‹ La mort réelle et la mort apparenteChapitre 36 sur 78 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DIAGNOSTIC IMMÉDIAT ET CERTAIN DE LA MORT MÉTHODE ET PROCÉDÉS DE L’AUTEUR

Principe de la méthode : absorption synonyme de circulation. — Toute substance, quelle qu’elle soit et quelle que soit la voie d’absorption choisie, ne peut être absorbée, c’est-à-dire arriver au contact de tous les tissus et pénétrer dans les éléments anatomiques qui constituent chacun de ces tissus, sans le concours de la circulation, sans l’intermédiaire du sang, « ce milieu intérieur », selon la belle expression de Claude Bernard, qui porte dans toutes les profondeurs de l’organisme les principes de vie dont il est chargé. Jamais un cadavre, par aucune méthode, par aucune voie, n’absorbera rien, et toute substance mise en contact avec lui restera inerte sur place, parce qu’elle se trouvera privée du véhicule ordinaire qui est le courant sanguin : elle n’avancera pas plus que n’avance un bateau sur un canal qui est à sec ou dont les eaux sont gelées.

L’absorption n’est pas seulement un phénomène d’imbibition, un phénomène d’endosmose, phénomène purement physique et qui peut avoir lieu, dans une limite très restreinte, sur le cadavre; elle est aussi et avant tout un phénomène de transfert, un phénomène de diffusion, phénomène essentiellement physiologique et qui ne peut avoir lieu que sur le vivant. Le rôle du sang comme véhicule de l’absorption ressort nettement de l’expérience suivante, expérience très simple et que nous avons maintes fois répétée, toujours avec succès, dans le cours dê nos recherches. Nous enlevons le sacrum sur une grenouillle, et nous mettons ainsi à nu,

MÉTüODE DE DIAGNOSTIC DE L’AUTEUR 97

dans sa partie inférieure, l’aorte, sous laquelle nous passons une ligature. La grenouille se trouve alors divisée en deux parties, l’une antérieure dans laquelle la circulation veineuse et la circulation artérielle continuent à se faire, l’autre postérieure dans laquelle toute circulation sanguine se trouve arrêtée. Or, si, dans ces conditions, nous injectons dans une des pattes antérieures, dans la patte gauche par exemple, une des substances dont nous parlons plus bas, nous retrouverons la substance injectée dans la patte droite antérieure, mais non dans aucune des pattes postérieures; si l’injection, par contre, est faite dans l’une de ces dernières pattes, dans la patte droite par exemple, nous ne retrouverons dans la patte gauche ni dans les pattes antérieures aucune trace de la substance injectée. Vous pouvez répéter ces expériences sur toute la série animale, et toujours vous constaterez qu’un arrêt complet de la circulation entraîne comme effet immédiat un arrêt complet de l’absorption. L’absorption de toute substance injectée se fait par les veines qui la portent de la périphérie au cœur, et le transfert, la distribution de cette même substance dans l’intimité des tissus se font par les artères, qui la portent du cœur à la périphérie.

Puisqu’il suffit de supprimer l’irrigation sanguine dans une région pour empêcher les phénomènes d’absorption de s’y manifester, la persistance de la circulation est donc une condition indispensable de l’absorption, l’une de ces fonctions est le corollaire obligé de l’autre.

Bien plus, s’il est vrai, ainsi que nous le démontrons dans le chapitre III de cette seconde partie, que la vie soit impossible avec un arrêt prolongé du courant sanguin, dans tous les cas de mort apparente, il faut que la circulation persiste, soit quecettefonctionn’aitjamais été arrêtée, soit qu’elle ait été suspendue seulement pendant un court instant pour reprendre aussitôt, et l’ab-

sorption, par suite, toujours doit se faire tant que la mort n’est pas réelle. Et n’allez pas croire que, pour avoir la preuve de la persistance de la vie, il faille retrouver la substance absorbée dans les produits excrémentitiels où elle se trouve à l’état normal après son élimination : il suffit de constater un simple transfert, de trouver, par exemple, dans le sang ou les tissus du bras une substance qui aurait été] injectée dans les tissus de la cuisse, pour déclarer, sans aucune crainte de se tromper, qu’au moment de l’injection la vie existait encore.

Toute la difficulté consiste à se mettre dans les conditions physiologiques nécessaires, suivant les circonstances, pour que l’absorption puisse se faire. Choisir la substance qui doit être absorbée et la voie par laquelle elle doit être absorbée , savoir ensuite retrouver cette substance dans le sang ou dans un autre milieu où elle est supposée devoir se trouver si /’ absorption a eu lieu , tout le problème est là, problème que nous avons réduit à sa plus simple expression et que tout le monde peuL résoudre avec un peu d’habitude, ainsi qu’on va le voir. Disons d’abord quelle est la voie d’absorption qu’il convient de choisir.

Choiv de la voie d’absorption. — Multiples sont les voies par lesquelles une substance peut pénétrer dans l’organisme. La plus ordinaire est la voie bucco-stomacale; les autres sont la voie recto-colique, la voie pulmonaire, la voie cutanée, la voie sous-cutanée, la voie intra-veineuse, etc. Chacune de ces voies peut être choisie indifféremment à l’état normal; l’absorption, plus ou moins rapidement, toujours se fera.

Mais, dans le cas qui nous occupe, nous nous trouvons en présence d’un corps qui, s’il n’est pas un cadavre complet, l’est du moins par certains points et en a toutes les apparences, et la plupart des voies nous sont fermées pour l’absorption du produit avec lequel nous voudrions expérimenter. Peut-être pourrait-on avoir

recours à la voie rectale et faire absorber le produit sous forme de lavement que l’on maintiendrait, dans le cas où le sphincter serait béant, à l’aide d’un bouchon introduit dans l’anus et soutenu par une serviette roulée! L’épreuve peut être tentée; nous n'avons néanmoins à notre acquit aucune observation qui nous autorise à assurer qu’elle réussira toujours. Afin d’éviter toute cause d’erreur et d’échapper à toutes les objections, pour permettre au produit de pénétrer rapidement et sûrement dans le courant sanguin — si courant sanguin il existe, — nous recommandons d’avoir recours à la méthode intra-veineuse ou simplement à la méthode hypodermique. Quel que soit l’état de mort apparente, tant que cet état n’est pas la mort réelle — nous l'avons dit et nous le prouverons jusqu’à la dernière évidence, — la circulation persiste, et tout produit susceptible d’être injecté est repris par le sang, avec lequel il se mélange et circule dans toutes les parties du corps, où nous le retrouverons à l’aide des procédés que nous allons exposer.

Choix <le la substance destinée à l’absorption. Des qualités que cette substance doit présenter. — Nombreuses sont les substances que l’on pourra choisir pour l’injection; nous en indiquerons ici seulement quelques-unes, celles dont nous nous sommes servi dans nos recherches, et nous laisserons au médecin le soin d’arrêter son choix sur telle substance qui lui plaira, pourvu que la substance choisie possède les qualités requises et se prête commodément à l’épreuve. Notre but , en écrivant ce chapitre , n'est pas d'indiquer tous les produits qui peuvent être employés dans notre méthode , mais simplement d'exposer les principes et les avantages de noire méthode , en nous servant de quelques exemples pour nous faciliter la tâche et rendre celte exposition plus claire et plus pratique.

Quel que soit du reste le produit choisi, il doit présenter les qualités suivantes : être soluble dans l’eau;

ne pas se trouver normalement ni accidentellement dans l'organisme au moment de l’injection ; ne pas être caustique, pour que l’absorption puisse se faire ; n’offrir, à la dose nécessaire pour pratiquer l’épreuve, aucun danger d’intoxication; être facilement reconnaissable, à dose infinitésimale, par la seule inspection ou à l’aide de réactions simples, sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours à une analyse compliquée.

Nous avons arrêté notre choix sur la fluorescéine , sur certains iodures, sur les ferrocyanures de sodium et de potassium , sur les sels de lithine et sur certaines substances volatiles. Nous avons trouvé en ces produits les qualités demandées : leur présence se reconnaît très rapidement et très facilement dans un tissu ou dans un liquide quelconque de l’organisme. Nous avons encore expérimenté avec d’autres substances : de celles-là nous ne dirons rien, car nous estimons que les renseignements fournis par les produits que nous allons examiner sont amplement suffisants pour nous dispenser de citer toutes les expériences que nous avons faites au cours de nos recherches avec d’autres produits.

§ 1. — Emploi de la fluorescéine.

Son pouvoir colorant. — La fluorescéine est la phtaléine de la résorcine; elle a été découverte par Baeyer et étudiée notamment par Fischer. Peu soluble dans l’eau froide, elle est un peu plus soluble dans l’eau chaude et l’eau acidulée, et très soluble dans l’alcool méthylique, l’alcool éthylique, l’acétone et les alcalis.

Sous forme de poudre, elle est rouge brique; dissoute dans un alcali, elle présente une couleur rouge foncé. Les solutions alcalines diluées offrent une magnifique fluorescence verte caractéristique. Le pouvoir colorant de la fluorescéine est tel que la coloration

verte apparaît dans une solution au 45 qqq qqq’ 0 es^~

à-dire qu’il suffit d’un milligramme de cette substance pour colorer d’une façon encore apparente 45 litres d’eau. Jusqu’ici la fluorescéine n’a guère été employée qu’en teinturerie; elle nous a paru tout indiquée pour l’application de notre méthode, et, en réalité, de toutes les substances colorantes que nous avons expérimentées, la fluorescéine est sûrement celle qui offre les plus grandes commodités, et c’est sur elle que notre choix devait s’arrêter.

