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Pierre en Vatican. Grégoire XVI nomma Mgr Lucidi à cette fonction ; elle fut ensuite occupée par Mgr Giraud qui eut pour successeur Mgr Théodoli. La direction spéciale des mosaïstes appartient à M. Consoni ; il eut pour prédécesseurs M. Minardi, M. Agricola et le baron Camuccini, qui mourut en 1844 après une longue carrière.
L’incendie qui, dans la nuit du i5au 16 juillet 1823, détruisit la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs donna lieu à la plus grande entreprise de mosaïque qui ait été exécutée de notre temps et fournit à la fabrique pontificale une suite de travaux qui l’occupèrent pendant de longues années. Le pape Grégoire XVI fit reproduire la partie détruite des mosaïques primitives des vc et xme siècles, qui décoraient l’arc triomphal et l’abside de la basilique; à ce travail très important le pape Pie IX ajouta, par une bulle du 14 mai 1847, la série des deux cent cinquante-huit médaillons représentant les pontifes, ses prédécesseurs; il prescrivit également la décoration de la façade d’après les modèles nouveaux deM. Consoni. Elle représente : le Christ entre les apôtres Pierre et Paul; au-dessous, douze brebis par troupeaux de six de chaque côté sortent des villes de Bethléem et de Jérusalem et se dirigent vers l’agneau rédempteur, placé sur un monticule d’où s’écoulent les quatre fleuves du paradis; plus bas, entre les fenêtres on voit les prophètes Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel. Des festons de fruits et des bandes d’ornement ornent les angles de la façade et les fenêtres surmontées de l’écusson de Pie IX. La mosaïque a été exécutée par MM. Dambrosio, C. Maldura, Malusardi, Vanutelli de
Angelis, de Vecchis, A. Agricola, Pennachini, Bornia, Campanile.
Les papes firent aussi restaurer partiellement les anciennes mosaïques à Sainte-Marie-en-Transtevère , à Sainte-Constance et dans d’autres églises, notamment à Grotta-Ferrata, à Salerne, à Orvieto et à Lorette. Récemment, les architectes ont reconnu la nécessité absolue de reconstruire l’abside de Saint-Jean-de-Latran ; la mosaïque, composée par Toriti au xme siècle, a été détachée et sera remise en place par l’atelier pontifical.
La reproduction des tableaux de maîtres, commencée sous le pontificat d’Urbain VIII (1623-1644), continue; voici les plus importants travaux de ce genre exécutés par nos contemporains.
Le Prophète Isaïe, d’après Raphaël, par MM. R. Cocchi et G. Chibel.
La Sibylle de Cumes duDominiquin,de la galerie Borghèse, par M. R. Castellini.
La Béatrice Cenci, d’après Guido Reni, par M. R. Cocchi.
Le Saint Jean-Baptiste du Guerchin, par M. R. Castellini.
Le Saint Pierre, d’après le Guerchin, par F. d’Ambrosio, et un autre par Cocchi.
Le Saint Pierre , d’après le Guerchin, par F. d’Ambrosio.
La Madone de Foligno , d’après Raphaël. \
Les Anachorètes , d’après Andréa Sacchi, la Déposition , d’après le Caravage, YAgar, du Guerchin; ces quatre ouvrages, réduits en tableaux portatifs, sont par M A. Aguatti.
La Flagellation, d’après le Dominiquin, par M. G. Chibel.
L ’Ecce Homo du Guerchin, par MM. R. Cocchi et 5. Malusardi.
La Vierge à la chaise , d’après le tableau de Raphaël, par M. Malusardi.
La Madone, d’après Sasso-Ferrato, par M. Bornia.
La Sainte Catherine ; d’après Murillo, par MM. Cocchi, Ubizzi, Poggesi.
Les apôtres Pierre et Paul , d’après Angelico de Fiesole, par MM. S. Malusardi et J. Ubizzi. Ces deux figures sont dans les grottes vaticanes.
La Madone du Grand-Duc , d’après Raphaël, par M. G. Pennacchini.
La Madone du comte Connestabile délia Staffa } d’après Raphaël, par M. Poggesi.
La Madone, d’après Sasso-Ferrato, demi-figure parM. S. Malusardi.
U Assomption; le dessin est de Raphaël, mais la mort l’empêcha de faire le tableau ; la partie supérieure fut peinte par Jules Romain, la partie inférieure par F. Penni, dit le Fattore; le tableau avait été commandé pour le couvent de Sainte-Marie-de-Monte-Luce, près de Pérouse. La mosaïque, d’après un modèle agrandi de M. Podesti, a été commencée en 1 863 et terminée en 1874; elle est l’œuvre de MM. A. Poggesi, S. Malusardi, J. Ubizzi, P. Bornia. Cet ouvrage, d’une très bonne qualité, est placé sur l’un des autels de la basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs.
