partie de la moelle épinière qui était raltarhpp n la lài^ -i
^' ^^^^ l'homme ainsi séparée le cerveau
est reste pendant quelque temps actif et à un si haut de^ré au'il ni^ pu mouvoir les muscles du visage, on ne peut plus doute," at.^i 'n aussi conserve, pendant ce même Interval e, le Siment el lî L .^^^^^ d'apercevoir : mais la durée de cet état ne peut pas encore ^ exactemen . A en juger d'après les expériences faites sur des membres amputes d'hommes vivants et sur lesquels on a essav Soven d'ir ritalion de Galvani, ,1 est vraisemblable que la sensibil té ne U durV; un quarid heure, Ya qae la tête, à cause de son épa £eur et d" sa lorme ronde, ne perd pas sitôt sa chaleur cpais.eur et cl., sa
-' On sait que très souvent la faculté de produire le mouvement n deja cesse que la faculté de sentir subsiste encore . / le fro d m? exemple, ge e es doigts au point de les rendre incapables ou àS moins inhabiles a écrire quoiqu'il leur reste du sentiment Les mou?Zs
iTuVT miscl s on a nf^n'^l ''''' ''T P^''^" faculll de'moivo! leurs muscles . on a même des exemples que des personnes inu-pp<;
;;u%lt?ai nfeu nVot^P?"^" f--'^ au^Td'ede ."fani
quelles aient eu la force de mouvoir aucune partie de leur corps
es'tïe n^ifs' en.E S"'l'otine frappe à l'endroit de notre col^ps qui Fn ..'^1 sensible a cause des nerfs qui y sont répandus et réunis. .« dres : ' s'appuie sur des considérations de deux or-
1° La tête des décapités présente des mouvements spontanés et pro-
conscïence im eïinfe'' ™°-^"^«nts ne signifierait pas que la Voilà ce que l'on peut extraire de cette longue phraséologie. 1. Mémoires de la Société d'émulation de Paris, loc. cit.
1,A MORT PAR LA nRCAPri'ATlON
)> menl me paraît résulter et ne peut s'expliquer que
,, d'un principe moral. i ... x
» Convaincu, comme je le suis, que dans la tele sé- » parée du tronc, la conscience des sentiments per- ,) siste encore après le supplice, il m'importe très peù, » pour juger combien cet état est horrible, de savoir » s'il dure quelques secondes ou une heure entière.
» Si donc l'on croit devoir maintenir la peine de » mort, au moins faut-il abolir celle de la guillotine, » qui, d'ailleurs, est notée d'infamie parles nombreux ), assassinats auxquels on l'a employée. Qu'elle ne » soit plus, à l'avenir, que l'horrible symbole du fana- » tisme politique et de ses autodafés... »
Nous ne suivrons pas OElsner dans les déclamations sentimentales dont il agrémente sa lettre et qui ont surtout pour objet de dénoncer l'impudeur avec laquelle nous exposons aux regards du public la nudité d'une femme ou d'un vieillard. Et il ajoute : « Vous » n'avez pas eu honte de la loi absurde qui accorde » les droits de citoyen à vos bourreaux! Il ne doit » point y avoir de bourreaux dans un gouvernement » bien organisé, et, s'il en existe, ces êtres sont jus- » tement marqués d'infamie. Je ne serai jamais ci- » toyen d'un pays où le bourreau pourra être mon » représentant et mon juge. »
OElsner, du reste, ne fait guère que de la polémique pour soutenir l'opinion de Sœmmering. L'emphase avec laquelle il lance ses anathèmes le dispense d'examiner sérieusement le problème qu'il s'agit de résoudre.
Ce n'est pas là le reproche que l'on peut adresser au citoyen J.-J. Sue, médecin et professeur d'anatomie, connu par d'intéressantes recherches sur la vitalité des organes \ Sue fait, aucontraire, étalaged'une science abondante: les subtilités succèdent aux sub-
1. Opinion du cil. J.-J. Sui sur l: .-■ii])ii/ii:e de la guillotine et sur les douleurs qui suivent la décollation. — i'aris, 1797.
