LA FIGURE DE SAINT APOLLINAIRE
(Eglise Samt-Apollinaire-in-Classe, à Ravenne, vie siècL.)
lettres du pape « Musiva et marmorea urbis Ravennæ tam in templis quam in parietibus et stratis, tam marmora quamque musivum cæleraque exempla de eodem palatio vobis concedimus auferenda. » Charlemagne usa sans scrupule de cette étrange et barbare concession; il fit gratter les mosaïques et les expédia comme matériaux de construction, pour décorer à peu de frais la chapelle de son palais d’Aix.
Les noms des mosaïstes de Ravenne sont généralement oubliés; il en est quelques-uns néanmoins que l’érudition a signalés, ce seraient : Cuserius ou Euserius, Paulus, Janus ou Statius, Stephanus? On sait
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aussi que Théodoric fit venir de Rome des ouvriers,
mais ces détails seraient-ils ignorés que le caractère dcb ouvrages est là pour démontrer rinfluence latine. Comme celui des ouvrages similaires du siècle précédent,
le caractère des mosaïques est noble et distingué, il a même gagné en valeur; l’étude de la nature se manifeste dans les nus et les attitudes; l’expression n’est pas conventionnelle, mais vraie; le mouvement rend la pensée sans emphase. Nous trouvons le témoignage de ces qualités dans le Baiser de Judas *, la Femme hémorrhoïsse 1 2, Ponce-Pilate3, que nous détachons des mosaïques de Saint- Apollinaire-Nuovo; à la vue de ces figures, qui datent de Théodoric, on peut se croire au lendemain de l’antiquité ou à l’aurore de la renaissance italienne, dont plus de sept cents années nous séparent encore.
Lorsque le regard, ébloui des magnificences de Ravenne, envisage les mosaïques de Rome du vie siècle, il reste stupéfait; ce n’est plus la même contrée, le même pays, c’est un autre monde qui se révèle; il faut un effort pour se souvenir qu’on est toujours en Italie. La mosaïque de l’église des Saints-Cosme-et-Damien, faite sous le pape Félix IV (52Ô-53o) « dans la ville de Rome, au lieu nommé Voie-Sacrée, près du temple de la ville de Rome », dit le Liber pontificalis, est l’œuvre marquante de l’époque. Elle recouvrait le haut de l’arc et les tympans ainsi que la voûte hémisphérique de l’abside; les parties extrêmes de l’arc ont disparu, le reste subsiste. Au haut de l’arc, un agneau est placé sur un trône surmonté d’une croix et entouré de candélabres; quatre anges paraissent en garder l’approche, et, sur la même ligne, deux des figures évangéliques,