Recherche de la fluorescéine dans l’organisme. —

Rien de plus simple que de reconnaître la présence de la fluorescéine dans l’organisme d’un animal injecté. Ici, en effet, pas besoin de réactif; il suffit de regarder, et, si l'on constate la couleur verte caractéristique dans un liquide ou un milieu quelconque de l’organisme, on aura la preuve certaine que la fluorescéine injectée a été absorbée. Sa présence sera recherchée de préférence dans les téguments, dans les milieux de l’œil, dans l’urine et dans le sang.

a. Dans les téguments. — Une ou deux minutes après l’injection, tous les téguments (peau et muqueuses) sont colorés, et cette coloration, très manifeste surtout aux extrémités et sur les parties dépourvues de poil, apparaît plutôt jaune que verte : on dirait que l’animal a une jaunisse intense.

b. Dans les milieux de l'œil. — Sous l’influence de la fluorescéine que le courant sanguin transporte dans toutes les parties de l’organisme, les milieux de l’œil (corps vitré et humeur aqueuse) se laissent pénétrer par la substance colorante, et, vingt minutes environ après l’injection, on voit l’œil prendre une superbe coloration verte; cette coloration s’accentue, et on dirait qu’une émeraude a été enchâssée dans l’œil (voir fig. 1).

c. Dans l'urine. — La fluorescéine s’élimine rapide-

ment parles reins, et l’urine de l’animal injecté devient presque immédiatement jaune verdâtre; une seule goutte de cette urine donne, diluée dans l’eau, une belle coloration vert-pré.

cl. Dans le sang. — On peut, avec une seule goutte de sang, constater la couleur verte alors même que l’animal n’aurait reçu qu’une dose minime de fluorescéine. Nous dirons plus bas, au sujet de la recherche d’autres substances, comment on se procure la quantité infime

Fig. J. — Coloration des yeux chez un jeune chat injecté avec de la fluorescéine : la partie blanche des yeux représente la coloration verte.

de sang nécessaire pour procéder à l’opération; nous nous contenterons d’indiquer ici le petit procédé suivant : on passe sous la peau, à la manière d’un séton, un ou deux fils de coton qu’on laisse s'imbiber de sang et de sérosité ; on les met ensuite dans un petit récipient ou dans un tube à essai, on ajoute une ou deux cuillerées à café d’eau, et on porte à l’ébullition pour détruire la matière rouge du sang; sous l’influence de la chaleur le liquide s’éclaircit, et on voit bientôt apparaître la coloration verte caractéristique de la fluorescéine.

Une goutte de sang, déposée sur une surface lisse et polie (une plaque de verre), laisse suinter tout au pourtour un liséré de sérosité et se trouve bientôt entourée d’une auréole verte. Si l’on dispose d’une plus grande

quantité de sang, on attendra la séparation spontanée du sérum, et l’on constatera que celui-ci est nettement vert. Le sang devra toujours être pris dans une région éloignée du point d’injection.

Dose de fluorescéine nécessaire pour expérimenter sur l'homme. — Étant donnée la puissance colorante de la fluorescéine, a priori nous pouvions émettre l’hypothèse de la possibilité d’obtenir dans les milieux organiques la coloration caractéristique avec une dose de substance infinitésimale. Nous avons voulu vérifier cette hypothèse sur les animaux, et elle s’est trouvée pleinement justifiée.

Sur un cobaye du poids de 500 grammes, nous injectons un gramme d’une solution alcaline à 1 pour 200, soit 5 milligrammes de fluorescéine : en quelques minutes, les téguments prennent une couleur jaune, burine- est jaune verdâtre, et une goutte de ce liquide colore d’une façon très apparente un demi-litre d’eau. Nous appliquons une sangsue, et, dans un tube à essai contenant environ 10 centimètres cubes d’eau, nous ajoutons une goutte du sang retiré par la sangsue; la matière colorante du sang est détruite par l’ébullition, nous filtrons,' et le liquide présente une belle couleur verte. Cette même coloration est obtenue avec la minime quantité de sang retirée à l’aide d’un fil de coton passé en séton. Au repos, le sang rendu par la sangsue laisse suinter le sérum, et celui-ci apparaît nettement vert. La salive donne aussi la coloration caractéristique de la fluorescéine. La coloration verte des yeux se manifeste vingt minutes environ après l’injection.

Nous avons répété l’expérience sur d’autres cobayes, sur des lapins, des chats et des chiens : la coloration toujours a été très apparente avec la dose minime de 10 milligrammes de fluorescéine par kilo d’animal.

Nous basant sur ces résultats, nous pouvons affirmer qu’une injection de 60 centigrammes de fluo-

rescéine sera plus que suffisante pour obtenir sur l'homme adulte la coloration caractéristique. Et cette dose n’est pas certes la dose maximum que l’on puisse injecter : sans crainte aucune d’intoxication, on pourra l’augmenter considérablement et injecter, par exemple, un gramme de fluorescéine, soit 8 centimètres cubes de la solution ci-dessous :

Fluorescéine 5 grammes

Carbonate de soude 5 —

( Quantité suffisante

Eau distillée | pour faire 40 cenli-

( mètres cubes.

Les expériences qui suivent, nous autorisent à affirmer que cette dose et même des doses plus fortes encore ne présentent absolument aucun danger; la fluorescéine n’est pas un poison.

Innocuité de la fluorescéine. — Expériences. — Avant de recommander l’emploi de la fluorescéine, nous avons voulu nous assurer de sa parfaite innocuité aux doses nécessaires pour provoquer sur l’homme le signe que nous recherchons, et voici les expériences que nous avons entreprises dans ce but.

Nos expériences se divisent en deux séries : la première série comprend des animaux aquatiques à qui nous avons fait absorber la fluorescéine en les tenant dans une solution de cette substance; la seconde série a trait à des animaux à qui nous avons fait absorber la fluorescéine par injection hypodermique.

Première série cV expériences. — Nous prenons huit bocaux de la contenance de deux litres. Nous remplissons trois de ces bocaux (n° 1, n° 2, n° 3) d’une solution forte de fluorescéine, et trois autres (n° 5, n° 6, n° 7) d’eau pure ordinaire prise au robinet. Nous introduisons quatre sangsues dans les bocaux n° 1 et n° 5, deux écrevisses dans les bocaux n° 2 et n° 6, deux poissons dans les bocaux n° 3 et n° 7. Les bocaux n° 4 et n° 8

contiennent de la terre détrempée, dans le bocal n° 4, par une solution de fluorescéine, et, dans le bocal n° 8, par de l’eau ordinaire : ces deux bocaux renferment des lombrics et autres vers de terre.

L'eau est changée tous les jours; la solution de fluorescéine est tellement concentrée que nous ne distinguons pas les animaux dans les bocaux. Or, malgré un séjour prolongé de plusieurs semaines dans un milieu saturé de fluorescéine, nous n’avons constaté aucun trouble chez les animaux mis en observation. Les animaux renfermés dans les bocaux n° 1, n° 2, n° 3 et n° 4 se comportent exactement comme les animaux renfermés dans les bocaux témoins, c’est-à-dire les bocaux n° 5, n° 6, n° 7 et n° 8 contenant simplement de l’eau pure. Les sangsues retirées du bocal n°l, après un séjour de plus d’un mois dans la solution de fluorescéine, appliquées sur des cobayes, s’acquittent de leur tâche avec autant d’ardeur que les sangsues retirées du bocal n° 5. Les poissons sont aussi vifs et alertes dans le bocal n° 3 que dans le bocal n° 7. Et pourtant, dans les conditions d’expérimentation où nous nous sommes placé, l’absorption a dû être très abondante puisqu’il suffit, ainsi que nous le verrons plus loin au sujet d’autres expériences, de plonger des animaux aquatiques, des grenouilles par exemple, pendant 3 ou 4 minutes dans de l’eau éthérée ou chloroformée pour obtenir une anesthésie complète. Nos animaux étaient si complètement saturés de fluorescéine qu’une sangsue coupée en morceaux et bouillie dans 20 centimètres cubes d’eau donnait au liquide la coloration caractéristique. Nous avons également obtenu une coloration verte intense avec la tête d’un tout petit poisson que nous avons fait macérer dans de l’eau bouillante.

Deuxième série d' expériences. — Cette deuxième série comprend des expériences faites sur des cobayes, des chats et des chiens, à qui nous avons fait absorber,

par injection hypodermique, des doses relativement énormes de fluorescéine; nous nous sommes servi de La solution formulée ci-dessus.

Sur 5 cobayes dont le poids pour chacun varie de 300 à 500 grammes, nous injectons sous la peau du ventre 12 centimètres cubes de la solution, c’est-à-dire 1 gramme 50 de fluorescéine, soit une dose une fois et demie plus forte que celle que nous avons fixée comme étant plus que suffisante pour expérimenter sur l’homme. Presque immédiatement la coloration des téguments apparaît, et nous ne trouvons aucun changement dans l’état de nos cobayes : ils mangent comme à l’ordinaire, et nous servent plus tard à d’autres expériences.

Un jeune chat du poids de 850 grammes reçoit, sous la peau du ventre, 20 centimètres cubes de la même solution : il continue ses ébats et n’est pas autrement incommodé par la forte dose de fluorescéine que nous avons introduite dans son organisme.

Nous injectons sur un chien de 12 kilogrammes 40 centimètres cubes de la solution, soit 5 grammes de fluorescéine, c’est-à-dire une quantité de fluorescéine suffisante pour colorer 225 000 litres d’eau : nous ne constatons rien d’anormal, et le chien, observé pendant plusieurs jours, continue à boire et à manger comme à l’ordinaire.

