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Embolies pulmonaires

58. Mort subite par embolie pulmonaire dans les fractures de jambe (3). — Une femme de 46 ans, forte, pléthorique, bien portante, était atteinte d’une fracture de la jambe droite, comminutive, mais sans plaie... Le gonflement était considérable; aussi attendit-on trois semaines pour appliquer un bandage dextrmé deliiutil...

(1) Vernet, Des causes de la mort subite. Thèse, 1873, p. 43.

(2) Andral, Précis d’anal, pathologique , Paris, 1829.

(3) Velpeau, Observation rapportée à l’Académie des sciences. — Vernct, Des causes de la mort subite. Thèse, 1873, p. 26. .

312 OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES

Le surlendemain de celte application après avoir ri avec ses voisines, et sans prélude aucun, elle pousse tout à coup un cri, disant qu’elle se sent mourir... On s’empressa autour d’elle; mais elle était morte.

Autopsie. — Petites concrétions dans les veines de la jambe droite (celles du côté de la fracture). Concrétions plus volumineuses dans la fémorale. Le caillot qui a causé la mort est placé dans le tronc pulmonaire et descend dans le cœur.

59. Mort presque subite dans la fièvre typhoïde par embolie pulmonaire ayant eu pour origine une thrombose de la veine sacrée moyenne (1). — Une fille de 23 ans, chlorotique, était atteinte d’une fièvre typhoïde latente... Frissons. Fièvre. Courbature. Inappétence. Constipation. Douleur vive dans larégion sacro-iliaque gauche. Tous ces symptômes paraissaient s’amender, quand la malade est prise tout à coup, au moment où elle se lève pour uriner, d’un accès de syncope suivi de mouvements convulsifs. Cet accès se répète à trois ou quatre reprises, et la malade succombe dans une de ces attaques.

Autopsie. — On trouva dans l’oreillette droite un thrombus, sec, consistant, ridé, gris brun, formé de couches concentriques. Le tronc principal de l’artère pulmonaire du côté droit est rempli par un caillot volumineux qui se prolonge dans la plupart des divisions principales. Pas d’altération des parois de l’artère... Vers la fin de l’iléon, ulcération des plaques de Peyer... D’une veine sacrée moyenne part un caillot qui s’avance dans la veine cave. Ce caillot n’est que le prolongement d’un thrombus qui remplit la veine sacrée elle-même et adhère à ses parois.

60. Mort subite ou très rapide et imprévue dans la phtisie pulmonaire par embolie pulmonaire (2). — Homme de 32 ans. Lésions très nettes de tuberculose pulmonaire. Cachexie très accusée. Mais aucune douleur dans les membres, ni d’œdème nulle part.

Un matin il se lève et tombe soudainement mort.

Autopsie. — Infiltration de tout le poumon droit et du lobe supérieur du poumon gauche dont le lobe inférieur, à peine atteint, pouvait seul servir à la respiration. Oblitération complète par un embolus delà branche artérielle qui se rend à ce lobe. Thrombose de la partie initiale de la veine fémorale droite; l’extrémité supérieure du thrombus offre une cassure irrégulière.

61 . Mort subite par embolie pulmonaire suite de phlébite rhuma-

(1) B. Bail, Des embolies pulmonaires , 1862, p. 104 (obs. XXII, empruntée à Virchow).

(2) Duguet, Union méd ., 19 et 23 septembre 1883, et Rev. des sc. mél ., 1885, t. XXVI, p. 138.

EMBOLIES PULMONAIRES.

tismale (l). — Jeune homme vigoureux. Entré à la Charité de Berlin, atteint en apparence de fièvre rhumatismale. Il se plaignait de douleurs dans la cuisse droite qui paraissaient avoir leur siège dans les parties molles. Pouls un peu fréquent et dur. On fait une saignée du bras, et on applique des ventouses sur la cuisse. Le sang tiré de la veine est couenneux. Le lendemain de son entrée, le malade meurt subitement.

