‹ La mosquée d'HassânChapitre 2 sur 29 · I.K r.'-COLO\EL DIEULAFOY · texte numérisé non relu

I.K r.'-COLO\EL DIEULAFOY

IMrTUVEïlïE X4TIONAI.F..

LE Lt-COLONËL DIEULAFOY.

1 i 5o de J.-C. ; plus tard, c’est durant un séjour à Salé qu’il désigne son successeur (549 de Ibégire — 1 1 5 4 de J.-C.); c’est à Salé qu'il commande 120 navires sur les 4oo qu’il ordonne de construire pour faire la guerre aux chrétiens d’Espagne ( 5 5 7 de l’hégire — 1162 de J.-C.); c’est à Salé, dans le même dessein, qu’il rassemble une armée immense (558 de l’hégire— 1 1 6 3 de J.-C.); enfin, c’est à Salé, à son retour de Séville, que Youssef, fils et successeur d’Abd el Moumen, est proclamé (56o de l’hégire — 1 i65 de J.-C.) deux ans, semblet-il, après la mort de son père.

A dater des derniers Almoravides, l’importance de Salé fut également consécutive à la fondation de Marrakech et au transport du siège du gouvernement dans cette ville. Salé fut non seulement le centre de ralliement des contingents de l’Est et du Sud, mais placé entre Marrakech, d’une part, et, de l’autre, Fez, Taza, Oudjda et les provinces orientales, il devint un lieu de repos obligatoire pour les Iroupes qui allaient de l’une à l’autre extrémité de l’Empire.

Si f on en croit les auteurs des rares chroniques marocaines (1), A bd el Mou m en fil construire une casbah (forteresse) sur la rive gauche du Bon Régrèg, vis-à-vis Salé, et, dans cette casbah qu’il appela Mehedia, un palais, une mosquée et des réservoirs (l’eau. Son fils, Youssef, fonda une ville à côté de la casbah; enfin, le fils de ce dernier, Yakoub el Mansour ( infra , p. 179), comprit les deux dans une même enceinte.

La ville nouvelle reçut le nom caractéristique de Pdbat el Eath — Co averti militaire de la Victoire — qui évoquait la destination religieuse

Ibn Baloùta [Toufiil en Noudliar) , Yakout el Hamaoui (Moucdjim) , Liban Ibnou i Khatib Rarallcle entre Salé el Malawi ) , Abd el Ouahid <•1 Marrakcchi ( Moucdjib , Histoire des Almohades , Abou Abdallah Mohammed ben \bdesselam Rebâti ( Annales îles Alaouites), Mohammed ben Ali Slaoui ( hilab cl Islal — Histoire de llaliat et de Salé. Manuscrit), All>Ouféda (Taqonin et Ronhlan ), Si Ahmed

Achour Rebâti [Notes. Manuscrit), Ibn Zakour [Moucrib el Moubin ) et les auteurs du Roudli cl Kartas [supra, p. 169, note 1), d'Er Roudh el Miâttar, du Kitab el Isliqça (Monographie des monuments élevés par El Mansour — que Dieu lui lasse miséricorde — au Maghreb et en Andalousie), d wNechr elMalani et du Kitab cl Istibçar.

du camp où se préparait la guerre sainte, le djicid, et où se concentraient les troupes appelées à y participer.

Des émirs dont la fortune politique était fondée sur l’intolérance et sur la piété, les successeurs de l’imam Impeccable eussent failli à leur origine s’ils n’eussent doté d’une mosquée le Couvent de la Victoire. D’autre part, comme il s’agissait d’y célébrer le vendredi un office unique et d’y réunir de douze à quinze mille combattants, il fallait construire un édifice de proportions insolites (1). Cette tache ou plutôt ce devoir échut à Yakoub el Mansour.

Après avoir hérité l’Empire que les Almohades, ses prédécesseurs, avaient porté à un haut degré de puissance, après avoir consolidé leur œuvre sur le champ de bataille d’Alarcos où il avait vaincu Alphonse VIII de Castille (5qi de l’hégire — 1 1 9 5 de J.-C.) , l’émir disposait de captifs chrétiens assez nombreux pour ramer sur les galères mogrébines et fournir des équipes de travailleurs (2f Au Dieu qui lui avait octroyé la victoire et dispensé la puissance, il dédierait un témoignage éclatant de reconnaissance. C’est ainsi qu’il fut conduit h élever sur le plateau d’Hassân(3), au Sud-Est de Ribat el Fath et en vue de l’Océan, une mosquée militaire, capable de recevoir l’armée et dont le minaret signalerait l’estuaire aux flottes qui cingleraient vers le port.