CUAl'lTHE l'REMlEU
lililés; les observations recueillies sur les malades
sassocieutauxexpériencespraliquéessurlesaiiimaux Aussi, la persistance de la conscience dans la tête décapitée n'est-elle déjà plus en discussion. La tète ressent de la douleur après la séparation du tronc, c'est chose entendue. Mais, ce qui est plus effrayant,' ce à quoi personne n'avait sans doute pensé jusque-là, la sensibilité est conservée dans le corps lui-même et dans les membres, il n'y a pas quela téle qui souffre et qui exprime sa soufl'rance par des mouvements- le ventre, les jambes, les bras, eux aussi, conservent le sentiment et ressentent les douleurs de la décapitation.
a II faut avouer que l'idée que la pensée peut exister » dans la tête de son semblable, quand elle est sépa- » rée, fait frémir l'homme le plus exercé au crime; » que doit donc éprouver l'ami de l'innocence et delà » vertu? Je vais plus loin: si le corps, d'après sa di- » vision, souffre localement, c'est-à dire sans aucune » corrélation, il n'en est pas moins vrai que le corps » souffre. Pourquoi donc voufoir regarder comme » nulles les douleurs du corps parce qu'il ne tient » plus à la tête? 11 souffre comme corps et la tête » comme tête. »
On s'iuiagine aisément l'effet produit par de telles affirmations sur une population encore tout effrayée des massacres de la Terreur. 11 fallait qu'au nom de cette même science, qui avait aidé à la formation de la terrible légende, des savants vinssent apporter des consolations et rassurer les fauiilles des victimes.
Ce fut Cabanis, ce fut Sédillot le jeune, cefutGastellier, Léveillé, Wedekind, Lepelletier, etc., qui répondirent.
<( Dans ces derniers temps, dit Cabanis quelques
1. Mémoires de. La SociéU inddicalc d'émulalion de Paris, loc. cil.
l.A MORT l'AU LA UÉCAriTATlON
) écrivains ont voulu diriger l'indigualion publique i) contre le genre même du supplice de la guillotine : i) ils le regardent comme fortdouloureux, et c'est sous 0 ce point de A/ue qu'ils en demandent la suppres- •) sion.
» Je la demande aussi, quoi(iue par d'autres mollis. .) Je pense qu'on poui-rait en cll'et y substituer un au- .) Ire genre de mort, du moins tant que les législations ). modernes ne sauront pas employer de meilleurs » moyens pour arrêter le crime. Je joins donc mes » vœux aux réclamations de MiM. OElsner et Sœm- » mering et du citoyen Sue, et j'honore beaucoup » le sentiment qui les a dictées. Mais, je l'avoue )) franchement, je ne puis partager l'opinion sur » laquelle ils se fondent; et puisqu'aucua des grands » maîtres de nos écoles n'élève la voix pour la com- » battre, je crois devoir réunir ici quelques obser- » valions propres, ce me semble, à la tirer du va- » gue qui l'enveloppe: je crois le devoir, car je suis » fortement convaincu qu'il n'y a rien d'utile que la » vérité; les bons sentiments y trouvent toujours » des appuis solides, ds ne doivent jamais re- » courir à des chimères : et la morale n'a pas » moins besoin que la science de repousser sévère- » ment les erreurs : je crois le devoir surtout parce » que c'est un acte de sensibilité bien mal entendue » que d'etîrayer l'imagination de ceux qui ont perdu » des personnes chères sur les écliafauds. »
Et, dans un long mémoire, écrit dans un style très élevé et très précis, le savant physiologiste attaque l'une après l'autre les preuves invoquées par Sœmmering, par OElsner et par Sue, pour établir la survie de la conscience après la décollation. L'argumentation de Cabanis est des plus serrées quand il discute les affirmations de l'anatomiste allemand ; mais elle use d'une assezpiquanle ironie quand il réfute les étranges opinions de Sue. <( Il en résulte qu'un » homme guillotiné ne soutîre ni dans les membres,
CIIAI'ITHE l'HEMlIiJi
» rjidaiisia (ê(e, que sa morl est rapide comme le » coup qui le frappe. »
C'est dans le mémoire de Cabanis que nous puiserons les^ renseignements les plus sûrs et les plus exacts. Quand nous aurons à apprécier séparément tous les arguments par lesquels on a voulu démontrer Ja persistance delà vie mentale dans une tête décapitée nous verrons combien les objections du célèbre médecHi sont ngoureuses et prudentes. Sa réponse aux lettres que nous venons d'analyser peut encore être regardée aujourd'hui comme un modèle de critique scientifique. Et cependant, comme tous les savants qui, à cette époque, écrivent sur la décapitation Cabanis est un adversaire de la peine de mort • il le déclare encore à la fin de son travail.
