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-^O'* CHAI'ITRE CINOUIKMIC
de voir qu'elles peuvent se présenter. Les autres questions médico-légales, qui pourraient se poser à propos de la décapitation homicide, sont encore moins fréquentes. Je ne connais pas d'exemple de simulation de décapitation, je ne connais pas de cas d'individus qu'on ait décollés après leur mort pour laisser croire à un suicide. La possibilité d'une pareille simulation n'est cependant pas inconcevable : il est admissible, en effet, qu'une main criminelle place un cadavre sur les rails d'un chemin de fer et le fasse décoller par la locomotive pour éveiller la supposition d'une mort volontaire : il est admissible également que cette même . main sectionne avec un rasoir ou avec un couteau la région cervicale d'un individu déjà mort de façon à laisser croire que ce dernier a attenté à ses jours. Mais de telles simulations, si elles se présentaient, seraient facilement déjouées. A côté des signes médicolégaux habituels qui permettent de reconnaître si la plaie a été faite sur le vivant ou sur le cadavre, la décapitation pi'atiquée pendant la vie s'accompagne de lésions qui lui sont propres et qui rendraient le diagnostic facile. Du côté de la têle et du côté du corps, la pluie faite sur le vivant se monlre irrégulière à cause de l'inégale rétraction des tissus. Les vaisseaux cérébraux contiennent des bulles d'air mélangées au sang; l'espace sous-arachnoïdien est rempli d'air; le liquide céphalo-rachidien n'existe plus. Les vaisseaux du tronc renferment un sang spumeux lequel se retrouve encore dans les oreillettes; les artères et les veines sont d'ailleurs presque vides; les tissus sont exsangues; les poumons sont gonflés comme des poumons de veau soufflés par le boucher, etc.. Toutes ces lésions, qu'on peut constater du premier coup d'reil, font défaut quand la décapitation est pratiquée sur le cadavre Leur existence démontre que 1 individu a réellement été décollé pendant sa vie : la simulation de suicide (si jamais elle se produisait) serait ainsi des plus faciles à reconnaître et à déjouer.
APPLICATIONS MÉDICO-LÉ(iALES 265
La décapitation homicide possède en réalité une histoire médico-légale des plus pauvres; aussi n est-ce pas elle qui aurait pu nous fournir des mdicatious précises au sujet du mécanisme delà mort par section du cou Les renseignements que nous donne la décapitation suicidene nous otTrent pas d'ailleurs un plus grand intérêt C'est donc l'étude de la décapitation légale seulement qui nous permet de connaître exactement les modifications orgauiques consécutives a la séparation brusque de la tête et du corps chez 1 homme. Cette élude, lout en laissant certaines questions dans une demi-obscurité, nous présente du moms un tableau assez complet des phénomènes qui accompagnent la mort rapide; elle nous autorise, je crois, a formuler des conclusions qui ne seront peut-être pas sans quelque valeur au point de vue de la physiologie humaine.
CONCLUSIONS
CONCLUSIONS
Les conclusions qui se dégagent de ces recherches sur la décapitation sont les unes d'ordre physiologique, les autres d'ordre médico-légal ; d'autres enfin sont d'ordre moral et social.
1. Quel est le mécanisme de la mort par la décapitation? Comment succombent les individus dont la tête est brusqcmment enlevée d'un seul coup par un instrument tranchant?
Rapprochons nos expériences sur le chien de nos observations sur l'homme et, s'il n'y a pas deux physiologies, déterminons les résuhats généraux de la section complète et rapide du cou.
Or, que voyons-nous chez un chien décapité? Des mouvements dans la tête, des mouvements dans le tronc : pendant plus de deux minutes, la tête exécute des grimaces, le corps s'agite.
Que voyons-nous, au contraire, chez l'homme décapité? Une immobilité absolue du côté du corps, une immobilité absolue également du côté de la tête sauf dans quelques cas où certains mouvements se sont manifestés. Mais souvent la tête reste calme, la physionomie garde une expression de tranquiUité et d'impassibilité; le tronc demeure immobile.
