‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 12 sur 78 · DE LA LANGUE (PROCÉDÉ DE LABORDE · texte numérisé non relu

DE LA LANGUE (PROCÉDÉ DE LABORDE

Nous reconnaissons l’excellence de ce procédé dans le traitement de la mort apparente; nous ne pouvons néanmoins accepter cette conclusion du travail de M. Laborde : « Le procédé de la langne étant essentiellement capable de déceler la mort apparente en la faisant cesser , peut constituer, par conséquent, un signe de la mort réelle L » C’est là une hypothèse absolu Laborde, Les tractions rythmées de la langue , p. 183: Paris,

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lumenl gratuite : il n’est pas prouvé, en effet, que le procédé de la langue réussisse dans tous les cas de mort apparente, et parce qu’il a réussi dans certains cas d’asphyxie, est-ce à dire qu’il faille octroyer un certificat de décès h quiconque n’aura pas été rappelé à la vie par les tractions rythmées de la langue? La conclusion nous paraît peu logique et nullement rigoureuse; il semble que l’auteur lui-mcme le comprenne, aussi ne dit-il pas : « Le procédé de la langue constitue », mais : « peut constituer un signe de la mort réelle. » Dire que le procédé peut constituer est une affirmation bien faible ; c’est avouer qu'il peut aussi ne pas constituer un signe de la mort réelle. Nous aurons à noter, du reste, dans la troisième partie de notre travail, plusieurs insuccès du procédé de M. Laborde.

§ 2. — Signes éloignés.

Art. I. — Dynamoscopie et disparition du bruissement ou bourdonnement musculaire.

On désigne sous le nom de bourdonnement ou bruissement musculaire un bruit particulier, continu, légèrement sourd, que l’on ajustement comparé au roulement lointain d’une voiture, et que l’on perçoit lorsqu’on applique l’oreille sur un point quelconque du corps ou que l’on introduit dans celle-ci l’extrémité d’un doigt. En même temps que le bourdonnement, se fait entendre un autre bruit, un craquement intermittent, inégal, plus ou moins fréquent, simple, double ou triple, que l’on a appelé bruit de pétillement, bruit d'étincelle , bruit de grésillement.

L’existence de ces bruits est connue depuis fort longtemps. Grimaldi (1618) en attribue la cause à l’agitation des esprits animaux. Lud. Roger (1760), Wollaston (1810), Ermann (1816), Laënnec et Barth les expliquent

par ]a contraction musculaire, contraction spasmodique et involontaire; Collongues croit qu’ils sont d’origine nerveuse.

Ce dernier auteur a fait une étude approfondie du bruit musculaire, et, pour mieux apprécier le phénomène, il a inventé un instrument spécial qu’il a appelé nêcroscope , instrument qui n’est autre qu’un stéthoscope ordinaire plein.

L'auscultation musculaire, recommandée par Collongues, nous parait devoir fournir un signe certain de mort; elle n’est pourtant pas passée dans l’usage. C’est que, facile en apparence, cette exploration demande une grande pratique et un long apprentissage, et, dans ses expériences sur les cadavres, Collongues a entendu des bruits qui sont restés complètement imperceptibles pour les autres expérimentateurs. Le procédé, du reste, présente une cause d’erreur très importante. Les bruits se passent dans l’oreille de l’observateur comme dans la partie du cadavre que l’on ausculte, si bien que l'observateur, comme le font remarquer Bouchut et Tourdes, peut prendre sa propre dynamoscopie pour celle d’un autre et croire toujours vivante une personne dont les fonctions seraient depuis longtemps éteintes.

Art. IL — Là Bioscopie.

Collongues a aussi inventé le bioscope. Cet appareil se compose de deux aiguilles de moelle de sureau, fixées dos à dos à leur centre de gravité à l’aide d’un peu de cire et suspendues par un fil de soie, un cheveu ou un fil ordinaire, sur un cadran gradué à la manière d’un galvanomètre. La construction du bioscope repose sur une propriété toute spéciale que posséderait la moelle de certains arbres. Les moelles de sumac, de sureau, de vigne, de lilas, etc., d’après Collongues,

jouiraient de la singulière et curieuse propriété de devenir sensibles et impressionnables, sans contact, en présence des substances organiques vivantes de l’homme, des animaux et des végétaux. Cette propriété cesserait en présence de la matière inanimée ou inerte, et Collongues aurait trouvé là un moyen sûr et facile de « vulgariser le signe certain de mort réelle pour éviter les enterrements prématurés ».

C’est au moment précis où le bioscope, appliqué sur le corps à examiner, s’arrête et ne montre plus le sens, la direction et l’intensité des courants vitaux organiques ou chimiques, que la mort est bien certaine et que, tout signe de mort apparente ayant disparu, la mort est devenue réelle et incontestable. Ce moment apparaît généralement vingt-quatre heures après ce que l’auteur appelle mort apparente , c’est-àdire vingt-quatre heures après l’arrêt des fonctions du cerveau, de la respiration et de la circulation.

Ce que l’auteur appelle mort apparente est pour nous une mort réelle, et un appareil traduisant des signes de vie alors que les foyers de la vie sont à jamais éteints et qu’il n’existe aucun espoir de résurrection, est un appareil destiné à engendrer bien des déceptions douloureuses. Est-il vrai, du reste, que le bioscope, entre les mains des moins instruits, comme le dit l’inventeur, puisse donner des renseignements bien précis, alors qu’il n’y a pas seulement les principes vitaux qui agissent sur lui, mais encore le calorique, l’électricité, le magnétisme et autres éléments qui sont autant de causes d’erreur? Collongues ne nous donne point l’explication des faits qu’il a observés, ce sont de simples constatations qu’il nous communique; or, avant de trouver dans ces faits l’expression exacte de la vérité, il faut que ces faits soient multipliés, que l'expérimentation soit prolongée et variée et que le système prôné reçoive la consécration du temps et d’une longue pratique.

Art. III. — Absence de la contractilité

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