‹ La Morve: Maladie Professionnelle du VétérinaireChapitre 17 sur 17 · VÉTÉRINAIRES VICTIMES DE LA MORVE · texte numérisé non relu

VÉTÉRINAIRES VICTIMES DE LA MORVE

Les vétérinaires ont payé un lourd tribut à la contagion de la morve ; malheureusement leurs noms, faute d’avoir été rassemblés dans un tableau et gravés en lettres d’or sur le marbre, sont perdus pour les générations. Nous avons essayé, au cours de nos recherches, de glaner dans la littérature médicale et vétérinaire les noms de quelques-uns d’entre eux et dans ce chapitre nous nous proposons de les rappeler au souvenir de nos lecteurs, regrettant sincèrement de n’avoir pu en faire une liste plus complète.

Du livre de Rogins : une étude de la morve humaine, nous tirons 17 cas de vétérinaires.

1° Etudiant vétérinaire se blesse en disséquant un âne morveux. Lymphangite du bras, abcès, suppuration articulaire et pulmonaire. Mort après une durée non fixée.

C'est un des premiers cas dont la nature fut nettement prouvée par l’inoculation animale,

2° Chirurgien vétérinaire s’infecte en soignant les ulcères d’un cheval morveux. Abcès multiples, diarrhée, amaigrissement. Après un semblant de guérison, le malade a une rechute et meurt après vingt-six mois de maladie.

3° Vétérinaire de 50 ans se blesse au doigt pendant l’opération d’un cheval morveux. Infection ouverte, lÿmphangite, abcès dans les jambes et le poumon gauche, inflammation de l'œil droit. Mort après cinq mois de maladie.

4° Etudiant vétérinaire est atteint, après avoir fait l’autopsie

d'un cheval morveux, de lymphangite et de phlegmons de la figure.

Mort après cinq mois de maladie.

5° Etudiant vétérinaire de 21 ans se pique la paume de la main. Infection ouverte, lymphangite du bras, ulcères sur les genoux, les lèvres, etc...

Mort après neuf mois de maladie.

6° Etudiant vétérinaire de 21 ans avait soigné les abcès d'un cheval morveux. Un an après il est atteint de catarrhe nasal et trachéal, d’adénite cervicale, d’abcès de la cuisse gauche. de nécrose de la face.

Le malade guérit, mais sa guérison ne peut être considérée comme définitive.

7° Vétérinaire ayant une blessure au pouce s’inocula en droguant un cheval morveux. Abcès, adénite axillaire suppurée.

Guérison supposée.

8° Etudiant vétérinaire se blesse à la main en disséquant un cheval morveux. Lymphangite opiniâtre.

9° Vétérinaire de 29 ans introduit un doigt blessé dans un: abcès morveux. Infection ouverte, foyer suppuratif épitrocléen, arthrite du coude et des genoux.

Guérison incomplète.

10° Etudiant vétérinaire reçoit dans la figure du jetage morveux. Ulcérations nasales et écoulement, dyspnée, transpiration.

Guérison incomplète.

11° Vétérinaire de 26 ans se coupe au doigt pendant l'au-

ro nine

Q , topsie d'un cheval morveux. Abcès multiples cautérisés au fer rouge. ià

Guérison complète après seize mois.

12° Etudiant vétérinaire se pique à la main pendant l’opération d’un cheval morveux. Lymphangite en quelques heures, adénite axillaire suppurée.

Guérison supposée après douze mois.

13° Etudiant vétérinaire se blesse l'index droit en opérant un cheval morveux. Plaie ouverte infectée, lymphangite. Blessure non guérie après 8 ans.

14° Chirurgien-vétèrinaire, après avoir eu la morve 11 ans, reste dans un état cachectique ; toux provenant de cicatrices du nez et du larynx.

15° Vétérinaire de 29 ans s’infecte en soignant un cheval morveux. Symptômes fébriles, figure enflammée, diarrhée intense, jetage bronchique rouillé, cuisse rouge, sang et pus dans les selles, albuminurie.

Guérison incomplète après 7 ans.

16° Vétérinaire de 54 ans reçoit dans la figure du jetage d’un cheval morveux et tombe malade en quelques heures. Eruption pustuleuse généralisée, asthénie, écoulement du nez et des yeux, phlegmons des jambes.

Guérison incomplète après deux mois.

17° Vétérinaire infecté par un cheval qui s'ébroue dans sa figure. Gonflement de la joue gauche et de la glande sousmaxillaire. Ecoulement de la narine gauche.

Guérison incomplète.

Autres cas de vétérinaires victimes de la morve :

18° Viaz DE SAINT-BEL (Benoît), ancien sous-professeur, fondateur du collège vétérinaire de Londres, succombe le 21 août 1793 à une fièvre de très remarquable apparence avec des bulles et des bubons (boïils and buboes) sur différentes parties du corps. Le docteur CRAwroR» qui le soignait a déclaré qu'il n'avait jamais vu en Angleterre une fièvre ressemblant si fort à la peste.