<( Si cette note peut donner quelques consolations aux personnes dont on avait troublé l'imagination etle cœur, sur les derniers moments de leurs proches ou de leurs amis assassinés, j'aurai rempli mon » but principal. Si les physiologistes que je combats » parviennentà faire substitueràlaguillotineungenre » de mort aussi doux, mais plus imposant, plus capa- » ble de frapper les spectateurs, et qui respecte da- » vantage l'homme dans le condamné, je bénirai leurs » efforts quoique, sous tout autre point de vue, je les )) regarde comme dirigés à faux ; mais je bénirai sur- « tout nos législateurs quand ils croiront pouvoir » abolir une peine que je regarde comme un grand » crime social et qui n'en a, je pense, prévenu ia- » mais aucun. »
Cabanis répond à tous les arguments de ses adversaires, que ces arguments soient empruntés à la philosophie, à la morale ou k la science. La dissertation de Léveillé, chirurgien à l'Hôtel-Dieu de Paris «, en-
1. Le sentiment est-il entièrement détruit, dès l'instant que, par un instrument tranchant quelconque, la tête est tout à coup séparée dii corps ? — Uissertation physiologique par J.-B.-F. Léveillé, chirurgien à l'IIôtel-
visage sui'loutla partie physiologique du problème. Malheureusement, les documents sur lesquels elle s'appuie ne sont pas tous d'une physiologie bien orthodoxe • c'est ainsi qu'elle décrit la moelle épinière comme « un gros nerf qui, de distance en distance, » se divise de deux en deux, depuis la preinière ver- » Icbre cervicale jusqu'au canal sacré et qui se répand » dans tout notre corps en se subdivisant àl'infini.. » Aujourd'hui les affirmations scientifiques de Léveillé ne nous rassureraient guère : mais elles semblaient alors suffisantes à leur auteur pour prouver :
(( r Que le cerveau ne conserve plus sa force vitale » dès qu'il est séparé du corps ;
» r Qu'il ne ressent pas farrière-douleur dont le
» cou est affecté ; • i •
)) -d" Que le sentiment, la personnalité, le moi, » n'existent plus dans ce viscère. »
La discussion continue dans le Mojiiteiir du mois de novembre 1795. Georges Wedekind, médecin de l'hôpital militaire de Strasbourg, écrit un fort intéressant article pour réfuter l'opinion de Sœmmering, son ancien collègue à l'Université de Mayence ^
« Les observations de M. le professeur Sœmmering » doivent être réfutées avec la plus grande pubhcité, » parce qu'elles tendent à plonger les amis des » malheureuses victimes de la justice dans un déses- » poir terrible.
» Le genre de mort que je vais subir est le plus » doux qui existe : voilà l'idée qui porta du soulage- » gement au cœur de tous ceux à qui le jugement de » mort fut annoncé. Mais il n'est rien de plus déses- )) péranl, pour celui qui va subir le supplice de la » guillotine, que celle idée affreuse, que l'âme con-
I)ieu de Paris. {Mém. de la Soc. méd. (Vcmiil. de Paris, l. I pour l'an V, 1797.
\. Sur le supplice delà quilloline, par Georges Wedekind, médecin à l'hôpital militaire (le Strasl)onrg {Moniteur du 11 novembre ITOo).