Autopsie. — Les artères pulmonaires sont remplies de caillots en partie de texture granuleuse, de couleur lie de vin, non adhère nies aux parois artérielles. La veine où la saignée a été pratiquée est normale. La veine crurale droite est remplie et en partie oblitérée par un caillot adhérent (Parois épaissies, infiltrées. Membrane interne rugueuse).

62. Mort subite par embolie pulmonaire suite de phlegmasia alba-dolens pendant l’état puerpéral (2). — Primipare. 21 ans. Le troisième jour de ses couches frisson. Puis douleurs vives sur le trajet de la veine fémorale, dans le genou et le mollet. Le lendemain œdème de toute la cuisse gauche, laquelle au bout de quelques jours avait atteint le double de son volume normal. Douleurs vives troublant le sommeil. Pouls 96. L 'application de ventouses fait, disparaître la douleur. Une forte compression à l'aide d'un bandage fit diminuer l’œdème, si bien que la malade restait habituellement hors de son lit et prenait des forces. Tout à coup, elle tombe en poussant un cri, le visage devient pâle, l’œil éteint, les extrémités froides, le pouls petit, respiration bruyante, grande anxiété. Mort au bout de trois quarts d’heure.

Autopsie. — Thrombose de la veine crurale gauche et de toutes 1 es branches du membre inférieur qui s’y rendent. Caillots d’une consistance très dure et adhérant fermement aux parois veineuses. Dans les poumons, caillots qui peuvent être suivis jusque clans les plus petits rameaux de l’artère pulmonaire.

63. Mort subite par embolie pulmonaire dans la convalescence de la fièvre typhoïde, Thrombose et embolie (3). — Fille de 23 ans.

Chlorotique. Fièvre typhoïde latente. Elle avait éprouvé, entre autres symptômes, une douleur vive dans la région sacro-iliaque gauche. Frissons, fièvre, couibature, inappétence, constipation, pesanteur de tête. Tous ces symptômes paraissaient s’amender lorsque la malade est prise tout à coup, au moment où elle se lève

(1) Virchow, Thrombose und Embolie , Gefaessentzuendung and Sepiische Infection. — Charcot et Bail, Gaz. hebd., 1858, p. ? 86.

(2) Klinger, d'après le D1 2 3 Hoogeweg, de Berlin, Gaz. hebd., 1858, p. 785.

(3) Virchow, Thrombose und Embolie , Gefaesseztzuenduny unit Septische Infection. — Charcot et Bail, G^iz. hebd., 1858, p. 786.

pour uriner, d’un accès de syncope suivi de mouvements convulsifs; cet accès se répète à trois ou quatre reprises, et la malade succombe dans une de ces attaques.

Autopsie. — On trouve dans l’oreillette droite un thrombus ayant le diamètre du petit doigt, sec, consistant, ridé à sa surface, gris brun à l’extérieur, rouge foncé à l’intérieur, formé de couches concentriques. Le tronc principal de l’artère pulmonaire du côté droit est rempli par un caillot volumineux qui se prolonge dans la plupart des divisions principales et qui est semblable à celui qu’o n a trouvé dans le cœur. Pas d’altération des parois de l’artère. Vers la fin de l’iléon, ulcération des plaques de Peyer. D’une veine sacrée moyenne part un caillot qui s’avance dans la veine cave. Ce caillot n’est que le prolongement d’un thrombus qui remplit la veine sacrée elle-même et adhère à ses parois qui, elles-même, sont épaissies.

64. Mort subite par embolie pulmonaire dans les varices (1). — Femme de 34 ans. Affectée de varices aux jambes, surtout à la droite. Ces varices ne déterminaient aucune gêne. Un jour, sans cause appréciable, la jambe droite devint plus volumineuse. Les varices superficielles se prononcèrent davantage ; et la gêne des mouvements augmentant de plus en plus, la malade se vit obligée d’entrer à l’hôpital. Jambe droite œdématiée, d’une coloration blanche, d’une consistance pâteuse, peu douloureuse à la pression. Cinq jours après, on sent un cordon dur le long de la poplitée, et la pression détermine de la douleur. Le surlendemain on perçoit un cordon induré et sensible le long de la fémorale. La malade dit être enceinte'de deux mois. Deux jours après, dans le courant de la nuit, subitement la malade éprouve de l’angoisse, une sensation d’étouffement et la vie s’éteint.