Si ROGER avait connu cette observation, il l'aurait sans doute inscrite parmi les cas probables de morve.

19° Comner (Adolphe-Athanase), né à Orchies, dans le Nord, le 7 février 1823. Etudiant vétérinaire militaire de 3° année, s’infecte en pratiquant une opération et meurt de morve aiguë le 16 juin 1844, après 30 jours de souffrances.

20° Ricnarp (Marie-Gustave), né à Paris, le 27 mars 1845, élève de l'Ecole de Grignon, entre à Alfort en octobre 1865. I1 meurt dans sa famille en mai 1866.

21° FAvEREAU (Jean), né à Coutras (Gironde), le 16 juillet 1819, diplômé en 1843. Vétérinaire départemental de Seineet-Oise, se contamine en étudiant une épidémie de morve à Rueil. Mort à Versailles le 2 novembre 1872.

22° Etudiant vétérinaire de 2° année d’Alfort, contracte la morve et meurt en 1863.

23° Benoisr (Charles-François), né à Ravenel (Oise), le 4 novembre 1814. Elève distingué de 4° année qui faisait des aquarelles pour Renault a gagné la morve en léchant ses pinceaux. Mort à l’infirmerie le 11 juin 1839.

24° NicouLEau, vétérinaire militaire, meurt de l'infection ! morveuse.

25° DEzoTEUx (Emile-Victor-César), né à Lamez (Pas-de- Calais), le 3 mars 1850, diplômé en 1874. Aide-vétérinaire au 28° d’artillerie, fait en février 1876, avec des excoriations aux mains une autopsie de cheval farimeux à la Caserne de Nantes. Atteint peu après de troubles graves, il meurt au Val-de-Grâce le 23 octobre 1877.

26° Goparp (Jean-Baptiste), né à Courson (Yonne), le 13 novembre 1814, entré à Alfort en 1832, passé à Lyon en 1837 où il est diplômé en 1838. Mort à Clamecy (Nièvre), le 9 avril 1857, ayant reçu dans l’œil du jetage de cheval morveux qu’il avait entrepris de traiter. |

27° Duanior (Auguste-Eugène), né à Champignelles (Yonne), le 30 avril 1820. Diplômé en 1842. Vétérinaire d’un régiment d'artillerie à Douai où il est mort.

28° Mazarié (Emile-Théophile), né à Saint-Brieuc (Côtesdu-Nord), le 12 oût 1827. Passé de Lyon à Alfort en 1847. Diplômé en 1853. Vétérinaire à Brest. Mort le 16 novembre 1854.

29° WarLemBerrT (Augustin-François-Joseph), né à Souaste (Pas-de-Calais), le 7 février 1825. Diplômé en 1852. Vétérinaire en 1" retraité depuis 1877. Mort le 5 août 1889 de farcin contraté 5 mois plus tôt en examinant les cavités nasales d’un

mulet morveux.

30° Sucaoporskr contracte la morve en examinant des chevaux sur un marché du gouvernement d’Ekaterinoslaw et meurt 3 semaines après en automne 1907.

31° Prorrscu, vétérinaire capitaine roumain, meurt de la

morve en 1873

99° Amel OLTÉANN, étudiant vétérinaire roumain, s’inocule

LHAG RES en pratiquant une autopsie et meurt en 1885.

33° STRAUSLESCU, chef de service de mirobiologie, à l'Ecole de Bucarest, s’infecte en faisant l'autopsie d'un cheval morveux et meurt le 8 mars 1904, âgé de 29 ans.

34° Bourex (Henri), professeur adjoint de clinique contracte le farcin en expérimentant sur la morve en 1840. Guéri, il peut reprendre ses fonctions en 1841.

30° BLier (Louis-Jean-Baptiste), né à Flixecourt (Somme), le 3 mars 1855. Diplômé à Toulouse, en 1879. Inspecteur de la boucherie de Paris. Accidents graves par suite d'une blessure au doigt survenue en examipant un cheval morveux.

36° Bonneau (Etienne), né à Pousseaux (Nièvre), le 13 vendémiaire an XIII, entré à Alfort le 2 novembre 1824. Très bon élève, décédé à l'infirmerie de l'Ecole, le 18 septembre 1825.

37° Girarp (François), professeur à l'Ecole d’Alfort se pique au petit doigt de la main gauche le 19 septembre 18235 en aidant le Docteur BLEYME à faire l’autopsie de l'élève Boxxeau. Un mois après le 22 octobre 1895, il succombaie aux suites de cette blessure, entre les bras de son père et de sa jeune femme, à l'âge de 29 ans. C'était une grande perte pour l'Ecole, car les travaux déjà publiés permettaient de voir en lui un véritable savant d'avenir.