CllAl'ITriU: PliOIlER
- liniie encore d'agir dans la tê(e coup6e, avec (oule » sa conscience, avec (outsonsenliment pendant un » espace de temps assez considérable ^
>> G estpourquoi je dois reprocher à M. Sœmmering pas présenté son mémoire au comité dl » Salut public avant de l'avoir publié par la voie des : de sa part est une
>^ véritable cruauté envers les citoyens'malheureux » condamnés au supplice de la guillotine. » la ttse va-t-il détruire complètement toute
la thèse de Soemmermg et monirer, par de vigoureux
d'.ii • ^a/^ce même, à la fin de son article,
d assez vives apostrophes : « Combien sont à plaindre » dit-il, beaucoup desavants qui se laissent eniraîner » par la fausse ambition de faire une grande sensation >^ dans le public! . Ilhii décoche aussi un trait assez iroiiique au sujet de l'interprétation donnée par l'ana- Say '"''"'^ ^ ''ougeur de Charlotte
Dans le mêmei)/o;2?Vm-, un médecin de la place de Grève Lepelletier S répond, lui aussi, le 15 novembre, a la lettre de Sœmmering. Il affii'me, après avoir comparé la guillotine à la^'potence, « 'que le » supplice de la décapitation est le plus humain, » parce qu d est le plus prompt et le plus doux.. » Les rois moyens principaux, qui concourent à )> 1 existence de la vie, sont anéantis d'un seul » coup. Le patient aurait trois vies qu'il les ner- » drait en même temps. » ^
^ C'est également l'opinion de Gastellier, médecm de 1 hôpital de Sens ^ et ancien député. Gaslel-
IS^no^'emlVé'IoT"'^'''''"''''"^ ^ (.l/o>»7.t.,. du
2 Que peiîscr enfin du supplice de la quillotine ? — Nouvel examen dp celle guesUon, par René-Georges Gastellier, médecin de rhofp cTc^^ Sens, membre de la Société philosophiquede Philadelphie, l'ari^f aniv!
lier qui avait été condamné à mort reproche vivement à Sœmmering d'avoir jeté le trouble et 1 inuiié ude dans les esprits. 11 se fél.cUe de ne pas avoir connu, pendant sa détention, les-griefs formulés contre la guillotine: ses angoisses auraient été en effet, mille fois plus vives s il avait pensé mié ses souffrances ne devaient pas disparaître aussitôt après la chute du couteau. D ai leurs Gastellier regarde comme absolument erronée ton e la thèse de Sœmmering. <c Quoique 1 appareil de la » miiUotine soit digne à d'autres égards de la plus » foudroyante censure, il est pourtant vrai de dire •) nue pour la victime elle-même, la douleur causée 0 pari'actiondu fatal couteau est nulle ou presque » nulle à raison de l'extrême rapidité avec laquel e .) cette action s'exécute, à plus forte raison lorsque la » décapitation est faite. »
Sédillot le jeune, dans une dissertation lue au lycée des Arts \ émet encore le même avis. Après avoir passé en revue les arguments de Sœmmering, après avoir pesé toutes les affirmations de l'auteur allemand, il déclare :
» Oue les têtes séparées du corps par la guillotine » cessent de vivre, de sentir et de juger même avant » leur entière sépéiration ..
« Que toute idée de survie et d'arrière-douleur est )) paradoxale, opposée aux principes et injurieuse à » la nature et à la raison. »
Nous ne connaissons guère, d'après toutes ces citations, que les conclusions des différents écrivains ; nous ne savons pas encore quelle est la valeur de leurs arguments. Du reste, une revue critique ne trouverait pas ici sa place, puisque nous ignorons jusqu'à présent et les effets de la décapitation et les
1. l\i>flHxiQm historiques et phi/siolor/iques sur le supplice de la guillotine, par Sédillol le Jeune, Paris, an iV.
CUAI-ITKE PREMIER
ysei. Lest plus lard que nous aurons à revenir sur
iftflîT'^-'i''"'' discussion, qui a commencé après le
n' aviit',//^'''i"''^"'•'^•'''^'"'^« la décapita ion n avait éle poussée aussi Io n : jamais elle n'avait Mi
^f^ri T '''''' -"time^lÏDTsd ; le mémoL 1% 1 ''"T^ excepté dans
rL> «1 ^"/'.^^Pr^^^P^sioIooique occupe ua tribun / rr^"'"'- cles victimes du
lents e ^^^^^^"7"^' ont encore des pa-
o ffp.V n? f ^™^P0"'^ les pleurer, conlinuaient-ils à IW tPu! tête eûtroulé dans le panier de
réDondre rl? r^"^ ^^"^^^1"^ ^"^^^^i^é pour an Tnn , sentiment de curiosité douloureuse qui comme toute la discussion; c'est le même sentiment qui pousse une mère à vouloir rechercher si le
a ;r.n '''V^^. P"'^'" ^^^^^P de bataille,
a beaucoup souffert après que la balle l'a frappé
.Aussi toute l'éloquence qui a été dépensée ne vise-t-elle qu a rendre les juges plus atroces et les victimes plus intéressantes ; aussi les développements scientifiques n interviennent-ils que pour démontrer 1 horreur du supphce ou pour rassurer, au contraire, sur les derniers moments des condamnés. C'est sur les martyrs qu'est allirétouirintérêt, toute l'attention; el, pour célébrerleurssoufTrances, point n'est besoin d une science trop rigoureuse. De là l'abondance des dissertations, de là le défaut de documents précis.
