OBSERVATION IV
Mme M. E... St-J., 25 ans. Bonne constitution, légèrement obèse. Primipare. Accouchée depuis huit jours en des conditions normales. N’allaite pas. D’après elle, la montée laiteuse n'a pas eu lieu. Actuellement, les seins sont volumineux mais non durs, sans nodosités décelables au palper. On
arrive à peine à faire sourdre une goutte de lait du sein
CON STE gauche, mais le lait ne sort pas én jet. L'enfant fut mis au sein plusieurs fois, sa mère désirant qu'il soit élevé ainsi ; mais il ne pouvait s’y nourrir, tandis qu’il se jetait avec avidité sur le biberon.
Cette femme fut cependant allaitée par sa mère. Pas d'éthylisme personnel, mais café alcoolisé plusieurs fois par
jour. Ethylisme chez le père de la nouvelle accouchée,
L’alcool, pris sous forme de petites doses répétées, comme c’est le cas ici, peut-il tarir la sécrétion lactée? Quelques faits semblent le prouver. Mais il faut également se préoccuper de l'alcoolisme paternel (du père de la nourrice). C’était la théorie de Bunge : « l'incapacité de nourrir est comme la carie dentaire, une manifestation de dégénérescence. »
C’est cette dégénérescence, causée par l’'hérédité alcoolique ou bacillaire, qui nous paraît constituer la principale cause physiologique capable de restreindre l'allaitement.
Fautes de technique dans l'allaitement maternel
Cet allaitement maternel, si restreint à l’heure actuelle, comment est-il pratiqué ? Très mal.
Dans les deux observations précédentes, on a pu déjà se rendre compte que les nourrices, loin de proscrire le café et l'alcool de leur régime, augmentent les doses, dans la conviction que ces excitants leur sont utiles; et l’on a pu constater (obs. SIT)
qu’un nourrisson, élevé en ces conditions, présentait une insomnie et une agitation continuelles. Cette faute de puériculture est fréquente ; nous avons soigné un nourrisson de 15 jours, dont la mère preuait une quantité d’alcool et de cidre exagérée, et qui présentait une absence de sommeil à peu près complète, sans trop d’agitation pourtant. Un régime rationnel chez la nourrice et de très faibles doses de chloral suffirent pour établir, chez cet enfant, un sommeil normal et bien réglé.
Mais ce n’est pas la seule erreur commise par les nouwrrices. Le plus souvent, toujours peut-on dire, les tétées sont irrégulières ; les femmes donnent le sein, tantôt toutes les trois heures, tantôt toutes les heures, sans aucune règle, dès que l’enfant crie ou s’agite ; les mères ne peuvent jamais préciser, quand le médecin leur pose la question, combien de fois par vingt-quatre heures elles font téter l'enfant. - Toujours le nombre des tétées est trop grand ; on en compte, par exemple, 10 par vingl-quatre heures ; presque toujours la nuit, le nourrisson, fut-il âgé de 5 ou 6 mois, prend une ou deux tétées. Le sein n'est plus un organe d'allaitement, mais un moyen d'obtenir le silence. Non seulement ces tétées sont: irrégulières et trop fréquentes, mais encore elles sont trop longues ; elles durent, en général, vingt à vingtcinq minutes; un quart d'heure constitue le minimum ; en pratique, on laisse boire l'enfant jusqu’à ce qu’il s'endorme sur le sein. Il en résulte des prises de lait trop copieuses ; l’enfant est suralimenté, Mais
souvent aussi, comme les femmes ont peu de lait, le nourrisson reçoit une ralion de lait voisine de la normale, mais distribuée avec une extrême irrégularilé. C’est ainsi qu’on peut voir une tétée de 120 grammes, suivie d’une autre de 50 grammes seulement ; ce cas m'a été communiqué par un médecin de la région qui, naturellement, vérifia ces chiffres au pèse-bébé. Disons, en passant, que cet instrument qu’on peut fabriquer avec la première balance venue, est complètement inconnu aux familles. Un autre médecin m'a signalé un autrè cas typique: une femme avait la fâcheuse habitude de coucher près d'elle, la nuit, son bébé; ce dernier tétait la nuit tant qu’il voulait et quand il voulait ; il est arrivé à la mère de se réveiller un matin, les seins à peu près taris, tandis que l'enfant, qui présentait un météorisme énorme, était pris de diarrhée et de vomissements qui, du reste, guérirent assez vite. On voit, par cet exemple, que les nourrices multiplient les fautes contre la plus élémentaire puériculture et même contre le bon sens.
Les enfants ainsi mal alimentés présentent quelquefois, l'été surtout, des troubles gastro-intestinaux, mais qui n'offrent pas la même gravité que ceux des bébés élevés au biberon el qui sont exceptionnellement mortels. Voiei une observation où l’on relève des fautes de diététique infantile au cours de l'allaitement maternel.