Voilà donc deux types tout à fait opposés : l'un s'agite, se convulsé après la décollation; l'autre reste calme et inerte.
CONCLUSIONS
D'où vient celte différence enire l'homme el le chien décapilés? Nous avons vu que, parmi les effets de la section du cou, les deux plus meurtriers sont, d'une part, l'hémorragie avec l'asphyxie et, d'autre part, l'irritation violente des centres nerveux. Or, chez le chien, c'est le premier de ces effets qui prédomine : l'animal meurt asphyxié; les mouvements, les convulsions qu'il présente sont des convulsions asphyxiques. Le sang resté dans la tête et dans le corps ne peut plus s'arlérialiser ; et puis, le liquide sanguin s'écoule rapidement au dehors et laisse les tissus privés d'oxygène et surchargés d'acide carbonique. 11 y a là toutes les conditions de l'asphyxie : rien d'étonnant dès lors si le chien décapité est pris de convulsions analogues à celles que manifeste le chien asphyxié.
Mais chez l'homme, pourquoi ces convulsions ne se montrent-elles pas après la décollation? pourquoi la mort est-elle calme? Les mêmes conditions d'asphyxie (hémorragie, arrêt respiratoire) se retrouvent pourtant encore. En réalité, il intervient ici un autre facteur qui est l'inhibition. Sous l'influence du choc violent produit parle couteau, sous l'influence de l'irritation énergique du système nerveux, il y a suspension, abolition immédiate du pouvoir rétlexe et du pouvoir automoteur des centres nerveux. Or, si l'excitabilité de ces centres a disparu, les irritations périphériques resteront sans réponse et le sang asphyxique ne pourra plus exercer son action convulsivante. Aussi ne saurait-il y avoir ni agonie, ni mouvements, ni convulsions : la mort doit être calme, la tête et le corps doivent demeurer immobiles.
Après la décollation, le chien meurt donc par asphyxie, l'homme succombe par inhibition. Chez le premier, la section de la moelle épinière et l'irritation des centres nerveux n'exercent qu'une influence secondaire ; c'est l'hémorragie, c'est l'asphyxie qui
CONCLUSIONS
prédominent. Chez le second, au contraire, les effets de l'hémorragie et de l'asphyxie sont masqués, sont éteints par ceux de l'irritation du système nerveux.
Asphyxie chez le chien, inhibition chez 1 homme, tels sont les résultats de la décollation.
Mais quelle est la cause d'une différence si absolue et si marquée? N'est-il pas possible de trouver un terme commun à ces deux types et de supprimer une opposition à laquelle répugne l'unité de la physiologie? N'est-il pas possible de mettre le chien dans des conditions telles qu'il se comporte comme l'homme après la section du cou? N'est-il pas possible de tuer par inhibition un chien décapité puisque l'homme, après la décollation, ne succombe pas à l'asphyxie ?
J'ai essayé, pour obtenir- ce résultat, d'exalter par la strychnine l'excitabilité nerveuse du chien. Insuccès complet : après la décollation, l'animal a présenté des mouvements aspliyxiques de la tête et du corps.
J'ai tenté l'expérience d'une autre façon. Au lieu de faire la section du cou du chien sur la troisième ou la quatrième vertèbre, je l'ai portée sur la première, la seconde, la cinquième, la sixième et la septième. Tentative inutile : la tête et le corps se sont toujours agités.
La décollation, c'est-à-dire la séparation au niveau du cou de la tête et du corps, tue donc toujours le chien avec des symptômes d'asphyxie. Les centres nerveux, excités par le passage du couteau, ne sont jamais suffisamment engourdis, suffisamment inhibés pour se montrer inexcitables aux stimulations de l'anémie et de l'asplTyxie.
Mais il n'en est plus de même si, au lieu de porter l'instrument tranchant sur la région cervicale, on le porte sur la base du crâne, sur la région bulbaire.
