MORT SUBITE TAR INHIBITION ET ÉMOTION
à la boisson, mais qu’il s’était toujours bien porté avant l’accident et ne s’était jamais plaint de quelque affection ou maladie.
Autopsie faite le 28 mars.
Le cadavre est celui d’un homme de force moyenne, âgé de 40 ans ; la rigidité cadavérique est fortement accusée ; la peau est pâle, jaunâtre ; des taches cadavériques au niveau du dos. La langue est rétractée, pas de trace de blessure, pas de signes de résistance ou de lutte quelconque.
Les enveloppes, crâniennes, de même que les os du crâne, sont intacts. La dure-mère est moyennement tendue; le sinus longitudinal supérieur contient un peu de sang fluide; les enveloppes cérébrales internes sont troubles et blanchâtres, leurs vaisseaux sont bien remplis; la substance corticale est consistante, bien développée, d’un gris jaunâtre. Rien du côté des ganglions gris centraux.
On trouve dans les ventricules latéraux quelques traces d’un sérum jaunâtre. Le cervelet, la protubérance, la moelle allongée sont à l’état normal.
A la base du crâne, pas de traces de fractures; dans les sinus de la base, quelques traces de sang lluide.
Sur les enveloppes du cou et de la nuque, pas de traces d’une action traumatique. Pas d’hémorrhagie dans le tissu cellulaire sous-cutané et musculaire. La colonne vertébrale, l’os hyoïde, le corps thyroïde n’ont rien d’anormal. Les enveloppes médullaires contiennent quelque peu de sérum limpide. La moelle est normale.
Les côtes et le sternum sont intacts. Les poumons sont assez distendus, le droit est adhérent par sa partie postérieure, le gauche est libre de toute adhérence. La substance des poumons, surtout celle des lobes inférieurs, est remplie d’un sérum écumeux, sanguinolent. La muqueuse du larynx, de la trachée, des bronches, est légèrement colorée en rouge rosé.
On trouve dans les bronches un mucus visqueux gris blanchâtre.
Le cœur est mou, dilaté, gros. Les valvules sont normales. Les ventricules et les oreillettes contiennent une quantité moyenne d’un sang fluide, rouge foncé; l’enveloppe hépatique légèrement épaissie est opaque. Le foie, muscade, est dur, congestionné. Beaucoup de bile dans la vésicule. La rate, longue de 16 centimètres et large de 9 centimètres, a son enveloppe épaisse et opaque. La substance hépatique est sanguine, molle et d’un brun cerise.
Les reins sont recouverts de graisse, ils mesurent 10 centimètres de long sur 7 de large. La substance rénale est épaisse, dure, d’un brun cerise; beaucoup d’urine claire dans la vessie.
P. Brouardel.
354 OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
L’estomac rétracté conlient du mucus gris visqueux, fortement spiritueux, la muqueuse ridée, parsemée de plusieurs ecchymoses punctiformes ou en abcès. On trouve les mêmes ecchymoses sur la muqueuse duodénale.
Le gros intestin contient une assez grande quantité de matières fécales, les grands vaisseaux abdominaux sont remplis de sang.
Le Dr C... et le chirurgien commis pour faire l’autopsie concluent que la mort de S... est due à une paralysie cardiaque, conséquence d’une commotion cérébrale provoquée par des mauvais traitements.
Deux autres spécialistes, le Dr R... et le Dr P... affirmèrent aussi que la paralysie cardiaque était bien la cause de la mort, mais on ne saurait dire si elle est produite par les mauvais traitements, ou si elle est la conséquence d’une cause occasionnelle, telle que le traumatisme dans le cours d’un alcoolisme chronique.
Le cas présentant un intérêt supérieur, on me demanda une consultation.
Voici mes conclusions :
1° Considérant que le nommé S. .. n’a jamais présenté durant sa vie d’affection pouvant constituer un antécédent pathologique ;
Considérant que l’accord règne sur le résultat complètement négatif de l’autopsie, laquelle ne dénote qu’une stase sanguine dans les vaisseaux abdominaux et un surremplissage des ventricules et des oreillettes;
On peut conclure que S... a succombé à une paralysie du cœur survenue subitement (schock).
2° L’enquête ayant prouvé que S... avait subi des violences immédiatement avant sa mort, que son cou avait porté à plusieurs reprises contre le rebord de la banquette déjà nommée;
D’autre part, des expériences physiologiques ayant démontré que des coups ou autres violences, exercées sur le larynx, si riche en nerfs, peuvent déterminer, sans laisser de traces visibles, une paralysie réflexe du cœur';
Comme d’ailleurs on ne peut trouver d’autre cause à celte mort subite, les modifications déterminées par l’absorption de boissons n’étant pas de nature à provoquer la mort subite, dans le cas qui nous est soumis ;
On peut pleinement admettre que la paralysie cardiaque et la mort consécutive de S..., ont été déterminées par les violences et les coups répétés sur le larynx.
Plusieurs fois de suite le cou, donc le larynx de S... a porté contre le rebord de la banquette : celte sorte de traumatisme doit être considérée comme la cause de la mort.