DE LA CIRCULATION
1° La vie est impossible sans le sang : la pins ancienne observation physiologique. — Toutes les
fonctions sont également nécessaires au maintien de
la vie d’ensemble; il apparaîtrait néanmoins qu’une certaine suprématie doive être accordée aux fonctions de la circulation. La vie n’a pas son siège dans le sang, mais plutôt dans les tissus : ceux-ci, toutefois, ne peuvent vivre que s’ils reçoivent continuellement du sang et la nourriture et l’excitation dont ils ont un perpétuel besoin pour fonctionner. Les organes, par leurs capillaires, puisent la vie dans le sang comme l’arbre, par ses racines, la puise dans le sol. M. Peter l’a dit avec raison, on a V.âge de ses artères , et la mesure dont un organe est irrigué par le sang est vraiment la mesure de sa résistance contre la mort. Si le sang n’est pas la vie, il en est la condition essentielle, il en est en quelque sorte le principe. C’est lui qui la distribue et qui à chaque instant la répare. Le sang est au corps ce que la vapeur est à la machine, et de même que celle-ci, alors qu’aucun rouage ne serait faussé, reste inerte et sans vie si elle se trouve privée de la vapeur qui l’anime, de même le corps reste immobile et devient cadavre si le sang suspend ses mouvements ou se retire des vaisseaux dans lesquels il circulait, revivifiant tout sur son passage.
Claude Bernard appelle le sang le fluide vital le plus important , « sans lui on ne peut concevoir l’existence d’aucun liquide organique ». « Le sang, dit-il C est le théâtre de toutes les actions vitales et il mérite, en conséquence, la principale attention de la part des médecins. C’est dans le sang, en effet, que nous devons trouver les conditions de la vie de tous les tissus et de tous les organes. C’est dans le sang que pénètrent toutes les substances nutritives, médicamenteuses ou autres absorbées par diverses voies
Pour définir le sang d’une manière générale, nous dirons que nous considérons ce liquide comme un véri-
1. In Leçons sur les anesthésiques et sur l’asphyxie , Paris, 187ü, passim.
VALEUR DE LA MÉTHODE DE L’AUTEUR 139
table milieu que tous les organes concourent à former et dans lequel ils vivent. Les anciens avaient déjà observé que le sang était indispensable à notre existence; mais ils avaient cherché l’explication de ce fait
dans un principe subtil que renfermait le sang C'est
dans les 'propriétés de ce liquide que nous trouverons d'une part les causes de la vie et d'autre part celles des troubles survenus dans l'économie par suite des modifications qu'éprouvent l'un ou l'autre de ces éléments. S’il est une proposition qui semble générale et absolue en physiologie et en médecine, c’est celle-ci : la cessation DES FONCTIONS DU SANG AMÈNE IMMÉDIATEMENT LA MORT. ))
Les contradictions que cette dernière proposition parait présenter dans certains cas, d’après Claude Bernard lui-même, ne sont qu’apparentes et n’existent réellement pas.
La circulation est vraiment la fonction la plus importante de l’organisme, la fonction indispensable par excellence. Et d’abord un organe ou une fonction nous paraissent d’autant plus nécessaires que cet organe ou cette fonction se trouvent être l’apanage d’un plus grand nombre d’animaux : c’est là une remarque que confirme l’étude de l’anatomie comparée. Or, nous voyons les fonctions de la circulation s’exercer dans toutes les espèces de la série animale : chez tous les animaux, un liquide nourricier circule dans tous les tissus, ayant pour mission d’entretenir la vie de chacune des cellules qui constituent ces tissus; chez tous, la fonction existe, tendant au même but, seuls les organes de la fonction varient avec les sujets. Les uns sont pourvus d’un organe central impulsif (mammifères, oiseaux, reptiles, batraciens, poissons, mollusques, crustacés, arachnides), les autres ne possèdent qu’un simple vaisseau pulsatile jouant le rôle de muscle cardiaque (insectes, annélides). Même chez les zoophytes, l’appareil circulatoire est représenté par un assez grand nombre de vaisseaux régulièrement
disposés et à l’intérieur desquels le sang forme un double courant, grâce à l’action des cils vibratiles dont ces vaisseaux sont munis. Seuls les zoophytes les plus dégradés (spongiaires) ne possèdent pas d’appareil circulatoire, mais si les organes manquent, la fonction s’exerce : les gaz et les fluides sont absorbés par les téguments et imbibent toute la masse du corps. Et chose curieuse, la circulation chez l’enfant, durant les différentes étapes de la vie intra-utérine, présente successivement tous les types de circulation que nous venons de signaler dans la série animale. De toutes les fonctions de la vie, celles de la circulation sont les plus importantes; la preuve que nous venons de donner de cette vérité, est purement philosophique; en voici une autre d’une plus grande valeur, basée sur l’expérimentation.
