‹ La mort et la mort subiteChapitre 86 sur 139 · Mort subite par inhibition et émotion · texte numérisé non relu

Mort subite par inhibition et émotion

109. Mort subite à la suite d’une vive émotion. (1). — Il y a quelques années, le portier du collège royal d’Aberdeen s’était rendu odieux aux étudiants, et ceux-ci résolurent de le punir. Ils préparèrent un billot et une hache qu’ils portèrent dans un endroit solitaire, se réunirent pendant la nuit et, ayant nommé des juges, deux d’entre eux furent le chercher. Lorsqu’il vit ces préparatifs, il affecta d’abord de prendre tout cela pour une plaisanterie, mais les étudiants lui assurèrent que c’était très sérieux. Ils procèdent à l’interrogatoire, le déclarent coupable, et lui disent de se préparer à une mort immédiate, car il allait être décapité sur-le-champ. Le portier tremblant regarde autour de lui pour voir ce que cela pouvait bien signifier, mais il ne vit partout que des regards sévères, et un des étudiants lui appliqua un bandeau sur les yeux. Le pauvre homme fut agenouillé devant le billot, la hache de l’exécuteur fut levée, mais au lieu du tranchant effilé, on lui appliqua sur la nuque un coup de serviette mouillée.

Les étudiants, satisfaits, pensaient avoir suffisamment effrayé le portier, et lui ôtèrent le bandeau qui lui couvrait les yeux. Mais quel ne fut pas leur étonnement et leur épouvante, quand ils virent qu’il était mort.

110. Mort subite à la suite d’un coup sur l'épigastre, sans lésion interne ni externe (2). — Un laboureur, plein de santé, essayait de soulever un lourd fardeau, quand un autre laboureur vint et lui dit : « Ote-toi de là et laisse essayer quelqu’un de plus capable que toi ». En même temps, il lui donna un léger coup du revers de la main (a slighl blow) sur la région de l’estomac, et le pauvre garçon tomba immédiatement et expira. A l’examen de son corps, on ne trouva aucune marque de violence.

(1) Lauder Brunton, On the pcilhology and treatment of Schoc/c, Lectures before the Abernethian Society , p. 8. — Vincent, Des causes de la mort prompte après les grands traumatismes accidentels et chirurgicaux , Thèse agrég., 1878, p. 390.

(2) Astley Cooper, Lectures on Surgery , from notes by Tyrrel, 1824, vol. I, p. 10. — Vincent, Des causes de la mort prompte après les grands traumatismes acciden'els et chirurgicaux , Thèse agrég., 1878, p. 384.

OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES

111. Mort subite à la suite d'un coup sur les testicules (1). — Homme de 40 à 50 ans, dans une lotie avec une femme, reçoit un coup violeiitsurlescrotum.il s’écrie aussitôt : «Je suis mort! » et tombe mort. Tous les elïorls pour le rappeler à la vie sont vains.

Autopsie. — Hyperhémie cérébrale et pulmonaire avec de petites hémorrhagies punctiformes dans le poumon. Pas de grosse lésion.

La mort parait bien due à la syncope causée par la douleur du traumatisme testiculaire.

112. Mort subite à la suite d’un coup sur la région épigastrique (2). — Deux jeunes garçons, le nommé B..., apprenti relieur et le nommé K..., apprenti tailleur, âgés de 15 ans se prirent de querelle, et celle-ci dégénéra bientôt en rixe; tout à coup, à la suite d’un coup de poing appliqué par K..., sur l’abdomen de B..., ce dernier tombe par terre, perd connaissance, et meurt quelques minutes après.

L’enquête à laquelle nous nous sommes livrés démontre que B... jouissait d’une excellente santé avant l’accident fatal. L’autopsie pratiquée le 15 mai donna les résultats suivants :

Le cadavre est celui d’un jeune garçon de quinze ans, bien développé pour son âge.

Les téguments sont pâles, la rigidité cadavérique fortement accusée ; on aperçoit au niveau du dos et du siège des taches rouges, bleuâtres, qui, par leur caractère ne sont que des altérations cadavériques.

La face et le cuir chevelu ne portent aucune trace de violence ou de lutte. La face est pâle, les yeux clos, la bouche enlr’ouverte, la langue rétractée.

Bien du côté du cou et de la nuque. Le thorax et l’abdomen sont complètement intacts. Les extrémités supérieures et inférieures des doigts et des mains surtout ne montrent aucune trace de lutte ou de résistance. Le dos et le siège sont également indemnes.

L’examen réitéré du corps, une inspection des plus minutieuses ne donnèrent non plus aucun examen positif.

Les enveloppes crâniennes ne sont pas lésées, sous celles-ci, pas de traces d’épanchement sanguin. Le crâne, de forme ovalaire, est intact; les os qui le constituent sont absolument normaux. La dure-mère est tendue et d’une coloration bleue foncée.

(1) Ivanoflf, Bulgarische Medizinko Spiranïe , 18S6, Juni, p. 4J0; et Centrant. für Chirurgie y 1887, n° 80.

(2) Minovici, Étude médico-légale sur la mort, subite à la suite de coups sur l’abdomen et le larynx. Thèse, Paris, 1888. Observation rapportée par Maschka, Vierteljahrs. fuer gcricht. Med., 1879, vol. XXIX-XXX, p. 231 .

