Introduction de l’air dans les veines
70. Mort subite par entrée de l’air dans les veines à la suite d’une tentative d’avortement (1). — Jeune fille de 23 ans qui avait demandé à une autre femme delà faire avorter. Elle meurt subitement ; le médecin trouve sur elle une sonde en gomme, avec laquelle on avait probablement tenté d’insuffler de l’air entre les membranes de l’œuf. Mais le cathéter avait été mal conduit et avait pénétré à travers le tissu utérin dans une veine qu’il avait remplie d’air. Aucune personne n’avait assisté, il est vrai, au fait. On sut seulement qu’on avait tenté plusieurs fois, à l'aide d’un instrument mousse en acier, de décoller les membranes, ce qui n’aurait produit qu’une séparation partielle et une légère inflammation de celles-ci.
A l’autopsie, sang écumeux dans les veines sous-cutanées. Cœur droit distendu par de l’air et du sang écumeux ; il en était de même dans les autres veines.
Les veines et sinus de l’utérus étaient si remplis d’air qu’ils ressemblaient à des paquets de vers de terre. Les membranes de l’œuf sont intactes, la quantité de liquide amniotique est normale, le fœtus, sain, non putréfié, est de 3 mois. A la surface interne des membranes, léger exsudât comme après une inflammation. L’orifice et le col large de 2 millimètres sont remplis de muco-
(1) John Swinburn, Med. and Surg. Report, 23 April 1859, in Schmidt’s Jahrbuecher, 1800. Vol. CVI, p. G7.
INTRODUCTION DE l’aIH DANS LES VEINES.
silés sanguinolentes. La surface interne de l'utérus présentait un tissu un peu ramolli, quelques érosions et une 'perforation communiquant directement avec un sinus.
Cette ouverture communiquait directement avec la veine du ligament latéral, et celle-ci avec la veine cave ascendante.
Tous les autres organes étaient sains.
71. Mort subite par introduction de l’air dans les veines, à la suite d’une injection d’eau chlorurée dans la matrice (1). — Femme de 35 ans, mère de trois enfants. Enceinte de nouveau, elle eut, à la suite d’une forte émotion morale, une perte qui après une durée de 13 jours, fut suivie d’avortement. Toutefois le placenta resta dans la matrice. On essaya de différents moyens pour opérer la délivrance, mais on ne parvint qu’à retirer quelques portions de placenta. En cette occurrence, on décida de pratiquer des injections d’eau chlorurée. Ces injections furent faites dans la matrice à midi et le soir au moyen d’une sonde en gomme élastique portée jusque dans la matrice et à laquelle venait s’adapter la canule d’une seringue à lavement remplie d’eau chlorurée et soigneusement privée des huiles d’air qui pouvaient s’y être glissées... Le surlendemain matin, vers 4 heures, la malade eut une perle considérable. A 8 heures eile avait cessé. M. Slevens touche la femme, parvient à extraire quelques fragments de placenta et finit par faire une nouvelle injection d’eau chlorurée, en s’entourant des mêmes précautions que les deux jours précédents. Mais aussitôt la femme qui était couchée dans son lit, se projette sur son séant, les bras étendus, en s’écriant qu’elle étouffe ; la tête se renverse en arriérera face pâlit, les yeux se convulsent en haut, le regard se fixe, quelques mouvements convulsifs se manifestent à la gorge et font croire un moment à un étal hystérique, mais la respiration devient saccadée, se ralentit, le corps retombe .en arrière et la malade expire tout au plus 3 minutes après l’injection.
Autopsie. — La veine cave inférieure distendue, contient dans son parcours abdominal plusieurs bulles assez fortes de gaz. Le cœur est volumineux, mais on s’aperçoit que l’augmentation de volume est due surtout à la distension des cavités droites de cet organe qui présentent une élasticité particulière. Les dilférents vaisseaux qui viennent s’aboucher au cœur ayant été liés, cet organe fut ouvert sous l’eau et laissa échapper une grande quantité de gaz mêlés à du sang. Les cavités gauches en contiennent aussi quelques bulles.
(1) Dr Bessems, Annales de la Société de Med. d’Anvers , et Gaz. des hôp., 1849, p. 11 ?.
324 OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
72. Mort rapide après la délivrance par introduction de l’air dans les veines (1). — Femme de 27 ans. Accouchement naturel (fœtus mort). Le délivre suivit de près. La matrice se contracta convenablement, mais les forces ne revinrent pas : la malade était d’une pâleur extrême, faisait à chaque instant des efforts de vomissements et respirait avec difficulté. Battements du cœur irréguliers. La malade se plaignait toujours d’étouffer: « De l’air, de l’air, disait-elle, ou je vais mourir ». Elle expira 5 heures après la délivrance.