Pour exécuter le programme spécial qui leur était imposé ( iirf. , p. 188, 189, 2 2 7) , les architectes durent introduire des modifications essentielles dans le modèle canonique de la mosquée. Il en résulte que la mosquée militaire de Ribat el Fath, avant que les siècles

L’immensité de la mosquée d’Hassân, que nos travaux ont confirmée [infra, p. 181, 210, 2 1 4 à 220, 226, 23o) , avait été signalée par Ibn Batoûta, Abd el Ouahid el Marrakechi , Ibn Abdi el Mounecim el Homarri cité dans Er Roudh el Miàttar, Mohammed ben Ali Slaoui et Abou Abdallah Mohammed ben Abdesselam Rebâti [sup., p. 170, note 1 et inf., p. 29b à 298).

(2) Sept cents captils chrétiens, enchaînés travaillaient à la construction de la mosquée d’après l’auteur d 'Er Roudh el Midttar.

f3) Le nom d’Hassàn qui est donné à la mosquée par l’auteur du Roudh el Kartas el par celui du Kitah el Isliqça est le nom que portait le lieu où elle est construite [inj., p. i74, note 1)

eussent étendu sur ses ruines un épais manteau de terre, se distinguait des édifices consacrés au culte musulman par les dispositions autant que par les dimensions uniques du plan.

Hormis la Koubbet es Sakhra qui, en vérité, est un reliquaire octogonal, construit autour de la Roche Sacrée, toutes les mosquées comportent une cour d’entrée, ou sahn cour entourée de portiques

sur ses deux laces latérales et fermée par un oratoire au fond duquel se trouve le mihrcih [inf., p. 188, note 1 et p. 220). Le sa/m dont l’importance résulte de la présence de la fontaine ou du bassin aux ablutions doit être compris entre la porte de la mosquée et l’oratoire où le musulman pénètre après avoir accompli les purifications rituelles. Sa situation est une conséquence de son affectation.

Or, les fouilles entreprises sur le site de la mosquée de Yakoub el Mansour ont montré que le terrain attribué sans exception au salin dans les édifices religieux de l’Islam était occupé ici par une sorte de relia de près d’un hectare de superficie, construite au centre d’un vaste péribole et qui apparaissait distincte du portique double où le mihrdh fut découvert [inf. , p. 2 2 1 j.

L’architecture romano-byzantine des parties exhumées et les agencements des diverses sections de l’édifice concourent pour écarter toute comparaison avec une mosquée. L’identification se présente d’autant moins à l’esprit que les voussures et les motifs caractéristiques de la décoration musulmane ont disparu sans laisser de traces apparentes. Cependant, aucun doute ne peut subsister. Malgré sa grandeur et son style, malgré la singularité du plan, le monument dont les ruines viennent d’être dégagées a bien été affecté au culte d’Allah el n’a jamais connu d’autre destination.

Un thème à ce point inusité et, en même temps, un exemple aussi grandiose de l’architecture sacrée de l’Islam méritait d’occuper une place prééminente dans l’histoire des arts musulmans. Aussi bien, en l’absence de descriptions écrites, ai-je sollicité des ruines tous les renseignements qu’elles pouvaient fournir.

[173] LA MOSQUÉE D’HASSÀN.

Pour conduire l’enquête à bon terme, il a fallu remuer trente mille mètres cubes de terre ou de débris de matériaux. Effort considérable mais fertile en résultats que l’aide de l’autorité militaire a permis d’accomplir au cours des deux campagnes où je suis resté au Maroc.

Au nombre des contributions à l’étude des arts de l’Islam , je signalerai à l’avance celles qui sont relatives au tracé.

