CHAPITRE OHATRIÈMH
» après quoi le graltage de la peau n'amena plus que » des conlraclions du grand pectoral ohranlanl à » peine le bras ».
Je ne veux pas discuter en ce moment la valeur de ces différentes expériences : nous verrons plus loin quelle interprétation, d'après Vulpian, il convient de leur attribuer; nous verrons qu'en réalité il ne s'agit point là de mouvements réflexes, mais de contractions idio-musculaires. Aussi, sauf le cas cité par M. Laborde de l'existence du réflexe rotulien quelques minutes après la décollation, nous pouvons dire que dans le corps décapité le pouvoir réflexe de la moelle épinière disparaît avec la plus grande rapidité.
Après la séparation de la tête, le tronc ne présente donc ni mouvements spontanés, ni mouvements provoqués : il est inerte et insensible. La décapitation aurait été faite sur un cadavre, au lieu d'être exécutée sur un vivant, qu'elle n'eut pas donné au corps une apparence plus calme et plus tranquille.
Ce n'est là pourtant qu'une apparence : en réalité le corps décollé donne encore quelques signes de vie. Ainsi, nous avons constaté, chez le guillotiné de Troyes, une contracture énergique des membres inférieurs une minute après la section du cou : en élevant l'extrémité des jambes, nous soulevions le corps tout entier; il était impossible de plier les genoux, de fléchir les cuisses sur le bassin. Cette contracture disparut au bout de quelques minutes.
Mais la partie du corps qui continue le plus longtemps à manifester sa vitalité, c'est le cœur: cet organe se montre ici véritablement comme rultimum moiie?îs. Alors que la respiration a cessé aussitôt après le coup, alors que les centres nerveux médullaires ont perdu leur excitabilité, le cœur est encore agité de battements rythmiques et réguliers. Celte persistance de l'action cardiaque chez les décapités
LE TRONC DES DÉCAPITÉS
a été du reste reconnue par plusieurs observateurs : quelques-uns lui ont même attribué une durée qui paraît excessive. Ainsi, d'après Emmanuel Rousseau (Œuvres de Hiinter, tradmt, franç. 1843;, le cœur d'une femme guillotinée aurait encore battu vingtquatre heures après l'exécution : nous avons assurément peine à croire à une pareille survie. Mais il est bien avéré tout au moins que parfois au bout d'une heure le muscle cardiaque d'un décapité se contracte encore avec énergie.
Nous devons d'aiUeurs examiner séparément, dans cette activité du cœur, les mouvements des ventricules et les mouvements des oreillettes. Chez le gnillotiné que nous avons étudié à Amiens, les ventricules et les oreillettes battaient encore régulièrement vingtcinq minutes après la décollation : puis les ventricules restèrent immobiles et les oreillettes seules se contractèrent pendant quarante minutes. Le cœur avait donc battu environ une heure après la chute de la tête. MM. Marcelhn Duval, Rochard et Petit, qui, en 1851 , ont étudié avec beaucoup de soin la persistance de l'activité cardiaque chez les décapités, avaient déjà constaté la survie de l'oreilletle par rapport au ventricule. Chez un guillotiné, au bagne de Brest, ils avaient compté 43 battements réguliers de l'oreillette droite une heure un quart après l'exécution : ces battements avaient survécu à l'ablation du foie, de l'estomac, de l'intestin, du diaphragme et même des poumons, pour ne cesser qu'à l'instant oii les cavités lurent ouvertes.
Les mouvements du cœur, lorsqu'ils ont cessé, peuvent reparaître sous l'induence de certaines excitations. MM. Marcellin Duval, Rochard et Petit ont réveillé les contractions cardiaques au moyen du courant électrique : M. Laborde a pu récemment ' en provoquer le retour, par le même procédé, deux