‹ La mosaïqueChapitre 1 sur 91 · La mosaïque · texte numérisé non relu

La mosaïque

es produits compris dans la désignation générale de « mosaïque » se composent d’ouvrages de différentes espèces qui sont loin de présenter le même intérêt au point de vue de l’art.

La mosaïque de pierres dures, dite de Florence, est un assemblage de pièces de rapport, marbres et pierres précieuses polis, maintenus dans une surface au moyen de l’incrustation ; la Florentine s’applique aux objets mobiliers et aux bijoux, elle donne des effets curieux, mais ne saurait servir de véhicule à une composition d’artiste comprenant des figures animées. On voit au musée du Louvre, dans la galerie d’Apollon, un bel échantillon de ce genre d’ou-

vrage, offert à Louis XIV par un prince toscan; la manufacture des Gobelins en a fabriqué quelques bonnes pièces au xvne siècle.

Les pavements et les revêtements formés de plaques de marbre de couleur constituent aussi une espèce de mosaïque en usage depuis la plus haute antiquité dans les temples et les palais. On donne également le nom de mosaïque aux carrelages de terre émaillée ou non et à d’autres assemblages recouverts de couleurs vitrifiables; quelquefois même le mot est appliqué aux dessins en creux de nos anciennes pierres tombales décorées dans le genre des graffiti de Beccafumi, sur le pavé du dôme de Sienne.

La mosaïque d’émail, usitée dans l’orfèvrerie et labijouterie, se fabrique toujours à Rome; c’est un travail qui exige beaucoup de soins et de patience; les artistes romains y excellent, ils emploient avec une grande habileté de mains, des émaux filés en baguettes très minces, et reproduisent tous les effets de la miniature. Ainsi faisaient les artistes byzantins pour les mosaïques portatives, dont la spécialité romaine actuelle est une dérivation.

Nous n’avons à traiter ici aucun de ces genres. La mosaïque décorative nous occupera exclusivement, elle est de beaucoup la plus importante. Sans entrer, quant à présent, dans les détails techniques, nous devons indiquer que la mosaïque, qualifiée généralement d’antique, de romaine, de byzantine, de vénitienne, est un ouvrage fait au moyen de petits cubes retenus par un ciment contre une surface solide; les cubes sont en pierres naturelles, en terre cuite ou en émail opaque

coloré dans la pâte1. Les fonds d'or sont l’objet d’une fabrication plus compliquée.

Les matières premières employées ont été et sont encore à peu près les mêmes partout, et il n’y a aucune différence technique entre la mosaïque romaine du xvie siècle et celle de Venise de la même époque; le fond d’or n’est pas exclusivement byzantin, de sorte que les dénominations locales qu’on a données aux mosaïques décoratives ne peuvent guère s’appliquer qu’au style, et -encore convient-il d’en user avec grande prudence.

Nous allons entreprendre l’histoire de la mosaïque, nous suivrons sa trace dans tous les siècles et toutes les contrées, depuis l’Antiquité jusqu’au nouvel Opéra de Paris; les dimensions de ce livre nous obligent à des notices sommaires sur des ouvrages considérables, et nous avons dû choisir, pour les descriptions d’ensemble, des mosaïques moins compliquées mais qui, dans leur ordonnance, peuvent être présentées pour le type d’une époque. Il est inutile d’ajouter que nous n’avons la prétention ni de mentionner toutes les mosaïques existantes, ni de fixer d’une façon absolue la date de certaines œuvres, l’archéologie ne cessant de mettre au jour de nouveaux moyens d’information.

Nous avons l’espoir que ce travail sera de quelque utilité à ceux qui se livrent à l’étude ou à la pratique des beaux-arts, et qu’il donnera certaines facilités aux amateurs et aux artistes qui se rendent en Italie dans le but de suivre toutes les manifestations du génie italien dans le domaine des arts.

i . Cet émail se nomme smalte en Italie ; la technique est traitée dans un chapitre spécial.

(Pompéi.)

Page 1