Autopsie. — Du côté droit, la poplitée est dure, remplie de caillots fibrineux. Sa tunique intérieure est d’un rouge vineux. Le tissu cellulaire périvasculaire est épaissi.

Les veines fémorale et iliaque sont pour ainsi dire bourrées de caillots d’un brun blanchâtre déjà anciens, les autres noirs, sans doute formés après la mort.

Dans le cœur droit, caillot fibrineux replié sur lui-même, pelotonné et bouchant l'orifice de l’artère pulmonaire. Ce caillot est ferme et non adhérent aux parois. Dans la division gauche de l’artère pulmonaire on rencontre un autre caillot fibrineux. Dans la subdivision de l’artère pulmonaire on remarque depetits caillots grisâtres formés avant la mort et lancés dans l’artère pulmonaire avant les gros caillots sus-menlionnés.

(1) Seuvre, Bull, de la Soc. anat., XLVI1I, p. 300.

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65. Mort subite par embolie de la veine cave inférieure à la suite de varices de la jambe (1). — Homme tle 50 ans. Contusion de la jambe gauche d’ailleurs sans importance. Mais comme le malade avait de nombreuses varices et que la contusion semblait les avoir rendues plus proéminentes, on recommande au malade le repos dans la position horizontale. Au bout de peu de jours il était guéri. Environ douze à quinze jours après, surpris par une forte averse, il courut pour se mettre à l’abri. Presque aussitôt, il se sentit pris de langueur et ne put continuer sa route. Anxiété. Pouls faibles intermittent. Respiration libre et régulière. Cependant, il revint à lui et déclara n’éprouver aucune douleur, mais un sentiment pénible de constriction à la base du thorax. Lèvres et oreilles bleues. Face grippée. Pouls sensiblement égal. Respiration 44 à la minute. Tout à coup il fit un effort de vomissement; la face, la tête et le cou devinrent livides ; le cœur cessa de battre. Il Fit deux ou trois respirations profondes; après quoi l’action du cœur cessa. Il mourut trois quarts d'heure après le début de l’accident, sans avoir perdu connaissance.

Autopsie. — La veine cave inférieure contenait un caillot d’un jaune grisâtre, commençant au-dessus de l’oreillette droite et s’étendant en bas jusqu’à la veine iliaque primitive. La partie inférieure de ce caillot était dure et übroïde. On en trouvait de semblables au voisinage des varices.

66. Mort subite par embolie pulmonaire, dans les cas de cancer latent ou méconnu de l’utérus (2). — Femme de 74 ans, cachectique. Elle tousse un peu depuis plusieurs mois et souffre dans le ventre. Un peu de dyspnée que n’explique pas l’examen de la poitrine.

Subitement une nuit elle est prise d’une dyspnée et d’une oppression considérables. En même temps elle a une forte hémorrhagie utérine. Le lendemain matin, on la trouve assise sur son lit, en proie à une anxiété extrêmement vive. Elle asphyxie et cependant l’air entre très librement dans la poitrine et l’auscultation ne révèle aucun bruit morbide; au contraire, la respiration s’entend bien partout. Cette femme accuse en même temps des douleurs dans le ventre et bientôt elle est prise de vomissements. Le toucher vaginal ne fournit que des signes négatifs, le col est régulier, lisse, souple, et le liquide sanguinolent qui en sort n’a pas d’odeur caractéristique. Dans la journée le malaise augmente, les vomissements sont presque incessants et à plusieurs reprises à

(1) Tliom. Browne, The Lancet , 27 juin 1S75, et Gaz. des hôp ., 1875, p. 829.

(2) G. Haycm et Graux, Progr. méd ., 1874, p. 559.