38° MarreL (Pierre-Henri), né le 10 avril 1870. Diplômé en 1891. Inspecteur de la boucherie de Paris. En juin 1894, contracte la morve à l'Institut Pasteur au cours de recherches sur la virulence des lésions du cheval. Pneumonie, phlébite et abcès de la jambe, fistule, adénite. Guérison après 11 mois. Le diagnostic expérimental fut confirmé par Martez qui fit sur lui-même la euti-réaction à la malleine en 1907.

39° Otto KALNING, né en Livonie, le 13 février 1856, entre en août 1873, à l’Institut Vétérinaire de Dorpat ; il sort le 28 mat 1877 et est nommé vélérinaire à la 24° brigade d'artillerie. Il fait la campagne russo-turque de 1877-1878 ; son corps fait ensuite partie de l’armée d'occupation en Bulgarie. En 1881, KALNING entre au service de la Bulgarie jusqu’en 1885, il est réintégré dans l’armée russe le 19 janvier 1886. En 1890, il est appelé à l'Institut Vétérinaire de Dorpat, où il étudie la morve. C’est au cours de ses recherches qu’il contracte la maladie ; il meurt le 25 mars 1891, à Dorpat, à l’âge de 35 ans.

40° Brancuarp, vétérinaire, s’infecte en manipulant le poumon d’un cheval morveux, saisi à l’abattoir hippophagique. Les premiers signes se sont révélés une douzaine de jours après la contamination, par des accidents pleuro-pulmonaires fugaces auxquels ont succédé, après un mois environ deux abcès successifs au niveau de la cuisse, abcès périostiques. C’est le professeur Maurice Nicorze, de l’Institut Pasteur qui fit le diagnostic d’après la succession des signes pulmonaires et des localisations périostiques, sans avoir vu le malade. Ce diagnostic fut confirmé bactériologiquement à la suite d’une ponction exploratrice de l’abcès.

BLancuarp» fut envoyé en Suisse faire une cure d'altitude de six mois ; il paraissait complètement guéri, mais rentré en France, il présenta une extinction de voix. Le Docteur Manu reconnut l'existence de chancres sur le larynx. BLANCHARD Succomba sept à huit mois plus tard.

41° Garcer, professeur anglais, fut victime de la contamination morveuse. Plus heureux que BLancnarp, il survécut aux atteintes du terrible mal, mais au prix des plus horribles souffrances. Au mois de mars 1911, il exerçait les fonctions de vétérinaire sanitaire à Lahore, dans l'Inde. Pour éclairer son opinion sur un cas douteux rencontré chez un poney, il fit plusieurs cultures sur gelose, puis sur pomme de terre et les

inocula au cobaye, le résultat fut positif. Une semaine plus tard, il fut pris durant la nuit d'un violent accès de fièvre, il continua son service, mais deux jours après, il éprouva une violente douleur de la région diaphragmatique rendant la respiration très difficile. Une période de trois semaines s'écoula dans ces conditions, avec des accès de fièvre intermittente qui firent penser à la malaria, mais contre laquelle la quinine se montra impuissante. La douleur s'aténua progressivement et M. Gaïcer se croyait guéri quand le 24 mars 1911, il se contusionna légèrement le dos de la main gauche, le lendemain, une tuméfaction sensible, profonde apparut et la température s'éleva. Il dut être transporté dans une maison de santé. Le réseau lymphatique du bras commençait à se prendre avec de l’adénite axillaire. Des phlegmons apparurent, en avril, mai et juin 1911, plusieurs interventions furent nécessaires. Le malade en profita pour vérifier lui-même la nature bactériologique des lésions. |

Un chirurgien crut reconnaître une nécrose du 2° métacarpien et pratiqua l’extirpation de l'os malade. Cette opération eût des suites redoutables, puisqu'elle fut la cause indirecte d'autres amputations qui se terminèrent par l'amputation complète du bras.

Revenu en Angleterre le 24 juin suivant, M. Gucer put faire admettre le diagnostic de morve que les épreuves bactériologiques confirmèrent indiscutablement.

Toute l'année 1912, s'écoula au milieu de ces pénibles efforts pour entraver le mal, avec des alternatives d'espoir et de déeouragement et c’est seulement en juin 1913, c'est-à-dire 28 mois après le début de la maladie que M. GaiGer put enfin se considérer hors de danger.

Aujourd'hui, notre confrère anglais est complètement guéri et ce n'est pas sans raison qu'il affirme que la morve est la plus douloureuse des maladies dont un homme puisse avoir à souffrir.

Nous avons pensé qu'il était utile d'ajouter ce chapitre au

martyrologue déjà bien long de notre profession. Nous avons voulu rapporter en détail le cas de M. Gaïcer qui est un des

plus récents et qui nous apprend que l’on doit espérer même contre toute espérance.

LA

Vu : Pour LE Doyen :

Vu : Le Présipenr pe Tuèse :

BALTHAZARD.

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