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Lorsque le couteau de la guillotine vient sectionner en un certain point la moelle allong(^e du chien, l'animal reste complètement immobile: sa tête ne présente plus les mouvements respiratoires du visage, les bâillements, que nous avons rencontrés jusqu'ici; son corps n'est plus le siège de ces convulsions asphyxiques manifestées dans toutes les autres expériences.
Quand la section est faite sur le nœud vital \ le chien est inhibé: il meurt par inhibition, il meurt par le même mécanisme auquel succomhe l'homme après la décollation. Les centres nerveux ont perdu leur pouvoir réflexe et leur pouvoir automoteur.
Si le mot décapitation n'était pas généralement employé comme synonyme du mot décollation^ nous pourrions donc dire que la décapitation sur le nœud vital chez le chien équivaut à la décollation dans toute la hauteur de la moelle cervicale chez l'homme.
Pour produire, parla séparation de la tête et du corps, les mêmes effets chez le chien et chez l'homme, il faut, par conséquent, frapper chez le premier en un point très limité du bulbe rachidien alors que, chez le second, il suffît d'agir à un niveau quelconque delà région du cou.
Ces résultats me paraissent de nature à modifier notablement les idées reçues au sujet de l'existence du nœud vital tel que l'avaient déterminé les expériences de Flourens. Celte région très limitée, dont la
1. Ce point n'est pas facile à atteindre avec le couteau de la guillo- * tine : pour arriver sur cette région, il faut llécliir fortement la tête de l'animal et faire tomber le couperet sur la protubérance occipitale de façon à sectionner légèrement une partie de l'os. L'expérience dans laquelle l'inhibition a été la plus parfaite avait été elTectuée à un millimètre et demi au-dessus de la pointe du V et à trois millimètres au-dessous du bord inférieur du pont de Varole Lorsque la section est faite au niveau des pédoncules cérébraux, la téte demeure immobile, mais le corps est agité de mouvements respiratoires et réflexes violents.
CONCLUSIONS
section amène chezle chien une mort subite et calme avec arrêt instantané des mouvements respiialoires, ne semble pas avoir son équivalente chez l'homme. Chez ce dernier, en eiï'et, la région, dont la section amène cette mort calme avec arrêt respiratoire immédiat, paraît loin d'être aussi étroitement circonscrite. Elle est élendue au moins sur toute la hauteur delà moelle cervicale : aucun fait ne nous autorise d'ailleurs à lui assigner une limite inférieure.
Et qu'est-ce en réalité que le nœud vital chez le chien? C'est une partie du système nerveux dont l'excitation, la lésion oii la destruction, fait disparaître, momentanément ou définilivement, le pouvoir réflexe et le pouvoir automoteur des centres. C'est h cause de cette sidéralion, de cette inhibition que les mouvemenls respiratoires cessent de se produire après la section du bulbe, les centres qui ordonnent la mise en jeu de ces mouvements élant engourdis et paralysés. Le nœud vital, d'après M. Brown-Séquard, est la'partie du sys(ème nerveux dont l'irritalion est la plus favorable pour faire naîire l'inhibilion des centres.
Celle région oplima existe sans doute également chez l'homme; mais, chez ce dernier, les régions médullaires voisines ou même déjà éloignées du bulbe paraissent posséder, elles aussi, à un très haut degré la puissance de produire l'inhibilion dès qu'elles sont violemment excilées. Le nœud vilal, considéré comme le siège de la plus grande puissance inhibilrice, ne serait donc pas limité à un point comme chez le chien : il aurait des dimensions incomparablement plus étendues.
11 n'en est pas moins vrai que, même chez l'homme, cette puissance inhibilrice de la moelle cervicale se montre parfois moins énergique. Ainsi alors que, chez tous les décapités, le corps reste immobile et a ses centres par conséquent inhibés, la têle présente, chez quelques-uns, de très légers mouvemenis respiratoires du visage au bout d'une ou deux minutes.
CO.NGl.Li-inNS
Ku ce qui concerne les ceiilres ioiiUjo-proliibéranliels, riiihil)ilion conséciilive h l'iiTilaLion de in moelle cervicale n'esl doue pas toujours absolue et définitive.