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la dypsnée continue s’ajoutent des crises plus violentes, de véritables accès de suffocation. Après une nuit plus calme la malade semblait quelque peu soulagée, lorsqu’en essayant de remonter dans son lit, elle tombe morte.

Autopsie. — A droite, il existe une pleurésie diaphragmatique purulente enkystée qui semble être déjà ancienne.

Embolies pulmonaires. Thromboses avec phlébolithes dans les plexus ovariens.

Epilhélioma à cellules cylindriques du corps de l’utérus.

On remarquera la rareté assez grande des thromboses des plexus ovariens comme origine d’embolies.

67. Mort simultanée de deux vieillards, l’un par fracture de la sixième vertèbre cervicale, l’autre par embolie pulmonaire. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Blanquart des Saisines, juge d’instruction, en vertu d’une ordonnance, en date du 7 mai 1879, ainsi conçue :

« Vu la procédure en instruction à l’occasion de la mort des •époux T..., demeurant à Nanterre, etc...

Autopsie de T... (âgé de 72 ans). — Le cadavre est celui cl’un vieillard très amaigri, pâle, au teint cachectique; les jambes sont infiltrées par de l’œdème.

11 ne porte sur aucun point du corps de trace de violence.

Sous les deux conjonctives oculaires, on voit quelques petites •ecchymoses.

Sous le cuir chevelu, on ne trouve pas de lésions; le crâne n’est pas fracturé ; les méninges et le cerveau n’offrent rien d’anormal.

Les muqueuses du pharynx, du larynx et de la trachée ne sont pas couvertes par des mucosités.

Les côtes sont faciles à couper.

Les poumons ne sont pas adhérents, les plèvres ne renferment pas de liquide et ne sont pas tachetées par des ecchymoses souspleurales.

A cheval sur la bifurcation de l’artère pulmonaire se trouve une embolie constituée par un caillot fibrineux, de formation ancienne, pénétrant dans les deux branches de l’artère pulmonaire; ce caillot mesure 6 centimètres dans l’artère pulmonaire droite et b cent. 1/2 dans l’artère pulmonaire gauche; il remplit toute la lumière de l’artère, et sa couleur d’un brun clair, sa formation par des couches de fibrine, tranchent avec la couleur et la consistance des caillots noirs, mous et de date récente qui lui font suite.

Les poumons sont pâles, peu congestionnés eL sans noyaux apoplectiques.

Le cœur contient quelques caillots mous, il est sain.

EMBOLIES TULMONAIRES. 317

Les valvules aortiques sont le siège d’une induration calcaire peu prononcée.

L’estomac contient 100 à 120 grammes d’un mélange formé par du vin, des lentilles et du pain.

Le foie est un peu dur; la bile est jaune, un peu trouble.

Le rein gauche présente un calice et des bassinets dilatés; la substance corticale est atrophiée. Il est dans un état d’hydronéphrose peu avancée, il se décortique très facilement.

Le rein droit est atteint d’hydronéphrose très avancée, le calice et les bassinets sont extrêmement dilatés, la substance corticaleest réduite à une grande minceur et est en dégénérescence complète; il n’y a pas de calculs dans les reins ou leurs conduits excréteurs.

La vessie est très dilatée, en la sondant on retire environ 300 grammes d’urine très claire.

La prostate a un volume à peu près analogue à celui d’une tête' d’enfant à terme. Elle mesure 9 centimètres sur 10. Elle est en dégénérescence cancéreuse (encéphaloïde) ; le bas-fond de la vessie est occupé par cette masse cancéreuse qui a comprimé l’orifice des uretères et amené la distension des reins et leur hydronéphrose.

Dans l’aine gauche et à l’origine de la veine fémorale gauche, il y a quelques ganglions en dégénérescence cancéreuse.

L’artère fémorale gauche contient un petit caillot fibrineux très mince, ayant environ 7 à 8 centimètres de longueur. La veine fémorale gauche est occupée par un caillot mou de date récente.