Ce qui nous a frappé surtout dans ces expériences, c’est l’intensité de la coloration verte de l’œil. Nous nous sommes demandé à cet effet si la vision était conservée. Évidemment l’animal voit tout en vert jaunâtre, ainsi qu’on peut s’en rendre compte en regardant un objet à travers une solution de fluorescéine; mais la vision persiste, les animaux se guident très bien et suivent des yeux le mouvement des objets qu’on promène devant eux. L’aut.opsie nous a démontré que la coloration ne portait que sur les liquides de l’œil (humeur aqueuse et corps vitré) : nous avons toujours

trouvé le cristallin absolument transparent et incolore. Du reste, l’élimination de la fluorescéine est tellement rapide qu’en quelques heures l’oeil reprend sa coloration. M. le Dr Bentéjac, un spécialiste des plus distingués, a bien voulu procéder avec nous à l’examen des yeux de nos animaux : l’ophtalmoscope nous a toujours indiqué que l’œil restait absolument sain et que la vision ne subissait aucune atteinte du fait de l’absorption d’une forte dose de fluorescéine.

Nous n’avons également trouvé aucune trace d’albumine dans les urines de nos animaux, accident que l’on aurait pu craindre à cause de l’élimination rapide et abondante de la fluorescéine par les reins.

Ces expériences poursuivies pendant de longnes semaines à la Faculté des sciences, grâce à l’obligeance et au concours de M. le Dr Charras, nous prouvent de la façon la plus évidente la non-toxicité de la fluorescéine et la grande tolérance de l’organisme pour cette substance, et nous conclurons que la dose de 1 gramme fixée par nous pour expérimenter sur l’homme peut, sans aucune crainte, être dépassée et portée à 2 grammes et même au delà.

La coloration succédant à l’injection ne s’observe que sur le vivant. — Conclusion. — Aucune des substances que nous recommandons pour l’emploi de notre méthode ne s’absorbe par aucune voie sur le cadavre; mais, en présence de l’énorme pouvoir colorant de la fluorescéine, nous avons voulu nous assurer si sur le cadavre même, par filtration ou par imbibition, la fluorescéine ne pouvait pas donner lieu à la coloration caractéristique des tissus et des liquides de l’organisme. Nous avons constaté que, quelle que fût la dose injectée, jamais elle ne produisait de coloration sur le cadavre. Une coloration jaune apparaît seulement au pourtour du point d’injection; mais aucune coloration, quel que fût le moment de l’examen, n’était obtenue avec le sang, et l’œil conservait sa couleur normale.

Nous avons expérimenté, à dessein, sur de petits cadavres de cobayes que nous tuions par asphyxie et que nous injections immédiatement dès que la cardiopuncture nous annonçait la cessation des battements du cœur : jamais nous n’avons noté l’absorption de la fluorescéine.

La coloration succédant à l’injection est donc bien un signe de vie, et cette coloration est si facile à constater, la fluorescéine d’autre part est si inoffensive, que nous croyons avoir trouvé dans l’emploi de cette substance un procédé simple, vulgaire, à la portée de tout le monde, pour faire le diagnostic immédiat et certain de la mort apparente et de la mort réelle.

Emploi des iodures.

A l’état normal, l’iode ne se trouve pas dans l’organisme, mais il pourrait s’y trouver accidentellement à la suite d’un traitement. Afin d’éloigner toute cause d’erreur, avant de procéder à l’injection, l’opérateur s’assurera de l’absence de tout iodure dans la salive ou l’urine : car, s’il existait dans l’organisme un iodure à si petite dose que ce fût, toujours il apparaîtrait dans ces deux liquides.

Choix et dose de l’iodure de sodium. — Nous avons essayé, avec des résultats également concluants, presque tous les iodures; nous recommandons néanmoins plus spécialement l’emploi de l’iodure de sodium et aussi celui de l’iodure de lithine, ce dernier se prêtant à la fois à l’analyse chimique et à l’analyse spectrale.

La dose dont nous nous sommes servi dans nos expériences, lorsque nous nous proposions de rechercher le sel dans le sérum ou le sang, a été en moyenne de 33 milligrammes par poids de 1 kilogramme d’animal, dose correspondant à 2 grammes environ par 60 kilogrammes, poids ordinaire de l’homme adulte. Lorsque

MÉTHODE DE DIAGNOSTIC DE l’AUTEUK

c’était dans burine ou la salive que nous devions rechercher l’iodure, la dose injectée était beaucoup plus faible : nous obtenions des réactions très nettes avec une dose de 4 milligrammes par poids de 1 kilogramme, soit 0 gr. 25 par 60 kilogrammes.

Réactifs des iodures. — L’eau de chlore décompose les iodures en mettant l’iode en liberté et en donnant naissance à un chlorure. Comme il n’est pas toujours facile de se procurer de l’eau de chlore, celle-ci peut être remplacée par de l'acide sulfurique, et mieux par de l’acide azotique du commerce, lesquels décomposent les iodures en donnant naissance à de l’acide

iodhydrique et à l’iode.

Au contact de l’empois d’amidon récemment préparé, l’iode donne une coloration bleue caractéristique de l’iodure d’amidon. Cette coloration disparait sous l’influence de la chaleur et reparaît par le refroidissement. La sensibilité de cette réaction est telle que l’on peut déceler nettement la présence de l’iode dans une dissolution au cinq-cent-millième . Dans nos expériences, nous nous sommes servi le plus souvent de papier buvard blanc, lequel renferme toujours de l’amidon et présente sur le papier blanc ordinaire, généralement gommé, le grand avantage de se laisser pénétrer plus facilement par les liquides.

Le sulfure de carbone dissout l’iode et se trouve coloré par ce corps en grenat, violet foncé ou lilas clair, suivant la quantité de l’iodure décomposé. Nous avons pu constater la coloration révélatrice de l’iode dans 5 grammes d’eau renfermant un dix-millième de gramme d'iodure de potassium : ce procédé peut déceler 1/75 de milligramme d’iodure.

Il ne faut pas oublier qu’un excès de chlore ou d’acide fait disparaître la coloration bleue de l’amidon et la teinte rosée du sulfure; ces deux réactifs ne doivent donc être ajoutés qu’avec précaution.

Les réactions que nous indiquons ne sont pas évi-

Ica-kd. — La mort.

déminent, les seules capables de déceler la présence d’un iodure, mais comme ce sont les seules auxquelles nous ayons eu recours dans nos expériences et qu’elles suffisent largement à nos recherches, nous croyons inutile de décrire les autres.

Recherche des iodures. — L’ absorption des iodures est extrêmement rapide, et on peut constater leur présence dans la salive, les larmes, le lait, la sueur, le mucus nasal, le mucus bronchique et môme le mucus vaginal. Pour le but que nous poursuivons, il nous suffira de rechercher la présence de l’iode dans la salive, dans l’urine, dans le sang ou le sérum.

a. Recherche dans la salive. — Les glandes salivaires sont les voies d’élimination par excellence des iodures, lesquels apparaissent dans la salive quelques minutes à peine après leur absorption. On se procurera la salive nécessaire en introduisant dans la bouche et en promenant dans les différents culs-de-sac de la cavité buccale un morceau d’amadou sec que l’on tient fixé au bout d’une tige ou d’une pince à forcipressure. Pour augmenter la sécrétion salivaire, il est bon de faire avec la main des frictions sur les deux joues et sur les régions parotidiennes. L’amadou est maintenu dans la bouche jusqu’à ce qu’il paraisse suffisamment imbibé; il est alors retiré et exprimé entre deux morceaux de papier à écrire, ou mieux entre deux morceaux de papier buvard blanc. Sur la tache que la salive a laissée sur le papier, on verse une gouttelette d’acide azotique, et on voit apparaître graduellement tout au pourtour un anneau bleu. Si l’acide azotique est versé non sur la salive, mais à côté, un trait bleu très net, en forme d’arc de cercle ayant pour rayon la distance qui sépare l’acide de la salive, apparaît au point et au moment du contact des deux corps.

Au lieu d’exprimer le morceau d’amadou, on peut le déposer simplement sur un carré de papier buvard blanc et verser goutte à goutte sur lui de l’acide azo-

tique étendu de deux fois son volume d’eau. Sous le morceau d’amadou et, tout au pourtour, jusqu’à une certaine distance, suivant la quantité de salive dont l'amadou est imbibé, on voit apparaître la coloration bleue caractéristique de la réaction de l’iode sur l’amidon.

Lorsque nous expérimentions sur un animal anesthésié, nous n’avions point recours à l’amadou, et nous imbibions directement le papier buvard de salive en l’introduisant dans la bouche après l’avoir roulé au préalable sous forme de tige. Ce moyen très pratique est applicable chez l'homme, mais il ne peut être employé chez les animaux en état d’éveil, le papier buvard se trouvant détruit en quelques secondes par les mouvements de la mastication, à moins d’immobiliser la mâchoire à l’aide d’un bâillon.

b. Recherche dans l'urine. — L’urine, recueillie à l’aide d’une sonde, est étendue de quelques gouttes d’une solution amidonnée récemment préparée, et on ajoute de l’acide azotique goutte à goutte jusqu’à ce que la coloration apparaisse et transforme tout le contenu du récipient en un liquide bleu grisaille.

On peut aussi verser l’acide azotique sur un morceau de buvard imbibé d’urine, ou avoir recours à la méthode que nous avons suivie pour la recherche des iodures dans le sang.

c. Recherche dans le sang. — Nous nous contenterons d’indiquer le procédé qui nous a paru le plus pratique pour déceler dans ce liquide des traces infinitésimales d'iodure. Ce procédé est basé sur la décomposition des iodures par l’acide azotique ou l’eau de chlore et sur la solubilité de l’iode dans le sulfure de carbone, solubilité qui se traduit par une teinte violette de ce dernier corps.