Toutefois cette exception à propos des centres médullaires encéphaliques s'explique peut-être par la persistance d'une certaine quantilé de san'^ dans la tête de l'homme décapité, le sang s'écoulant avec beaucoup moins de rapidité de la tête (juc du tronc. Les eirets inhibitoires, outre leur cai'aclère de soudaineté, ont le plus souvent celui de courte durée. De même qu'elle amène dans un organe une activité temporaire, l'excitation d'un centre peut provoquer un arrêt seulement transitoire: elle peut être suivie d'une siuiple suspension et non d'une suppression. Or si, chez l'homme décapité, les centres nerveux ne réagissent plus, il est possible que cette disparition d'excitabilité tienne à deux causes. L'inhibition est permanente ou bien elle n'est que transitoire. Dans le premier cas, les centres sont définilivement frappés de stupeur : la mort les atteint au milieu de leur engourdissement. Dans le second cas, les propriétés descenlres ne sont que momenlanément suspendues: elles peuvent reparaître au bout d'un certain temps. Mais, pour récupérer leur activité, ces centres doivent avoir conservé les conditions de leur nutrition, ils doivent avoir reçu le sang nécessaire à leur entretien.
Si donc, pendant qu'ils sont inhibés, ce sang a complètement disparu, le retour à l'activité sera évidemment impossible: les centres ne se réveilleront plus. C'est là l'état des centres médullaires du tronc décapité. Si, au contraire, pendant leur engourdisscmeni , ils ont gardé une certaine quantité de sang, ils pourront ensuite retrouver quelque activité jusqu'au moment oïl ce liquide sanguin sera par sa qualité devenu impropre et insulfisant. C'est là peut-être ce qui arrive pour les centres encéphaliques lorsque, dans
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une têle décollée, ceux-ci manifeslent quelques signes de leur excitabilité après une iuhil)ilion d'une ou deux minutes.
L'élude de la décapitation nous conduit ainsi à des conclusions physiologiques d'une certaine impor- Innce. Je ne veux d'ailleurs en déduire ici que les résultais les plus généraux et je renvoie aux résumés donnés dans chaque chapitre pour les conséquences d'un ordre plus particulier.
I[. — Les applicalions médico-légales de ces recherches ne sont pas très nombreuses si l'on ne considère que les enquêtes judiciaires à. propos de suicide ou d'homicide par décapitalion, de pareilles enquêtes étant relativement rares. Mais ces éludes acquièrent un intéi'êl direct quand il s'agit d'établir un diagnostic différentiel entre les décapilalions complètes et les décapitations incomplètes. Elles montrent que, chez l'homme, le mécanisme de la mort doit êlre tout différent selon que la colonne vertébrale a été coupée ou que les parties molles seules ont été sectionnées. Dans le premier cas, l'individu succombe par inhibition, dans le second^ il meurt probablement par asphyxie.
Celte distinction aidera sans doute, en dehors des faits de décapitation, à déterminer les causes de mort à la suite des lésions de la moelle cervicale. Puisque celle partie du système nerveux de l'homme est douée d'une puissance inhibitrice analogue à celle du nœud vital, les plaies ou les blessures qui lui seront faites présenteront un caractère de gravilé transitoire ou permanente sur l'importance duquel je ne crois pas nécessaire d'insister.
I']n indiquant les lésions provoquées par la décollation et expliquées par les troubles fonctionnels, ces recherches donnent au médecin légiste toute facilité pour déjouer les simulations possibles.
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Enfin ces études démoiiLt-enL avec lu plus grande évidence quelle réserve nous devons apporter dans le choix: du signe qui sert à marquer le moment de la mort. Le cœur des décapités ne cesse parfois de battre qu'une heure après la décollation : or, au point de vue légal, il semble étrange de regarder comme encore vivant pendant toute cette durée le corps séparé de la lête. L'arrêt du cœur ne saurait donc être considéré comme le terme de la vie.