A droite, l’artère fémorale est saine ; mais dans la veine fémoralo droite on trouve un thrombus, s’arrêtant brusquement au-dessus de l’arcade du pubis et analogue par sa forme, sa consistance et sa couleur au caillot trouvé dans l’artère pulmonaire. A 1 centimètre de l’extrémité supérieure cassée du thrombus, on voit un autre petit caillot arrondi et libre.

Le caillot embolique qui oblitère les artères pulmonaires a la longueur et le volume de la veine iliaque droite. Il résulte de la fracture du caillot au pli de l’aine.

Conclusions. — 1° T... était atteint d’un cancer de la prostate de date ancienne. Cette affection l’avait réduit à un état de cachexie caractérisé par la pâleur des téguments, l’œdème des membres inférieurs et la formation de caillots dans les veines des membres inférieurs, dernier terme de cette cachexie.

2° La mort est le résultat de la rupture d’un de ces caillots au niveau de l’union de la veine fémorale et de la veine iliaque. Ce caillot s’est transporté de son lieu d’origine dans les artères put-

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monaires, les a oblitérées, a ainsi amené un arrêt absolu de la circulation pulmonaire, incompatible avec la vie.

3° La mort a dû être très rapide, sinon instantanée.

4° Ces ruptures de caillots sont habituellement la conséquence d’un mouvement brusque tel que celui que l’on fait en sautant rapidement en bas de son lit.

5° Le corps de T... ne porte aucune trace de violence.

Autopsie de il/me T... — Le corps est celui d’une femme de 37 ans, couvert de lividités cadavériques, plus spécialement dans les parties déclives eL la partie supérieure des épaules.

La face est souillée par des mucosités sanguinolentes abondantes, sortant par les narines et la bouche; elle présente une coloration violacée, ecchymotique, mais sans traces d’écorchures ou d’érosions.

La face interne des paupières est injectée, mais sans ecchymoses • sous-conjonctivales.

Au niveau du bord antérieur du sterno-mastoïdien droit, on voit une petite ecchymose doublée par un petit caillot sanguin sous-dermique de 4 à 3 millimètres de diamètre.

Dans la fosse sus-claviculaire droite, quelques petites ecchymoses à direction transversale, doublées par des suffusions sanguines assez profondes, semblent résulter de la pression qu’ont pu exercer les bords des vêtements sur la peau.

Au-devant de la fourchette du sternum et presque sur la ligne médiane une plaque parcheminée, sans suffusion sanguine, mesure 1 centimètre et demi de diamètre. Les épaules et la partie supérieure du dos sont le siège d’un piqueté hémorrhagique assez abondant.

Sur la face postérieure du poignet droit un épanchement sanguin dans le tissu cellulaire sous-cutané, assez épais, mesure 4 centimètres de diamètre. Au niveau de la tète du deuxième métacarpien de la main droite on trouve une petite suffusion sanguine.

Les deux bras, les avant-bras et la main gauche ne présentent ni écorchure, ni ecchymose, ni plaie.

Au niveau du bord antérieur du tibia gauche, dans le tiers inférieur, on voit une petite suffusion sanguine sous-cutanée.

L’anus est souillé par des matières fécales demi-liquides.

La vulve est mouillée par du muco-pus assez abondant.

Sous le cuir chevelu on voit des ecchymoses sous-épicràniennes très nombreuses, dont quelques-unes sont assez larges.

Au niveau de la suture occipito-pariétale gauche, il existe une bosse sanguine de 4 à 3 centimètres de diamètre et d’un centimètre d’épaisseur; le périoste à ce niveau est fortement infiltré de sang.

Les os du crâne ne sont pas fracturés.

EMBOLIES PULMONAIRES.

Les mailles de la pie-mère, qui couvre les circonvolutions occipitales supérieures de l'hémisphère droit, sont infiltrées de caillots sanguins; le tissu encéphalique sous-jacent est fortement contusionné.