Les médecins, qui discutaient sur l'état de la tête séparée du corps, raisonnaient uniquement d'après des légendes] et même d'après des racontars Parmi
LA MORT l'AR LA DÉCAPITATION
les nombreuses éludes Pur la guillotine, je n'ai pas rencontré, pour la période révolutionnaire, une seule observation vraiment sérieuse ; je n'ai pas découvert le moindre récit d'un médecin qui ait assisté de près à une exécution capitale et qui ait examiné immédiatement l'œuvre de la décapitation. Cabanis lui-mênie, qui était membre de la Commission chargée de faire sur des cadavres à Bicêtre l'essai du nouvel instrument de supplice, qui a écrit les pages les plus sensées sur l'impossibilité de la vie mentale après la décollation, Cabanis avoue qu'il n'a jamais assisté à l'application de la peine de mort. Les légendes popu- * laires qui représentaient Charlotte Corday rougissant sous le soultlet du valet de bourreau, qui rapportaient l'existence de certains mouvements expressifs dans la lête de quelques décapités, avaient suffi à provoquer toutes les discussions scientifiques que nous avons énumérées.
Mais bieiftot l'intérêt de ces discussions commence à s'épuiser : les inquiétudes s'apaisent, les angoisses disparaissent, la pitié s'en va. La guillotine continue cependant à exécuter les arrêts de la justice, mais elle ne frappe plus que des criminels de droit commun pour lesquels la compassion peut difficilement s'éveiller. Qu'importe que la conscience survive quelques minutes dans la tête d'un assassin? Il semble tout à fait oiseux de s'en préoccuper. Aussi la grande question de la souffrance des suppliciés est-elle bientôt complètement délaissée ; il n'y a guère, en France, que Bichatqui, en 1800, lui consacre quelques lignes dans ses liecherchcs physiologiques sur'' la vie et la mort en la considérant du reste comme résolue dans le sens de la négative.
1. « Nous pouvons concevoir combien est peu fondée l'opinion de
• ceux qui ont cru que, chez les suppliciés par la guillotine, le cerveau
• pouvait vivre encore (luelque temps et même que les sensations de
• plaisir et de douleur pouvaient s'y rapporter. L'action de cet organe
CUAI'ITRE l'RKMirîH
11 iiUlt chercher les noms de Weikard et de Leve- LiNG en Allemagne, pour renconlrer des ohservalions direcles sur des lêtes décollées. Le premier a vu se mouvoir les lèvres d'un homme dont la tête était aJ3at(ue ; le second a provoqué d'hoiribles convulsions dans Ja lace en irritant la moelle épinière cervicale cl un décapité.
Après la période révolutionnaire, c'est encore aux médecins allemands qu'il faut demander des documents sur la décapitation. Les médecins ne se contentent plus des légendes qu'on leur raconte- ils vont se placer sur le lieu du supplice et observer euxmêmes les restes du condamné. En 1803, Wendt rend compte des expériences qu'il a faites à Breslau mais il est surtout préoccupé de savoir quel est l'effet du galvanisme sur les nerfs et sur les muscles. Cependant il examine la tête au moment même où elle vient d'être séparée du corps et il ne constate aucun mouvement de la face, laquelle demeure absolument calme. En 1804, Friedreich étudie cinq décapités sans parvenir à déceler le moindre signe de conscience. Puis Klein, Senff, Eckoldt etc., apportent a leur tour des observations dont nous aurons plus loin à tirer parti.