Flourens, expérimentant sur des gallinacés, enlève le cerveau à une poule, et la poule, artificiellement nourrie, continue de vivre et de se développer pendant des mois, tandis que le même animal, privé de l’organe central de la circulation, meurt en quelques instants. Il n’est pas question ici évidemment du bulbe rachidien, les lésions en sont souvent mortelles, mais la gravité de ces lésions, ainsi que le fait remarquer Flourens, est due moins à l’organe lésé qu’au retentissement final qui se manifeste sur le cœur ou le poumon. Nous avons déjà parlé des expériences de Spallanzani, expériences faites sur des animaux à sang froid bien avant celles de Flourens, et comme ces dernières établissant le rang supérieur occupé par le cœur dans le trépied vital. Cl. Bernard, dans une conférence restée célèbre sur la physiologie du cœur et ses rapports avec le cerveau, conférence faite à la Sorbonne le 27 mars 1865, a nettement reconnu cette suprématie : « C’est une loi générale pour tous les animaux, dit-il; depuis les grenouilles jusqu’à l’homme, la suspension de la circulation du sang amène en premier lieu la perte des
Jê - a
VALEUR DE LA MÉTHODE DE L’AUTEUR 141
fonctions cérébrales et nerveuses, de même que l’exagération cle la circulation en exalte d’abord les manifestations. » Ces paroles semblent donner raison à Haller déclarant, au siècle dernier, que « le principe vital réside originairement, pour les animaux qui ont un cœur, dans l’irritabilité de ce muscle ».
Le sang est en réalité une chai r coulante (Bordeu), on plus justement encore, comme dit le Pentateuque, « c’est la vie der toute chair1 ». C’est en lui que, de tout temps, on a concentré le principe unique et essentiel de la vie par la raison simple que, de tout temps, on s’est aperçu que sa perte entraîne immédiatement la mort. Nous voyons dans les poèmes antiques les guerriers « exhaler leur âme en perdant leur sang ». (Homère.) Être prêt à verser son sang pour la défense d’une cause toujours a voulu dire être prêt à mourir, à faire le sacrifice de sa vie pour la défense de cette cause. D’après Gallien,. c’était le sang qui dégageait les esprits animaux dans les ventricules du cerveau. Le sang était considéré par Hippocrate comme une des quatre humeurs animales, savoir : le sang, la pituite, la bile et l’atrabile. « Ce sont les sources de la nature humaine, disait le Père de la médecine en parlant des vaisseaux sanguins, ce sont les fleuves qui parcourent le corps et qui l'arrosent , ce sont eux qui portent la vie, et s’ils viennent à se dessécher , l’homme succombe. » Et au siècle dernier, Louis écrivait : « C’est ce mouvement qui entretient le feu qui anime nos tissus : avec lui cesse notre existence. »
L’importance donnée de tout temps au rôle du sang dans les manifestations de la vie nous explique pourquoi les signes qui se rapportent plus ou moins directement à l’arrêt de la circulation, ont toujours été considérés comme les signes de mort les plus certains.
1. ■< Anima enim omnis carnis in sanguine est. » Lévit., chap. xvn, v. 13, et Deut ., chap. xn, v. 23.
Cette importance est telle que les médecins du xvii0 siècle, dans l’enthousiasme provoqué par la géniale découverte de Harvey, se demandèrent un moment si l’on n’allait pas trouver dans la transfusion du sang une panacée universelle, un moyen infaillible de triompher de la mort, de dominer toutes les défaillances de la vie en faisant passer, comme le disait le professeur Jourde de Strasbourg, « le sang d’un jeune dans un vieux, d’un sain dans un malade, d’un froid dans un chaud, d’un hardi dans un timide, d’un animal apprivoisé dans un animal sauvage ».
Donc le sang a toujours été considéré comme étant vraiment le principe de la vie, et cette vieille croyance, qui date du jour où l’homme s’aperçut que pour tuer un animal il suffisait de répandre son sang, est sans doute la première observation physiologique importante qui ait été faite, et voilà qu’aujourd’hui cette croyance se trouve confirmée par la physiologie expérimentale, par l’observation clinique et par l’emploi de certains procédés thérapeutiques.