Au niveau des circonvolutions occipitales et pariétales ascendantes de l'hémisphère cérébral gauche, les anfractuosités intercirconvolulionnaires sont occupées par des caillots allant jusqu’au fond de l’interstice; on trouve les mêmes lésions au niveau des circonvolutions qui louchent le cervelet. L’aqueduc de Sylvius et le quatrième ventricule sont sains.

Au-devant de la sixième vertèbre cervicale, le tissu cellulaire présente une ecchymose d’environ 1 centimètre de diamètre.

Le corps de la sixième vertèbre cervicale est fracturé transversalement. Le canal rachidien, renferme du sang demi-liquide.

La muqueuse du larynx est couverte par quelques mucosités sanguinolentes non aérées.

Les poumons ne sont pas adhérents; leur surface est couverte d’ecchymoses sous-pleurales très nombreuses surtout dans les plis interlobaires.

Les bases des poumons sont très congestionnées, mais ne présentent pas de noyaux apoplectiques. La coupe du tissu pulmonaire laisse écouler une spume très aérée, presque aussi abondante que celle qui s’écoule des poumons des noyés. Le poumon gauche contient un grand nombre de noyaux tuberculeux anciens.

Le péricarde n’a rien d’anormal; on n’y découvre pas d’ecchymoses sous-péricardiques.

Le cœur est en dégénérescence graisseuse très marquée ; il ne contient pas de caillot, mais un sang absolument liquide ; les valvules sont saines; à l’origine de l’aorte, il y a quelques plaques d’endartérite ancienne.

L’estomac renferme environ oO à 60 grammes d’un liquide ayant la couleur et l’odeur du vin.

Le foie est en dégénérescence cirrhotique et graisseuse.

La bile est jaune et contient de la boue hépatique et de petits calculs biliaires irréguliers, à pointes saillantes.

La rate est petite.

Les reins sont mous et se décortiquent très bien.

Conclusions. — 1° La mort de la femme T... est le résultat de la contusion de l’encéphale et de la moelle, causée par la violence qui a fracturé la sixième vertèbre cervicale et produit la bosse sanguine occipito-pariétale gauche.

2° Cette bosse sanguine de la tête, les contusions du poignet et de la main droite et la plaque parcheminée placée en avant du

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sternum, s’expliquent très bien si l’on admet une chute dans un escalier sur la partie postérieure de la tôle. La fracture de la colonne vertébrale serait la conséquence de la flexion exagérée de la tête sur le cou, portant le menton sur la plaque parcheminée située en haut du sternum.

3° L’état du foie révèle l’existence d’habitudes alcooliques anciennes.

4° L’estomac contient un liquide vineux, mais en proportion trop faible pour qu’il nous soit possible d’en conclure que cette femme fût au moment de sa mort en étal d’ivresse.

68. Blennorrhagie urétrale, légères douleurs du genou, pneumonie, guérison de celle-ci, mort subite par thrombose (1). — La blennorrhagie a occasionné la phlébite avec thrombose des veines de la prostate; la coagulation s’est étendue dans les veines iliaque et cave, puis dans le cœur droit et les artères pulmonaires où l’on trouva des caillots formés pendant la vie.

En allant à la selle, le sujet avait perdu presque connaissance et était mort en une demi-heure.

69. Vaginite purulente. Embolie de l’artére pulmonaire (2). — J’ai eu l’occasion de faire l’autopsie d’une jeune fille morte d’une complication tellement rare, que je crois devoir en donner le résumé. L’inculpé avait une blennorrhagie, il avouait avoir eu avec cette jeune fille des rapports sexuels, il déclarait que ceux-ci avaient été répétés et consentis. Les derniers avaient eu lieu, d’après lui, huit jours avant la mort. Celle-ci était survenue subitement, huit jours environ après que la jeune fille avait dû prendre le lit pour un œdème d’un des membres inférieurs. Nous trouvâmes à l’autopsie une embolie de l’artère pulmonaire détachée d’une thrombose de la veine iliaque gauche avec oblitération des veines du petit bassin, vaginite purulente et métrite. Voici les parties essentielles de cette observation :

Autopsie, le 29 décembre 1881.