Un physicien italien, Aldini \ décrit, en 1804, les expériences qu'il a pratiquées, deux ans auparavant à Bologne, sur des suppliciés décapités. Mais toutes ses recherches ne visent qu'à obtenir des mouvements dans la tête et dans le corps au moyen du galvanisme ; il est facile de s'en rendre compte en examinant les gravures qui illustrent son livre. Aldini est, du reste, convaincu de la persistance de la douleur après la décollation ; il croit que les contractions provoquées
» esL immédiaLementliée à sa double excilaLion : lo parle inouvcment- » 20 par la nature du sang qu'il reçoit. Or, cette excitation devenant » subitement nulle, l'interruption de toute espèce de sentiment doit • » être subite ».
1. Essai sur le galvanisme. Paris, an XII, 2 vol. avec planches.
par le passage du courant électrique démontrent la survie delà sensibilité et il se demande même s'il a réellement le droit de faire de pareilles expériences. « Le physicien, dit-il, ne s'érigerait-il pas en juge » nouveau, plus sévère que ceux qui ont prononcé la » mort en ajoutant des soutîrances à celles qu'un » malheureux vient d'éprouver en expiation de ses » crimes ? »
Le professeur Ferry, dont Aldini cite une lettre, émet la même opinion. « Dans le doute oii l'on est » que la sensibihté soit éteinte dans ces individus, » tandis qu'ils peuvent encore donner des marques » de vitalité parle moyen du galvanisme, on doit )) s'abstenir de semblables expériences que j'ai re- » présentées comme injustes et immorales parce » qu'elles peuvent prolonger le supplice de ces » malheureux ».
Ainsi, ces figures qui grimacent, ces membres qui se tordent sous rinfluencc de l'électricité témoignent que les suppliciés « conservent quelquefois longtemps » leur sensibilité dans un état où il n'y a plus possi- )) bilité de les rappeler à la vie... Voilà pourquoi » toute tentative faite dans cette circonstance devien- » dra coupable et devra être regardée comme un » attentat aux droits les plus sacrés de l'ordre » social )>.
Pendant que les médecins allemands et italiens observaient sur l'homme les effets de la décapitation, un grand physiologiste français, Legallois', étudiait sur les animaux les résultats de la section du cou. Ses expériences, très habilement dirigées, permettaient déjà d'apprécier la plupart des phénomènes qui se manifestent après la décollation; aujourd'hui encore elles méritent l'estime de tous les savants : nous aurons du reste souvent à les rappeler dans la partie expérimentale de ce livre.
1. Legallois. — Reclwc.hes sur le pn'/icipo de la vie. Paris, 1812.
CDAriTIlE PIIEMIEH
Cependant, on ne comprit pas tout d'abord J'imporlance de ces patientes recherches. Les médecins qui trop souvent refusent aux expériences sur les animaux Je droit de nous renseigner sur ce qui t-e passe chez l'homme, ne surent pas tirer parti des indications si nettement démonstratives données par Legallois. Aussi quand, vers 1830, l'étude de la décapitation revient à l'ordre du jour, les interprétations les pius tantaisistes accompagnent-elles le récit des phénomènes constatés chez les suppliciés. Mojon raconte 1 histoire du supplicié Dutihier qui a présenté des mouvements volontaires des yeux. Castel, Julia Fonte- NELLE, MuTEL, etc. , rééditent Ics aucieus arguments de bœmmenng et affirment « que le supplice de la o-uillo- >) Ime est un des plus atroces et des plus douloureux, » que les douleurs se prolongent assez longtemps et » que la tête conserve le sentiment jusqu'àla presque » extinction de la chaleur vitale * ». Bien plus on refuse presque aux physiologistes le droit de donner leur appréciation : «. .. Quoi, vous ignorez tout cela, » fonctions sexuelles, fonctions intérieures, fonctions » extérieures, et c'est sur une science qui devrait » l'enseigner, et qui ne l'enseigne pas, que vous voulez » établir avec certitude le passage subit de la vie à la » mort chez les décapités S), l^uisque la physiologie ne peut tout exphquer, elle est incapable d'exphqi^er quoi que ce soit.
Citons cependant, pour celte période, un intéressant travail de Rigby, paru dans le London médical Gazette \ et rapportant quelques observations sérieuses du Fred. Nasse, de Bonn, et du IIeim, de Berlin. Nasse déclare que les conditions nécessaires à la continuation de la vitalité dans la tête décapitée ne cessent pas inslantauément : il croit à la persis-