‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 22 sur 78 · MAINS · texte numérisé non relu

MAINS

Au moment delà mort le sang se trouvant refoulé de la périphérie vers le centre, ce n’est pas seulement le visage, mais toute la surface tégumentaire qui change de couleur et prend un aspect livide et terne. Cette décoloration est également très prononcée sur les muqueuses au niveau des orifices naturels.

Maihol (1805) a cru trouver un signe de mort dans la couleur jaunâtre que présentent la paume des mains et la plante des pieds, couleur, d’après lui, qui serait très différente de la lividité et de la pâleur des autres parties du tégument. Ce que nous avons dit de la décoloration du visage s’applique à la décoloration de toutes les autres parties du corps, et nous ne pensons pas que l’on puisse trouver un signe de mort dans les teintes variées de la peau, teintes qui s’observent dans la mort comme aussi dans un grand nombre de maladies.

1. Brouardel, La mort et. la mort subite, p. 28. Paris, 1895.

Art. X. — Défaut de transparence de certaines régions. Incandescence de la cavité buccale.

Lorsqu’on place entre l’œil et une lumière les doigts étendus et rapprochés, on perçoit une transparence rosée que l’on considère à tort comme une preuve certaine de la persistance de la vie. Cette coloration s’observe aussi aux oreilles et dans toutes les parties du corps qui ne présentent pas une épaisseur trop considérable. On n’a qu'à se rendre dans un amphithéâtre de dissection pour constater que ce signe est dépourvu de toute valeur et qu’il est inutile de passer les doigts à la chandelle pour s’assurer de la réalité d’un décès. Sur le cadavre, aussi bien sur l’homme que sur les animaux, l’oreille est toujours transparente; c’est un fait que nous avons constamment noté au cours de nos expériences. Bien souvent aussi les doigts conservent après la mort la transparence qu’ils avaient pendant la vie, le fait s’observe surtout chez les femmes et chez les enfants aux mains délicates. Cette transparence est encore plus prononcée quand il existe une infiltration du tissu cellulaire sous-cutané de la main et des doigts. D’autre part, sur le vivant, la transparence peut quelquefois ne pas exister, dans le choléra par exemple, dans le stade de frisson des fièvres palustres, dans l’agonie. Bouchut prétend même que, par un régime convenable, on arrive à augmenter la diaphanéité des doigts au point de la rendre complète.

Lorsqu’on introduit dans la bouche d’un sujet vivant un charbon ardent ou mieux une petite lampe électrique, la cavité buccale apparaît vivement éclairée et comme en pleine incandescence : on dirait une lanterne vénitienne rouge. 11 nous a semblé que rien de pareil ne s’observait sur le cadavre, et dans les nombreuses expériences que nous avons faites dans ce sens à l’amphithéâtre, nous avons toujours trouvé la

cavité buccale presque terne ou à peine éclairée. Nous verrons clans la seconde partie de ce travail comment, par l’éclairage et l’examen des petits vaisseaux des téguments, nous sommes arrivé à établir un signe de mort autrement certain que la transparence des doigts et des oreilles.

Art. XI. — Action du calorique.

Sur le vivant, une brûlure au second degré déterminée par de l’eau bouillante, de la cire à cacheter, de la résine, de la graisse ou de l’huile chaudes, par la flamme d’une bougie approchée à un demi-centimètre, par le marteau de Mayor ou par tout autre moyen, développe des phlyctènes remplies de sérosité, ainsi qu’un liséré rouge, une auréole inflammatoire, autour des parties qui ont subi l’action du calorique. Sur le cadavre, rien de pareil ne s’observe : au bout de dix minutes, il ne se forme déjà plus ni phlyctènes ni liséré; l’épiderme, sous l’influence de la chaleur, se sèche ou se détache, laissant à nu le derme, qui se parcheminé bientôt. Des auteurs contemporains, entre autres Mandl (1847) et Michel Lévy (1820), se sont disputé la priorité de cette découverte; celle-ci pourtant n’a pas le mérite de la nouveauté, et les faits d’observations sur lesquels elle s’appuie ont été signalés depuis fort longtemps (1707) par Lancisi, Prévost de Padoue, Zacchias, Peu, Bruhier, Fabri, Pechlin, Kirchmann, Kornemann, Winslow, Falconnot, Duncan, Louis, etc.

