DÉBILITÉ CONGÉNITALE
Ed
L'hérédité alcoolique tuberculeuse et syphilitique
ES
Il nous reste à étudier une dernière cause de mortalité infantile : a débilité congénitale, tel est le nom sous lequel elle est cataloguée dans les statistiques. Et cette cause a aussi son importance : au Mans le quart des décès en relève; la proportion est plus faible chez les « Enfants assistés et protégés ) (1/10). La nosologie statistique est parfois bien difficile à interpréter, comme l’a excellemment montré Rist ; sous la rubrique « débilité congénitale » sont compris, sans doute, bien des cas de diagnostic incertain ou de maladies que nos préjugés actuels qualifient de « honteuses ». Quoiqu'il en soit, dans cette catégorie doivent rentrer :
1° Des enfants nés avant terme (prématurés débiles). R 2° Des enfants nés au terme de la nu mais néanmoins débiles, pesant un poids inférieur à la. normale, en un mot insuffisants au double ports de vue anatomique et physiologique.
Nous avonseu l’occasion de voir un de ces enfants
pesant 2.500 grammes, mourir douze heures après sa naissance, dans un accès de cyanose. Ces enfants,
en effet, meurent rapidement (au bout de quelques
jours ou de quelques semaines) ; On en sauve peu, parce que dans les petites villes et les campagnes on ignore les couveuses ; d’aulre part, on ne trouve pas de nourrices au sein, ou qu’on ne peut, pour les raisons que nous avons exposées, instaurer un allaitement naturel, seule chance de salut pour ces petits qui naissent inaptes à la vie, et qu’on ne peut sauver qu'avec des précautions inouïes, lesquelles sont
‘rarement prises dans les familles ; le manque d’hygiène (absence de bains, de poudrage pour le bébé) amène facilement chez ces débiles des pyodermites ; ils succombent alors à une septicémie.
La cause de ce grand nombre de débiles doit être cherchée surtout dans l’'hérédité de ces enfants : on y rencontre le plus souvent un des trois facteurs suivants, qui pèsent lourdement sur la population sarthoise : la tuberculose, l'alcoolisme et la syphilis.
Le premier de ces facteurs, la tuberculose, semble étre en progression en noîre département ; mais, à
vrai dire, ce n’est pas le plus important des trois,
pour le sujet qui nous occupe maintenant. À moins qu'on ait affaire à une luberculose cavitaire au terme de son évolution, les mères atteintes de cette maladie mettent au mondes des enfants d’un poids peu inférieur à la normale et d’une chétivité médiocre ; bien souvent même les enfants sont normaux. Le péril est
pour plus tard, quand, non sésatés de leur a. ils auront subi des surinfections répétées,
La seconde cause, l'alcoolisme, paraît être en régression : les mesures fiscales, amenant une augmentation considérable des prix, ont peut-êtré restreint sa consommation depuis la guerre. Mais il suffit que les populations aient été alcoolisées, il y a quelques années, pour que lhérédité se fasse encore sentir; les grands-parents alcooliques ‘ayant mis au monde des enfants faibles, « lymphatiques », tarés, qui maintenant font souche de débiles.
Or, en 1913, la ville du Mans consommait annuellement 10 litres d'alcool pur par habitant; et le département tout entier, avec ses 5 litres par habitant, se classail parmi les douze premiers de France. S'il est vrai que les villes consomment moins d'alcool actuellement, à cause de son prix excessivement élevé, les campagnes et les petites villes de cette région en font toujours autant usage: le contrôle échappe à toute statistique car, grâce au privilège des bouilleurs de erû, chaque petit propriétaire ou fermier peut faire distiller une partie de sa récolte, : et conserver ainsi 20 litres d’alcool au moins. Comme le département est grand producteur de cidre et que la propriété y est très divisée, on voit que les paysans peuvent toujours avoir une provision d’eau-devie de cidre : en fait, ils l'ont toujours et l'utilisent. Nous pensons donc que, contrairement à l’idée reçue, l’alcoolime est plus menaçant dans les campagnes que dans les villes. étant données les nouvelles con-
. . É ) : ditions économiques. Cet alcoolisme rural n est pas l'ivrognerie : il consiste en une absorption, à petites
doses, souvent répétées, d’alcoo! dont l'individu ne
peut plus se passer, et que prennent aussi bien les femmes et les enfants ; et les femmes enceintes aussi bien que les très jeunes enfants.
C’est un péril que nous tenions à signaler ; il influe grandement sur la mortalité infantile par débilité . congénitale, et aussi sur la morbidité par tuberculose. On sait que le département de la Seine-Inférieure, l'un des plus alcoolisés de France, conserve depuis
plusieurs années le premier ue pour la mortalité
infantile en France.
Une dernière cause que nous devons
signaler, c’est l’hérédo-syphilis. Sans doute, la syphilis n’est pas aussi répandue que dans les cenires industriels et les villes: mais il ne faut pas croire que la campagne en soit vierge; depuis la guerre, le tréponème s’est essaimé d’une façon inquiétante, nécessitant, dès 1916, la création au Mans, d’un dispensaire spécial, dirigé par le D’ Hervé. Ce dispen- “ne en 1919, donnait plus de 700 consultations
à des malades qui, en très grande HER étaient
des syphilitiques.
Cette débilité congénitale qui, au Mans, tue le quart des enfants, doit, sans doute en bien des cas, se rattacher à la syphilis des progéniteurs. De même, il est remarquable de constater que le taux de la mortinatalité n’a cessé de croître depuis le début de la guerre : pour l’ensemble du département,
NAN la mortinatalilé était de 3 o/o en 1914 et de 7 0/o en 1919, avec une constante progression. Dans le milieu rural, la fréquence des avortements a augmenté sensiblement depuis la guerre ; et nous avons eu l’occasion de voir des manifestations généralement rattachées à la syphilis : hydramnios, malformations congénitales,etc. Sans exagérer l'importance de cette maladie dans le département, il est permis de dire que, depuis la guerre, la syphilis rurale a fait des progrès, et que bien des enfants naissent avec cette
hérédité malheureuse.