Liber Pontificalis , t. II
2. E. Müntz, Notes sur les mosaïques chrétiennes de l'Italie. Revue archéologique.
3. Pour l’agneau, voir le dessin page 87; pour l’aigle, page 94 et pour le bœuf, page 89.
pour simuler les nuages; sur les retombées de Parc, douze vieillards de chaque côté sont alignés par quatre; le premier rang est vu en pied, les deux autres à micorps; ils offrent des couronnes d’une main enveloppée dans leur manteau blanc. La voûte de l’abside est à fond bleu ; dans l’axe, le Christ, très grand, revêtu d’un manteau d’or aux plis rouges, tient le bras droit levé et serre un volumen dans la main gauche: il est nimbé en disque d’or à croisillons; ses pieds nus, largement aplatis, posent sur un ciel strié comme celui de l’arc. A sa droite, Paul lui présente Praxède; plus loin se tient le pape Pascal. Le pontife est nimbé de bleu, en carré, parce qu’il est vivant; sa tunique blanche est recouverte d’une chasuble jaune rehaussée de rouge, le pallium pontifical blanc broche sur le tout; il porte dans ses bras un édicule comme restaurateur de la basilique. Après lui, la décoration est arrêtée par un palmier ornemanisé et en or; sur une branche est perché le phénix jaune nimbé en étoiles, c’est l’emblème de l’immortalité de Tâme. A gauche du Christ, on voit Pierre, Pudentienne, sœur de Praxède, un diacre et un palmier. Les saintes portent le riche vêtement d’or des impératrices d’Orient, bordé de galons de pierreries blanches; elles tiennent des couronnes d’oblation ; les saints sont vêtus de robes blanches à bandes rouges et aux plis bleus; tous les personnages ont le nimbe en disque d’or uni; ils portent sur un terrain bleu clair sans autre végétation que les deux palmiers; sous les pieds du Christ, le fleuve Jourdain, et plus bas, en zone allongée, deux troupeaux de six brebis, une par une, figurent les douze apôtres; elles sont tournées vers l’agneau
nimbé. La ceinture de la voûte est ornée d’un tore de fleurs colorées, tressé sur une branche centrale et coupée en sections différentes par un ruban enroulé. La description que nous venons d’essayer pourrait donner une très fausse idée de la composition, si nous ne nous empressions d’ajouter qu’il n'est pas possible d’imaginer
l’agneau sacré.
(Eglise de Sainte-Praxède, à Rome, ixe siècle.)
une intention généreuse traduite avec plus d’ignorance et de barbarie. Le Christ n’a même rien d’un homme civilisé, sa figure est grossière; les têtes des deux jeunes patriciennes Praxède 3 et Pudentienne ont l’aspect des visages peints des femmes sauvages; les vieillards sont plaqués avec une symétrie presque mathématique, ils étendent des bras démesurément longs. L’ensemble est une méchante copie de la mosaïque de l’église des Saints- Cosme-et-Damien qui paraît belle en comparaison. Dans
i. Voir la figure de Praxède, page 91.
la même enceinte, l'extérieur et l’intérieur de la chapelle Saint-Zénon sont aussi recouverts de mosaïques ; avec le Christ, la Vierge, Zénon, Valentin et quelques apôtres on trouve le sénateur Pudens, ses filles Praxède et Pudentienne ctses fils Novatus et Timothée; ces figures sont sensiblement meilleures que les autres dans la pose et les draperies. A Péglise Saint-Marc, attenant au palais de Venise, la décoration est, à peu de variantes près, la même qu’à Sainte-Cécile et à Sainte-Praxède ; mais elle arrive au dernier degré du mauvais goût et de la décadence. Il ne reste rien des mosaïques du temps à Saints-Sylvestre-et-Martin, à Saint-Pierre, à Sainte-Marie-en-Transtevère et à Sainte-Marguerite de Venise. Celles de Saint-Ambroise de Milan et de la cathédrale de Padoue sont supérieures aux ouvrages de Rome, mais elles ne sont pas de nature à modifier l’impression générale que laisse la mosaïque de cette époque indigente.
Nous sommes arrivés à la fin du ixe siècle en Italie et nous avons passé en revue les mosaïques décoratives des trois cents années écoulées. Dès le vie siècle, la décadence est manifeste à Rome ; elle s’accentue dans les rares ouvrages des vne et vme, elle arrive à son apogée au ixe. Ce n’est pas sans quelque soulagement qu’on voit enfin les travaux s’arrêter; il n’était pas possible de pousser plus loin l’aberration du dessin et la pauvreté de la composition. A l’exception de quelques figures perdues qui, dans une foule grossière, ont conservé un élément de distinction relative, les types sont d’une extrême banalité, le dessin est d’une choquante incorrection, les physionomies sont lourdes et communes;
la Vierge elle-même, toujours cependant en grande vénération, est devenue laide ; tandis que ceux qui raccompagnent sont émaciés et vêtus avec simplicité, elle est boursouflée et parée de vêtements somptueux, parce que le décorateur est impuissant à faire comprendre autrement la supériorité qu’il veut lui donner; le Christ