Kornemann, De miraculis mortuorum. Francfort
d'un diamètre de 6 à 7 millièmes de millimètre et d'une épaisseur d'environ 2 millièmes de millimètre. Certains auteurs, parmi lesquels nous citerons Donné, Feltz et Tourdcs, ont cru trouver dans les modifications subies par les globules après la mort des éléments nécessaires pour établir un diagnostic certain. Nous ne passerons point en revue chacune des altérations décrites par les auteurs, et nous admettrons sans examen que les modifications indiquées soient vraiment un signe de mort; mais nous devons faire observer que la recherche de ces altérations, toujours très difficile, est tout au moins superflue, ainsi que l’a fait remarquer l'Académie de médecine, puisque les modifications constatées dans l'état des globules sont les résultats de la putréfaction et ne se manifestent nettement évidentes que lorsque la décomposition des fluides commence à s’opérer, c’est-à-dire lorsque la mort est rendue non douteuse par un signe qui est absolument certain. Les caractères histologiques du sang peuvent servir surtout à faire connaître l’époque du décès : c’est dans ce but plus particulièrement que Feltz et Tourdes ont entrepris leurs recherches.
2° I\’on-coaguIabilité «lu sang recueilli dans les vaisseaux. — Donné soutient que le sang des cadavres est incoagulable : d’après lui , la fibrine se sépare et s’agglomère, laissant de côté la plupart des autres éléments, si bien que quelques gouttes de sang extraites d’une veine et placées sur un verre de montre donneraient un indice certain en se coagulant ou en restant liquides. Tel n’est pas l’avis de tous les auteurs, et il est bien démontré que le sang se coagule dans les vaisseaux quelques heures, quatre à six environ, après la mort, exception faite peut-être pour certains cas pathologiques très rares d’ailleurs.
3° Moment d’apparition du résean fibrineux. — Prenez sur un sujet vivant une gouttelette de sang, observez-la au microscope, et vous constaterez avec un faihle
grossissement, au bout de dix à vingt minutes, l’apparition de quelques filaments qui se montreront, çà et là, dans le champ de votre préparation. Ces filaments, qui ne sont autre chose que de la fibrine coagulée, vont en augmentant de nombre : les uns sont rectilignes, les autres flexueux; certains sont très ténus, d’autres au contraire plus épais. Bientôt ils s’anastomosent, ils s’enchevêtrent entre eux et finissent par former un réseau complet, un treillis dont les mailles plus ou moins serrées emprisonnent les globules sanguins. Souvent quelques-uns de ces derniers présentent une surface parsemée de petits points fibrineux. Le réseau est formé environ une heure après que la gouttelette de sang a été retirée du vaisseau.
Or, il nous a paru que rien de semblable ne s’observait dans une gouttelette de sang prise sur un cadavre quelques heures après la mort, c’est-à-dire lorsque la coagulation s’est déjà faite dans les vaisseaux. Le réseau fibrineux apparaissait formé complètement dès le début et non , comme dans le sang d'un sujet vivant, après une heure d'observation. S'il faisait défaut dès le premier moment , son apparition était vainement, attendue , l'aspect du sang ne changeait pas quelle que fût la durée de l'examen.
Nous avons passé de longues heures à observer ces phénomènes, dont il serait facile, croyons-nous, de donner la théorie; malheureusement ils ne sont pas toujours constants, et nous ne pensons pas, malgré l’espoir que nous en avions conçu au début de nos recherches, que l’on puisse jamais trouver un signe de mort d'une certaine garantie dans le moment d’apparition du réseau fibrineux.
Art. II. — Caractères histologiques du tissu musculaire.
h eltz et Tourdes ont étudié les changements qui se produisent dans le tissu musculaire pendant la période
s’étendant du moment de la mort jusqu’au vingt-septième jour. Les modifications observées par ces auteurs sont les suivantes : 1° sur les muscles encore souples, pendant les premières heures, beaucoup de fibres pâles et transparentes, sans stries ou à peine striées; 2° pendant la rigidité, six à sept heures après la mort, stries transversales bien marquées et de plus en plus saillantes; 3° au déclin et après la disparition de la rigidité, stries transversales ressemblant à des disques qui s’empilent et se détachent des parois de la fibre; 4° plus tard, stries remplacées par des granulations noirâtres qui remplissent la fibre, dont la forme est conservée; 5° à une époque plus avancée, fibres divisées, étalées en filaments, granulations fines et irrégulières très persistantes, quelques cristaux et globules graisseux qui disparaissent. Telles sont les différentes étapes histologiques par lesquelles passe le tissu musculaire des cadavres; or, d’après les auteurs eux-mêmes, les caractères indiqués ne sont pas toujours constants : ils peuvent être modifiés par un état pathologique et par les milieux dans lesquels on garde le cadavre.
