Hémorrhagie cérébrale
75. Mort subite, lésions encéphaliques (2). — Homme de 41 ans, charpentier, forte constitution. Entre un jour à l’hôpital pour un lumbago qu'il a contracté la veille en enlevant un fardeau trop lourd. Le malade est intelligent. La parole est régulière. Il n’est point alcoolique. Le surlendemain, au matin, le malade guéri demande lui-même à quitter l’hôpital, et au moment de s’habiller, il meurt subitement.
(1) Th. A. Dundar, The med. Record, New-York, 24 avril 1880, et Gaz. hebd., 1880, p. 7G5.
(2) G. Lorey, Bull, de la Soc. anal., XLVIII, p. 404.
326 OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
Autopsie. — Du côté du cerveau , à la base, on constate une série de petites hémorrhagies périvasculaires, très confluentes surtout le long des scissures de Sylvius. Cependant les artères de l’hexagone ne présentent aucune lésion appréciable. Au niveau de la convexité on remarque aussi quelques petites hémorrhagies. Méninges un peu épaissies, troubles. Çà et là. la pie-mère est adhérente et en la soulevant on détache de légères parcelles de substance cérébrale.
Dans le quatrième ventricule on trouve un caillot assez volumineux. Toutes les parois du ventricule sont baignées de sang et en examinant la face postérieure de la protubérance, on constate un petit point hémorrhagique adhérant au caillot du ventricule.
76. Mort rapide par hémorrhagie dans la moelle allongée et la protubérance annulaire (1). — Un homme de 72 ans, d’une constitution robuste, ayant toujours joui d’une parfaite santé se rend un jour, chez une personne chargée de lui payer une rente viagère. En arrivant, il se plaint de ressentir beaucoup de fatigue, il s’assied, et tombe presque aussitôt sur le côté, en vomissant le café au lait qu'il avait pris à son déjeuner : face rouge, yeux injectés, stertor, coma profond, perte complète de connaissance, convulsions toniques, mort au bout de 2 heures.
Autopsie. — La protubérance annulaire forme un relief plus saillant et plus arrondi que dans l’état ordinaire. On trouve dans son épaisseur un foyer apoplectique s’étendant d’une part jusqu’au-dessous des tubercules quadrijumeaux et de l’autre jusqu’à la moitié de la longueur des éminences pyramidales... La substance nerveuse au milieu de laquelle le sang est épanché, n’est aucunement ramollie.
77. Mort rapide par hémorrhagie du cervelet (2). — Femme de 70 ans. Elle était assise : tout à coup, elle s’écrie : « Je suis morte! » et tombe presque immédiatement dans un état de coma avec quelques vomissements : elle resta ainsi dans un état comateux, sans aucun changement dans les symptômes pendant 40 heures et mourut.
Autopsie. — Caillot du volume d’un œuf de pigeon dans le lobe droit du cervelet.
77 bis. Mort rapide par hémorrhagie du cervelet (3). — Homme
(1) Ollivier, d’Angers, Arch. gén. de méd., 1883, t. I, 2e série, p. 255.
(2) Abercrombic, Recherches sur les maladies de l'encéphale et de la moelle épinière, p. 2i8, traduction Gendrin. — Leven et Ollivier, Recherches sur la physiologie et la pathologie du cervelet . [Arch. gén. de méd., 1862-63).
(3) Andral, Clinique médicale, t. V, p. 659.
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de 38 ans, présentant les symptômes d’une affection organique du cœur. Céphalalgie. Etourdissements.
Tout à coup, apoplexie subite, coma profond, résolution des membres. Sensibilité générale obtuse. 15 heures après : respiration stertoreuse. Pouls irrégulier, puis mort.
Autopsie. — Le lobe droit du cervelet est transformé en une poche remplie de sang.
78. Mort subite par hémorrhagie cérébrale fl). — Homme de 31 ans, trouvé mort dans les cabinets d’aisances de la gare Saint- Lazare, 3 heures après qu’on l’avait vu y entrer. Il n’a été reconnu que pendant l’autopsie, pratiquée le 29 novembre 1878.
Le cadavre est celui d'un homme assez bien constitué et mesure tm,74. Le corps, surtout les pieds, est couvert de saletés qui paraissent être des matières fécales. Sur le bras gauche se voit un tatouage représentant une ancre et au-dessus un zouave tenant dans la main un objet dont on ne distingue pas bien la nature; au bas le millésime 1869.
La main gauche ainsi que la main droite noircies par du charbon portent des durillons qui cependant ne permettent pas de reconnaître la profession.
Sur les jambes, on trouve des cicatrices non adhérentes, déprimées sur certains points, à bords irréguliers, et paraissant provenir d'anciennes ulcérations syphilitiques. Quelques nodosités sur la crête du tibia.
Le testicule droit est presque atrophié, le pénis est long et mince.