Au moyen âge, les architectes musulmans n’implantaient pas les édifices avec la précision que nous y apportons. En revanche, la Clialdée par l’intermédiaire de la Perse leur avait légué l’habitude de soumettre les proportions au contrôle de règles harmoniques. A cet égard, la mosquée d’Hassàn est un modèle accompli et un document d’autant plus précieux qu’il est irrécusable puisque, désormais, on peut vérifier l’exactitude des levés qui ont mis en relief les propriétés du plan ( irif. , p. 190, 2 1 3 , 247, 3 1 3 ).

La cadence rythmique utilisée dans la fixation définitive des cotes repose sur le diamètre A des colonnes choisi comme module. Elle s’introduit dans les tracés géométriques des plans et, en général, du projet par l’intermédiaire du triangle rectangle, égyptien 3,4,5 et du triangle équilatéral, chaldéen (1) construit sur la base -3 - du triangle égyptien, prise comme hauteur (inf-, p. 182 , note 1, p. 202 , 204, 2i3, 224, 239, 248 a 2 5 1 , 259, 3 1 3 , pass.).

Le triangle rectangle qui régit le rythme a , comme hauteur, le demi entre-colonnement axial -7= 4A (inf-, p. 199)- La base répond à 3A et l’hypoténuse à 5A, tandis que le côté du triangle équilatéral, chaldéen ayant 3A de hauteur mesure|3A — ^ 7 A.

Le même groupe géométrique de figures réduit au huitième lournit les fractions, et agrandi huit fois il donne les multiples usuels.

(1) Les Chaldéens et, à leur exemple, les Perses, puis les anciens architectes musulmans admettaient que la hauteur du triangle équila-

téral est à son côté comme 6 est à 7 au lieu de à 1. Dans la pratique des constructions, c’est une approximation très suffisante.

La série se compose donc de :

sA-0, |a~7,

24A, 32A, 4oA, ^56A = 28A.

Outre les éléments essentiels des triangles, ci-dessus définis, la moitié, le double et la somme des côtés obtenus par de simples rabattements entrent parfois dans les combinaisons.

Je n’insite pas. Les exemples pratiques qui se présenteront nombreux au cours de cette étude feront mieux ressortir que de longues explications les diverses modalités du système rythmique.

LA MOSQUÉE D’HASSÀN (1).

S J . Etat des lieux avant les fouilles (fig. S. M. H.).

Au-dessus du plateau d’Hassân qui, sur la rive gauche du Bou Régrèg, en amont de Rabat, commande de très haut l'embouchure du fleuve, s’élève une tour carrée, vigoureuse, superbe [mf., p. 179). Devant elle, s’étendent les vestiges de constructions immenses que signalent les ruines d’une enceinte rectangulaire dont elle chevauche le milieu du côté Nord (phot. 2, 6, 17).

Quand, au début du mois de septembre 1914, Mme Dieulafoy et moi arrivâmes à Rabat, vingt et une grosses colonnes de marbre, dont quinze entières, se dressaient éparses à la surface du sol, tandis que ries figuiers, des cactus arborescents, des aloès gigantesques

vient de prononcer et d’écrire Tour d' Hassan comme nous l’apprennent le Kitab el Isliqça et le Roiulh el Kartas (Vie de Yakoub el Mansour, année 590 de l’hégire - 1 1 9/1 de J. -G.).

trompés par la ressemblance de «Hassan 2 », nom propre très usuel, avec « Hassan

, nom de lieu, les Européens appellent

Inni Hassan la lour de Rabat, alors qu’il con-

If)

LE Lt-COLO\EL DIEULAFOY.

couronnaient ries levées hautes de deux à trois mètres, larges cà la base de six à sept, et limitaient des parcelles où les habitants de la ville cultivaient les céréales. Le sol d’une profonde excavation rectangulaire, comprise entre des parois maçonnées et dénommée fosse sur le plan S. M. H., était lui-même travaillé [inf., p. 223 à 227).

Si r on excepte la tour, l’enceinte, bien que renversée sur la presque totalité de son développement, était la seule partie de l’édifice dont le tracé et les dimensions pouvaient être reconnues. Constituée par un mur de béton épais, en moyenne, de 1 m. 4 1 5 ( inf , p. 2 1 3 , 2 1 4 , 2 35, 2 36, 269, 270), haute de 8 m. 4o, elle portait dans son état d’intégrité une plinthe intérieure en moellons tétués. D’une manière générale, ces matériaux ont été arrachés pour être utilisés dans les constructions de Rabat et, quand leur enlèvement n’a pas déterminé la ruine du mur, ils ont laissé béante une excavation profonde de

JL

o m. 4o à om.6o et haute de 1 m. 60.