Deux grammes de sang du sujet injecté sont recueillis dans une capsule ou un petit récipient en porcelaine cuite : on porte sur le feu et on chauffe jusqu’à calci-

nation pour détruire les matières organiques et colorées du sang, matières qui gêneraient la réaction révélatrice de la présence de l’iode. Le résidu est repris par 5 à 10 grammes d’eau, decanté ou filtré dans un tube a essai, on ajoute 2 ou «1 grammes de sulfure de carbone, quelques gouttes d’acide azotique ou d’eau de chlore et on agite vivement. L’iodure est décomposé, l’iode se dissout dans le sulfure de carbone, donnant à tout le liquide une coloration lilas trouble. Bientôt des gouttelettes violettes disséminées dansla masse liquide se rassemblent sur les parois du tube, puis, par le repos, gagnent le fond du récipient, où elles forment une couche d’un superbe violet grenat dont l'intensité varie suivant la quantité d’iodure contenue dans le sang soumis à l’analyse. Un ou plusieurs globules occupent généralement la couche supérieure du mélange, présentant une coloration encore plus marquée que celle du fond du tube et donnant à l’œil l’illusion d’une perle d’améthyste. L’opération est des plus sensibles, des plus faciles, et demande tout au plus un quart d’heure pour être menée à bien.

Si l’on décante le liquide aqueux qui couvre la couche de sulfure de carbone et que l’on traite ce dernier par une 'solution d’amidon, on constatera immédiatement l’apparition d’une coloration bleue caractéristique de l’iodure d’amidon; la même coloration se manifestera aussi sur tout morceau de papier buvard que l’on imbibera d’une gouttelette de sulfure de carbone tenant de l’iode en dissolution.

Deux ou trois grammes de sang sont plus qu’il ne. faut pour procéder par le sulfure de carbone à la recherche de l’iodure. Le sang sera pris dans une région éloignée des points injectés et environ dix minutes après l’opération.

Il n’est pas toujours commode sur le cadavre de se procurer une quantité abondante de sang, mais il suffit ici d’une quantité très minime, et on l’obtiendra

toujours très facilement. Pour cela, on aura recours aux ventouses scarifiées ou on piquera une veine superficielle dont on aspirera le contenu avec une petite seringue munie d’une aiguille à fort calibre. Bien souvent, dans nos expériences, nous nous sommes servi de sétons en fil de coton que nous appliquions au nombre de 8 à 10 sur différents points. Lorsque les fils nous paraissaient suffisamment imbibés, ils étaient retirés et calcinés dans une petite capsule en porcelaine, comme il a été dit plus haut : la quantité de sang et de sérosité recueillie ainsi nous a toujours permis de procéder à l'analyse et de retrouver l’iode dans le résidu de la calcination. Un moyen très pratique pour retirer du sang d’un cadavre est d’enfoncer profondément dans les tissus un gros trocart dont l’extrémité interne est percée de plusieurs trous sur les parois et l’extrémité externe pourvue d’une poire aspirante en caoutchouc.

c. Recherche dans le sérum sans extraction de sang. — On peut rechercher l’iodure dans le sérum sans qu’il soit nécessaire d’extraire du sang, et cela à l’aide des deux moyens que nous avons imaginés : nous décrirons le premier sous le nom de Procédé du fil, le second sous le nom de Procédé du buvard. Nous devons reconnaître dès maintenant que ces deux procédés, quoique très sensibles, exigent dans le sang une quantité d’iodure plus grande que celle nécessaire pour le procédé par le sulfure de carbone, la quantité de sérum contenue dans le fil ou le papier étant très minime.

1° Procédé du fil. — Sous ce titre, à la page 121, nous décrirons un procédé que nous avons appliqué à la recherche du ferrocyanure de sodium dans le sérum. Nous y renvoyons le lecteur, car le même procédé peut servir aussi à la recherche de l’iodure. L’extrémité du fil non imbibé de sérosité sera maintenue en contact avec un morceau de papier buvard blanc, et, le fil étant tenu verticalement, on versera sur la partie

imbibée quelques gouttelettes d’acide azotique dilué. Si le sérum renferme de l’iodure, sur le buvard, au point de contact du fil, à mesure que l’acide descendra entraînant l’iode de l’iodure qu’il aura décomposé, il se formera une tacbe circulaire bleue d’iodure d’amidon.

2° Procédé du buvard. — Ce procédé consiste à faire une petite incision à la peau et à maintenir en contact des lèvres de la plaie un morceau de papier buvard blanc qu’on laissera s’imbiber de quelques gouttelettes de sérosité. La réaction bleue obtenue avec une goutte d’acide azotique versée sur la partie humide du buvard indiquera la présence de l’iodure.

Ces deux procédés (procédé du fil et procédé du buvard) permettent de constater la présence de l’iodure dans le sérum sans extraction de sang. Dans le cas où l’on aurait à sa disposition une certaine quantité de sang, il est évident que l’on n’aurait qu’à aspirer avec un morceau de papier buvard la sérosité qui se sépare du plasma au moment de la formation du caillot, et à traiter ensuite ce morceau de papier buvard avec l’acide azotique.

Dose d’iodure nécessaire pour expérimenter sur l'homme. — Comment se pratique l'injection hypodermique. — La dose d’iodure à employer pour expérimenter sur l’homme variera suivant que l'on se proposera de rechercher la présence du sel dans la salive et l’urine ou dans le sang et le sérum.

Des réactions très nettes seront obtenues dans la salive et l’urine avec une injection de 50 centigrammes d’iodure par poids de 60 kilogrammes. Nous avons pu retrouver très facilement dans notre urine la présence de l’iode avec 10 centigrammes d'iodure de sodium, que nous avions absorbés dans du pain azyme pour ne pas imprégner la salive au passage au moment de la déglutition.

Lorsque l’analyse devra porter sur le sang ou le sérum, la dose sera augmentée et élevée jusqu’à

2 grammes. Si nous nous rapportons, en effet, à ce que disent les physiologistes, nous voyons que la quantité de sang renfermée dans tous le système circulatoire d’un homme adulte est d’environ 5 à 6 litres, en poids de 5 à G kilogrammes et demi, soit environ la onzième partie du poids du corps. Or, en injectant 2 grammes d’iodure, nous obtenons, pour un homme de 60 kilog., une solution au trois millième, solution qui est encore relativement très concentrée, puisque les moyens dont nous disposons nous permettent de constater la présence de l’iode dans une solution au demi-millionième. Par le sulfure de carbone et l’acide azotique, nous avons pu déceler l’iode dans 6 grammes de sang que nous avions retirés d’un malade \ à l’aide de deux sangsues appliquées après injection de 1 gramme d’iodure de sodium.

La dose de deux grammes, que nous fixons comme suffisante pour procéder chez un adulte à l’analyse du sang et du sérum, pourra être dépassée et aller jusqu’à

3 grammes sans crainte d’exposer le sujet à quelque danger d’intoxication. La dose journalière d’iodure de sodium est en moyenne de 1 à 4 grammes, mais on peut sans grand inconvénient donner des doses plus fortes. C’est ainsi que, pour combattre des accidents tertiaires graves, souvent on fait prendre aux malades 8 et même 10 grammes d’iodure de. sodium par jour; Kuss est arrivé, sans accident d’aucune sorte, à administrer progressivement des doses quotidiennes de 20 à 30 grammes d’iodure de potassium. Or, l’iodurp de sodium, dont nous recommandons l’emploi, se tolère encore plus facilement que l’iodure de potassium. On a même observé que les petites doses d’iodure sont relativement plus nuisibles que les fortes doses : Bazin et

Notre malade P. S., demeurant rue de Crimée, 4, à Marseille, était un homme de trente-cinq ans, pesant 80 kilog. ; il était atteint d’une orchite, que nous avons traitée par l’iodure de sodium et l’application de sangsues.

après lui Gclso Pcllizani ont essayé de donner une explication de ce curieux phénomène. L’intolérance stomacale est évitée en employant la voie hypodermique, et on sait d’autre part que les indurés, comme tous les autres médicaments du reste, lorsqu’ils arrivent directement dans le sang par la voie hypodermique, sont éliminés beaucoup plus rapidement que lorsqu’ils sont absorbés après ingestion dans les voies digestives : c’est ainsi que l’iodure de sodium, après injection, est éliminé en 26 heures, tandis qu’il faut 45 heures pour que l’élimination soit complète lorsque l’absorption a eu lieu par ingestion stomacale.

La dose que nous fixons n’a donc rien d’exagéré. On se servira d’une solution concentrée, d’une solution au demi ou d’une solution au tiers. L’injection sera faite sur l’abdomen, à la base du thorax, ou dans la région fessière, non sur la peau, mais dans l’épaisseur même du tissu cellulaire, et mieux, aussi profondément que possible, dans la masse musculaire. Aucune complication locale n’est à craindre, à condition que la solution soit neutre, que l’on observe les règles de l’antisepsie et que les piqûres soient suffisamment espacées les unes des autres. Arcari, qui a eu l’idée de substituer pour les injections l’iodure de sodium au sel de potasse, a pu faire pénétrer jusqu’à un gramme de médicament dissous dans un gramme d'eau sans accidents locaux, sans gonflement ni induration persistante.

§ 3. — Emploi des ferrocyanures de potassium et de sodium.

