‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 24 sur 78 · PHÉNOMÈNES PHYSIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES PHYSIOLOGIQUES

Alors que la mort est réelle, certains phénomènes physiologiques continuent à se manifester, et si, dans la disparition de ces phénomènes, on ne doit pas voir la preuve de la présence de la mort, il serait faux aussi de chercher dans la persistance de ces mêmes phénomènes une preuve de la persistance de la vie.

L’excitabilité musculaire dure pendant un temps assez long sur le cadavre, et nous avons vu que certains muscles sont agités spontanément après la mort

de mouvements qui ont été pris souvent comme une indication de la continuation de la vie. Nous avons dit aussi que la température augmente quelquefois de 1 à 2 et 2 degrés et demi, surtout lorsque le dénouement fatal a été amené par une maladie infectieuse comme la variole, la rage, le choléra ou le tétanos.

Des contractions péristaltiques et anlipéristaltiques de l’intestin, aidés de la paralysie du sphincter anal, déterminent souvent la défécation. On a vu des cadavres vider leur vessie et d’autres expulser spontanément le sperme renfermé dans leurs vésicules

séminales.

On sait que des femmes mortes en état de grossesse ont accouché dans le tombeau, et l’on trouve dans les auteurs de curieuses histoires de partu post mortem, de partu in sepulchro. Sans nier la persistance de la contractilité des fibres utérines après la mort, il est plus probable que l’expulsion du fœtus est un effet de la putréfaction. Les gaz qui se développent dans la cavité abdominale pressent sur la matrice, et celle-ci se vide avec bruit comme se viderait une poire en caoutchouc dont on comprimerait les parois : Fœtus prodiit cum crépita et fragore.

Il résulte des expériences faites par Ludwig et par ses élèves, Rahn et Becker, sur des chiens décapités, que les organes de la sécrétion conservent quelque temps après la mort la faculté d'élaborer leurs produits : l’excitation galvanique du nerf lingual déterminait dans la glande sous-maxillaire une sécrétion de salive d’autant plus abondante que l’excitation ellemême était plus forte. Le foie d’un animal mort, placé sur une table, garde sa fonction glycogénique pendant quelques heures, ainsi que l’ont démontré les expériences de Cl. Bernard et de Longet. Bouchut et Brouardel ont refait les mêmes expériences pour l’étude de la formation de l’urée post mortem et sont arrivés aux mêmes résultats. L’abbé Spallanzani fit

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manger de la viande à une corneille et la tua aussitôt après. Le corps de l’oiseau fut maintenu dans une température égale à celle qu’il atteignait pendant sa vie, et lorsque, six heures plus tard, on ouvrit l’estomac, la viande fut trouvée totalement digérée.

Les cils de l'épithélium vibratile (cils des organes génitaux de la femme et des voies respiratoires) peuvent continuer à se mouvoir après la mort pendant douze, quinze et même quarante-huit heures. De même les spermatozoïdes conservent leurs mouvements caractéristiques pendant vingt heures et au delà, notamment chez ceux qui ont succombé à une mort violente : Tourdes a vu ces mouvements se produire avec une remarquable persistance trente-six heures après la mort dans l’éjaculation d’un pendu; des cellules spermatiques se remuaient encore après soixantedouze heures.

La barbe, les cheveux et les ongles poussent, dit-on, sur les cadavres, et l’on trouve sur ce sujet, dans les livres de médecine, des histoires fort curieuses et qui tiennent, il faut l’avouer, un peu trop du prodige. La peau, dans certains cas, aurait même été couverte d’éruptions pustuleuses1.

La persistance de tous ces phénomènes physiologiques après la mort ne prouve qu’une chose : l'indépendance des fonctions et des tissus. Nous reviendrons du reste sur cette question dans la seconde partie de ce travail.

§ 2. — Signes éloignés.

Art. I. — État du sang.

1° Caractères histologiques du sang. — A l’état normal, les globules rouges du sang se présentent sur le champ du microscope sous la forme de disques aplatis

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