Le Christ, figure byrantine, par M. Poggesi.
La Conception ; d’après un maître allemand, par MM. Malusardi, Maldura et Vannutelli.
Une Table avec deux figures de style pompéien, d’après le baron Camuccini, par M. G. Pennacchini.
Le Christ et saint Jean enfant , par M. S. Malusardi.
Actuellement sont en œuvre :
La Madone sixtine, d’après Raphaël, demi -figure par M. Bornia.
Les Enfants , du même tableau, par M. Maldura.
La Mère des douleurs, d’après le Guide, par M. Ubizzi.
Jésus et saint Jean , d’après le Pinturicchio , par M. Malusardi.
La Vierge du grand-duc, par M. Pennacchini.
Fruits , d'après Mantorani, par M. Agricola.
Fleurs , d’après Jegers, par M. Campanili.
Vue du Forum , par M. Vannutelli.
Un certain nombre d’ouvrages ont été exécutés d’après des compositions spéciales et en vue d’un emplacement déterminé ; ce sont :
Le Christ et saint Thomas d’après le baron Camuccini, par MM. Tomberli, A. V. et R. Castellini, V. et R. Cocchi, Pennacchini et Volpini.
Simon et Judas, demi-figures, d’après Camuccini, par M. d’Ambrosio et MM. C. Castellini et Giannini. Ces mosaïques ainsi que la précédente sont dans le transept de gauche de la basilique de Saint-Pierre.
Saint Lambert, d’après un peintre belge, par M. Ubizzi, dans la cathédrale de Liège.
Le cardinal Guaglia , par M. Malusardi, à Cornetto, sur le tombeau du cardinal.
Don Carlos d’Alcantera , par M. Ubizzi, à l’église du collège de Belgique, à Rome.
Michel-Ange Barberi, par M. Bornia, au Campo Verano, à Rome.
Le Portrait de Pie IX, placé dans la basilique de Saint- Pierre, par M. Ubizzi, d’après M. Grandi. Une répétition de cet ouvrage est dans l’église de Lourdes; trois autres portraits de Pie IX, de moindres dimensions, ont été faits par MM. Bornia, Maldura et Agricola.
Le portrait du pape Léon XIII , d’après M. Grandi, par M. Malusardi.
Le nombre de personnes attachées à la fabrique a nécessairement varié selon l’importance des travaux et la situation de la papauté; il est aujourd’hui de vingt environ, dont la moitié sont des mosaïstes. La fonte des
smaltes était en dernier lieu confiée à l'expérience de M. Pierre Raffaelli; elle est arrêtée depuis quelques années, l'approvisionnement étant plus que suffisant pour les travaux en cours. Cet approvisionnement est une des curiosités de la fabrique; il dépasse vingt-huit mille nuances et résulte d'une longue accumulation des matières infiniment variées qu'exige la reproduction des tableaux. La manufacture pontificale garde fidèlement les traditions du xvme siècle; elle excelle toujours dans la reproduction des tableaux tant admirée jadis, mais qu'une moindre faveur entoure depuis quelques années.
Il existait à Rome plusieurs établissements privés en état d’entreprendre de grands travaux; l'un d'eux fut transféré à Milan vers i8o3 pour reproduire la célèbre Cène de Léonard de Vinci. Le travail fut exécuté par Vincent Raffaelli, Gaetano et César Ruspi et Rocchegioni; la mosaïque est maintenant dans l’église des Frères-Mineurs, à Vienne, en Autriche; c'est un ouvrage correct mais terne; il paraît avoir été fait d'après la peinture de Marco d'Oggione du musée Brera, qui est la meilleure des copies de la Cène. Nous avons cependant un doute: l'œuvre de Marco est une fresque déjà endommagée par son transport au musée; il nous paraît peu probable qu’elle ait été détachée pour être placée dans l'atelier de Raffaelli ; peut-être le modèle de la mosaïque n'a-t-il été qu'une reproduction sur toile de la copie de Marco d'Oggione?
Le Jugement dernier de la façade de Saint-Marc de Venise est de i836 ; le modèle a été fourni par Latanzio Quareno ; il montre le Christ sur des nuages entouré
d’un ange portant la croix, de la Madone et de saint Jean ; aux extrémités, des anges appellent les justiciables au son de la trompette ; la composition de cette mosaïque est banale et l’exécution en est froide et sans relief.