Autopsie. — L’estomac et les intestins étaient distendus par une grande quantité de gaz. La surface où s’insérait le placenta était sillonnée d’une grande quantité de veines sinueuses sans apparence d’ouverture. Dans le cœur, on trouva quelques bulles d’air mêlées avec la petite quantité de sang que contenaient les ventricules : elles étaient plus abondantes à droite qu’à gauche. L’arachnoïde parut soulevée par de petites plaques transparentes que l’on reconnut pour des bulles d’air qui se laissaient facilement déplacer par la pression. Dans plusieurs des veines qui rampent entre les circonvolutions du cerveau on voyait de petites colonnes d’air séparées par d’autres petites colonnes de sang rosé. En les poussant avec le doigt on réunissait ces petites colonnes de manière adonner aux veines l’aspect de fragments de vermicelle longs de plusieurs centimètres. La même disposition fut reconnue dans quelques veines delà base du cerveau. Il n’existait rien dans la poitrine.
73. Mort subite dans l’état puerpéral, présence d’air dans les cavités droites du cœur (2). — Julienne P..., 23 ans, accouchée la veille d’un enfant vivant; seulement la délivrance n’a pu être opérée. Le lendemain les premiers symptômes de décomposition placentaire se déclarent. Le soir, violent frisson qui dure environ une demi-heure. Le jour suivant, le placenta est expulsé en entier : il n’est putréfié que sur un point de sa circonférence. Dans la journée, nouveau frisson, plus violent et plus long que le premier. La malade meurt subitement à 3 heures de l’après-midi.
Autopsie. — Dans l’artère pulmonaire, on constate la présence d’un caillot, mou, noir, non adhérent aux parois, mais se prolongeant par de nombreuses ramifications dans les diverses branches de l’artère.
En pressant dans la main et sur place le cœur droit, on déter-
(1) D1 2' Lionet, de Corbeil, in Cormaclv, De l'entrée de l'air par les orifices béants des veines utérines considérée comme cause de danger et de mort subite peu de temps après ta délivrance. Thèse, 1870.
(2) Hubert-André, Obs. lue à la Société anatomo-patliol. de Bruxelles. Gaz. des hop., 1871, p. 357.
11ÉM0RRIIAGIË CÉRÉRRALE.
mine des bruits multiples analogues à ceux produits par l’air traversant un liquide: on n’observe pas le mêm e phénomène du côté de l'oreillette et du ventricule gauches. Après avoir fait la ligature de tous les vaisseaux qui émanent et qui se rendent au cœur, on fit sous l’eau la ponction des oreillettes et des ventricules. A la ponction du cœur gauche, rien ne se produisit, mais à l’ouverture de l’oreillette droite et du ventricule droit une quantité considérable de bulles gazeuses se sont précipitées à travers le liquide et sont venues crever à sa surface.
74. Mort subite par embolie aérienne (entrée de l’air dans les sinus utérins) (1). — Une jeune femme, de bonne santé habituelle, mourut subitement dans sachambre, et M.Dundar, appelé aussitôt trouva entre ses cuisses une seringue dont le tube était rempli de sang.
A l’autopsie, on rencontra de l’air dans le cœur droit ; la quantité en fut évaluée à 3 centimètres cubes environ. L’utérus, qui contenait un embryon de 3 mois environ, était perforé en plusieurs points, et un fragment d’aiguille à tricoter, long de trois pouces et demi, était solidement fixé dans ses parois. Le placenta avait été détaché durant la vie. Les docteurs Weaver et Brown, qui firent l’autopsie, furent d’avis que la mort était due à l’entrée de l’air dans les sinus utérins. Le Dr Dundar pense que, dans ce cas, l’aiguille avait été enfoncée violemment dans l’utérus par la femme elle-même et qu’elle avait eu recours à la seringue après avoir échoué dans sa première tentative. Comme on n’avait trouvé auprès d’elle ni bassin, ni eau, l’auteur se demande si la femme avait voulu injecter de l’air dans son utérus, ou se servir de la seringue pour retirer par aspiration le fragment d’aiguille resté dans l’utérus. En tout cas, dit-il, il n’y a pas de doute que l’entrée de l’air dans les sinus béants n’ait été la cause delà mort.