IIL — La tête décollée ne manifcsie pas la moindre trace de vie psychique dès l'instant où elle est abattue. Le plus souvent la physionomie resie calme et impassible : parfois cependant elle est agitée de quelques mouvements au bout d'une ou deux minutes. Mais ces mouvements ne sont pas des actes volontaires: ils témoignent simplement d'un léger retour du pouvoir réflexe et du pouvoir automoteur dans les centres nerveux bulbo-prolubérantiels. Aux yeux des observateurs les moins prévenus, le visage des décapités n'a jamais présenté un seul signe évident de vie consciente : la physionomie n'a jamais ressemblé à celle d'un homme qui sent et d'un homme qui souffre.
Aussitôt après la décapitation, la tête se trouve d'ailleurs placée dans des conditions physiologiques rendant impossibles les fonctions mentales. L'hémorragie abondante, la chute subile de la pression artérielle amènent la suspension immédiate des actes psychiques: la violente irritation de la moelle épinière cervicale aide encore à la suppression soudaine de toute vie consciente. Lii destruction du moi peul être considérée comme instantanée après la décollation.
11 est même vi'aisemblable que, malgré les tentatives de résurrection les plus rapides, cette destruction doit être définitive. La transfusion du sang dans
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la têle décapitée ne pourrait sans doute pas réveiller ractivilé menlale.
La mort, dans le sens oii l'en tend la loi, c'est-à-dire la mort intellectiielJe, frappe le condamné au moment même oii vient de tomber le glaive delà justice. Que les moralistes et les philanthropes se rassurent: le supplice de la décapitation ne peut pas être un supplice douloureux.
C'est ce procédé de supplice qui réalise le mieux les intentions de la loi de 1791 laquelle a voulu que la peine de mort consistât dans la simple privation de la vie, sans addition d'une torture quelconque. Le genre de supplice qui satisfait aux exigences de l'humanité doit en effet présenter deux sorles de garanties; la première, c'est que la mort intellectuelle, la perte de la conscience soit immédiate; la seconde, c'est que cette perte soit définitive. Peu importe que le cœur continue à battre, que les nerfs demeurent excitables, que la contraction des muscles produise des mouvements plus ou moins désordonnés : si les fonctions mentales sont abolies, si le retour de la connaissance est impossible, les autres manifestations de la vie ne peuvent ni intéresser ni inquiéter le criminaliste ou le moraliste. Nous mettons longtemps à mourir tout entiers : nos divers tissus succombent les uns après les autres. L'essentiel esl que les centres nerveux présidant à la formation de l'intelligence et de la volonté soient troublés et détruits avec la plus grande soudaineté.
Or, de tous les procédés de supplice actuellement employés chez les différents peuples (pendaison, strangulation, exécution par les armes à feu, décollation), c'est inconteslablement la décapitalion qui présente au plus haut degré ces deux sortes de garanties. Elle provoque en etfet (nous lavons suflisamment démontré) la disparition immédiate de la vie menlale et elle rend ensuite impossible tout retour de l'activité
CONCLUSIONS
coijscieule. Après ra|)plicalion des autres genres de supplice, et surtout de la pendaison, certains condamnés sont au contraire parfois revenus pour quelques instants à la vie.
La crainte de la conservation ou du retour de la conscience après la sirangulation, la pendaison ou même la décollation, a fait rechercher, au nom de l'humanité, le supplice idéal capable d'anéantir subitement et définitivement l'individu. Tout naturellement, les applications de l'électricité ont paru offrir les garanties réclamées : les accidents produits par la fondre ou par les courants électriques semblent en effet enlever quelquefois instantanément toute trace de vie mentale chez leurs victimes.
Aussi s'est-il créé dans l'opinion publique un mouvement destiné à substituer la fulguration à la guillotine : aussi a-t il été décidé récemment par les Américains, qui ne veulent jamais rester en relard, que les condamnés seraient désormais frappés par la secousse électrique.