Sur le côté Ouest de l’enceinte, quatre pans de mur séparés par des brèches qui, je l’ai reconnu par la suite, répondent cà des portes inf, p. 262 à 272) en occupent la moitié méridionale. Le troisième pan de mur compté du Sud au Nord est le mieux conservé et le plus long des quatre. Il s’étend sur 26 mètres (phot. 3). Des murs Est et Nord, il reste les substructions, quelques blocs renversés et, à titre d’échantillon, semble-t-il, deux lambeaux corrodés.

Le mur Sud diffère des autres en ce que seul il est flanqué de contreforls extérieurs ou, pour mieux dire, de onze tours (fig. 1, 1 3, i4; phoi. 4 • Saul celle du centre qui est évidée et dont le front atteint 5 m. 20, ces tours sont pleines et présentent un front moyen de \ mètres. Toutes prononcent une saillie de 2 m. 42 sur le parement extérieur du mur [inf, p. 253 à 258). Les tours extrêmes, à l’Est comme à l’Ouest, n’épousent pas les angles de l’enceinte. Elles sont distantes, colle de l’Est, de 5 m. 20, celle de l’Ouest, de 5 m. 60, comptés depuis leur flanc extérieur jusqu’au retour de la muraille. Les autres courtines ont de 8 m. 5q à 8 m. 72. Ces différences dans

[177] LA MOSQUEE D’HASSÀN. 17

les dimensions similaires ne doivent pas surprendre. L’édifice est mai implanté. J’aurai l’occasion d’en fournir maintes preuves. Aussi bien, les mots environ ou en moyenne auraient-ils pu souvent caractériser les cotes. Si parfois je les ai supprimés, c’est dans le désir d’éviter les redites et, surtout, parce que les écarts constatés à l’intérieur sont d’ordre relativement très faibles , comparés à ceux que je viens de signaler.

Les courtines ne font pas corps avec les tours. Elles s’appuient contre leurs flancs sans y pénétrer. 11 en résulte que massives et résistantes dix tours sont encore debout, tandis que les murs de liaison sont ruinés. Si l’on tient compte de leur saillie sur le parement extérieur du mur — soit i m. L \i — , et de leur pénétration dans ce même mur — soit î m. l\ ‘i — , la somme de ces deux dimensions — 3 m. 84 — est très voisine de la longueur du front. Aussi bien, paraissent-elles carrées.

J’ajouterai que la tour centrale, qui n’est pas indiquée sur le plan S. M. H. mais dont j’ai retrouvé les fondations (fig. i, i4), fait exception autant par la plus grande dimension du front que par son évidement à la base et que la dernière tour du côté de l’Est est couronnée par une chambre au lieu d’être massive sur toute sa hauteur. Les fouilles ont expliqué ces deux anomalies ( inf. , p. 2 î î , 2 3 1 et 2 5 1 ).

De meme que le mur, les tours sont en béton. Seulement, le revêtement en moellons tétués règne à l’extérieur comme à l’intérieur et protège la base sur 2 m. 42 de hauteur.

Quelle que fût sa destination, le béton était coulé entre les planches d’un coffrage mobile qui reposait sur des boulins laissés à demeure dans le massif après avoir été arasés à l’aplomb des parements. La chaux qui coulait le long du coffrage formait un enduit brillant dont l’éclat contrastait avec le mat des plinthes exécutées en calcaire grossier.

Telle qu’on la reconstitue d’après les vestiges encore debout, l’enceinte devait ressembler à celle d’un ouvrage fortifié. Elle en

■MMLÏUL NATIONALE.

avait l’aspect massif, la couleur sévère, les abords tristes et rébarbatifs.