Ces deux corps ne se trouvent dans l’organisme que s’ils y ont été introduits. Malgré la consonance fâcheuse du nom, qui fait songer aux cyanures susceptibles de se décomposer dans l’organisme après absorption, sels

éminemment toxiques par l’acide prussique qu’ils renferment et mettent en liberté, le ferrocyanure de potassium ( prussiate jaune de potasse) et le ferrocyanure de sodium ( prussiate jaune de soude) n’offrent aucun danger et peuvent être absorbés à doses très élevées sans provoquer le moindre phénomène d’intoxication. Ces sels, en effet, sont stables; ils ne se décomposent point, s’éliminent en nature et n’exercent aucune action sur l’hémoglobine; le cyanogène s’y trouve rivé au fer, avec lequel il ne forme qu’un seul et même radical b

Nous avons injecté dans le tissu cellulaire ou directement dans les veines d’un très grand nombre d’animaux des doses relativement considérables de ces deux sels sans déterminer le moindre accident. Une injection intra-veineuse de 2 grammes de ferrocyanure de sodium •dissous dans 20 grammes cl’eau ne nous a donné aucun résultat appréciable chez un chien d'une taille au-dessous de la moyenne : l’animal, surveillé pendant plusieurs jours, conserva sa gaîté et ses allures habituelles. Nous avons pu injecter sous la peau d’une grenouille jusqu’à 0 gr. 20 de ferrocyanure de sodium dissous dans 0 gr. 50 d’eau sans amener la mort. Bien avant nous, des expériences ont été entreprises qui ont établi l’innocuité des ferrocyanures de potassium et de sodium : ces sels présentent simplement le degré de toxicité des sels de potasse et de soude 1 2.

Du reste l’usage du ferrocyanure de potassium a été recommandé en thérapeutique par Bouchard, qui,

1. Sur l’innocuité du ferrocyanure de potassium, voir Cl. Bernard, Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses, Paris, 1857, p. 66 ; Louis Ilugonenq, Traité despoisons, Paris, 1891; Hayem, Le sang et ses altérations anatomiques, Paris, 1890.

2. Voir les expériences de Massul et de Rabuteau : Massul, Recherches sur les propriétés physiologiques de quelques composés de cyanogène, thèse de Paris, 1872; Rabuteau, Recherches sur les effets et le mode d’ élimination du ferrocyanure de sodium ( Comptes rendus de la Société de biologie ), 1883, p. 268.

attribuant à ce sel des propriétés diurétiques analogues à celles du nitrate de potasse, le recommandait à la dose de 5 grammes dans un litre d’eau. Le docteur Baud a préconisé autrefois, comme fébrifuge, sous le nom de hydrocyanate de 'potasse et d'urée , une combinaison ou mieux un mélange de ferrocyanure de potassium et d’urée. Dubalde, Malmayrand et Gaucheron ont administré dans les fièvres d’accès le ferrocyanure de sodium et de salicine1. llayem, voulant expérimenter le ferrocyanure de potassium comme ferrugineux, a soumis à l’usage de ce médicament un certain nombre de malades, entre autres une jeune fille de seize ans et demi, qui suivit le traitement pendant deux mois et absorba impunément jusqu’à 6 grammes de ferrocyanure de potassium par jour. Une des conclusions du mémoire de cet auteur est que ce sel est inoffensif à haute dose et indéfiniment tolérable 2. Massul et Iiabuteau ont ingéré, sans en éprouver le plus léger effet, le premier 4 grammes de ferrocyanure de potassium, le second la môme dose à deux reprises différentes3. On sait que ce sel est dépourvu de toute propriété toxique, depuis que le chimiste Darcet en fit l’épreuve involontaire en absorbant par mégarde, et sans en éprouver aucun accident, un demi-litre d’une solution aqueuse de ferrocyanure de potassium.

Choix et close tin ferrocyanure de sodium. — De même que nous avons donné notre préférence à l’iodure de sodium sur l’iodure de potassium, nous donnerons notre préférence au ferrocyanure de sodium sur le ferrocyanure de potassium, le premier pouvant être absorbé à plus haute dose encore que le dernier. La

1. Voir Bulletin de l’Académie de médecine , 1857-58, t. XIII, p. 358.

2. In Bulletin général de thérapeutique , année 1878, p. 241.

3. Rabuteau, Traité élémentaire de thérapeutique et de pharmacologie, Paris, 1884.

dose injectée aux animaux sur lesquels nous avons expérimenté variait suivant le milieu dans lequel nous nous proposions de rechercher le sel; cette dose n a jamais dépassé en moyenne 5 centigrammes par poids d’un kilogramme, dose correspondant à 3 grammes par GO kilogrammes.

Réactifs des ferrocyauures. — Au contact d’un sel ferrique, les ferrocyanures donnent un précipité bleu, ferrocyanure ferrique , connu dans le commerce sous le nom de bleu de Prusse. L’acide azotique d’une concentration faible transforme les ferrocyanures en nitroferrocyanures, lesquels présentent une teinte verte à la lumière solaire et déposent du bleu de Prusse. Ces deux réactions sont très sensibles : quelques gouttes de perchlorure de fer ou d’acide azotique versées dans une solution au 100Vou d’un ferrocyanure donnent une coloration bleu céleste très belle, et cette coloration apparaît encore d’une manière évidente dans une solution au ïsVùuô» l’on a s°i|1 d’aciduler celle-ci avec de l’acide chlorhydrique et si l’on regarde le liquide sous une épaisseur de 3 à 4 centimètres.

Recherche du ferrocyanure de sodium. — Le ferrocyanure de sodium s’élimine par les reins et aussi, en très petite quantité, par les glandes salivaires. L’élimination est complète en vingt-quatre heures quand le sel a été absorbé par injection sous-cutanée, tandis qu’elle demande soixante-douze heures lorsque l’absorption a été faite par l’estomac. Ce sera donc dans l’urine, dans le sang, et mieux dans le sérum et les tissus, que nous pourrons rechercher la présence du ferrocyanure.

a. Recherche dans l'urine. — Le ferrocyanure de sodium en quelques minutes apparaît dans les urines : sa présence y est constatée après cinq minutes environ lorsque l’absorption a été faite par injection hypodermique, et après quinze minutes seulement lorsque l’absorption a été faite par ingestion stomacale. Pour déceler le ferrocyanure dans l’urine, on versera dans

le récipient contenant lë liquide quelques gouttes de perchlorure de fer. La coloration bleu de Prpsse, que prendra aussitôt l’urine, trahira la présence du sel : une goutte d’urine suffit pour obtenir la réaction.

b. Recherche dans le sang. — Lorsqu’on injecte en même temps à un animal et sur deux points différents une solution de ferrocyanure et une solution d’un pcrsel de fer non toxique, on ne constate jamais dans le sang la présence du bleu de Prusse : les urines seulement présentent une coloration bleu sale. De même la formation du bleu de Prusse n’a pas lieu si, dans un récipient contenant du sang de l’animal injecté, on verse directement quelques gouttes de la solution ferrique, à moins que la dose de ferrocyanure employée ait été relativement considérable , 4 grammes par exemple pour un chien de taille moyenne. L’obstacle à la formation du bleu de Prusse vient très probablement de la fibrine concrète, laquelle, on ne sait comment, gêne la réaction. Nous ne conseiilerons donc point de chercher directement dans le sang le ferrocyanure; la présence de ce sel peut néanmoins être constatée à l’aide du procédé suivant.

On mélange à deux ou trois grammes de sang une certaine quantité de poudre inerte, de préférence du charbon pulvérisé, de manière à faire une pâte où les caillots fibrineux se trouvent finement divisés. On ajoute de l’eau en quantité suffisante pour rendre le mélange liquide, et on chauffe pour coaguler les matières albumineuses et décolorer le sang. On filtre, et, dans le liquide obtenu, préalablement acidulé de quelques gouttes d’acide chlorhydrique, on verse du perchlorure de fer : la coloration bleu de Prusse apparaît alors même que la dose de ferrocyanure injectée aurait été peu forte. Nous avons toujours constaté la réaction dans le sang des animaux à qui nous injections la dose ordinaire, c’est-à-dire 5 centigrammes de ferrocyanure de sodium par poids de 1 kilogramme.

c. Recherche dans le sérum sans extraction de sang (. Procédé du fil). — Si la fibrine concrète empêche la production du bleu de Prusse, il n’en est pas de même de la fibrine dissoute et de la sérine, et la présence du ferrocyanure dans le sérum sera toujours très facilement constatée. On peut pour cela procéder de deux façons : extraire des vaisseaux quelques grammes de sang ou avoir recours au procédé du fil.

Dans le premier cas, on attend la formation du caillot : celui-ci, en sé rétractant, exprime le sérum; pour faciliter ce retrait, il faut détacher le caillot avec soin des parois du vase qui le contient. La réaction bleu de Prusse sera obtenue en versant directement le sel de fer dans le sérum légèrement acidulé avec de l’acide chlorhydrique, ou bien, si la quantité de sérum est très minime, en versant le réactif sur un morceau de papier buvard blanc ou sur tout autre corps de même couleur, auxquels on aura fait aspirer par capillarité les quelques gouttes de sérum dont on dispose.

Mais pourquoi extraire du sang et avoir recours à cette opération, alors que par le procédé du fil — procédé dont nous avons déjà parlé au sujet de la recherche de l’iodure — il est si facile de se procurer la quantité de sérum que nécessite l’analyse ? Voici en quoi consiste le procédé que nous avons imaginé : nous le donnons comme étant notre procédé de choix, car il est très pratique et d’une simplicité vraiment remarquable.

