventricule gauche est hypertrophiée.
Dilatation de l’orifice mitral dont la fermeture est incomplète. Petite plaque jaune sur la valve aortique de la mitrale. L’aorte est athéromateuse à son origine. Les artères coronaires sont aussi athéromateuses. Poumons légèrement emphysémateux. Un peu de congestion vers les bases. Pas de tubercules. Foie gros, congestionné.
Reins très congestionnés. Pas de tubercules. Muqueuse vésicale parsemée de granulations tuberculeuses miliaires. (Tuberculose isolée de la vessie.)
L’aorte thoracique offre des plaques d’athérome ulcérées.
Au-dessous du diaphragme, près du tronc cœliaque, on note une dilatation très notable de l’aorte.
A la partie antérieure du vaisseau est un petit anévrysme cupuliforme siégeant un peu au-dessus de l’origine du tronc cœliaque. D’ailleurs toute l’aorte était très athéromateuse depuis son origine jusqu’aux iliaques.
48. Mort subite par rupture d’un anévrysme de la crosse de l’aorte dans le péricarde (2). — Femme de 71 ans. Santé habituellement bonne. Jamais elle ne se plaignait.
(1) Cornil, Journal des connaissances, méd., 18 fev. 188G. (?) BournevilF, Bull, de la Soc. anat ., XLI, p. 101.
ARTÉR1TE. — ANÈVRYSMliS.
Un soir vers 4 heures, se IrouvanL mal à l’aise, elle refusa de manger, prétextant que les aliments qu’elle avait pris le malin ne voulaient point passer. Elle se coucha, s’assoupit et ne se réveilla qu’à 8 heures. Une heure plus lard on la trouva froide. Elle venait de mourir. Personne ne l’avait entendue se plaindre ni vue se débattre.
Autopsie. — Rigidité cadavérique plus marquée à gauche qu’à droite.
Injection de la moitié droite de la face. Paupière droite fermée, l’autre ouverte. La bouche de même que la narine est tirée à droite.
Péricarde distendu par un caillot. Cœur volumineux. Envahissement graisseux.
Aorte couverte de plaques athéromateuses et calcaires. Rupture des deux tuniques internes. Anévrysme disséquant. Amincissement delà tunique externe et finalement rupture dans le péricarde.
L’aorte était tellement dégénérée que la moindre traction suffisait pour rompre les tuniques.
49. Mort subite par rupture d’un anévrysme de l’aorte abdominale dans la cavité pleurale (1). — Un homme de 30 ans, mourut subitement quelques heures après son entrée à l’hôpital. (Aucun autre détail touchant les phénomènes qui ont pu précéder la mort.)
Autopsie. — Anévrysme diffus de l’aorte abdominale. La poche anévrysmale englobe presque complètement le rein gauche. Il existe un orifice de communication de l’aorte avec la cavité pleurale, à travers une perforation du diaphragme. La plèvre était remplie d’un énorme caillot de sang, cause immédiate de la mort. Le poumon était appliqué le long de la gouttière vertébrale.
50. Mort subite. Rupture de la crosse de l’aorte. Hémorrhagie dans le péricarde. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. le procureur de la République, en vertu d’une ordonnance en date du 15 octobre 1883, etc..
Le cadavre est celui d’un homme âgé d’une soixantaine d'années, grand et paraissant vigoureux. La putréfaction est déjà commencée. On ne constate aucune trace de violence sur les différentes parties du corps. Sur le cuir chevelu se trouve une ancienne cicatrice blanchâtre et linéaire; sous le cuir chevelu il n’existe pas de suffusion sanguine.
Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau est exsangue ; l’artère basilaire est athéromateuse, les artères cérébrales sont
(1) Deffaux, Bull, de la Soc. anat XLIX, p. 57L
OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
dures mais ne présentent pas de plaques d’athérome. On ne constate pas de tubercules.
L’oriliee de la cavité buccale ne présente aucune érosion, ni excoralion, il en est de même de la langue et de la face interne des joues et des lèvres.
La trachée, le larynx et l’œsophage sont sains. Les poumons présentent de nombreuses adhérences pleurales, mais ils sont sains.