MORT SUBITE PAR INR1BITION ET ÛMOTION.

Dans le sinus longitudinal supérieur on trouve beaucoup de sang fluide; les enveloppes cérébrales internes sont légèrement troubles au niveau de la convexité du cerveau; la substance cérébrale, de coloration et de consistance normale, est assez riche en sang. Les ventricules ne sont pas dilatés et ne contiennent que quelques gouttes de sérum liquide. Le cervelet, de même que la moelle allongée, est dans un état absolument normal.

On ne trouve à la base du crâne ni fracture ni hémorrhagie, les sinus de la base contiennent beaucoup de sang fluide noirâtre; rien d’anormal dans le cerveau.

Rien sous les enveloppes du cou et du thorax, les organes du cou, de même que les côtes et le sternum ne sont nullement lésés. La cavité buccale est vide, la langue n’est pas blessée; l’œsophage normal, avec la muqueuse pâle ; la muqueuse de la trachée est légèrement rouge. Pas d’épanchements dans les culs-de-sac pleuraux. Le poumon gauche est libre, le poumon droit adhérent presque sur tout son pourtour. La substance des deux poumons est aérée, d’un brun foncé, teintée en rouge ; le poumon droit est légèrement comprimé, dans le poumon droit les ganglions qui entourent les divisions bronchiques sont hypertrophiés, et atteignent le volume d’une noisette; ils sont d’ailleurs durs au toucher et remplis de pigment et d’une matière caséeuse. Cette infiltration n’existe nulle part ailleurs. Pas d’épanchement dans le péricarde, le cœur est d’un volume normal, les valvules suffisantes; peu de sang dans les cavités cardiaques.

Dans la cavité abdominale on ne trouve ni sang, ni épanchement d’aucune sorte. Les viscères occupent leur position normale.

La rate est légèrement hypertrophiée (14 centimètres de long sur 10 centimètres de large). La capsule est tendue, la substance splénique est d’un rouge brunâtre; elle est assez dure.

Le foie est normal, et sa capsule lisse : la substance hépatique rouge brunâtre, d’une consistance normale et assez riche en sang. La vésicule biliaire contient une petite quantité de bile, normale d’ailleurs.

Les reins, de volume et de constitution normaux, sont gorgés de sang.

L’estomac, de volume distendu, contient quelques aliments, sans odeur anormale, la muqueuse ne présente rien de changé; le canal inleslinalestnormal.il contient des matières fécales demi-solides.

La colonne vertébrale et le bassin ne sont nullement lésés,

Le canal rachidien étant ouvert, la moelle se présente avec ses caractères normaux, et sa coupe est absolument dépourvue de lésions.

Conclusions. — 1° D’une part le résultat négatif de l’autopsie et, d’autre part le fait que le jeune apprenti B..., jouissait, avant l’accident, d’une santé florissante ; de plus l’impossibilité de trouver toute autre cause de mort, impossibilité qui, jointe à la perte de connaissance et à la rapidité de la mort survenue quelques minutes après le coup sur l’abdomen, prouvent que le jeune B..., a succombé à une paralysie subite des organes centraux de la circulation et de la respiration.

2° L’expérience enseigne que des coups violents portés sur la région de l’estomac peuvent déterminer la mort par irritation du plexus nerveux, si importants auniveau de cette région, irritation qui, par voie réflexe, amène l’arrêt du cœur et de la respiration, ou, comme d’autres leveulent, un rétrécissement des artères du cerveau et de la moelle allongée.

Que si l’on considère que l’on ne saurait trouver d’autre cause de mort dans le cas qui nous est soumis, force est d’admettre que le coup porté dans le cas présent doit être rangé parmi les blessures mortelles.

3° Il faut cependant ajouter que de pareils coups n’amènent que rarement la mort et que l’agresseur ne pouvait prévoir les conséquences de son acte.

113. Mort subite. Coup sur le larynx (1). — Le nommé Antoine S... et le nommé P..., celui-ci ayant déjà plusieurs fois eu maille à partir avec la justice, se prirent de querelle dans une auberge, le soir du 27 mars 1880. P... saisit S... par les épaules, le poussa ainsi à travers la chambre jusque sur une étagère située contre le mur opposé. Là, S... se débarrassa de son agresseur en lui disant : « Attends, queje mette de côté mon tabac et la blague,» ce qu’il fit en effet immédiatement ; ensuite P... saisit de nouveau S... et il le poussa contre un banc situé dans un des coins de la pièce; il le courba vers le plancher de telle façon que S... vint butter avec la partie droite de son cou contre le rebord du banc; ensuite P... saisit de ces deux mains la tête de S... et le poussa encore deux fois contre le banc. Le cou de S... vint encore butter contre le rebord.

Immédiatement après ces violences, S... tomba par terre et expira en quelques secondes.

Ce banc a une hauteur de 60 centimètres, une largeur de 20 centimètres, le rebord est d’une épaisseur de 4 centimètres.

L’enquête nous montre qu’Antoine S... était fortement adonné

(1) C.V. Maschka , Vierteljahrschrift fuer ger. Medicin , 1888, t. XXXIV, «p. 203. — Minovici, Étude médico-légale sur la mort subite à la suite cle coups sur l'abdomen et le larynx. Thèse, Paris, 1888.

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