MATIÈRES ALIMENTAIRES DANS LES VOIES AÉRIENNES
multitude de petites parcelles de pain; on retrouvait la même substance dans les voies alimentaires, et, en exerçant une légère pression sur la partie supérieure du poumon, on voyait bientôt sourdre une matière analogue.
Dure-mère vivement colorée en rouge et très injectée. Sinus longitudinal supérieur, gorgé de sang. Pie-mère violemment injectée. La surface extérieure des circonvolutions cérébrales présentait une teinte rougeâtre. La substance médullaire était parsemée de taches ecchymotiques. Les plexus choroïdes étaient gorgés de sang. Les pédoncules cérébraux et la moelle allongée étaient injectés à l’extérieur et à l’intérieur. Le cervelet ne présentait de coloration rougeâtre qu’à l'extérieur. Les vaisseaux de la base du crâne étaient remplis de sang.
Les conclusions furent les suivantes :
1° Le sujet en question a été frappé d’une congestion cérébrale ;
2° La mort a été déterminée par la régurgitation du chyme qui a pénétré dans les voies aériennes.
121. Mort subite par asphyxie foudroyante, résultant de l’introduction du chyme dans les voies aériennes, pendant l’état d’ivresse (lj. — Homme de 40 ans, fort et bien constitué, sans apparence de maladie sérieuse. Un soir on le trouva mort dans son lit. On apprit alors qu’il s’était couché après un bon repas et sans la moindre apparence de malaise, puis trois à quatre heures après, on l’avait trouvé mort.
Autopsie. — Les bronches étaient remplies par un liquide pâteux blanc rougeâtre.
L’estomac contenait une pâte chymeuse rosâtre abondante, à forte odeur vineuse indiquant un repas copieux et récent. Cette pâte et celle des bronches étaient identiques. Il y avait donc eu régurgitation soit pendant le sommeil, soit pendant l’étourdissement de l’ivresse, puis pressant besoin de respirer et inspiration violente avec aspiration énergique de toute la matière contenue dans l'arrière-bouche et suffisante pour déterminer la pénétration de cette matière jusque dans les ramifications déliées des bronches. La quantité aspirée ainsi a dù rendre l’asphyxie véritablement foudroyante, et cela explique que les voisins du lit ne se soient aperçus de rien.
122. Mort subite par le passage de matières alimentaires de l’estomac dans les voies aériennes (2). — Le professeur Corvisart, voulant exercer une surveillance inattendue sur quelque partie du
(1) l)r Piégu, Union méd., 1868, t. VI, 3e série, p. 206.
(2) Laenncc, Traité de l'auscultation médiate , 3e édition, t. I p. 259 et Àrchiv. gén. de méd., 18G9, p. 8.
360 OBSERVATIONS ËT EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES
service de l’Iiopilal des Cliniques y vient un soir contre son habitude : il entre chez le concierge, qui, dans ce moment, digérait un dîner trop bachique. Cet homme, surpris, éprouve des nausées, fait un violent effort pour ne pas vomir, tombe à terre et expire.
A l'ouverture du corps, on trouva les bronches, la trachée-artère et le larynx remplis d’aliments à moitié digérés.
Mérat(l) rapporte une observation semblable et qui probablement a rapport au même fait que celui dont il est fait mention dans Laennec.
123. Mort subite d’un enfant par introduction du chyme dans les voies aériennes (2). — Paul C..., né le 14 mars 1868, d’une mère syphilitique, était nourri au biberon; très débile, chétive apparence. Le 18 mai, à 2 heures du malin, il fut trouvé mort dans son berceau. On lui avait donné du lait peu de temps avant et rien n’avait paru insolite dans son étal.
A l’autopsie, on constate le ramollissement des lobes inférieurs des poumons à leur partie déclive. Il y a là un ramollissement évident, car la moindre traction déchire le parenchyme qui, même en certains points est en bouillie et exhale une odeur aigre pénétrante, rappelant celle des aliments contenus dans l’estomac.
A la coupe, on voit s’échapper des petites bronches une matière crémeuse, que l’on retrouve dans les bronches.
L’estomac contenait une masse caséeuse nageant dans un liquide crémeux, il a une forte odeur butyreuse. Le liquide contenu dans l’estomac était constitué de gouttes huileuses comme la matière trouvée dans les bronches.
M. Parrot explique cette mort subite, en supposant que, au milieu du sommeil, il y eut régurgitation du lait contenu dans l’estomac, introduction de ce chyme dans les voies respiratoires et pénétration jusque dans les petites bronches, grâce à la fluidité de la matière.