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La mosquée d'Hassân

Avant d’entreprendre la monographie de l’édifice religieux le plus vaste que les musulmans aient jamais édifié (1), il me sera permis de rappeler que la découverte, puis les fouilles de la mosquée d’Hassàn furent les derniers travaux auxquels ma compagne inséparable, ma collaboratrice fidèle ait été associée. La personnalité de Mme Dieulafoy s’affirma d’autant plus active au Maroc et d’autant plus précieuse que le commandement du Génie et la direction des chantiers militaires réclamaient le meilleur de mon temps. Aussi bien, les lecteurs que ces recherches peuvent intéresser substitueront-ils partout nos deux noms au mien quand il paraîtra seul. Je les prie avec instance de rendre ce juste hommage à la vérité.

Au cours de l’année 5io de l’hégire (1116 de J.-C.), un Berbère de l’Atlas, Mohammed ben Toumert, qui était allé puiser la pure doctrine aux sources du Levant, rentrait au Maroc. Il se glorifiait de rapporter la Loi du Seigneur avec la Somma du Prophète et, depuis son retour, s arrogeait une généalogie chérifienne. Il se donnait comme un envoyé de Dieu, comme l’imam El Mehdy (l’Annoncé), se proclamait Impeccable et prétendait qu’il avait mission de remplacer sur la terre le règne de l’iniquité par celui de la justice. Mais tout en célébrant la vertu, en stigmatisant le vice, tout en professant

(1' Les renvois aux justificalions sonl (tonnés infra, p. 171 . noie 1.

le mépris des biens de ce monde, il sapait l’autorité de l’émir almoravide, Aly ben Youssef, et s’ouvrait les voies du pouvoir. Désormais, il dénoncerait les turpitudes des Almoravides, il ne séparerait pas les mauvais musulmans d’avec les idolâtres, il effacerait jusqu'aux traces d’un gouvernement qui tolérait l’hérésie et subissait le crime.

El Mehdy amenait avec lui un disciple, Abd el Moumen el Zénèty, qu’il avait rencontré à Tîemcen. Ensemble, ils gagnèrent Fez et, de là, ils se rendirent à Marrakech où ils prêchèrent dans les mosquées et dans les bazars.

L’émir Aly ben Youssef reconnut la justesse des reproches qui lui étaient adressés, fut saisi de crainte et connut le remords.

Quand ses conseillers lui eurent dessillé les yeux, il était trop laid. El Mehdy avait fanatisé la population de Tînmal(ii et rangé sous son autorité les tribus voisines de la ville et les Berbères des montagnes. Dans la prière du vendredi, le Khotbah se faisait en son nom. Bientôt, il compta plus de vingt mille partisans qui, en raison de leur monothéisme intransigeant, prirent ou reçurent le nom de Mouâhedoun (Unitaires), d’où l’on a fait Almohades après l’adjonclion de l’article al.

\ly ben Youssef envoya ses meilleures troupes contre les insurgés ô i 6 rie l’hégire — 1122 de J.-C.) et la lutte se poursuivit jusqu’à la moi I d’EI Mehdy sans qu’aucun des deux partis eût remporté un a\ anlage décisif (024 de l’hégire — i 1 3o de J.-C.). Mais Abd el Moumen, qu’El Mehdy avait désigné comme son successeur, ayant accompli un stage de deux ans, fut reconnu imam et, dès lors, les \lmohades marchèrent de succès en succès.

L’émir Aly ben Youssef succombe. Son fils Tachfyn ben Aly lui succède 537 de l’hégire - 1 1 4 2 de J.-C ). A peine proclamé, il sort de Marrakech. De son côlé, Abd el Moumen quitte Tînmâl, marche

I inmâl Trismel rlans les lextes du xiv' siècle) est situé à an lieues au Sud de Marrakech, dans le Djebel Deren.

à la rencontre des Almoravides, leur livre des combats heureux, les harcèle, les repousse jusqu’à Tlemcen. Une bataille décisive s’engage. Tachfyn ben Aly la perd, s’enfuit du côté d’Oran et durant une nuit sombre et pluvieuse, le 2 7 du mois de Ramadhan 53g (11 44 de J. -G.), il s’égare dans la montagne, tombe au fond d’un précipice et se tue.

L’année même de la mort de Tachfyn, un cheikh almohade passe en Espagne. Séville (54o de l’hégire - 1 i45 de J.-C.), Cordoue (543 de l’hégire — 1 1 4 8 de J.-C.), Grenade (55o ou 552 de l’hégire — 1 1 55 ou 1 157 de J.-C.) sont conquis sur les Almoravides, tandis que Fez, Tlemcen, Oran (54o de l’hégire— 1 1 4 5 de J.-C.), Marrakech, Tanger (54 1 de l’hégire — 1 i46 de J.-C.), Sildjimessa, Meknès(543de l’hégire — 1 1 48 de J.-C.), Constantine (547 l’hégire — 1 182 de J.-C.), Tunis (554 de l’hégire — 11 5g de J.-C.) ouvrent leurs portes de gré ou de force et se rangent sous la loi du vainqueur.

A sa mort (558 de l’hégire — 1 1 6 3 de J.-C.), Abd el Moumen laissait achevée l’œuvre entreprise en 5 1 4 par Mohammed ben Toumert, el Mahdy, et léguait à son fils, Youssef, un empire immense et, pour le défendre ou l’accroître encore, des troupes aguerries, une cavalerie innombrable, une Hotte vaillante et des arsenaux cpii regorgeaient d’armes offensives et défensives, de projectiles et d’équipements.

Le nom de Salé paraît souvent durant le règne d’Abd el Moumen (1). Le rôle de la ville avait grandi par suite de sa situation à l’embouchure du Rou Régrèg qui favorisait la concentration de la flotte nécessaire au transport des troupes en Espagne et se prêtait à l’installation des chantiers de constructions navales.

Salé avait été occupé tout au début du règne d’Abd el Moumen et peut-être l’afl’ection que lui portait l’émir tenait-elle à ce souvenir. De bonne heure, il dote Salé d’une conduite d’eau (545 de l’hégire —

Le Roudh el Kartas composé vers 726 de époque, un émir de Salé attaque l'émir des

l’hégire (1026 de J.-C.) fait mention de Salé musulmans, Hamâma ben el Vlouaz, de la

en 423 de l’hégire (io3i de J.-C.). A cette dynastie des Zénèta et le chasse de Fez.

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