5° Expériences sur les animaux. — Alix expériences déjà citées, nous ajouterons les suivantes pour donner une nouvelle preuve de l’importance capitale du sang dans les manifestations de la vie.
L’interruption de la circulation artérielle dans l'encéphale par la ligature simultanée des carotides internes et des vertébrales entraîne subitement la mort, à moins qu’il n’existe des anastomoses entre les vaisseaux encéphaliques et des artères autres que les carotides internes et les vertébrales. L’expérience a été faite sur des chiens par Bichat et renouvelée ensuite par plusieurs physiologistes. Mais si, avant le moment fatal, la ligature est enlevée, par le retour du sang l’animal ressuscite; il ressuscite encore lorsque, à la suite d’une abondante hémorragie, l’animal étant sur le point d’expirer, on pratique la transfusion du sang. Bien plus, dans un organe ou une région, on peut
VALEUR DE LA MÉTHODE DE L’AUTEUR
engendrer tour à tour la mort et la vie, en interrompant et en rendant libre successivement la circulation, pourvu, toutefois, que l'arrêt du sang n'ait pas été de longue durée.
Claude Bernard répéta souvent, dans ses cours du Collège de France, l’expérience suivante, expérience très simple et bien significative : Prenant un animal assez petit, il introduisait une sonde par la veine jugulaire jusque dans le ventricule droit, et, à l’aide d’une seringue adaptée à la sonde, il aspirait une partie notable du sang : l’animal tombait aussitôt comme mort. L’habile expérimentateur le rappelait néanmoins à la vie en pressant sur le piston de la seringue pour lui restituer le sang qui lui avait été enlevé ; mais pour que le succès fût certain, il fallait, et avec Claude Bernard nous soulignons ces mots, il fallait que l'état de mort apparente ne se fût pas prolongé longtemps 1 .
A la suite de Claude Bernard, d’autres expériences furent entreprises, toutes aussi concluantes les unes que les autres, et pour défendre notre thèse nous n’avons que l’embarras du choix.
Deux chiens de haute taille (20 kilog. environ) ayant été attachés côte à côte, l’artère crurale gauche de l’un et la veine crurale droite de l’autre furent mises à découvert. On retira de l’artère crurale du premier deux grandes éprouvettes de sang dont la quantité peut être à peu près évaluée à deux litres. Bientôt les mouvements de la poitrine s’arrêtèrent. L’oreille, appliquée sur la région précordiale, distinguait une sorte de murmure sourd qui avait remplacé les battements du cœur; les muscles des membres et du cou étaient dans un état complet de relâchement. L’animal paraissait presque mort. Plongeant alors la canule de l’appareil de Moncocq dans la veine du chien qui
4- Voir Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des liquides de V organisme , Paris, 1859, t. 1, p. 44.
n’avait subi aucune hémorragie, on fit passer quatrevingt-dix grammes de son sang à celui qui avait été rendu exsangue. Dés que le liquide commença à pénétrer, les mouvements de la poitrine reparurent; ceux du cœur devinrent plus perceptibles. La vie semblait renaître comme par enchantement. Après une minute et demie, le chien ouvrit les yeux, les muscles du cou et des pattes se contractèrent; à la fin de la troisième minute, le chien était sauvé : on le détacha rapidement, après lui avoir lié les vaisseaux; aussitôt il s’élança de la planche et se mit à marcher dans l’appartement. Cette expérience a été faite en 1868 par le professeur Oré et répétée par lui plusieurs fois dans ses cours de physiologie à la Faculté de Bordeaux, toujours avec le même succès. « On comprendra, dit Oré, l’émotion de tous les assistants et leur étonnement en présence d’une opération qui avait amené, chez un animal si près de mourir, une résurrection instantanée. »
Une expérience semblable à celle que nous venons de rapporter avait été déjà faite, à la Faculté de médecine de Paris, en juin 1863, par le professeur Longet, avec des résultats aussi concluants que ceux obtenus cinq ans plus tard par Oré. A d’autres expériences également connues se rattachent, pour ne citer que les principaux, les noms de Richard Lower, de Denys, de Blondel et de Bischoff; mais nous ne parlerons point des travaux de ces auteurs, et nous arriverons immédiatement à la plus importante et à la plus significative de toutes les expériences entreprises dans le hut d’étudier les résultats que produit le retour du sang dans les tissus d’un organisme mort. Cette expérience, proposée en 1812 par Legallois, a été réalisée pour la première fois en 1858 par Brown-Sequard. La voici telle qu’elle est racontée par Tourdes.