Nos connaissances sur le mécanisme de la mort par l'électricité sont cependant encore bien imparfaites. Si quelquefois, à la suite d'accidents parles courants électriques, la vie a été brusquement supprimée, d'autres fois les battements du cœur ont reparu et l'existence s'est rétablie. D'autre part, les effets de l'électricité sont très variables suivant la résistance que le corps de l'individu oppose au passage du fluide: tel courant qui tuera un homme pourra ne produire que des troubles momentanés chez un autre homme. Tant que les études expérimentales ne seront pas plus avancées qu'elles ne le sont aujourd'hui, nous n'aurons pas le droit d'imposer au patient un supphce mal connu et mal réglementé.
La fulguration, si puissante qu'on la suppose, ne provoquera jamais la mort plus rapidement m plus
CONCLUSIONS
sCu-emoiit que ne le fail hi dôcapilulioii. C est par son action inhibitrice snr les centres nerveux quel électricité tue rindividn. Or, cette influence, la décapitation la possède au plus liant degré puisqu'elle paralyse, puisqu'elle inhibe l'activité de ces centres. Mais la section du cou a sur la fulguration ce grand avantage d^enlever le sang nécessaire à l'entretien des centres nerveux et de rendre par conséquent à jamais impossible le réveil de ces derniers : la perle de la conscience après le fulguration pourrait au contraire n'être pas définitive.
Pourquoi l'électricité serait-elle donc substituée a la guillotine? La seule supériorité de la fulguration tient à l'intégrité dans laquelle elle laisse les restes du condamné : elle ne verse pas de sang, elle ne fait pas de plaie apparente. Elle réalise ainsi une partie des vœux exprimés par Cabanis : « tant que la peine de » mort sera conservée, disait le savant médecin, il » faudrait du moinslui donner un appareil imposant: 0 la mort d'un homme, ordonnée pour l'intérêt pu- » blic, est sans doute le plus grand acte de la puis- .) sance sociale: il faudrait que cet appareil même ^) rendit le suppKce plus rare et plus dilficile : il fau- » drait aussi ne pas habituer le peuple à l'aspect du » sang.
» Quand on guillotine un homme, c'est l'affaire » d'une minute : la tète disparaît et le corps est serré » sur le champ dans un panier. Les spectateurs ne )) voient rien : il n'y a pas de tragédie pour eux : ils » n'ont pas le temps delre émus. Ils ne voient que » du sang couler : et s'ils tirent quelque leçon de cette » vue, ce n'est que de s'endurcir à le verser eux- )) mêmes avec moins de répugnance dans l'ivresse » de leurs passions furieuses...»
Mais ce qui est regardé comme un inconvénient par les moralistes est considéré comme un avantage par les criminalisles. La séparation de la tète et du tronc, disent ces derniers, offre la preuve publique de la
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inorl : elle constitue un signe de première valeur auquel la foule no se trompe pas, car elle sait bien que les parties séparées ne peuvent se réunir, quela destruction est définitive. Dans tous les aulres procédés, en effet, et dans la fulguration en particulier, la simulation delà mort peut être soupçonnée : qui pourra savoir, par exemple, si le courant électrique a vraiment été établi? Quand le corps est mutilé, au contraire, tout soupçon est inadmissible.
Si la peine de mort reste inscrite dans nos Codes, la décapitation sera sans doute longtemps encore chargée de l'exécution. Les garanties d'humanité qu'elle présente sur les autres genres de supplice doivent, aujourd'hui comme en 1791 ,1a faire prélérer sans réserve à la pendaison, à la strangulation et même à la fulguration. Contrairement à la potence et au garrote qui laissent peut-être au condamné une minute de connaisSa'nce, la guillotine abolitimmédiatement la volonté et l'intelligence. La douleur produite parla section du cou n'a pas le temps d'être perçue. Les seules souffrances physiques imposées au patient résultent de la ligature des membres et de la position du corps sur la bascule: l'humanité ne peut guère exiger moins. La véritable douleur, c'est l'angoisse morale, c'est la frayeur de la mort, et aucun supplice n'est capable de la supprimer puisque la loi ne permet pas de frapper le condamné sans que celui-ci soit prévenu.