DE TOUS LES MEMBRES
Privé de la contractilité musculaire qui donnait aux membres leur tonicité, le cadavre est dans l’immobilité la plus absolue, il reste indifféremment sur le dos ou sur le ventre, suivant la posture qu’on lui fait prendre, et, n’obéissant plus qu’aux lois de la pesanteur, il présente une attitude toute particulière avec sa tête courbée et ses bras retombant inertes le long du corps. Avant comme après le développement de la rigidité, on constate un état général de mollesse, de flaccidité, de collapsus de tous les membres, et les parties sur lesquelles repose le cadavre sont généralement aplaties si celui-ci, toutefois, se trouve étendu sur un plan dur comme le sont les tables d’amphithéâtre.
Ces deux signes, mollesse et flaccidité du corps, n’ont aucune valeur, et on peut les observer dans de nombreuses circonstances en dehors de tout état de mort, dans l’apoplexie, la syncope, l’hystérie, l’anesthésie générale, etc. Bien plus, alors que la mort est nettement déclarée, on note quelquefois dans les muscles certains mouvements qui ont donné lieu à bien des
méprises et ont fait croire à la persistance cle la vie dans des cas où la mort était absolument certaine. Ces mouvements se passent dans les muscles de la cuisse au point d’arriver jusqu’à la flexion du membre, dans les peaussiers de la face, dans les muscles de la main. Si, sur un cadavre, vous écartez le pouce de l’index, le plus souvent vous constaterez qu’au bout de quelques heures le pouce aura rejoint le doigt indicateur. Il faut encore ajouter les contractions rythmées des muscles de l’abdomen et celles du muscle diaphragme.
C’est dans la fièvre typhoïde et surtout dans le choléra que l’on observe après la mort des mouvements spontanés dans les muscles. Cet étonnant phénomène, dont nous avons été si souvent témoin durant notre passage à l'hôpital des cholériques du Pharo (1884), a été cause de bien des méprises et a donné naissance à de nombreuses histoires de morts enterrés vivants.
Bardinat, après avoir coupé la tête à un chien, a vu la mâchoire inférieure continuer à se mouvoir plusieurs minutes après la mort, comme si l’animal persistait à aboyer. On peut voir dans les abattoirs, sur un bœuf dépecé, les fibres musculaires se contracter encore environ une heure après la mort. Nysten a constaté des mouvements spontanés chez quelques suppliciés.
Au moment de la putréfaction, le développement des gaz peut aussi déterminer des mouvements dans toutes les parties du corps, et plus particulièrement dans les membres supérieurs lorsque ceux-ci reposent sur l’abdomen. Ces mouvements, résultat d’une cause purement mécanique, ne doivent pas être confondus avec les autres mouvements dus à la persistance de la contractilité musculaire.
Ces faits, joints à ceux dont nous parlerons plus loin, nous prouvent suffisamment que l’immobilité et la flaccidité des membres ne sont pas des signes de mort, pas plus d’ailleurs que la persistance de certains mouvements n’est un signe de vie.
Art. II. — Perte de la connaissance.
La perle de la connaissance s’observe dans de trop nombreux cas pathologiques pour que l’on puisse accorder une valeur quelconque à ce signe qui, du reste, se rencontre toujours dans la mort apparente.
Art. III. — Insensibilité générale et disparition