‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 3 sur 78 · BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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AYANT-PROPOS

C’est en vain que nous avons cherché une définition exacte de la mort : nous ne l’avons trouvée ni dans les auteurs, ni dans nos méditations, ni dans les longues discussions que nous avons eues avec des amis sur cet important problème. Toutes les définitions qui existent ou que nous avons essayé de formuler, ne sont que des définitions métaphysiques inventées pour donner satisfaction à une doctrine, définitions d’écoles, acceptées par les uns et rejetées par les autres. La définition physiologique de la mort est encore à trouver.

Et comment du reste définir la mort sans tomber dans une pétition de principes ? La mort n’est-elle pas simplement la nég-ation de la vie? Or, qu’estce que la vie? Qui pourra jamais saisir son essence et dire ce qu’elle est? En l’état, la science est impuissante à définir et la vie et la mort.

Nous ne connaissons la vie que par ses seules manifestations, et nous regardons comme ayant

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cessé de vivre tout être chez qui ces manifestations ont disparu; mais il ne faut point se méprendre sur l’absence de ces manifestations, et tel, parce qu’il ne présente point Jes manifestations extérieures de la vie, peut passer pour être réellement mort alors qu’il est simplement en état de mort apparente et offre encore certaines manifestations intimes qu’il faut savoir rechercher et mettre en évidence.

Le but de ce livre est de favoriser cette tâche aux médecins et à tous ceux qui s’intéressent à la solution du redoutable problème, et ces derniers sont nombreux : quel est celui, en effet, qui n’a jamais frémi à la pensée qu’il peut être enseveli vivant et se réveiller dans un tombeau? Le péril évidemment a été considérablement exagéré ; néanmoins la crainte qu’il inspire se trouve justifiée par certains faits que l’on ne saurait révoquer en doute.

Nous ne connaissons pas l’essence de la vie, mais nous connaissons un peu le mécanisme de la mort. Vers la fin du siècle dernier, Bicliat inventa la théorie du trépied vital : notre corps serait comme un monument dont l’ensemble reposerait sur trois piliers disposés de telle sorte que tous les trois seraient également nécessaires au soutien de l’édifice, si bien que la chute de l’un entraînerait fatalement la chute des deux autres et la ruine complète du monument. Ces trois piliers sont le cerveau, le cœur et le poumon; ce sont ces organes qui cons-

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tituent le trépied de la vie. Leurs fonctions sont solidaires, et les unes ne sauraient cesser sans déterminer immédiatement ou peu de temps après la cessation des autres et la destruction de la vie. Bichat, dans ses immortels travaux, s’est évertué à montrer l’action réciproque de ces trois organes et leur dépendance mutuelle.

Si le cerveau — et par cerveau nous entendons tout le système nerveux, tout l’axe cérébro-spinal et le système ganglionnaire, — si le cerveau abdique son commandement, les muscles, ne recevant plus d’ordre, n’obéissent plus, les intercostaux et le diaphragme cessent de se contracter, d’où arrêt des phénomènes mécaniques et, par suite, des phénomènes chimiques de la respiration. Le cœur, privé de son innervation, manquant de l’aliment nécessaire à sa vie et rencontrant dans le poumon un obstacle à la circulation du sang, se trouve gêné dans ses mouvements, et ceux-ci lentement s’éteignent pour toujours.

Si le poumon s’arrête, tous les organes, y compris le cœur et le cerveau, par l’effet du contact du sang noir qui les empoisonne, cessent simultanément leurs fonctions.

Si le cœur ne se contracte plus, le sang artériel n’arrive plus dans aucun organe : le cerveau est frappé de mort, les muscles restent passifs et la respiration est supprimée.

Evidemment cette théorie est trop absolue, et ce n’est pas seulement par le cerveau, le poumon et

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le cœur que nous mourons. Nous mourons souvent par altération (les humeurs (albuminurie, diabète, hémophilie, etc.), nous mourons encore par le tube digestif, par le foie et surtout par le rein. Il semble néanmoins que ce n’est pas directement que nous sommes tués par la lésion de ces organes, mais indirectement, par la répercussion de ces lésions sur les fonctions essentielles de la vie, sur les fonctions du poumon, du cerveau et du cœur. Il nous paraît même prouvé que c’est à l’arrêt de la circulation du sang qu’incombe le rôle prépondérant dans le mécanisme et l’étiologie de la mort. Paul Bert enseignait dans ses cours que c’est toujours^?’ asphyxie que Von meurt , et Claude Bernard a écrit : « Lorsque la mort arrive, au lieu de dire que la vie s’est éteinte, il serait plus exact de dire que l'état physiologique qui régénère les organes a cessé d'exister. » Or, n’est-ce pas au sang qu'incombe cette noble fonction de régénérer les organes, de réparer les pertes, d’entretenir la vie, et celle-ci est-elle possible sans lui? Oui! vraiment, les scholastiques du moyen âge avaient raison de dire :

« Vita in motu », la vie est dans le mouvement, dans le mouvement du sang, dans le mouvement d’un suc vital, d’une sève, d’un liquide nourricier.

Quelle que soit la cause de la mort apparente , dans aucun cas , il n'existe un arrêt complet et prolongé de la circulation; celle-ci peut être très atténuée, diminuée , réduite à son minimum , mais elle persiste; s'il existe un arrêt , cet arrêt ne peut être

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que momentané : un arrêt complet et prolongé de celte importante fonction serait la mort réelle.

C’est là une vérité physiologique indiscutable, nous le démontrerons jusqu’à la dernière évidence; car cette vérité est la base même de la méthode que nous avons proposée dans notre Mémoire à l’Académie des sciences pour faire le diagnostic immédiat et certain de la mort réelle.

Ce travail est le fruit de nombreuses années d’étude et de recherches minutieuses. Examen approfondi de tout ce qui a été fait et écrit sur la question, analyse, discussion et réfutation des arguments opposés, expérimentations variées et répétées sur l’homme et sur les animaux, observations cliniques, autopsies, rien n’a été négligé pour trouver en faveur de notre opinion des preuves nombreuses et étayées sur les bases les plus solides. Ce que nous avons écrit est notre conviction absolue : elle est telle et la question est si importante au point de vue social que nous comptons trouver en cette conviction même toute l’éloquence et la force d’argumentation nécessaire pour la faire partager à nos lecteurs.

Toutes les expériences de notre travail ayant trait à la spectroscopie ont été faites dans le laboratoire de physique de la Faculté des sciences de Marseille, grâce à l’obligeance de M. le professeur Macé de l’Epinay et de son préparateur, M. le docteur Charras : nous tenons à leur rendre ici un témoignage public de notre gratitude.

AVANT-PHOPOS

Si nos expériences sur les animaux hibernants offrent quelque intérêt, nous le devons à M. le naturaliste Nourrit, qui, durant l’iiiver si rigoureux de 1895, a bien voulu mettre à notre disposition quatre de ses marmottes alors en pleine léthargie; qu’il veuille bien accepter tous nos remerciements.

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