S’il est une contrée après l’Italie où la mosaïque devait fleurir, c’est assurément la Russie ; on ne signale cependant dans ce pays que fort peu d’anciennes mosaïques. En i83g, M. Solnzeff, membre de l’Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, fut chargé de restaurer les peintures de la cathédrale de Sainte-Sophie, à Kiew; pendant les travaux il découvrit, sous une couche de plâtre, une importante décoration en mosaïque dont les principaux sujets représentent la Vierge et la Cène. On pense que cet ouvrage a pour auteur saint Olympe Petchersky et qu’il remonte au xie siècle, époque à laquelle Yaroslaw Vladimir fit élever la cathédrale en commémoration d’une bataille gagnée sur les Petchénègues, peuplade turque qui avait envahi la province. Vers le milieu du xvme siècle , le poète Lomonosoff s'adonna à la mosaïque, dont il avait pris le goût à la vue d’un ouvrage apporté de Rome à Saint-Pétersbourg; avec l’aide du peintre Wassilieff il fit plusieurs mosaïques, notamment le portrait de l’impératrice Elisabeth et la bataille de Pultawa. La tentative de Lomonosoff n’eut pas de suite, car il est bien difficile qu’un art aussi coûteux que la mosaïque décorative puisse s’acclimater dans un pays sans la protection directe du gouvernement.
Cette protection fut accordée par l’empereur Nicolas, qui eut la pensée, en 1846, d’installer à Rome un atelier où, sous la direction de M. Barberi, quelques pension-
naires russes étudieraient l’art de la mosaïque. M. J. Bonafede fut nommé professeur et chimiste du nouvel établissement; l’atelier exécuta un Saint Nicolas , copié sur la mosaïque faite au xvne siècle par Fabius Cristofari, qui se voit dans la basilique de Saint-Pierre, non loin de la Pieta de Michel-Ange ; la peinture qui servit de modèle à Cristofari est dans l’église de Bari. Les élèves firent aussi, à des échelles différentes, deux reproductions de la célèbre mosaïque de la salle ronde du Vatican; elle représente la tète de Méduse au centre, puis le combat des Centaures et des Lapithes en couleur et, vers le bord, des groupes en noir de monstres marins et de Néréides ; la mosaïque n’est pas homogène : les combats proviennent des thermes de la colonie d’Otriculum, sur la voie Flaminia ; les Néréides ont été trouvées à Scrofano dans la Sabine et les bordures sont modernes. La copie du Saint Nicolas de Bari est à Saint-Pétersbourg, dans la chapelle du pont Nicolas, et les reproductions de la mosaïque du Vatican sont au palais de l’Ermitage. Après quelques autres travaux, il fut décidé que l’atelier serait transféré à Saint-Pétersbourg et le pape Pie IX autorisa plusieurs personnes de la fabrique pontificale du Vatican à prendre du service auprès du gouvernement russe. En i85o, M. Vincent Raffaelli, secondé par M. Pierre Raffaelli, installa les fours à émaux dans un bâtiment de l’Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg ; puis vinrent M. J. Bonafede avec le titre qu’il avait à Rome, son frère M. L. Bonafede en qualité d’adjoint, et MM. Cocchi et Rubicondi; les artistes russes, MM. Solnzeff, Raïeff, Schapovaloff et Federoff, qui avaient été à Rome, com-
plétèrent le personnel, aussitôt renforcé de douze élèves appartenant à l’Académie des beaux-arts. L’atelier exécuta les quatre grandes figures de la cathédrale de Saint-, Isaac, d’après les modèles de M. Van Neff : le Christ , par MM. Cocchi et Solnzeff, la Vierge, par MM. Rubicondi et Federoff, Saint Isaac, par MM. Raïeff et Alexeeff, Saint Alexandre Nexvsky, par M. Schipovaloff. Parmi les travaux qui suivirent, nous pouvons citer1 : les figures de Saint Pierre, de Saint Paul , de Sainte Catherine, de Saint Nicolas ; V Ange de la Prière ; l'Ange au tombeau ; la Cène; VEcce homo; le Baiser de Judas; le Portement çle la Croix; V Ascension de Dmitri, fils d’Yvan le Terrible; le Sauveur bénissant les enfants ; les groupes de Saints et d'évêques, d’après les modèles de M. Van Neff, par MM. Bouroukine et Kmélowsky; Sainte Olga et Saint Vladimir, d'après M. Bedemann, par MM. Solnzeff et Froloff ; VAnge terrassant le Démon, d’après le même peintre, par M. Alexeeff; la Vierge et V Enfant, par M. Stchetinine; Sainte Hélène et Sainte Alexandra , d’après les modèles de M. Th. Bruloff, par MM. Stchetinine et Froloff; la Vierge, d’après M. C. Duzi, par M. Goloubtzeff.