Au-dessous de l’union de l’occipital et du pariétal droit on trouve une plaie mesurant 4 centimètres de long et comprenant toute l’épaisseur du cuir chevelu. Le périoste est déchiré à ce niveau. Dans les lèvres de la plaie il y a du sang infiltré. Il n’y a pas de fracture du crâne.
En ouvrant le crâne, il s’en échappe une certaine quantité de liquide sanguinolent, et après section des circonvolutions cérébrales il s’échappe une substance cérébrale ramollie entourant un vaste foyer hémorrhagique, situé dans le lobe cérébral droit.
Le caillot est énorme et siège au niveau de la partie externe de la couche optique du corps strié ; l’avant-mur est compris dans la lésion ; l’hémorrhagie n’atteint pas la surface des circonvolutions cérébrales.
Le ventricule latéral est aplati.
On ne constate rien de particulier à la base de l’encéphale. Eu
(1) Autopsie faite à la Morgue.
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sectionnant le cerveau on trouve de petits anévrysmes miliaires dans la prolubérance annulaire.
Dans les plèvres on ne trouve rien. Les poumons offrent des ecchymoses sous-pleurales très nettes.
Le cœur droit ne contient qu’un tout petit caillot fibrineux ; les valvules sont saines.
Dans la région lombaire on constate sur la peau du dos deux plaies mesurant de 3 à 4 centimètres chacune, transversales et placées l’une au-dessus de l’autre; quelques ecchymoses sousrénales.
L’estomac est rempli d’un liquide jaunâtre sans odeur.
Conclusions. — 1° Cet homme est mort d’une hémorrhagie cérébrale à laquelle le prédisposaient les anévrysmes miliaires constatés dans le cerveau ;
2° Les plaies de la tête et du dos paraissent avoir été produites dans la chute et avant la mort ;
3° Cet homme ne paraît pas avoir été en état d'ivresse.
79. Mort subite. Hémorrhagie cérébrale. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Calary, substitut de M. le procureur de la République, en vertu d’une ordonnance, en date du 18 février 1880, ainsi conçue, etc :
Le cadavre est celui d’une femme assez vigoureuse, âgée de 57 ans. Sur les diverses parties du corps, notamment sur la face et le cou, on ne constate aucune trace de violence.
Les cornées, surtout la gauche, présentent un arc sénile bien développé. La langue dépasse légèrement les dents entre lesquelles elle se trouve assez fortement comprimée. Les membres inférieurs sont un peu œdématiés et on y observe une contracture très nette, marquée surtout dans les muscles de la région antérieure de la jambe gauche qui relève fortement le pied du même côté.
Ouverture du corps.
Les os du crâne ne sont pas fracturés. L'encéphale est le siège d’une vaste hémorrhagie; la quantité totale de sang épanché peut être évaluée à environ 150 ou 200 grammes.
Ce sang, qui est à l’état de caillots, est ainsi réparti : il occupe tout le ventricule latéral gauche qu’il distend, une petite partie du ventricule latéral droit, le ventricule moyen dont les parois sont dilacérées, l'aqueduc de Sylvius qui est largement déchiré, le quatrième ventricule et tout le pourtour du bulbe qui se trouve enveloppé par un caillot, enfin toute la surface du cervelet entre les lames et lamelles duquel le sang s’est infiltré.
Les artères du cerveau ne sont pas athéromateuses.
Les plèvres ne contiennent pas de liquide; elles sont un peu
nÉMORBHAGIE MÉNINGÉE.
adhérentes, surtout du côté droil. Les poumons ne sont pas très congeslionnés ; ils présentent au sommet quelques tubercules crétacés. Le cœur est gros, vide de caillots, ne contenant qu’un peu de sang noir ; il est en dégénérescence graisseuse très prononcée sur le ventricule droit; les parois de cette cavité mesurent environ 4 millimètres d’épaisseur, dont un à peine est constitué par du tissu musculaire, le reste est formé par de la graisse.
Le ventricule gauche est hypertrophié; il existe un léger rétrécissement sous-aortique ; la valvule mitrale est épaissie et rétractée; il y avait rétrécissement et insuffisance de cette valvule.
Les cavités du cœur 11e renferment pas de caillot.
L 'aorte contient des plaques calcaires, mais elle n’est pas sensiblement dilatée.
L’estomac et les intestins sont sains.
Le foie esL petit, la vésicule biliaire contient une cinquantaine de calculs, dont les dimensions varient de celles d’une noisette à celles d’un grain de millet.
Les reins se décortiquent bien, ils sont un peu congeslionnés et présentent un petit piqueté hémorrhagique sur les calices et sur les bassinets.
Conclusions. — 1° La mort de la dame P... est due à une hémorrhagie cérébrale ;
2° Le cadavre ne porte aucune trace de violence;
3° L’hémorrhagie cérébrale est de cause spontanée; son intensité est telle que la mort a dû être extrêmement rapide, sinon subite.