Le péricarde est rempli par un énorme caillot sanguin pesant 440 grammes. Le cœur est volumineux et en dégénérescence graisseuse. La partie antéro-droite de la crosse de l’aorte présente à quelques centimètres au-dessus de l’oreillette droite, au niveau de son entre-croisement avec l’artère pulmonaire une déchirure verticale mesurant environ 4 centimètres de longueur. A c& niveau l’aorte est dilatée ; dans la tunique moyenne de l’aorte on voit un épanchement sanguin qui entoure la déchirure d’une zone de 1 à 2 centimètres, il a par places 2 millimètres d’épaisseur, il a ainsi les caractères des anévrysmes disséquants. Un peu audessus delà déchirure constatée sur cette artère, on voit sur la face postérieure une petite exulcéralion. Sur l’aorte descendante on note de petites exulcérations avec des plaques athéromateuses disséminées. L’aorte est remplie par un caillot sanguin.
Les valvules sigmoïdes de l’aorte sont un peu dures, la valvule mitrale est saine.
Le foie paraît sain. L’estomac est vide et sa muqueuse paraît saine. Les reins sont en dégénérescence graisseuse. La rate est saine. Les intestins sont également sains. La vessie est vide.
Conclusions. — 1° La mort est le résultat d’une hémorrhagie péricardiaque, produite par rupture de la crosse de l’aorte.
2° Cette rupture était préparée par l’altération athéromateuse des parois de l’artère.
Elle a dû se produire en deux temps. La tunique interne s’est rompue la première, l’effort des contractions cardiaques a déterminé une infiltration de sang dans la tunique moyenne, puis la tunique externe s’est rompue ensuite et la mort est survenuepresque subitement.
3° Le cadavre ne porte aucune trace de violences.
51. Mort subite. Rupture de l’artère pulmonaire, par Devergie et Ollivier (lj. — Deux litres de sang environ remplissaient la cavité gauche de la poitrine, et chose peu commune, la sépara-
(1) Devergie, De la mort subite , de ses causes , de sa fréquence , etc., [Ann. d'tujg. publique et de médecine icqaie , 1838, t. XX, p. 145et suiv.)
ARTÉR1TE. — ANÉVRYSMES.
lion complète du sang en sérum et en caillot s'était effectuée ; car, dans la majeure partie des cas, le sang épanché dans les cavités séreuses y est presque totalement liquide. Le poumon gauche était réduit à un très petit volume, le péricarde était perforé par une ouverture arrondie d’un pouce de diamètre, non loin de l’endroit où il se reflétait sur les vaisseaux qui existent à la racine du poumon gauche ; le tissu pulmonaire se déchirait dans ce point avec une grande facilité. A gauche et un peu en arrière de l’artère pulmonaire, alors qu’elle est encore enveloppée par le péricarde, on voyait une rupture des parois artérielles. Telle était sa disposition que, vue à l’intérieur, l’artère offrait deux sections ou déchirures transversales superposées dans le sens de ses fibres circulaires, séparées par un petit pont ou lambeau d’une ligne de longueur. L’une de ces ouvertures placée plus près du ventricule gauche du cœur, avait six lignes de longueur et l’autre huit lignes. Les bords étaient nets, lisses comme si elles avaient été faites avec un instrument tranchant. En dehors de la tunique interne et moyenne, on trouvait une ecchymose arrondie de huit lignes de diamètre ; le tissu de l’artère paraissait à l'étal normal.
Cet individu avait bu une certaine quantité de vin dont nous avons constaté l’existence dans l’estomac, et on trouva, en effet, des indices de congestion pulmonaire et cérébrale. C’était pendant une lutte que la rupture artérielle avait eu lieu.
52. Mort subite par oblitération du tronc basilaire dans l’athérome des artères du cerveau (1). — Homme de 62 ans. Il y a 7 ans, perte subite de la parole, avec impossibilité de la marche, vertiges. Ces accidents durent une heure environ, puis le malade recouvre une santé parfaite. Le 6 avril (étant par conséquent en pleine santé), au milieu de son travail, il est pris d’engourdissement dans la moitié gauche du corps, avec parole embarrassée, céphalalgie. Le 10, vertige rotatoire, vomissements. Le 23, mort subite au milieu de convulsions épileptiformes.