Au début, l’atelier était en partie à l’Académie des beaux-arts et en partie à la Verrerie impériale; en 1 856, il fut annexé au service des manufactures impériales ; plus tard une décision de l’empereur Alexandre II le réunit à l’Académie des beaux-arts, et en 1864 il fut installé dans un bâtiment spécial situé dans les jardins de
1. Nous n’avons pu, à notre grand regret, nous procurer la liste de tous les travaux exécutés depuis la fondation de l’atelier; nous la publierons ultérieurement.
l’Académie. Les motifs invoqués pour cette réunion furent que les élèves pourront suivre les cours de l’Académie, que les mosaïstes seront en contact permanent avec les peintres, et que par ces moyens ils deviéndront des artistes au lieu de rester des artisans. Il n’y a pas de doute que les élèves mosaïstes doivent apprendre le dessin et que les maîtres mosaïstes doivent être des artistes; il est évident aussi que les manufactures officielles de mosaïque doivent être placées dans le même ministère que les arts du dessin, mais il est à craindre qu’en faisant suivre aux élèves les cours ordinaires des écoles de beaux-arts, on les expose à la tentation de ne chercher dans la mosaïque que l’imitation de la peinture. Les mosaïques de l’Académie des beaux-arts figurent maintenant, avec la peinture et la sculpture, dans les expositions organisées par cette compagnie; à la dernière exposition, quia eu lieu en 1880, on comptait trente-six mosaïques parmi lesquelles la Sainte Catherine d'Alexandrie, d’après le modèle de M. Van NefF, et la Mise au Tombeau, d’après M. C. Dusi ; par le modelé, les demi-teintes, les raccourcis, la Mise au Tombeau, vue à quelque distance, paraît être un tableau à l’huile; si telle est l’impression qu’il doit produire, ce travail est fort bon. La manufacture de Saint-Pétersbourg paraît avoir pris pour exemple la fabrique pontificale du Vatican; il est probable que les généreux sacrifices des czars eussent produit des résultats plus efficaces si la direction avait adopté franchement, mais avec un dessin correct, le parti des mosaïstes deRavenne etdeceux du xive siècle; en mosaïque, comme dans tous les arts décoratifs, l’effet est en raison directe de la simplicité de l’exécution; il
eût ainsi été plus puissant sur l’esprit fervent du peuple russe, et la mosaïque se serait rapprochée davantage de l’iconographie nationale.
Le chapitre d’Aix-la-Chapelle a entrepris la restauration de la mosaïque de la coupole octogonale du dôme; en 1869, il confia le soin des études à un jury international, qui bientôt fut remplacé par une commission royale. La tâche était ardue; l’ouvrage, de l’époque de Charlemagne, avait été très endommagé par l’incendie de i656 et détruit en 1770; il n’en restait .aucun dessin exact, celui de Ciampini n’ayant certainement pas été fait d’après l’original1; les nouveaux cartons furent commandés à un artiste belge, qui eut mandat de les traiter non pas dans le style des vme et ixe siècles, mais dans celui du vie, de Sainte-Sophie de Constantinople. La mosaïque fut mise en œuvre par des mosaïstes italiens. Comme la composition primitive elle représente, sur un fond d’or semé d’étoiles, le Christ assis sur un trône, bénissant à la manière grecque, les symboles des évangélistes, et vingt-quatre vieillards offrant des couronnes, selon le texte de l’Apocalypse. Cet ouvrage est fort médiocre, il manque de style, le dessin est faible et les proportions ne sont pas observées.
Les essais tentés en Angleterre ne paraissent pas avoir donné des résultats très satisfaisants ; ce qui semblerait le prouver, c’est la fermeture de l’atelier de mosaïque qui avait été installé au South-Kensington Muséum.
i. Mër Barbier de Montault : Annales archéologiques , 18 6g; Ciampini , vetera monimenta , etc. Rome, 1690 et 1699. V°ir P* 7^ du présent volume.