« L’éminent physiologiste sépare du tronc la tète d'un chien, en pratiquant la section du cou au-dessous du point où les artères vertébrales pénètrent dans leur
canal osseux; il attend ensuite quelques minutes. Les manifestations de la vie disparaissent successivement, les mouvements respiratoires des narines, des lèvres cessent, et l’œil en dernier lieu perd son expression. Le bulbe rachidien et le reste de l’encéphale n’ont conservé aucune trace d’excitabilité, puisque l’application du courant galvanique lui-même n'y provoque plus aucune décharge motrice. La tête est désormais immobile et toutes les incitations vitales y sont éteintes; c’est la mort. L’expérimentateur pratique alors, par les artères carotides et vertébrales, des injections successives de sang défibriné et oxygéné à l’aide d’un appareil artificiel qui remplace l’action du cœur et qui reproduit de la sorte, en cette portion de cadavre, une circulation approximative de sang artériel. Quelques mouvements désordonnés des yeux et des muscles de la face se produisent pendant les premières minutes, puis ils sont remplacés par des mouvements coordonnés de ces mêmes parties, par des contractions harmoniques et régulières, paraissant dirigées par la volonté et permettant de penser que l’ensemble des fonctions cérébrales s’est rétabli dans cette tête complètement séparée du tronc. Pendant le quart d’heure que dure l’injection du sang, les mouvements continuent de s’accomplir, ils s’arrêtent quand l’injection est terminée, et alors la pupille se resserre pour se dilater ensuite; les secousses de l’agonie recommencent, puis les signes de la mort apparaissent une seconde fois. Sur un chien élevé dans son laboratoire, Brown-Sequard constata de plus « qu’en appelant l’animal par son nom les yeux de cette tête séparée du tronc se retournèrent vers lui, comme si la voix du maitre avait été entendue et reconnue ». Ce ne sont pas seulement des mouvements réflexes, simples garanties de la vitalité partielle des tissus que nous avons ici sous les yeux, les mouvements dont il s’agit ne sont pas provoqués, ils sont involontaires; ils ne Icard. — La mort 9
sont pus indépendants ou isolés et rappellent au contraire les fonctions complexes de l'existence collective, autant que ce fragment délabré peut à lui seul en réunir les éléments et en reproduire les combinaisons; dans les limites de ces attributions spéciales, cette tête a littéralement recouvré la vie. »
II fut question de réaliser chez l’homme cette résurrection momentanée de l’harmonie vitale, en injectant du sang frais dans une tête de supplicié récemment tranchée, mais Charles Robin fit observer que la guillotine coupe les artères du cou de façon que l'air y pénètre aussitôt et les remplit; or, la présence de l’air dans les vaisseaux empêche le sang d’y accomplir ses fonctions. L’expérience n’était possible que sur la tête d'un criminel fusillé, à la condition encore que celle-ci eût été épargnée par les balles. On conçoit donc les obstacles qui s’opposaient à une semblable entreprise.
« Ce ne sont pas toutefois ces difficultés matérielles qui ont arrêté Brown-Sequard, continue Tourdes; avec certaines précautions, l’habile opérateur est convaincu qu’il ferait disparaître celle qui tient à l’entrée de l’air dans le système vasculaire; mais quand on vint lui offrir l'occasion d’exécuter son projet, il recula devant l'idée des tortures que, dans sa conviction, il allait provoquer sur ce tronçon d’être rappelé momentanément à la vie et à la conscience horrible de sa situation. L’injection artérielle, en pareil cas, n'imiterait sans doute pas assez exactement la circulation normale pour ramener dans le cerveau la lucidité complète d’une intelligence que le trouble de cette circulation suffit à obscurcir; toujours est-il que le succès ne dépendrait plus ici, d’après ce qui précède, que d’une précision opératoire qu'il est au moins permis de considérer comme éventuelle. Évidemment aussi, cette transfusion du sang ramènerait le jeu vital de tout l’organisme, si l’on pouvait rétablir simultanément la circulation dans un corps tout entier,
VALEUR DE LA MÉTHODE DE L’AUTEUR
comme on parvient à le faire dans chacune de ses fractions; les vies particulières des tissus, des glandes, des muscles, des poumons, du cerveau, se relèvent isolément par le même artifice, et quoique la physiologie expérimentale soit impuissante à réaliser la synthèse de toutes ces résurrections partielles, l’esprit du moins peut l'imaginer et l’admettre. Au point de vue purement théorique, rien ne s’oppose donc à concevoir comme possible une véritable résurrection de la vie d’ensemble. » L’emploi thérapeutique de la transfusion du sang et des injections intra-veineuses de sérum artificiel nous paraissent avoir réalisé jusqu’à un certain point le rêve de Brown-Séquard et de Tourdes.
