Baluze, Miscellanoreum, Paris
2. Le dessin a pour auteur M. Lisch, inspecteur général des monuments historiques.
résisteront seront passibles des peines de l’Eglise et des lois impériales. La réaction contre de pareils arrêts devait être tentée. L’impératrice Irène en abrogea les effets momentanément; mais, comme les actes d’un concile ne peuvent être infirmés que par une semblable assemblée, les évêques, au nombre de trois cent cinquante, furent réunis à Nicée en 787; ils déclarèrent avec la même unanimité que le culte des images est conforme aux Écritures et placèrent spécialement les mosaïques sous la protection de l’Église; néanmoins, les empereurs iconoclastes ne s’éteignirent qu’en 842, à la mort de Théophile. On ne saurait trop blâmer ces rages de destruction qui s’emparent des princes et des peuples; mais, en la matière qui nous occupe, il ne faut point exagérer les effets de l’iconoclastie. A l’avènement de Léon Nsaurien, les travaux de mosaïque étaient généralement suspendus en Orient, par suite de l’état déplorable du Bas-Empire; toutes les anciennes mosaïques ne furent pas détruites, puisque celle de Sainte- Sophie subsiste encore et, en principe, les iconoclastes condamnaient l’adoration, mais non la reproduction de la figure humaine. L’Orient ne se soumit pas aux édits sans résistance et l’Italie se révolta; le pape refusa l’impôt, l’exarque de Ravenne fut tué et une armée grecque, envoyée par l’empereur pour prendre la ville, fut vaincue; grâce aux soldats italiens et à l’énergie des papes Grégoire II et Grégoire III, les tentatives des iconoclastes furent vaines en Italie, et les mosaïques de Ravenne et de Rome échappèrent au danger.
Rome : les Églises des Saints -Nérée-et-Achillée, de Sainte -Marie -de -la -Nacelle, de Sainte -Cécile, de Sainte-Praxède. — Caractère des Mosaïques de l’époque. — Constantinople : Sainte- Sophie, la nouvelle Église basilique, le Cenourgion.
Les mosaïques de Rome et de l’Italie au ixe siècle sont plus importantes par le nombre et par le développement des surfaces recouvertes que par la qualité ; en voici la nomenclature :
Saints-Nérée-et-Achillée, Rome, Léon III (795-816). Sainte-Marie-de-la-Nacelle, Rome, Pascal Ier (817- 824).
Sainte-Praxède, — —
Sainte-Cécile, — —
Saint-Pierre (partie), — —
Saint-Ambroise, Milan (835).
Sainte-Marguerite, Venise (837).
Saint-Pierre (partie), Rome, Grégoire IV (827-844). Saint-Marc, — —
Saints-Sylvestre-et-Martin, Rome, Sergius (844-847).
Sainte-Marie-en-Transtevère *, Rome, Benoît III
Cathédrale, Capoue (fin du ixe siècle).
Les travaux n’ont donc pas eu d’arrêt, et jamais ils n’ont été plus mauvais. Il serait fastidieux de les analyser tous ; nous nous bornerons à en décrire quelquesuns et à donner quelques extraits des inscriptions qui les accompagnent; elles font invariablement ressortir la richesse de la mosaïque, comme si, dans un sentiment inavoué, le rédacteur avait compris que c’en était le seul mérite. Sur l’arc de Saints-Nérée-et-Achillée, c’est la Transfiguration, l’Annonciation, et Marie, mère de Dieu. On lit à Sainte-Marie-de-la-Nacelle : « Il y a quelque temps que cette maison tombait en ruine; maintenant, elle brille à toujours de l’éclat varié des métaux et sa gloire resplendit telle que Phœbus dans l’univers, lorsqu’il se dégage des voiles ténébreux de l’obscure nuit.... » Sur l’arc de l’abside, le Christ est assis ayant à ses côtés des anges et des apôtres; dans la voûte à fond bleu, c'est Marie avec l’Enfant et le pape Pascal Ier, agenouillé. Au fond de l’abside bleue de Sainte-Cécile, c’est le Christ, Pierre, Paul, sainte Agathe, Valérien, sainte Cécile et, en frise de soubassement, les douze brebis sortant de Bethléem et de Jérusalem. « Cette spacieuse demeure brille de l’éclat varié des métaux dont elle est fabriquée... Celui qui l’a relevée est le grand pontife Pascal... », dit l’inscription.
L’église de Sainte-Praxède est située tout près de la
i. La plupart de ces ouvrages ont été décrits par M. Barbet de Jouy : Les mosaïques chrétiennes des basiliques et des églises de Rome j Paris, 1857.
basilique de Sainte-Marie-Majeure. Elle n’a aucune apparence extérieure et semble se cacher dans un amas de maisons; elle est cependant l’un des édifices chrétiens les plus anciens de Rome et l’un de ceux qui marquent le plus dans les progrès naissants du christianisme. Elle fut construite au 11e siècle, sur l’emplacement de la demeure du sénateur Pudens, dont il a déjà été question au sujet de la mosaïque de Sainte-Pudentienne, placée non loin de là. Adrien Ier la rebâtit1 et, après lui, Pascal la fit décorer. En entrant, l’œil est ébloui par l’éclat des mosaïques vivement éclairées, mais bientôt le désappointement commence. La vision de saint Jean est figurée sur l’arc triomphal : le Christ est entouré d’anges, de Marie, de sainte Praxède éponyme de l’église, des apôtres, de saint Jean-Baptiste et de deux prophètes, sans doute Isaïe et Jérémie2, le groupe est renfermé dans l’enceinte de Jérusalem; plus bas, se presse une foule de personnes « vêtues de robes blanches et ayant des palmes à la main » selon le texte de l’Apocalypse. Le tympan de la tribune est à fond d’or entouré d’une mince bordure rouge et bleue; au sommet, l’agneau couché sur le livre saint, est placé sur un trône symétriquement entouré de sept flambeaux, de deux anges et des animaux évangéliques nimbés de bleu et ailés de brun3, le fond est coupé de stries égales colorées en rouge, bleu et jaune