Immédiatement après l’injection, on passe sous la peau, en faisant un pli à celle-ci, comme pour l’application d’un séton, une aiguille à couture ordinaire, assez forte, munie d’un fil de coton blanc dont on se sert dans les ménages pour repriser les bas. Le fil sera double ou triple et monté, si l’on veut, à défaut d’autre aiguille, sur une aiguille de machine à coudre, aiguille analogue à celle dont nous nous sommes servi pour l’examen spectroscopique et dont nous reproduisons plus bas le dessin (fig. 2, p. 125) : ici le fil ne sera

pas passé en séton, mais maintenu au contact des tissus à l’aide de l’aiguille, que l’on poussera sous la peau en la faisant pénétrer dans le tissu cellulaire. Par capillarité, le fil se laisse très rapidement pénétrer par les liquides au milieu desquels il baigne : il sera surtout imbibé de sérum et non de sang. Si ce dernier, par hasard, se trouvait en trop grande quantité, il faudrait appliquer un séton sur un autre point : le fil doit présenter une teinte à peine rougeâtre, afin que la réaction ne soit pas gênée. Quand on juge le fil suffisamment imbibé — ce que l’on constatera de visu, — on le retire, et, sur le chas de l’aiguille tenue horizontalement, au niveau de l’anse du fil suspendu verticalement, on verse tout d’abord quelques gouttelettes d’acide chlorhydrique faible, puis une ou deux gouttes d’acide azotique étendu de deux fois son volume d’eau ou quelques gouttes d’une solution d’un sel ferrique. Si le sang contient du ferrocyanure, le fil prend aussitôt une coloration bleu céleste dont l’intensité varie suivant la quantité de sel injectée.

d. Recherche dans les tissus. — La présence du ferrocyanure de sodium, lorsque l’absorption est faite, peut être décelée dans tous les tissus du sujet injecté : on se contentera de le rechercher sous l’épiderme ou dans l’épaisseur du derme, l’opération est très simple et absolument concluante. Avec un instrument tranchant on racle la peau du sujet injecté de manière à enlever la couche épidermique, ou bien on fait une’ incision n’intéressant que la couche superficielle du derme, et on passe, sur le derme ainsi mis à nu, un pinceau imbibé d’acide azotique étendu ou d’une solution très faible de perchlorure de fer : en quelques secondes, à mesure que le sérum transsude à travers les couches du derme, on voit apparaître une tache bleu verdâtre, pointillée d’abord et qui, peu à peu, couvre toute la partie dénudée et se trouve surtout très visible sur les lèvres de l’incision.

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On peut aussi avec le bistouri ou les ciseaux détacher un morceau du derme gros comme un bouton de chemise ou simplement de la dimension d’une lentille. Ce morceau de derme est plongé aussitôt dans de l’acide azotique très faible, étendu d’environ cinq fois son volume d’eau et de quelques gouttes d’acide chlorhydrique. Lentement, à mesure que l'acide pénètre le tissu, une légère teinte bleuâtre apparaît; cette coloration va s’accentuant et bientôt, après quelques minutes de macération, toute la surface interne du derme présente une teinte bleu céleste.

Dose de ferrocyanure de sodium nécessaire pour ^expérimenter sur l’homme. — La dose de 2 grammes par 60 kilogrammes de poids donnera chez l’homme injecté vivant des réactions caractéristiques. Nous ne vovons aucun inconvénient, étant donnée l’innocuité du ferrocyanure de sodium, à ce que l’on porte à 4 grammes la dose à injecter sur un homme adulte; les réactions seront alors très accentuées et excessivement uettes. Comme pour les iodures, on se servira d’une solution au demi ou au tiers que l’on injectera sur différents points et toujours très profondément.

§4. — Emploi des sels de lithine et autres.

(analyse spectrale)

Analyse spectrale. — On sait que lorsqu’un faisceau le rayons solaires traverse un prisme, il éprouve non seulement une déviation mais aussi une décomposition le sa lumière blanche en plusieurs autres lumières diver-

sement colorées. Les couleurs, en commençant par la partie la plus déviée, de droite à gauche, se succèdent fans l’ordre suivant : violet, indigo, bleu, vert, jaune, arangé, rouge; ces couleurs sont celles de l’arc-en-ciel et constituent ce qu’on appelle le spectre solaire.

Ce spectre n’est pas continu; il est sillonné, perpen-

diculairement à sa longueur, de raies obscures désignées sous le nom de raies de Fraünhofer. Ces raies sont très nombreuses, on en a compté jusqu’à 4000; on peut néanmoins les classer en huit groupes principaux représentés par la ligure 3 : A est placé dans le rouge; B est à la limite du rouge et de l’orangé; C est dans l’orangé; D dans le jaune; E dans le vert; F dans le bleu ; G dans l’indigo; H dans le violet.

D’autre part, des raies brillantes apparaissent sur le fond du spectre noir que donne la flamme du gaz d'éclairage brûlant dans un bec Bunsen, lorsqu’on colore cette flamme en y introduisant un sel métallique. Les points occupés par ces raies brillantes varient suivant la nature des corps qui colorent la flamme. Comme les raies noires se montrent toujours à la même place, la position des raies brillantes par rapport à celles-ci permet de déterminer la nature du sel qui est soumis à l’examen du spectroscope. Tel est le principe de l’analyse spectrale.

Les corps qu’il faut rechercher par cette méthode sont surtout les métaux alcalins; on peut les retrouver aux doses infinitésimales suivantes, doses que ne pourraient jamais déceler pour certains sels les procédés ordinaires de l’analyse chimique :

Sodium

Lithium

Calcium

Cæsium

Strontium

Thallium

Potassium

Baryum

Nos expériences. — Emploi des sels de lithine. —

Nos recherches ont porté spécialement sur les sels de lithine (iodure, bromure, salicylate).

La dose de lithium (iodure et bromure) injectée aux animaux sur lesquels nous avons expérimenté, a élé

de 2 grammes par 60 kilogrammes, et une ou deux 'gouttes de sang ont toujours suffi pour faire apparaître le spectre caractéristique du lithium. Pareil résultat ne doit pas surprendre : en admettant, en effet, que la quantité de sang d’un homme adulte soit environ de 6 kilogrammes, en injectant 2 grammes d’iodure de lilhine, deux gouttes de sang, soit un peu plus de 10 centigrammes, doivent renfermer innnnr de gramme d’iodure de lithium; or, nous avons vu que l’analyse spectrale est capable de déceler u-0q de gramme d’un sel de lithium; dans une goutte de sang se trouve donc contenu beaucoup plus de sel qu’il ne faut pour obtenir le spectre du lithium.

Nous nous procurions la quantité de sang nécessaire

Fig. 2. — Aiguille do machine à coudre autour de laquelle nous avons roulé un lîi de platine pour rendre sa surface irrégulière et amener ainsi une quantité plus grande de sang et de sérosité.

à l’examen en introduisant dans le tissu de l’animal, dix minutes après l’injection, une aiguille cannelée ou une aiguille ordinaire de machine à coudre, aiguille de fort calibre, dans le chas de laquelle nous faisions passer un fil de platine que nous roulions ensuite tout autour en forme de spirale (fig. 2); la quantité de sang et de sérosité amenée par l’aiguille est ainsi plus considérable à cause de l’irrégularité de sa surface.

Pour avoir un spectre plus apparent et pour l’obtenir plus rapidement, nous avions soin, avant de porter l’aiguille dans la flamme, de verser sur le sang une goutte d’acide chlorhydrique; nous donnions ainsi naissance à du chlorure de lithium, sel beaucoup plus volatil que l’iodure ou le bromure.

La raie qui frappe d’abord l’œil de l’observateur examinant le sang d’un sujet injecté avec un sel de lilhine, est une raie jaune très brillante, correspondant à la raie obscure D du spectre solaire, c’est le spectre

du sodium; puis se montre une autre raie rouge indigo, correspondant à la raie obscure A, c’est le spectre du potassium : ces deux raies sont caractéristiques. Si l’on amène la raie jaune du sodium à la division 100 de l’échelle micrométrique et que l’on prenne cette raie comme point de repère, la raie rouge du potassium se trouve sur la division 64 : ces deux spectres sont les premiers à apparaître, à cause de la quantité relativement considérable de sels de sodium et de potassium que renferme le sang à l’état normal. Le spectre &u lithium ne se montre généralement qu’après : il est caractérisé par une raie rouge orangé très brillante

A a B C D EL F Gt H

Fig. 3. — Spectre du lithium obtenu par l'examen du sang d un coba3’e de 385 grammes injecté avec 12 milligrammes 50 d iodure de lithine. Le sang a été recueilli en plongeant simplement dans les tissus, un quart d'heure après l’injection, une aiguille cannelée de machine à coudre. En même temps que le spectre du lithium (Z) on y voit celui du sodium S et celui du potassium P.

correspondant à la division 80 et une autre raie jaune correspondant à la division 97, c’est-à-dire tout près de la raie jaune du sodium; cette dernière raie, à cause de son faible éclat, peut quelquefois faire défaut ou passer inaperçue; elle n’est donc pas caractéristique (fig. 3).

Le spectre est donné non seulement par le sang, mais encore par tous les liquides et tous les solides de l’organisme, celui-ci se trouvant imprégné tout entier

; parla substance qui a été injectée. Le spectre du lithium | est très beau obtenu par l’examen des urines; il nous ; a paru également très net par l’examen de la salive, i par l’examen du foie, du cœur, du poumon et de tous j les muscles, et aussi par l’examen du cristallin, des b cartilages costaux, etc.

Emploi d’antres sels. — Nous avons aussi expérimenté avec d’autres sels, et, pour aider ceux qui vou- | draient nous suivre dans nos études, nous avons cru utile d’indiquer le spectre de certains métaux alcalins ! qui, ne se trouvant pas dans l’organisme à l’état normal, peuvent être injectés et devenir, par leur présence ou leur absence constatée dans un milieu ou un tissu quelconque, un élément certain de diagnostic.

