OBSERVATION II
Accouchement, novembre 1921.
Primipare jeune, en bonne santé, sans antécédents héré-
ditaires. À été allaitée par sa mère.
L'accouchement a été normal ; l’état de la parturiente très bon.
L'enfant est un prématuré (8 mois) pesant 2 kgr. 800, né en état d’'asphyxie (circulaire autour du cou), mais il se remet vite et peu à peu la cyanose disparait,
On pose à la mère la question. « Comment comptez-vous élever votre enfant ? Vous allez l’allaiter ? »
Elle refuse etson mari également donnant comme prétexte qu'elle n’a pasde lait ! Naturellement nous insistons, comme du reste sa mère, pour l'allaitement, d'autant qu'il s’agit d'un enfant débile.
« C'est trop d'embarras, me répond-on, nous devons travailler. » Ce sont effectivement de petits fermiers, sans domestiques. La jeune mère n’a jamais eu l'intention de nourrir son enfant, le père s’y oppose de même ; notre insistance n’a pu les déterminer. « C’est une question qui nous
regarde maintenant, disent-ils. »
Nous envisagerons maintenant, à la décharge des parturientes, certaines causes physiologiques capables de restreindre l’allaitement, causes que certains médecins, surtout des médecins du Mans, m'ont signalées, lorsque je m’étonnais du nombre si faible des nourrices au sein : faisons remarquer toutefois que ces causes physiologiques sont certainement les moins importantes.
Néanmoins, il est certain que dans la région, les femmessont moinsbonnes nourrices que par exemple, les Bretonnes ou les femmes de l'Auvergne ; Sans parler d'une hypogalactie absolue, on peut, je crois,
reconnaître que les qualités laitières des femmes du Maine sont au-dessous de la moyenne. La race, issue des Normands, comprend un assez grand nombre de femmes blondes, ou rousses, dont les qualités laitières sont, depuis longtemps, reconnues médiocres. Il faut tenir compte aussi des maladies chroniques qui parfois empêchent l'allaitement ou le restreignent. Souvent nous avons vu de jeunes mères atteintes de tuberculose ; d’autres — plus fréquemment — portaient des tuberculoses plus ou moins torpides des tuberculoses osseuses ou ganglionnaires (le département de la Sarthe est fortement luberculisé, au Mans on compte 4 décès par tuberculose, sur 1.000 habitants.) Chez ces femmes, un allaitement est souvent contre-indiqué ; elles font d'assez mauvaises nourrices et leur entourage insiste pour qu'on évite cette fatigue à ces jeunes mères, qui, même sans avoir de symptômes nets de +, présentent — cas fréquents -— ces états d’anémie, de débilité congénitale, de prétuberculose ; frontières indécises de la maladie. | CRE
Mais comment expliquer l’hypogalactie qu’on constate parfois chez les femmes de la campagne, généralement fortes et exemptes de tares morbides ? Invoquer la loi de l’hérédité qui veut qu’une femme, non nourrie au sein par sa mère, soit moins bonne nourrice, par suite d’une légère atrophie, ou tout au moins d'un hypofonctionnement de la glande mammaire, ne semble pas juste ici (cette théorie est d’ailleurs bien discréditée), car les généra-
Sie pi
tions précédentes, dans les campagnes, ont allaité.
Il nous semble qu’un facteur important de cette hypogalactie relative, est constitué par les fautes de régime commises par les nourrices. Ne sont-elles pas persuadées que, pour allaiter, elles doivent changer leur régime et y adjoindre des rations supplémentaires de viande, de cidre, de café fortement alcoolisé, dont on use, d’ailleurs, largement en temps ordinaire, dans ce département où, avant la guerre, la consommation annuelle d'alcool absolu s'élevait à plus de 5 litres par habitant.
Les deux observations suivantes montrent les fâächeux résultats d’une telle Aro tant sur la mère que sur le nourrisson.