Sur les vingt et une colonnes qui se dressaient au-dessus du sol (fig. S. M. H.), dix-neuf avaient appartenu à des portiques intérieurs et longeaient les côtés Est, Ouest et Sud de l’enceinte (, su p., p. 17/1; inf. , p. 182, 187 à 190, 199 à 202, 232, 248 à 254, 293, 3oo à 3 o 3 ) . Le portique Ouest en comptait encore douze, soit les colonnes 6, 7, 8, 10 à 16, 20 et 21 ( numérotées de 1 à 21 — chiffres arabes — en allant du Sud vers le Nord, fig. 1), dont neuf seulement étaient couronnées de leur chapiteau (nos 6, 10 à 16, 21). Du portique Est, symétrique du portique Ouest par rapport à une médiane Nord-Sud, il ne restait que les colonnes nos 4 1 b , 6 , 9 et 1 o (phot. 5, 7, 1 3 ) . En revanche, elles étaient intactes.

Malgré la disparition d’un grand nombre de supports, je reconnus que les portiques Est et Ouest étaient simples et comportaient l’un et l’autre une file de vingt et une colonnes, mais que le portique Sud devait être double et que chaque file, quand elle était complète, consistait en vingt colonnes (numérotées de I à XX — chiffres romains — en allant de l’Ouest vers l’Est). Sauf la colonne n° 2 , III encore entière (phot. i4) et la colonne n° 2, IX à l’état de tronçon, aucun support du portique Sud n’avait laissé de traces.

La colonne n° 2 1 du portique Ouest (phot. 8, 9, 10, 12) était immédiatement suivie dans la direction Ouest-Est de deux supports très mutilés. Ces trois colonnes n’étaient pas l’origine d’un quatrième portique, car il fût tombé dans le vide de la grande excavation maçonnée signalée au Sud de la tour [inf., p. 222 à 227). Elles appartenaient a l’une des deux Annexes symétriques qui furent découvertes au cours des fouilles [inf., p. 19 j ).

Le terrain choisi pour y construire l’édifice présente une pente très accusée du Sud vers le Nord, soit du plateau vers le fleuve. Le soussol est rocheux;, toutefois, un dépôt d’argile brun-rouge dont l’épais- .seiir croît à mesure que l’on se rapproche du Bou Régrèg le recouvre.

[179] LA MOSQUÉE D’HASSÀN.

Aussi bien, le coté Sud de l’enceinte et le portique double sont-ils établis directement sur le terrain, alors que les constructions de la tête Nord s’élèvent sur des fondations enfouies partie dans l’argile, partie dans un remblai compris entre les murs d’un soubassement qui rachète la pente du sous-sol.

En général, les membres du clergé marocain considéraient le* ruines qui viennent d’être décrites comme les derniers vestiges d’une mosquée dont la construction avait été entreprise à la fin du xne siècle par le troisième khalife almohade, l’émir des musulmans, Abou Youssef Yakoub ben Youssef ben Abd el Moumen, surnommé El Mansour bi Fadhl Allah (Victorieux par la grâce d’Allah) (1), né à Marrakech en 555 de l’hégire (1160 de J.-C.), proclamé en 58o ( 1 1 8 4 de J.-C.) et mort vers 5q5 (i 199 de J.-C.).

La tour d’Hassân eût été le minaret gigantesque de la mosquée ( inf. , p. 3o3 à 3o4). Pourtant, devant l’immensité de l’édihce, quelques auteurs inclinaient à y voir une demeure souveraine. Mais, qu’il s’agisse d’un palais ou d’une mosquée, 011 admettait que l’édifice n’avait pas été terminé, soit parce qu’il avait été entrepris sur des dimensions trop considérables, soit parce qu’un tremblement de terre l’avait renversé en cours d’exécution. Les partisans de la première opinion invoquaient l’inachèvement manifeste du couronnement de la tour (phot. 2,6), et ceux de la seconde, le décollement et la profonde déchirure que le parement sculpté de sa façade Ouest présente vers le sommet (phot. 6). Ces deux questions seront reprises quand les éléments de la discussion auront été produits [inf., § VII, p. 293, et § VIII, p. 3o4)- D’ailleurs, si la connaissance des dates respectives du minaret et de la mosquée peut être discutée, si la suspension des travaux ou leur achèvement ont donné lieu à des controverses, les fouilles ont fourni la preuve que les traditions locales étaient fondées et que la ruine était bien celle de la mosquée bâtie par

(1) Yakoub el Mansour avait adopté une cachets, il faisait graver : Ala Allâhi toaakkelt devise où il affirmait également sa foi. Sur ses (A Allah, je ine suis confié).