Cet établissement possède une série de portraits exécutés en mosaïque d’après les modèles des peintres anglais : ce sont: Apelles , par M. L. -J. Poynter ; Nicolas de Pise, par M.-F. Leighton ; William deWykeham, architecte de la cathédrale de Winchester, par M.-R. Burchett ; Benozzo Gozzoli, par M.-E. Armitage ; Giorgione, par M. V. Prinsep ; Fra beato Giacomo da Ulma, par M. N. -H. -J. Westlake; Jean Holbein, par M. W.-F. Yeames ; Reynolds , par M. H.-W. Phillips; Phidias, par M. E. -J. Poynter ; Lucca délia Robbia, par M. F.-W. Moody ; Bernard Palissy, par M. R. Townroe. Les trois dernières mosaïques sont de fabrication anglaise, les autres sont italiennes. C’est de M. Poynter qu’est le carton du Saint Georges du palais du Parlement, et de M. G. Scott celui du monument du prince Albert. MM. Clayton et Bell, peintres verriers, ont composé les modèles de la mosaïque de la chapelle des Gardes, dans le parc de Saint-James. On s’occupe toujours de la décoration intérieure de la cathédrale de Saint-Paul ; il faut attendre que ce grand travail soit terminé, avant de se prononcer sur le sort de la mosaïque en Angleterre. Les spécialistes trouveront sans peine un ciment résistant à l’humidité du climat, et les peintres sauront donner à leurs modèles la force de coloration nécessaire sous un ciel brumeux.
La supériorité reconnue delà France dans les Beauxarts et les Arts décoratifs nous permet de regretter le peu de goût qu’elle a montré jusque dans ces dernières années pour la mosaïque. Nous avons signalé les très rares monuments anciens qui ont été, ou paraissent avoir été, l’objet de ce genre de décoration, et nous avons indiqué
qu’au xviie siècle la Manufacture royale des Gobelins avait fabriqué quelques pièces en mosaïque de pierres dures, dites de Florence. Colbert avait, en 1662, réuni aux Gobelins des peintres, des tapissiers, des teinturiers, des orfèvres, des fondeurs, des graveurs, des ébénistes et des lapidaires, et avait fait donner à la maison le titre de Manufacture royale des Meubles de la Couronne ; c’est évidemment pour rester dans la spécialité des meubles qu’il préféra les incrustations de Florence à la mosaïque décorative, bien faite cependant pour flatter les goûts somptueux de Louis XIV. Vers 1668, Ferdinand Migliorini fut appelé de Florence; on lui adjoignit successivement son frère Horace, Branchy, Giacetti et quelques polisseurs ; l’atelier coûtait de sept à huit mille livres par an, sans compter les matières premières et les frais généraux. Avec une pareille dépense il eût été possible d’entreprendre la mosaïque décorative, et il est permis de supposer qu’elle eût produit de plus importants résultats que l’atelier de marqueterie, qui n’a laissé que quelques tables dans les palais. Un siècle plus tard, un sieur Polverelli s’adressa à M. de Trudaine, intendant général des finances, pour être employé en France à des travaux de mosaïque ; la requête n’eut pas de suite, pas plus qu’un « projet pour établir à Paris une fabrique de mosaïque semblable à celle de Rome, qui a pour objet de faire passer à la postérité les chefs-d’œuvre de peinture», présenté en 1785 au contrôleur général des finances par les architectes Molinoset Legrand; ceux-ci ne demandaient qu’une somme de deux mille livres pour les premiers essais.
Vers la fin du siècle, un artiste de la fabrique ponti-
ficale du Vatican, Belloni, vint s’établir à Paris; il produisit plusieurs bons ouvrages; quelques années après, il reçut l’investiture officielle et fut installé dans une maison nationale, rue de l’Université n° 296, puis par un décret du 3 thermidor an XIII aux ci-devant Cordeliers. Le budget de l’École impériale de mosaïque était fort minime et se confondait avec celui de l’École de gravures sur pierres fines ; dans cette dernière institution, on employait des jeunes gens sourds-muets; c’est le motif sans doute qui fit que les élèves atteints de la même infirmité furent attachés à l’École de mosaïque. L’École dépendait de la direction des beaux-arts, les élèves y étaient logés et instruits aux frais du gouvernement ; « on leur apprend à copier en mosaïque les tableaux, depuis les plus grands jusqu’à la plus petite miniature, et à exécuter tous les différents objets d’ameublement et de décor, ainsi que les ouvrages d’incrustation à la manière de Florence». Sous la Restauration, l’atelier fut placé dans les services de la maison du roi , et prit le nom de Manufacture royale de mosaïque; elle conserva ce titre jusqu’en 1 83 1 , époque de sa suppression entant qu’ établissement officiel.
Le plus important résultat de l’atelier de Belloni se trouve au musée du Louvre, dans la salle de Melpomène. C’est une grande mosaïque à compartiments 1 ; au centre, Minerve conduit un quadrige, escortée par la Paix et l’Abondance; sur les quatre faces, le Nil, le Danube, le Pô et le Niémen, figurés à l’antique par des- personnages couchés et appuyés sur des urnes, représentent les