Mort imprévue chez une cachectique. Artério-sclérose
Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Dupont, substitut de M. le procureur de la République, en vertu d’une ordonnance, en date du 21 juin 1880, etc.
Le cadavre est celui d’une femme de 90 ans; il est dans un état très avancé de putréfaction : l’abdomen est ballonné, ses parois sont colorées en vert ; la peau du tronc et des membres est doublée de (issu cellulaire emphysémateux, les vaisseaux se dessinent en arborisations livides.
La paupière du côté gauche est œdémateuse ; sur la joue du même côté on trouve une plaie superficielle sans épanchement sanguin dans le tissu cellulaire sous-jacent et mesurant 4 centimètres de longueur; cette écorchure est ancienne, couverte d’une croule desséchée. Sur le prolongement externe du sourcil, il existe une autre plaie présentant les mêmes caractères et mesu-
(1) Richard Smith, The Lancet, 1838 ; Avch. gén. deviecl, 1838, t. Ilf, 3° série, p. 4G8.
ARTÉRITE. — ANÉVRYSMES.
rant 2 centimètres de longueur sur 3 ou 4 millimètres de largeur.
Une ecchymose de 2 centimètres environ se trouve sur la pointe du nez.
Sur la joue droite, on remarque une plaque parcheminée de 2 à 3 centimètres sans épanchement sanguin sous-jacent.
Le cuir chevelu ne porte pas de traces de violences
Sur le dos de la main droite on trouve plusieurs plaques parcheminées non ecchymotiques ; sur la face antérieure du poignet droit, au niveau du muscle carré pronaleur, une ecchymose de 4 à 5 centimètres. Une autre ecchymose existe sur la jambe un peu au-dessous de la tête du péroné droit.
Une eschare de 2 à 3 centimètres est située sur le sacrum.
Ouverture du corps. — Les parois du crâne sont intactes.
Le cerveau, très ramolli parla putréfaction, ne présenLe pas de lésions appi éciables.
Les côtes, extrêmement minces et fragiles, ne sont pas fracturées.
Les plèvres sont adhérentes en quelques points. Les poumons sont sains.
Le cœur est petit et en surcharge graisseuse, il ne contient pas de sang liquide, ni de caillot. La valvule mitrale est un peu épaissie, les autres valvules sont saines.
L’aorte depuis son origine jusqu’à sa bifurcation a subi les dégénérescences athéromateuse et calcaire : elle est transformée en un tube absolument rigide et très friable. Toutes les artères présentent d’ailleurs les mêmes caractères à un degré plus ou moins prononcé.
L’estomac et les intestins ne sont pas le siège de lésions appréciables.
Le foie est petit, extrêmement putréfié.
Les reins sont diminués de volume et très ramollis par la putréfaction.
Conclusions . — 1° La veuve T. parait avoir succombé au développement naturel d’une cachexie sénile caractérisée par la dégénérescence du cœur et des artères. Cet état morbide a forcé cette femme à garder le lit pendant un temps prolongé, ainsi que le prouve la présence d’une eschare au sacrum.
2° Sur le cadavre on note des lésions de deux ordres : a. Des érosions superficielles couvertes de croûtes siégeant à la face et à une main. Ces lésions sont anciennes et peuvent être la conséquence d’une mortification qui survient facilement autour des moindres écorchures chez les personnes âgées et cachectiques.
b. Des ecchymoses, l’une. à la face antérieure de l’avant-bras
P. Brouardel.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
droit, l’autre à la jambe droite au niveau de la tête du péroné. Ces lésions sont récentes et témoignent d’une violence exercée en ces points. Il faut noter que chez les personnes âgées, dont les vaisseaux sanguins sont gravement altérés, ces suffusions sanguines se font avec une très grande facilité. Ces ecchymoses ne témoignent donc pas de violences graves exercées sur la personne de la veuve T.