Autopsie. — Thrombose occupant les deux artères vertébrales, au niveau de leur réunion pour former le tronc basilaire. Les deux caillots des vertébrales se réunissent au niveau du tronc basilaire en un seul qui se prolonge dans cette artère, sans adhérer aux parois et sans l’oblitérer complètement.
Toutes les artères du cerveau ont subi la dégénérescence athéromateuse.
(1) Martineau, in Hayeni, Arch. de physiol ., 18G8, p. 283.
OBSERVATIONS ET EXTEBTISES MÉDICO-LÉGALES
». — Anévrysme des artères cérébrales.
53. Mort subite déterminée par la rupture d’un anévrysme d’une des artères de la base du cerveau (1). — Une femme de 49 ans mourut une nuit très soudainement. Elle avait été bien portante jusque-là. Des varices aux jambes ayant donné lieu, depuis trois mois, à un ulcère au-dessus de la malléole externe du côté droit, étaient sa seule infirmité. Elle se plaignait fréquemment de céphalalgie, et plusieurs fois d’une douleur aiguë de la tête. Elle s’était couchée dans son état de santé habituelle, lorsque à 2 heures du malin, elle éveilla sa fille, demanda un châle comme si elle rêvait, puis une syncope la prit et un quart d’heure après elle était moi te.
Autopsie. — Cœur normal. Tubercules au sommet des poumons. En disséquant le cerveau, on trouva un anévrysme, gros comme une noisette, de l’artère antérieure du cercle de Willis, avec rupture du sac d’où le sang s’était échappé.
54. Mort subite par rupture d’un anévrysme de l’artère communicante postérieure (2). — Une domestique âgée de 62 ans, s’élaiL couchée en parfaiLe santé, après avoir soupé comme à son ordinaire. Le lendemain matin, en s’habillant, elle fut prise tout d’un coup, et sans symptômes précurseurs, de quelques petites convulsions auxquelles succéda bientôt un coma profond. Moins d’une heure après, elle était morte.
Autopsie. — On découvrit un anévrysme qui naissait au point de jonction de la carotide gauche et de l’artère communicante du même côté et qui intéressait les deux vaisseaux. Cette tumeur avait la grosseur d’un petit œuf de pigeon. Elle offrait une déchirure qui avait donné lieu à l’hémorrhagie. Les ventricules latéraux étaient considérablement dilatés et remplis de sang coagulé. Le quatrième ventricule était également rempli de sang. Épanchement sanguin autour de la moelle allongée, du cervelet, et à la base du cerveau: quelques plaques athéromateuses à la surface interne de l’aorle (Dr Francis).
55. Mort subite par rupture d’un anévrysme de l’artère basilaire (3). — Homme de 58 ans. Se plaignant depuis neuf mois de douleurs vives dans la tête. Tout d’un coup se manifesta uneparalysie faciale qui persista jusqu’à la mort. Quinze jours avant la
(I) P. G., Mort subite (Med. Times, avril 18G5, et Union méd ., 1SG5, t. XXVIII, 2e série, p. 31).
(T) Dr Lagcr, Arch. gén. de méd. — Vcrnet, Des causes de la mort subite. Thèse, 1873, p. 41.
(3) Vcrnet, Des causes de la mort subite. Thèse, 1873.
EMBOLIES PULMONAIP.ES.
mort, survint pendant la nuit une hémiplégie du côté gauche. Impossibilité de tirer la langue, perte de la parole et difficulté extrême pour avaler. Intégrité de l’intelligence et de la mémoire. Il mourut subitement en entendant raconter une histoire par un de ses amis.
Autopsie. — On trouva un épanchement de sang (2 onces) à la surface du cerveau et un caillot solide à la hase de cet organe. Un épanchement séreux abondant dans les ventricules latéraux et en outre quelques caillots à la partie antérieure de ces ventricules. Anévrysme de l’artère basilaire, dans le voisinage du point où elle fournit les artères cérébrales postérieures. Cet anévrysme avait le volume d’un gros pois et offrait une fente irrégulière et déchiquetée, par où s’était fait l’épanchement sanguin. Il était disposé de telle manière qu’il comprimait l’origine de la septième paire.