Yakoub el Mansour dans les dernières années du xnf siècle. L’accord entre ces preuves et les renseignements donnés par les chroniques (in/., p. 293 et suiv.) est même si décisif, se présente avec des caractères si formels de certitude, que j’anticiperai et que je tiendrai l’identification pour acquise. La description y gagnera en clarté et en précision.

Bien qu’inachevé, le minaret par sa puissance, par sa hauteur, par la décoration de ses faces, suscitait à bon droit l’admiration. La Giralda de Séville également édifiée sous les auspices de Yakoub el Mansour 1 est en briques et le côté de sa base carrée est réglé à 1 \ m. 85, alors que la tour d’Hassân construite en pierre présente à la base un côté de 16 m. 12. Au nombre des beaux minarets de la même époque, on cite bien aussi la Koutoubiyia de Marrakech qui s’élève encore intacte, mais elle n’offre pas de bien loin les dimensions imposantes du monument dont Rabat tire une lierté légitime. Quant aux minarets construits dans les autres pays musulmans, ils n’entrent même pas en compétition avec la tour d Hassan.

Mitant la tour d’Hassân était renommée, autant les vestiges de construction épars entre les côtés de l’enceinte attiraient peu i’atten-

Suivant quelques historiens, la Giralda lui érigée entre les années 58o et 591 de l’hégire 1 1 84 et 1 i qf) de J. -G.); suivant les autres, enlre les années 568 et 690 (1 172 et 1194). Le Pioudli el Hurlas tient Yakoub el Mansour pour le khalife qui lit commencer le minaret de la mosquée de Séville. Il semblerait donc confirmer les premières dates, puisque Yakoub el Mansour lut proclamé émir en 58o. D’autre pari . le délai de 1 1 ans assigné à la construction serait bien court. 11 ne serait donc pas élonnanl que l’on eût entrepris le minaret de Séville en même temps que la mosquée, soit en 568 ou 56q de 1 hégire (1 1 72 ou 1173 de .1. sous le règne de l’émir Youssefben Abd el Moumen, père de Yakoub.

De son côté , l’auteur du Kitab el Istiqça ( sup . , p. 170, note 1) prétend que le minaret de la mosquée de Séville fut édifié sur le modèle du minaret d’Hassân et de la Koutoubiyia de Marrakech et, par conséquent, après eux.

«Le minaret de Séville, dit-il, constitue par rapport aux deux autres le troisième pied du trépied. L’on dit que dans tout l’Islam, il n’y en a pas de plus imposant, u

L’erreur est manifeste; le soi-disant modèle ne fut pas même terminé. A conserver l’image du trépied, il faut donc intervertir les termes. Ce serait le minaret d’Hassân qui constituerait le troisième pied, et encore il eut été trop court.

lion. Dieulafoy et moi étions sous cette impression générale quand nous visitâmes les ruines pour la première fois. Aussi bien, notre surprise fut-elle extrême. La majesté et le beau style du minaret la motivèrent, mais, plus encore, les dimensions sans précédent de la mosquée. Mesuré au pas, le périmètre paraissait atteindre 680 mètres. PI us tard, nous avons reconnu qu’il était de 65 7 m. 5o, que les côtés Est et Ouest avaient en moyenne 186 mètres de longueur et les côtés Nord et Sud, i4 2 m. 7 5 (1) (in/., p. 2 1 5, 2 16).

Le parallèle que j’établirai entre la mosquée d’Hassàn et les édifices religieux réputés pour leur grandeur montre que pas un ne saurait lui être comparé (sup., p. 1 7 i,note 1). A ne tenir compte que des superficies, un palais célèbre fixera les idées. C’est le palais du Louvre dont les façades sur le quai et sur la rue de Rivoli ont 1 5 4 mètres de longueur, tandis que les façades sur la place Saint-Germain-!’Auxerrois et sur le square des Tuileries mesurent i63 mètres environ. La surface de 2 5, 100 mètres carrés du rectangle ainsi constitué est inférieure de 1 ,45o mètres à celle de la mosquée cl’Hassân et de 56,ooo à celle de son enceinte ( inf. , p. 216, 2 3o).

