OBSERVATION XXI
Logement de deux pièces, petites et mal éclairées, dans une ville de 2.000 habitants. On y trouve un ménage d'ouvriers : plus le grand-père, ce dernier, bacillaire, présentant des symptômes care avec expectoration abondante (sur le sol ou dans des linges); ilne quitte pas le lit. Dans le même local : la femme du grand-père tuberculeux, laquelle est éleveuse ; un nourrisson de 2 mois, prématuré débile, pâle etne profitant pas, sans présenter de troubles digestifs ; un autre enfant de 20 mois (celui-ci est de l’Assistance publique); un petit garçon de 5 ans (bronchite chronique,
râle sibilants dans toute l'étendue du poumon ; souffle hilaire ;
polymicroadénie) ; une petite fille de ro ans également scrofuleuse et mal portante. Soit huit personnes, dont un cavitaire et deux nourrissons.
Nous faisons conduire le grand-père tuberculeux à l’hos-
pice (1).
De telles observations pourraient se recueillir par douzaines. En ces conditions, rien d'étonnant à ce qu'un nourrisson s'infecte : la contamination est fatale, d'autant que les malades expectorent partout, et font preuve, en général, d'une magnifique indiffé-
rence. Ajoutons qu’il n’est pas toujours aisé de les
faire entrer à l’hospice.
L'influence du surpeuplement et du taudis est manifeste, pour la tuberculose comme aussi pour les autres maladies ; c'est ainsi qu’au Mans la mortalité infantile sévit surtout dans les quartiers vieux, aux rues étroites, mal aérées et plus mal ensoleillées ; dans celte ville, divisée en plusieurs circonscriptions sanitaires, c’est le Vieux Mans — nom caractéristique
— qui vient en tête pour la mortalité des enfants ; en
1912, la proportionétaitde6,53 décès pour 1.000 habitants, tandis que dans les quartiers neufs (place de la République, avenue de Paris, etc.), cette mortalité ‘tombait à 0,66. La topographie de la tuberculose était
la suivante : dans les mêmes quartiers du Vieux-
Mans on comptait 8,8 décès pour 1.000 habitants :
1. Nous devons ajonter que c’est à la suite d’une conférence faite par la Mission Rockfeller, contrela tuberculose, en cette petite ville, que la grand'mère justement effrayée, vint nous trouver pour isoler le tuberculeux de ses enfants. Les conférences d'hy- :giène sont utiles, même à la campagne,
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contre 2,20 dans les autres. À la campagne, dans les ‘villages, le surpeuplèment est la-règle, surtout chez les nourrices) qui logent le plus souvent en des tau- ‘dis : maison sans étage, ni cave, une seule pièce avec ‘un débarras ; pour plancher la terre battue; une ‘cheminée à manteau qui, l’hiver, laisse pénétrer un vent glacial: une porte à deux battants superposés ; des fenêtres rares et étroites ; dehors, une cou: de ferme avec le tas de fumier. Et cela, même en des fermes aisées, et chez des villageois assez riches, propriétaires de leur domaine, mais qui ::e voudraient pas faire la plus petite dépense pour assainir et nettoyer leur intérieur. | L'observation XVIII que nous avons donnée à propos de la dissémiualion des gastro-entérites par les mouches était également un bel exemple de surpeuplement chez une nourrice. On trouvait en effet dans l’unique pièce, assez petite (4 " X 4" X 2" 50) : 1° la nourrice ; 2° sa fille, fille mère ayant ainsi le droit d'élever, elle aussi, un nourrisson ; 3° deux nourrissons, âgés de cinq et deux mois ; 4° l’enfant de la nourrice (quinze mois); 5° deux petites filles de trois ans et demi et cinq ans. De tels exemples (et ils sont fréquents) sont suffisamment caractéristiques et nous dispensent d’insister davantage.
: Cette promiscuité suffirait à elle seule pour expli- -quer la fréquence relative de la tuberculose chez les enfants. Nous nous sommes demandés cependant, si, dans ce département, les vaches tuberculeuses - étaient plus nombreuses qu'ailleurs ; à priori, cela
ne semble pas, car la stabulation n’est pas l'habi-
tude du pays. M. Lhoste, vétérinaire inspecteur
des Abattoirs a bien voulu nous communiquer d’intéressants renseignements sur ce sujet. C'est ainsi qu’en 1913, on arrive à un pourcentage de tuberculose, pour tous les bovidés, de 9, 45 o/o dans la Sarthe. Ce chiffre est donc très voisin de celui qu'indique Bordas pour l’ensemble du territoire français, et M. Lhoste ne pense pas que la tuberculose bovine soit plus répandue en ce département.
Néanmoins, c’est encore un facteur à considérer; d'autant plus que, comme nous l’avons vu, on donne quelquefois aux tout jeunes enfants du lait
non bouilli, lait qui dans les petites fermes vient
d’une seule vache et non d’une mélange de plusieurs traites d'animaux différents. En certains cas, le lait peut donc devenir aussi une cause de surinfection tuberculeuse, ou créer des tuberculoses intestinales : nous en relevons plusieurs cas, dans les « tables mortuaires » de l'hôpital du Mans (pavillon Trousseau), dont l’un chez un enfant de déux ans : occiusion intestinale par brides et adénopathie mésentérique bacillaire.
La tuberculose n’est donc pas rare chez les nour-
rissons ; elle est parfois d’un diagnostic malaisé,
mais les médecins de la région savent bien qu'elle
fait des victimes assez nombreuses dans la population infantile.
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