3° Observations cliniques : transfusion du saug et injection intra-veineuse de sérum artificiel. — Et ne
peut-on pas, en effet, considérer comme une véritable résurrection fes résultats merveilleux obtenus par la transfusion du sang? Ces résultats, sans doute, ne sont pas ceux qu’attendaient les premiers admirateurs de Harvey, mais ils sont assez importants pour affirmer qu’en infusant le sang, c’est la vie même qu’on infuse. Nous ne citerons aucune observation : les effets obtenus sur l’homme sont aussi surprenants que ceux obtenus sur les animaux, ils tiennent du prodige, et tous les médecins savent que la transfusion est un des moyens les plus énergiques et les plus efficaces dont dispose la thérapeutique pour ranimer les manifestations éteintes de la vie. Ce que nous allons dire, du reste, de la pratique des injections intra-veineuses d’eau ou de sérum artificiel est une preuve encore plus éclatante de la puissance vitale du sang.
Chez les cholériques arrivés à la période algide, par suite de grandes déperditions de sérosité, le sang est poisseux, la circulation est embarrassée, et les globules s.anguins, enrayés dans leur marche, avancent péniblement. Cet état languissant de la circulation s’observe,
en général, à un degré moindre il esl vrai, chez tous les agonisants. Or, le meilleur moyen de donner au courant sanguin une plus grande activité est de délayer le sang en injectant dans les veines une certaine quantité d’eau : le sang qui était presque stagnant se remet à circuler, il apporte aux tissus le principe de vie dont ceux-ci étaient privés, et la mort semble vaincue.
« Dans tous les cas d’injection, dit Beaumelz, nous voyons une amélioration très notable se produire. Le malade agonisant renaît à la vie, il reprend connaissance, il parle, il voit et reconnaît les siens rien
de plus étonnant que cette résurrection. » « Le malade, qui était naguère froid, glacé, sans pouls, l’œil éteint, la peau bleuâtre, dans un état d’indifférence absolue, semble sortir de l'agonie pour se réveiller à la vie : l’œil s’anime, le regard se fixe, la bouche sourit, une animation rosée remplace la teinte livide de la mort; le pouls qui avait disparu, oscille sous le doigt, puis devient distinct » (Laveran). Christian, d’Édimbourg, s’exprime en ces termes : « Tous les médecins qui ont vu les effets des injections sont surpris du résultat immédiat. Un individu qui est étendu, sans pouls, presque sans voix, la peau froide et plissée, présente au bout de trente h quarante minutes, un bon pouls, une respiration chaude, une peau rouge et un œil ouvert et vivant. De plus, il recommence à parler et à se mettre en communication avec ceux qui l’entourent. » Netter, sous ce titre suggestif : Effets magiques des injections chez les agonisants, a réuni un certain nombre d’observations de ce genre, toutes très curieuses. Ces rappels à la vie surprenants, ces résurrections, nous avons pu les constater, pendant l’épidémie cholérique de 1884, dans le service de notre maître M. le Dr Trastour, et sur les malades du regretté professeur Nicolas-Duranty. Mais l’action bienfaisante de l’injection ne dure pas long-
VALEUR DE LA MÉTHODE DE L AUTEUR
temps, et, sous l’influence de nouvelles déperditions de sérosité, la circulation redevenant languissante, graduellement les sens s’émoussent ainsi que les facultés, la vie semble s’en aller à nouveau, et le malade retourne bientôt à l’état d’agonie d’oii l’avait tiré momentanément la reprise de la circulation.
Nous avons cru utile d’insister un peu longuement sur les heureux elTets des injections intra-veineuses chez les cholériques et les agonisants, ces injections ayant pour but, en rétablissant le cours normal du sang, de corriger des désordres dont la cause semble se trouver dans le ralentissement de la circulation. Voyons maintenant quels seraient ces désordres si, au lieu d’un simple embarras, il existait un arrêt complet du courant sanguin.
Art. II. — Conséquences mortelles d’un arrêt