S’il n’émergeait du sol que vingt et une colonnes, d’autres se devinaient soit à un léger renflement du sol, soit à des affleurements à peine visibles. En rapprochant les mesures certaines des mesures moins sûres, nous traçâmes un réseau composé de dix files longitudinales de colonnes et de dix files transversales (sup. , p. 1 78) , dont les

(1) Dans la communication sommaire que je fis à l’Institut le 25 juin igi5, je donnai les mesures relatives à la longueur et à la largeur hors- œuvre de la mosquée, au diamètre des colonnes, à leur hauteur, à leur distance axiale et aux côtés du réservoir. Les dimensions que l’on trouvera dans ce mémoire sont à peine plus laibles que les premières. Les différences très légères qu’elles accusent tiennent à l’implantation irrégulière et au nivellement imparfait de l’édifice. On ne peut procéder que par moyenne et , à cette époque, je ne les avais établies que

sur des observations peu nombreuses, comparées à celles que j’ai faites après le déblaiement intégral des principaux quartiers. Les dernières fouilles ont également montré que, loin de se prolonger jusqu’au mur de clôture Sud, la salle centrale se terminait à une lile de pilesculées numérotée 3 sur le plan ( fig. 1 ) et que , au lieu d’avoir en œuvre 71 m. 5o sur 1 3q mètres comme il avait été indiqué, elle mesurait 71 m. 3o sur 1 1 5 m. 60 et se soudait à un portique dont la largeur complétait la longueur primitivement fixée.

mailles distantes de 6 rn. 4^4 (l) [inf., p. 187, 199) couvraient une salle immense, d’apparence carrée, comprise à l’Est comme à l’Ouest entre deux des cavaliers signalés ( sap ., p. iy4, 176; inf., p. 191, 2 i 4 •. 274) et dont chaque nœud paraissait répondre à un support. En raison de sa situation sur le plan, je la désignerai désormais sous le nom de salle Centrale.

Entre temps, les portiques Est, Ouest et Sud furent repérés et nous constatâmes que leurs colonnes étaient dans le prolongement des fdes transversales et longitudinales de la salle Centrale, qui s’établissaient, les longitudinales entre les colonnes V et XVI du portique Sud et les transversales, entre les colonnes 4 et i5 des portiques Est et Ouest. En outre, bien que mal dessiné, l’entre-colonnement Nord-Sud X-XI semblait beaucoup plus large que les autres [inf., p. 187, 188). Il devenait ainsi manifeste que la salle Centrale dont la situation s'affirmait était l 'oratoire de la mosquée.

^ II. Premières fouilles et premiers sondages. (Fig. S. M. H. et 1.)

Personne à Rabat ne crut à notr( militaire nous lit crédit et mit une

û Le chiffre résulte de la moyenne arrêtée après le déblaiement intégral. Les premières mesures semblaient donner 6 m. 48 ( sup p. 1 8 1 , note i ). Au cours de cette monographie. j établirai que toutes les dimensions peuvent être transcrites en fonction du diamètre ries colonnes et qu'elles étaient reliées par un rsthme rigoureux [su/t., p. î 73; m/.,SIIià SVH). Ce diamètre qui sert de module varie légèrement d’un support à l'autre; mais des mesures multiples, prises soit sur les colonnes ellesmêmes, soit sur des parties d'ouvrage dont les dimensions sont des multiples certains du diamètre, ont permis de le fixer à o m. 8o3 [inf., p. i qq j. Je le désignerai par la lettre A

: découverte. Néanmoins, l’autorité escouade à notre disposition. C’est

que j’ai choisie dans l’alphabet grec pour éviter des confusions avec les lettres employées dans les épures et dans les plans. Or, 6 m. 42 4 = 8 X o m. 8o3 = 8A. C’est dire que l’entre-axe égale 8 diamètres et que la voie entre les parements de deux fdes de colonnes consécutives est de 7 diamètres. Malgré l’incertitude de nos premières mesures, le rapport entre le diamètre et la distance des colonnes se manifestait avec une telle évidence qu’aucun doute ne pouvait subsister. Nous eûmes ainsi le sentiment que le constructeur de la mosquée, à l’imitation des Chaldéo-perses, avait soumis le plan au contrôle de formules numériques ou géométriques qu’il serait instructif de découvrir.

=s/'/\. o a Q XJ5Z.T-

J3x^j=t:K ^icoua

/AnHgooK^

Page 1