; Le strontium donne huit raies, six rouges situées entre les numéros 76 et 75 de l’échelle micrométrique, une verte au numéro 112, une bleue au numéro 161 ; le L thallium donne une superbe raie verte unique située entre les numéros 119 et 120; le rubidium, une raie || bleu indigo au numéro 195; le cæsium, une raie bleue ! caractéristique au numéro 105. Il nous a toujours été |; très facile de reconnaître, après injection, la présence de ces sels dans quelques gouttes de sang soumises à

! l’examen du spectroscope.

En pratique, les procédés que nous avons indiqués plus haut, nous suffiront amplement pour établir notre I diagnostic. Nous devions néanmoins, dans nos recherches, employer l’analyse spectrale à cause de l’exces- • sive sensibilité de cette méthode : le seul reproche ! qu’on puisse lui adresser, c’est qu’elle nécessite l’emploi d’un instrument qui ne se trouve pas toujours sous la main du médecin L

1. Nous avons indiqué dans un autre travail deux autres signes de mort fournis par la speclroscopie, tirés le premier des phénomènes de réduction de l’oxyhémoglobine, le second de la richesse proportionnelle du sang en oxyhémoglobine à trois moments donnés. — Premier signe. Lorsqu’on examine par la

§ 5. — Emploi des substances volatiles.

La surface pulmonaire représente environ 200 mètres carrés ; elle est recouverte par une nappe sanguine de 150 mètres carrés formée par un courant continu qui, se renouvelant sans cesse, fait passer dans le poumon plus de 24 000 litres de sang en vingt-quatre heures. Ces dispositions anatomiques et physiologiques nous expliquent le pouvoir d’absorption et aussi le grand

speclroscopie directe le sang à travers les tissus, on constate les trois phénomènes suivants : apparition du spectre de l’oxyhémoglobine, disparition lente du spectre lorsqu’on arrête la circulalion à l’aide d’une ligature, réapparition d’un spectre plus intense lorsqu’on. rétablit la circulation. Ces phénomènes néanmoins ne se manifestent pas chez tous les sujets vivants, et si leur présence constitue un signe de vie, leur absence ne constituent pas un signe de mort. Notre seul mérite ici sera d’avoir remplacé la ligature élastique, qui ne peut guère s’appliquer qu’aux doigts, par l’emploi d’une pince spéciale que nous décrirons plus loin (p. 185) et qui permet de pratiquer l’examen spectroscopique sur toutes les parties du corps. — Deuxième signe. Pour constater ce signe, il faudra procéder aux trois opérations suivantes : 1° prendre du sang sur une partie de l’organisme dont on puisse arrêter l’irrigation sanguine en isolant, a l’aide de notre pince, cette partie du reste de la circulation, et déterminer la richesse de ce sang en oxyhémoglobine; 2° arrêter l’irrigation sanguine, attendre 15 minutes ou plus longtemps, reprendre du sang et déterminer à nouveau la richesse de ce sang en oxyhémoglobine ; 3° enlever la pince, faire des frictions pour favoriser le rétablissement de la circulation, attendre 15 minutes ou plus longtemps, reprendre une troisième fois du sang et refaire un troisième dosage de l’oxyhémoglobine. Si le résultat du deuxième examen est inférieur à celui du premier et le résultat du troisième examen égal à celui du premier ou simplement très supérieur à celui du deuxième, c’est que la vie persiste; on aura la preuve du contraire si les trois examens donnent des résultats identiques ou simplement si de résultat du troisième examen est inférieur ou égal à celui du deuxième. Nous ne donnons ici que quelques aperçus, et nous renvoyons à notre mémoire à l’Académie des sciences le lecteur qui voudrait avoir des détails complets sur l’hcmato-spectroscopic appliquée au diagnostic de la mort.

, iouvoir d’exhalation du poumon, pouvoir qui peut I iminuer dans certains cas, être réduit à son minimum, j nais qui ne disparaît d’une manière complète qu’avec l a vie.

Nous avons cru utile ou mieux très intéressant de , lettre à profit le pouvoir d’exhalation du poumon il *our faire le diagnostic de la mort. Nous avons expéri- { nen té ce nouveau procédé sur toute la série des aniaauxdontnous nous sommes servi pournos recherches. [ toujours il nous a réussi, et si nous ne le recommanj ions point, c’est uniquement parce que nous avons à ictre disposition d’autres moyens dont l’usage nous larait plus commode et aussi, il faut le dire, parce que : a réaction, caractérisée surtout par une odeur, est issez délicate et pourrait échapper à un odorat un peu grossier.

Élimination par le poumon des substances volatiles.

— Toute substance volatile introduite dans l’organisme .'élimine en grande partie par le poumon : « Qu’aveztus fait de l’alcool que je vous ai donné pour laveries 'itres? » disait un jour un maitre à son valet : « Je l’ai l | m!» répondit celui-ci. « Et comment ferez-vous main- | enant? » — « Je soufflerai sur les vitres. » La répartie f lu valet était fort juste, et tout le monde sait que ! 'ivrogne saturé d’alcool est comme une cuve cl’où [ ’élèvent des vapeurs alcooliques.

Le médecin qui a fait l’autopsie d’un sujet mort de ! a fièvre typhoïde et qui est resté un certain temps à xaminer les intestins, répand autour de lui, pendant ! | dusieurs jours, l’odeur du cadavre. On sent l’ail quand >n a mangé l’aïoli, et cette forte odeur ne vient pas de estomac, comme on le croit généralement, mais bien I iu poumon. 11 en est de même pour l’oignon, pour absinthe, pour tous les produits balsamiques : c’est u poumon et non de l’estomac que vient l’odeur mise par les personnes qui ont absorbé ces subtances. Dans l’empoisonnement par l’acide prussique,

l’haleine exhalo une bonne odeur d’essence d’amande amère. C’est en s’éliminant par les poumons que la créosote eL d’autres médicaments volatils agissent sur les lésions de ces organes.

Ceux dont le sang renferme de l’éther ou du chloroforme, émettent des vapeurs d’éther ou de chloroforme : si l’on injecte de l’éther, de l’eau éthérée ou du chloroforme dans la veine jugulaire d’un animal, l’air expiré par celui-ci répand aussitôt une odeur d’éther ou de chloroforme qui ne peut laisser aucun doute sur la réalité et la rapidité de l’exhalation pulmonaire. Le monosulfure de sodium ou sulfhydrate de soude, introduit dans le tube digestif à l’état de dissolution et à la dose de 0 gr. 02 à 0 gr. 06, est éliminé partiellement, sous forme gazeuse (hydrogène sulfuré), par la surface pulmonaire, partiellement par les urines sous forme de sulfure et de sulfate. Répétez l’expérience de Claude Bernard, injectez sous la peau d’un chien une petite dose d’hydrogène sulfuré ou introduisez dans le rectum une solution saturée de ce violent poison, en quelques secondes l’élimination se fera par le poumon, ce que vous constaterez à l’aide d’un morceau de papier trempé dans une solution d’acétate de plomb: le papier noircit par formation de sulfure noir de plomb. L’élimination est tellement rapide que le poison n’a pas le temps de passer dans le sang artériel, et l’animal n’en ressent aucune atteinte. Les personnes qui font usage des eaux minérales sulfureuses exhalent bientôt par la peau et par le poumon une odeur d’œuf pourri caractéristique de l’hydrogène sulfuré et noircissent, lorsqu’elles les touchent, les objets d’argent.

Si l’on introduit dans l’estomac d’un animal, à dose toxique, de l’alcool, de l’éther, des huiles essentielles, on trouve à l’autopsie le poumon gorgé de sang; cette irritation est due à l’élimination rapide de la substance volatile par les organes respiratoires. Lorsqu’on injecte à un animal de l’huile phosphorée et qu’on le met

nsuite dans l’obscurité, on voit comme des flammes ortir de sa bouche : c’est le phosphore, substance olatile, qui s’élimine par le poumon.

I/éliniiiialion par le poumon d'une substance volatile ïjjeclée dans les tissus est un signe certain de vie.

'élimination par le poumon des substances volatiles ontenues dans le sang est un fait clinique bien établi, n fait physiologique d’une vérité indiscutable, et une remière conclusion à tirer est celle-ci : les fondions e la circulation et celles de la respiration, quels que rient les signes de mort constatés, persistent chez tout ijet qui , injecté avec une substance volatile, émet par :s voies respiratoires Vodeur caractéristique de cette ubstance. Cette conclusion est rigoureuse et s’impose écessairement, mais il est une autre conclusion que ous comptons faire aussi accepter du lecteur lorsqu’il ura lu le chapitre suivant, et cette conclusion la voici : mte substance volatile injectée dans le tissu cellulaire ms-cutané doit fatalement s'éliminer par les voies resiratoires tant que la vie persiste.

Bien des médecins ont eu occasion d’observer des Tognes qui restaient des heures et même des journées ntières dans un état de mort apparente, sans que la ersistance de la vie fût trahie par aucun signe itre que l'odeur infecte, nauséabonde, sui generis , u’ils exhalaient. C’est un fait qu’il nous a été permis 3 constater une fois sur un alcoolique trouvé dans i rue ivre-mort, dans le coma le plus complet, et iprès duquel nous avions été appelé par le commislire de police de notre quartier. Or, nous pouvons, îez tout individu en état de mort apparente, prouquer artificiellement les phénomènes d’élimination limonaire observés chez les ivrognes, et cela à l’aide une substance volatile introduite par voie hypoderique dans le courant sanguin. Il faut, évidemment, 3ur éviter toute cause d’erreur, procéder avec cerines précautions; mais, avant de parler du manuel

opératoire, fixons d’abord notre choix sur la substance volatile que nous aurons à injecter.