L’épreuve du calorique fournit un signe de mort excellent, mais non absolument sûr. Les phlyctènes, en effet, se développent d’une manière incertaine sur le vivant, elles manquent quelquefois alors que la mort n’est qu’apparente, tandis qu’elles peuvent se manifester alors que la mort* est réelle. Sur les vieillards, sur les sujets amaigris et épuisés par une

longue maladie chronique, clans le cours surtout d’une agonie prolongée, la brûlure ne détermine souvent que le décollement de l’épiclerme et la décoloration du derme, et ces deux phénomènes sont ceux-là mêmes que l’on observe après la mort. D’autre part, certains auteurs affirment avoir réussi à produire des vésicules sur des cadavres. Leuret a vu la peau d’un cadavre auprès duquel on avait laissé par mégarde un fourneau allumé se couvrir de bulles séreuses; Magendie a cité quelques cas semblables dans ses cours du Collège de France. Champouillon déclare même avoir observé sur le cadavre une auréole inflammatoire, auréole présentant certains caractères particuliers et qui néanmoins se distinguerait très difficilement de celle produite sur le vivant. Dans ces derniers temps, un médecin de l’armée, M. Martenot de Cordoue, a soutenu que les phlyctènes développées sur le cadavre sont remplies non de sérosité, mais de vapeur dont l’extension, arrivée à son maximum, fait éclater l’épiderme avec un petit bruit sec et quelquefois avec assez de force pour éteindre la flamme d’une bougie; les expériences de cet auteur n’ont pas été contrôlées, que nous sachions du moins, et sa découverte demande confirmation.

Art. XII. — Action des caustiques chimiques.

1° Potasse caustique. — Suivant H. Peyraud, le caustique de tienne donne lieu à des effets différents suivant qu il est appliqué sur la peau d'un vivant ou sur celle d’un cadavre : lorsque l’eschare tarde à apparaître ou lorsqu’elle est de couleur jaune, Je sujet est mort; le sujet est vivant lorsque l’eschare est rouge brun ou noire.

2° Perazotate de mercure. — Deschamps nous , dit avoir eu occasion de se servir de ce caustique dans un cas de mort douteuse. Sur un point excorié de la peau,

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sur le thorax de préférence, on applique un tube de verre ouvert par ses deux bouts, et on verse une petite quantité de perazotate de mercure : la peau morte devient rose ou violette, la 'peau vivante devient rouge, enflammée, érythémateuse.

3° Ammoniaque. — L’emploi de l’ammoniaque liquide pure, par la méthode hypodermique, a été conseillé par le docteur Montcverdi (de Crémone). Pendant la vie, l’injection détermine une tache assez étendue d’un rouge érysipélateux. Cette tache, pendant l'agonie, est rouge, vineuse, ovale, ne dépasse pas cinq à sept centimètres, et s’accompagne d’un léger exsudât séreux qui soulève l’épiderme. Après la mort, la coloration rouge est remplacée par une teinte qui est celle de la peau sale et dont l’étendue, comme pendant l’agonie, est d’environ cinq à sept centimètres.

Les caustiques dont nous venons de parler n’ayant été expérimentés que par les seuls auteurs qui les ont fait connaître, il nous est difficile de nous prononcer sur la valeur réelle de chacun d’eux au point de vue du diagnostic différentiel de la mort.

Art. XIII. — Dessiccation de la cavité buccale.

L’absence de salive est un signe de mort qui jouit d’une très grande vogue chez les Chinois. L’expérience consiste à dessécher préalablement la cavité buccale avec une substance fortement avide d’humidité et à s’assurer, un quart d’heure après environ, que les canaux des diverses glandes salivaires n’ont pas déversé de nouveaux liquides. Josat est le seul en France qui se soit livré à des recherches nombreuses en vue d’établir l’importance de ce signe. Il résulte de ses observations que sa valeur est nulle et qu’il taut le rejeter d’une manière absolue.

Art. XIV. — Vésication par la cantharide

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