‹ La mosaïqueChapitre 21 sur 91 · M. Müntz attribue cette mosaïque au vie siècle · texte numérisé non relu

M. Müntz attribue cette mosaïque au vie siècle

assis ; il tient de la main droite deux clefs et de la gauche un étendard; à genoux devant lui sont le pape Sylvestre et l’empereur Constantin; dans une action à peu près semblable, on voit en face saint Pierre, Léon III et Charlemagne. On pourrait supposer que, par sentiment de reconnaissance, Léon III ait voulu mettre Charlemagne en pendant avec l'empereur qui assura le triomphe de la religion chrétienne; à y regarder de près, il n’en est rien, car l’empereur ne représente pas Constantin le Grand, mais Constantin Copronyme, à ce moment sur le trône de Constantinople; le pape était donc un politique habile, qui savait que la fortune des armes est changeante, et chez lui la reconnaissance était tempérée par une prudente réserve. Avant de déplacer la mosaïque, on en prit un calque et, pour la refaire, on se servit d’un ancien dessin de la bibliothèque vaticane; le travail fut confié à Cristofari, chef de l’atelier pontifical de mosaïques. Malgré tous ces soins, la reproduction est des plus médiocres; c’est que déjà à cette^ époque, en 1743, la pratique du grand art de la mosaïque était perdue, parce que les artistes pontificaux se livraient à l’imitation des tableaux; la mosaïque fut restaurée, mais sans plus de succès, au xixe siècle, sous la direction du baron Camuccini, peintre romain, administrateur du même atelier.

Nous avons dit, en parlant de Ravenne, que Charlemagne avait été aùtorisé par le pape Adrien Ier à gratter plusieurs mosaïques. Il n’est point aisé de décrire l’usage que l’empereur fit de ces matériaux dans le dôme d’Aix-la-Chapelle, le travail ayant été gravement atteint par un incendie en 1 656, et, vers 1730, détruit

en totalité. Chose assez étrange, il n’existe de la mosaïque qu’un seul dessin publié par Ciampini 1 vers la fin du xvne siècle, et il se pourrait bien que ce dessin fût incomplet, car il ne représente que la voûte de la coupole, alors que Beeck, l’historien d’Aix-la-Chapelle, mentionne les mosaïques des parois2. Au sommet de la coupole, le ciel est figuré par des rayons qui portent des anges ailés; dans la zone du milieu, le Christ, nimbé en croisillons, est assis sur un trône dépourvu d’ornements : il bénit de la main droite et appuie la gauche sur un livre fermé; il est vêtu d’une longue tunique talaire et d’un manteau qui recouvre les épaules et les genoux; au bas, les vieillards de l’Apocalypse offrent leurs couronnes, ils sont debout à côté de leurs sièges; une bande étroite avec le monogramme du Christ arrête la décoration. A en juger par le dessin de Ciampini, la mosaïque paraît bien pauvre pour la chapelle palatine; la figure du Christ, posée sur un fond d’or, semé d’étoiles rouges, est insuffisante dans une voûte octogone; les vieillards ont des têtes trop grosses et des mouvements trop vifs. Rien ne prouve cependant que la décoration n’ait pas été plus complète, puisque Beeck affirmait, en 1620, que sur les murs étaient figurés des apôtres et dans les trumeaux des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament ; quoi qu’il en soit, la mosaïque d’Aix ne pouvait être qu’une œuvre médiocre; le vme siècle est l’un des plus détestables de la mosaïque et il n’est pas admissible que l’art, tombé à Rome au dernier degré, ait pu se relever isolément dans la vallée du Rhin.

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