Choix .et dose de la substance volatile à injecter. Les essences. — Nombreuses sont les substances volatiles que l’on pourrait injecter, mais notre choix devra s’arrêter sur celles qui répandent une odeur forte, facilement reconnaissable, qui sont très volatiles et ne présentent aucun danger d’intoxication à la dose nécessaire pour pratiquer l’épreuve. Certaines essences que nous emprunterons à la parfumerie et dont la plupart sont employées en thérapeutique, nous ont paru offrir toutes les conditions demandées. Nous les avons expérimentées sur des cobayes, des lapins, des chats, des chiens, des chèvres et des marmottes.

Nous avons fixé aux chiffres suivants la dose non toxique, pour un adulte, des principales essences qui peuvent être employées dans la pratique de notre méthode.

Essence de mélisse 3 a

Essence d’angélique 1

Essences d’anis et de badiane 4

Essence de menthe 1 50

Essences de thym et de serpolet 1 35

Essence de romarin 0 75

Essence de fenouil 1 50

Essence de calamant 1 15

Ces chiffres, nous les avons soumis à MM. Cadéac et Meunier, et, si nous les avons donnés comme exprimant une dose non toxique pour un adulte, c’est d’après l’avis favorable que nous avons reçu de ces deux éminents maîtres, lesquels, trouvant insuffisants les résultats de leurs expériences sur les animaux, ont poussé le dévouement scientifique jusqu’à expérimenter sur eux-mêmes les essences dont ils ont étudié les effets physiologiques1. Point ne sera nécessaire, du

Essence de lavande...

Essence de pervenche

reste, pour la recherche de notre signe, d employer l’essence à la dose indiquée; si nous nous rapportons à nos expériences sur les animaux, le cinquième de cette dose sera plus que suffisant pour parfumer fortement l’haleine et révéler ainsi la persistance de la circulation et de la respiration.

Essence de pervenche. — Aucune recherche n'ayant été faite par MM. Cadéac et Meunier ni par d'autres auteurs sur l’essence de pervenche, le lecteur voudra bien se contenter de nos expériences personnelles; et, d’ores et déjà, nous basant sur les résultats de ces expériences, nous pouvons affirmer qu’injectée à la dose de 1 à 2 grammes chez un adulte, l’essence de pervenche artificielle ne présente aucun danger.

Une injection de 12 centig. 1/2 d’une solution alcoolique d’essence de pervenche à 1 sur 25, soit 5 milligrammes d’essence, est pratiquée dans la paroi abdominale d'un petit cobaye de 193 grammes. Nous n’avons constaté qu’une légère excitation ayant duré à peu près une demi-heure et à laquelle a succédé un peu de stupeur. Trois heures après l’injection, le cobaye nous paraissait être dans son état normal. L’odeur de la aervenche s’est manifestée très nettement cinq minutes

I iprès l’injection et a persisté pendant plus de douze îeures.

Une injection d’une demi-seringue de Pravaz d’une .olution de 1 gramme d’essence dans 18 centimètres ubes d’huile d’olive, soit 4 centigrammes d’essence, est .■ratiquée dans le membre postérieur gauche d’un obaye de 735 grammes. Courte période d’excitation et e stupeur; dix minutes après l’injection, l’animal se îet à manger comme à l’ordinaire; cinq minutes

on à l’élude de l’alcoolisme (étude physiologique de l’eau d’ar- [1 uebuse ou vulnéraire), Asselin et Houzeau, éditeurs, Paris, 1892;

II echerches 'physiologiques sur l’eau de mélisse des Carmes , Masson, | liteur, Paris, 1892; Contribution à l’étude de la liqueur d’absinthe, H.asson, éditeur, Paris, 1890.

après, l’odeur de la pervenche se manifeste et persiste pendant deux jours.

Une injection d’une demi-seringue de Pravaz d’une solution de 1 gramme d’essence dans 7 centimètres cubes d’éther, soit environ près de 7 centigrammes d’essence , est pratiquée dans la paroi abdominale d’un cobaye de 840 grammes : courte excitation suivie d’une légère stupeur, laquelle est à peine apparente et se dissipe bientôt. Une minute après l’injection, dans l’odeur qu’exhale ce cobaye , il nous semble tout d’abord reconnaître l’odeur de l’éther; l’odeur de la pervenche ne se manifeste nettement que cinq minutes après. Ces deux odeurs combinées persistent toute la nuit, environ douze heures.

Ce n’est pas seulement sur des cobayes, mais aussi sur des chats, des chiens, sur des chèvres et sur des marmottes que nous avons expérimenté. Une injection de 0 gr. 50 d’essence pure sur un chat de 4 kilogrammes, une injection de 1 gramme sur un chien de 15 kilogrammes, une autre de 1 gramme également sur une chèvre de 25 kilogrammes nous ont paru n’avoir apporté aucun trouble dans les fonctions de ces animaux et n’avoir influencé en rien leur état de santé. Nous devons néanmoins signaler un abcès qui s’est formé chez le chien au point de la piqûre, mais c’est là, un accident local dû sans doute à la causticité de l’essence, accident que l’on pourra du reste éviter en diluant l’essence dans de l’huile d’olive. L’odeur de la pervenche dans chacune de nos expériences, quel que fût l’animal, s’est toujours fortement fait sentir quelques minutes après l’injection; cette odeur était tellement pénétrante et si caractéristique qu’elle était devinée par les personnes même étrangères à nos travaux et nullement au courant de nos recherches.

Éther. — Ce corps est très volatil, et bien que son odeur soit moins stable et moins accentuée que celle des essences énumérées plus haut, on peut néanmoins,

À l’aide de l’odorat, reconnaître sa présence dans le gaz de l’exhalation pulmonaire. Tous les médecins ont observé que l’haleine des malades injectés avec de l’éther, se trouve chargée de vapeurs éthérées quelques minutes après l’injection. Nous avons bien pu nous rendre compte de ce phénomène lors des épidémies cholériques de 1884, de 1885 et de 1893, bien qu’au moment de l’injection de l’éther, nos malades se trouvassent dans la période algide, alors que la respiration était à peine sensible et comme réduite à son minimum.

L’éther, du reste, en sa qualité d’excitant diffusible très énergique, est indiqué dans presque tous les états pathologiques qui peuvent simuler la mort. Une dose de 1 à 2 grammes suffit pour réveiller en quelques instants des malades plongés dans l’adynamie la plus profonde, dans le coma ou le collapsus le plus complet, et de véritables résurrections ont été opérées à l’aide de l’éther en injection sous-cutanée.

Comment doit se pratiquer l’injjection. — A moins que vous n’employez l’éther, quelle que soit l’essence sur laquelle s’arrête votre choix, ne l’injectez jamais pure, mais toujours délayée dans de l’huile d’amande douce stérilisée, dans les proportions de 1 partie d’essence pour 6 parties d’huile. Injectée pure, l’essence exercerait localement une action caustique qui produirait toujours une irritation vive et pourrait s’opposer à l’absorption en obturant les petits vaisseaux.

Une précaution essentielle à prendre pour éloigner coûte cause d’erreur est d’éviter que l’odeur de la substance employée ne se répande dans l’appartement où se trouve le sujet en observation. En effet, si l’atmosphère est chargée de vapeurs de l’essence, si l’odorat le toutes les personnes présentes est imprégné de son parfum, il sera bien difficile de constater son éliminadon par l’haleine du sujet injecté. La seringue sera donc remplie dans une pièce voisine, l’opérateur veil-

lera à ce qu’aucune goutte de l’essence ne tombe sur ses vêtements ou sur ses doigts, et surtout ne se ’ répande sur le corps du sujet qui va être injecté. L’aiguille sera poussée très profondément, et des fric- 1 tions seront faites sur le point de l’injection pour favoriser la diffusion et l’absorption de la substance volatile. Afin d’éviter que des vapeurs parfumées d’essence ne s’exhalent par la piqûre, celle-ci sera comprimée avec un doigt ou comprise dans un petit pli de la peau que l’on saisira avec une pince hémostatique. L’haleine du sujet injecté sera examinée à différentes reprises et par plusieurs personnes. Pour augmenter l’élimination de l’essence et rendre ainsi le signe plus sensible, nous conseillons d’avoir recours à la pratique de la respiration artificielle.

Conclusions. • — Les procédés que nous venons de décrire, présentent tous une certitude absolue — nous nous faisons fort de le prouver dans les pages suivantes, — mais tous, au point de vue pratique, n'offrent pas la même commodité, bien qu’au fond le plus compliqué en apparence soit encore très simple.

L’emploi de la fluorescéine est le procédé qui a toute notre préférence : il est à la portée de tout le monde, et le diagnostic qu’il permet d’établir est toujours sûr, qu’il soit porté par le praticien le plus consommé ou par une personne étrangère à la médecine. Nous placerons au second rang l’emploi de l’iodure de sodium ou celui de l’iodure de lithium, ce dernier sel permettant à la fois la recherche de l’iode dans la salive et dans l’urine par l’analyse chimique et la recherche de la lithine dans le sang par l’analyse spectrale. Tiendra ensuite l’emploi du ferrocyanure de sodium : la présence de ce sel sera cherchée d’abord dans les urines, puis dans le sérum et les tissus. Nous réserverons la recherche de l’iode dans le sang pour le cas oü, les autres procédés ayant donné des résultats négatifs établissant la réalité de la mort, on exigerait un surcroît

VALEUR DE LA MÉTHODE DE L’AUTEUR

de preuves pour donner au diagnostic une certitude plus grande encore, une certitude indiscutable et infaillible.

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