‹ La mosquée d'HassânChapitre 12 sur 29 · SURFACE · texte numérisé non relu

SURFACE

Cathédrale proprement dite

1 80 ni. 00

1 9,44o mq. 00

Patio de los Naranjos et Sagrario (église paroissiale)

Dépendances et sacristie principale. . . .

Total 36,764 00

Enfin, un dernier rapprochement s’impose, d’un caractère plus social que religieux. Jusqu’à présent, dans l’Afrique du Nord, le plus vaste édifice consacré au culte dont il ait été fait mention, est la basilique ruinée de Thébeste. Aujourd’hui, au sanctuaire byzantin, on opposera la mosquée du Couvent de la Victoire. Il est intéressant de constater que, sous le ciel barbare de l’Afrique du Nord, la puissance

V Cordoue, les allées onl 6 rn. 7 5 de largeur et les travées 3 m. 4o, visiblement la moitié. La moyenne e.,t de 5 m. 070.

de l’Empire d’Orient à l’apogée n’a pas produit une floraison aussi grandiose que la foi islamique sous l’égide des Almohades.

En raison de la position centrale et de la largeur exceptionnelle de la nef X-XI, les premières recherches de détails furent exécutées suivant son axe. Elles furent poursuivies jusqu’au mur de clôture Sud et eurent pour résultat d’y dégager le mihrâb (<>5-=^) ■> à l’opposé de la porte du minaret ( sup ., p. 188, note 1; inf., p. 2 55 à 260).

Comme dans les mosquées-églises, le milirdb consiste en une petite abside saillante sur le parement extérieur (fig. 1, 1 4 ) • Ici, il répond à la tour centrale du front Sud, élargie et évidée. Cette découverte fort importante, en ce qu’elle permit d’identifier l’axe longitudinal de la salle Centrale avec la kiblah (sup., p. 188 n. 1); et, l’allée centrale ou nef élargie X-XI avec Xanaza (sup., p. 188, note 1) fut complétée par le déblaiement d’une petite baie contiguë au mihrâb et réservée aux mollahs dans les mosquées mogrébines ( inj. , p. 287, 2 58).

Ainsi définie, la kiblah incline trop vers l’Ouest, mais l’erreur de direction est connue, commune à toutes les mosquées de la région et, au surplus, signalée aux fidèles.

Par voie de suite, il devenait manifeste que la partie centrale du portique Sud formait une sorte de sanctuaire analogue au cancel ou à l’iconostase des églises chrétiennes orientales et constituait bien la maksourah (sup., p. 198, note 1 et p. 2 58). Un ensemble de dispositions analogues s’observe, à Cordoue, dans l’annexe, construite en 961 par le calife El Hàkiim el Moustansyr (El Hâkimll). J’ai déjà nommé cette mosquée en raison de sa grandeur (sup., p. 2 1 7, 2 18) ; si je la cite de nouveau , c’est que Xanaza y est très caractérisé et que la richesse comme la beauté du mihrâb et de la maksourah les ont rendus justement .célèbres.

Sauf le salin (sup., p. 172) et le bassin ou fontaine aux ablutions, toutes les parties constitutives de la mosquée étaient reconnues désormais. Qu’il soit à ciel ouvert ou protégé par une toiture, ce bassin occupe une situation en évidence dans le salin, entre les portiques latéraux et devant l’oratoire au fond duquel est le mihrâb.

Or, dans la mosquée de Yakoub el Mansour, la grande excavation maçonnée, située au Sud du minaret, répond seule aux conditions habituelles que doit remplir le salin. Mais, si le bassin aux ablutions y eut été établi, il eût été d’un accès bien incommode. Sans doute, les fidèles se seraient astreints à descendre et à remonter les degrés ou la rampe y conduisant, puisque les purifications rituelles doivent précéder la prière; ils n’en auraient pas moins protesté et le clergé eût fait d roit à des plaintes aussi justifiées.

D’autre part, à l’Est comme à l’Ouest de la salle Centrale (fig. 1 ) , j’ai signalé une cuvette très accusée entre les files nos 6 et 1 1 ( sup ., p. 193, 196). Les fouilles poursuivies en ces points n’ont mis à nu que des fou dations assez indistinctes. Aucun éclat de pierre, aucun fragment de tuile ou de brique, aucun vestige de bois n’étaient mêlés à la terre extraite des tranchées. Ces renseignements sont plutôt négatifs. Toutefois, ils semblent indiquer que les deux dépressions répondent à des cours et comme, à part les emplacements des cuvettes, je 11e voisaucun autre vacant où le sahn et le bassin aux ablutions puissent être installés, il convient, peut-être, de les dédoubler et de les y placer. L’un et l’autre se seraient trouvés à la suite de deux des grandes portes de l’enceinte et se seraient offerts aux fidèles avant la salle Centrale.

l’ajouterai que quatre égouts hauts sous clef de 1 m. 4o et larges de o m. 80 ont leur orifice extérieur à la base du soubassement Nord de l’enceinte. Or, deux de ces égouts, l’un à l’Est, l’autre à l’Ouest, se prolongent jusqu’au-dessous des dépressions que je suppose répondre aux bassins d’ablution.

Ces deux bassins motiveraient les deux vacants laissés à droite et à gauche de l’oratoire, entre ses murs et les portiques, alors que dans toutes les mosquées connues l’oratoire est compris entre les murs d’enceinte. Un passage du Romlh el Kartas resté inexpliqué jusqu’ici confirmerait cette identification.