Le cadavre est celui d’une jeune fille âgée de 15 ans, grande, élancée. Le corps est d’une maigreur extrême, mais ne porte aucune trace de violence. Les seins sont à peine développés.

Le membre inférieur gauche est le siège d’un œdème très accusé et dur.

Tous les organes dont je ne parle pas en ce moment étaient sains.

(1) S. O. Habersolui, Guys hospit. Reports , 3e Série V. p. 179, in Schmidt' s Jahrbuecher , 1861, p. 179.

(2) Brouardel, Causes d'erreur dans les expertises relatives aux attentats à ta pudeur (Annales d'hygi'ene et de mêd. légale 1883, t. X, p. G'J).

EMBOLIES PULMONAIRES.

Les bronches sont remplies de mucosités. Le poumon gauche présente quelques adhérences à la plèvre, mais il est sain. La base du poumon droit est légèrement congestionnée, il est le siège en un point d’un petit infarctus. On ne trouve pas de tubercules dans les poumons.

Le cœur est mou et flasque. Les valvules sont saines. On trouve un caillot rougeâtre mou dans le ventricule droit se prolongeant jusque dans l’artère puliyonaire. Après sa division, on trouve la lumière du tronc de l’artère pulmonaire gauche complètement obturée par la présence d’un caillot dur, fibrineux, granuleux, présentant une section nette en arrière et une crête saillante en avant. Ce caillot, ou plutôt cette embolie, est beaucoup plus ancien que le caillot mou placé en arrière.

L’estomac, qui est sain, contient environ 200 grammes d’un liquide dans lequel on trouve des choux ; il a une légère odeur de vin.

Le péritoine n’est le siège d’aucune inflammation.

Les organes génitaux sont normalement conformés. Le mont de Vénus porte quelques poils clairsemés.

La membrane hymen est largement déchirée. Sur sa partie inférieure gauche, une déchirure profonde va jusqu’à l’insertion de celte membrane. Les lambeaux sont séparés et cicatrisés isolément.

L’anus ne présente rien d’anormal.

Le vagin assez large a perdu presque tout son épithélium et contient un liquide d’apparence purulente.

Le col de l’utérus est extrêmement rouge et desquamé. Eu pressant légèrement l’extrémité du col on fait sourdre un peu de pus.

L'utérus est vierge et très congestionné. Il contient à l’intérieur un petit caillot de sang mou et un peu de liquide d’apparence purulente.

Les ovaires sont sains, on y voit une vésicule de Graaf récemment rompue.

La dissection des veines du membre inférieur gauche nous a montré que la veine iliaque de ce côté était bouchée dans toute son étendue ainsi que la veine crurale et les veines du membre inférieur par un caillot granuleux très adhérent à la tunique interne de la veine. Au niveau de son embouchure dans la veine cave inférieure, ce caillot se termine brusquement par une surface de section nette, analogue à celle du caillot trouvé dans l’artère pulmonaire gauche. La veine iliaque interne est oblitérée par un caillot analogue ancien. Les troncs d’origine le sont également.

P. Brouardel. 21

Conclusions. — 1. La mort de cetle jeune fille a élé le résultat de l’embolie qui a obstrué l’artère pulmonaire gauche et interrompu le cours de la circulation.

2. Celle embolie s’est détachée du caillot qui oblitérait la veine iliaque primitive gauche et les veines du membre inférieur du môme côté.

Cette thrombose des veines de ce membre avait déterminé l’œdème noté plus haut.

3. Cette jeune fille est déflorée depuis un temps trop ancien pour que l’on puisse actuellement rechercher la date de la défloration.

4. Elle était atteinte d’une métrile et d’une vaginite purulentes.

5. La présence de caillots anciens dans les vaisseaux d’origine de la veine iliaque interne semble indiquer que le point de départ de cette oblitération veineuse a élé la vaginite purulente.

Celle-ci aurait donc indirectement déterminé la mort de la fille R...

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