Art. III. — Réaction acide des muscles.
Tourdes et Hepp, en 1869, ont poursuivi l’étude de ce signe sur 44 sujets; ils ont reconnu que le muscle, alcalin pendant la vie, présente une réaction acide quelque temps après la mort, ce que l’on peut démontrer à l’aide du bistouri et du papier tournesol. Ces auteurs néanmoins déclarent que ce signe n’a pas une valeur absolue : chez des enfants affaiblis, sur des individus ayant succombé à la tuberculisation, à l’hydropisie, et chez lesquels la rigidité cadavérique avait été peu prononcée et passagère, ils ont trouvé que la réaction alcaline persistait indéfiniment; d’autre part, il a été démontré qu’un muscle épuisé par des contractions excessives offre une réaction acide même pendant la vie.
Art. 1Y. — État parcheminé de la peau.
Sur le vivant, la peau excoriée se dessèche par la formation d’une croûte; sur le cadavre, il ne se forme jamais de croûte, et le derme, au niveau des points où il se trouve privé de son épiderme, devient dur, sec, difficile à sectionner, présente une coloration jaune brunâtre plus ou moins foncée : on dirait qu’il s’est transformé en un morceau de parchemin. Et il n’est pas nécessaire qu’il y ait excoriation pour que le parcheminement se manifeste : celui-ci apparaît sur tous les points qui ont été le siège d’une compression, d’un frottement avant ou après la mort. Sur les parties où l’épiderme est mince et délicat, comme au scrotum et aux lèvres, le parcheminement se produit spontanément.
Pour hâter l’apparition du phénomène, Molland propose de faire, pendant une minute, sur une partie du corps, une rude friction avec un linge ou une brosse mouillés ou avec le dos d’un couteau. Au bout de trois heures au moins et de douze heures au plus, la température étant de + 5° à + 18°, le corps restant découvert, la partie de la peau soumise à la friction présente l’état parcheminé. Cet état est plus long à se manifester sur les parties déclives et sur celles recouvertes de vêtements.
Le parcheminement de la peau est un bon signe de mort; Molland le considère comme absolument certain, mais on ne peut le déterminer sur tous les sujets, sur les corps très gros ou œdémateux par exemple, ni sur les corps des enfants. (Bouchut.)
Nous décrirons dans la seconde partie de ce travail un procédé très simple et très pratique, applicable dans tous les cas et hâtant le dessèchement de la peau au point qu’en vingt minutes, une demi-heure au plus, on peut, grâce à son emploi, s’assurer de la réalité d’un décès.
Art. Y. — Lividités cadavériques.
Lorsque le cœur cesse de se contracter, le sang ne circulant plus s’accumule dans les parties déclives, peu à peu transsude à travers les vaisseaux et s’iri (il Ire dans les organes, déterminant sur la peau des taches rouges violacées, irrégulières, d’une étendue variable, mais toujours très larges : ce sont les lividités cadavériques. Dans le décubitus dorsal, toute la lace postérieure du corps est occupée par ces taches, qui quelquefois sont confluentes et ne forment par leur réunion qu’une seule et immense tache, manquant seulement au niveau des points sur lesquels le cadavre repose, aux fesses et à la région des deux omoplates, et sur les parties où un lien, une compression quelconque s’opposent à l’accès du sang. Les lividités commencent à apparaître en général vers la cinquième heure, et atteignent leur maximum au bout de douze à quinze heures. Leur apparition est constante dans tous les cas, et devient un signe de mort d’une grande certitude; d’après Molland, sur 15140 cadavres observés à ce point de vue, elles n’ont jamais manqué une seule fois, et cela quelle que fût la cause de la mort. Chez des cholériques pourtant, au dire de certains auteurs, on aurait trouvé pendant la vie des taches hypostaliques, rappelant exactement les lividités cadavériques.
Chez les noyés et les asphyxiés, chez les intoxiqués par l’oxyde de carbone et chez d’autres sujets, on observe des taches rouges ou rosées, plus ou moins larges, que l’on pourrait prendre pour des lividités cadavériques; elles s’en distinguent par leurs sièges : tandis, en effet, que ces taches se montrent un peu partout, aussi bien dans les parties déclives que dans les parties élevées, les lividités cadavériques, elles, étant le résultat de l’action de la pesanteur, n’apparaissent que dans les parties déclives.