En décrivant la mosquée El Kairaouyn de Fez, l’auteur de la Chro-

nique cite et décrit les diverses portes de l’édifice et s’exprime ainsi à l’égard de l’une d’entre elles :

« Dans la porte des gens gui vont pieds nus ( bab el houfat ), il y a un bassin-fontaine en plomb par le tuyau duquel coulent des eaux jaillissantes. Elles retombent sur des marbres bleu, vert, rouge, où les gens qui vont pieds nus se lavent les pieds. »

Comme, les jours d’affluence, la mosquée d’Hassàn recevait, peutêtre, 20,000 soldats, et que, vu leur très grand nombre, il eût été impossible d’exiger que chacun d’eux accomplît suivant le rite les ablutions prescrites, il est à penser qu’à Rabat comme à Fez, les fidèles, avant de pénétrer dans l’oratoire, traversaient nu-pieds un large bassin interposé entre les porches extérieurs et les portes intérieures de la salle Centrale et en sortaient purifiés au moins devant la loi accommodée aux circonstances111.

Des prêtres m’ont affirmé, mais je n’ai pu le vérifier, que des bassins analogues étaient utilisés dans quelques mosquées du Moghreb. En toute hypothèse, l’autorité du Roudli el Kartas ne peut être contestée sur un pareil sujet.

Deux des quatre égouts dont il vient d’être fait mention aboutissent à l’excavation maçonnée [sup., p. 176, 178, 197).

Quel était le rôle de cette excavation, mais d’abord en quoi consistait-elle (fig. 8)P

L’excavation est comprise entre des murs épais de 2 m. 60, soit de (3+7) A = 3A + f=2 m. 60975, en parfait état de conservation. Sa longueur variable d’une tête à l’autre atteint en moyenne 68 m. 99, soit, sans doute, 86A = 69 m. o58 (i) 2 et sa largeur, 28 m. 11, soit

(1) La purification rituelle comporte d’autres ablutions que le lavement des pieds, mais il est aisé d’en esquisser l'achèvement quand les pieds ont été en contact avec l’eau.

(2) Cette dimension ne se rattache pas directement à la largeur du Réservoir. Mais, si de l’entre-axe des colonnes n0' V et XVI —

on soustrait deux fois l’épais-

seur de la partie du mur de soutènement du réservoir qui déborde l’axe des colonnes dont

la base repose sur ce même mur — 2 ( 2 + -

A — ,1e résultat de l’opération donne le chiffre déduit des mesures directes.

fi 4

35 A = 2 8 m. î o5. Sa profondeur, d’une appréciation difficile en raison des dépôts accumulés, varie de 4 m. 8o à 5m. 20. J’écrirai 5 mètres, mais je considère que la dimension est faible et que le bassin contenait plus de 69 X 28, 1 i X 5 = 9697 mq. gôo.

Sur le mur Sud de l’excavation maçonnée, l’on a relevé les vestiges encore très apparents du mur de clôture qui réunissait les piles-culées n° 2 1 lig. 7,8). Cette clôture épaisse de (* +s) A = A + y était telle que son axe médian coïncidait avec l’axe médian du mur de soutènement [mf., p. 242, 2 43 cà 248). Il a été établi que d’autres arcades sur piles couronnaient les trois autres murs de l’excavation ( sup .,

p. ip3, 194).

Le quartier Nord ayant 56A de largeur, le rapport de la largeur de l’excavation — 35 A — à celle du quartier qu’elle caractérise est encore de ^ = [77 '• Or, le rapport comme le facteur 7 dénotent, dans le contrôle des dimensions, un nouvel emploi du triangle rectangle égyptien et du triangle équilatéral autour desquels se développent les épures rythmiques, caractéristiques du plan de la mosquée [sup., p. 1 73 ; mf, p. 3 i 3 ).

Dix éperons traversent la paroi Sud de l’excavation pour former à l’intérieur des saillies dont les trois du centre ont i5 m. 24 de long, soit 1 9 A= 1 5 m. 257, et les autres 12 m. 96, soit, peut être, 16A

12 m. 848 (fig. 1 , 8).

Les éperons prolongent les fondations où reposent les colonnes de la salle Centrale [sup., p. 187). Dans l’esprit du constructeur, ils étaient destinés, j’imagine, à consolider la paroi de l’excavation contre laquelle vient buter le remblai de la mosquée et ce serait pour remplir ce dessein que les trois éperons du centre auraient reçu un supplément de longueur. En couronnement, les éperons présentent o m. 98 d’épaisseur, soit (1 A=A+^= o m. 903375 , au lieu de celle de

1 m. 20, soit ( (1 +7) A = A4-jS= 1 m. 2045, attribuée aux fondations des colonnes [sup., p. 187). Cette épaisseur de om.89 se maintient sur une profondeur rie 1 m.83, soit de (2 +7) A = 2 A + 7= 2 (A+7)

= 1 m. 80675, puis elle est portée à 1 m. i\‘i , soit à (1 A = A + a = 1 m. 4o52 5 (fig. 7, 8).

Dans l’angle Nord-Ouest de l’excavation, débouchent deux tuyaux réduits à leurs orifices. Ils sont situés à 1 mètre environ en contrebas du sol actuel ( inf. , p. 226). S’il s’agit de conduites d’amenée, on s’expliquerait mal quelles aboutissent dans l’angle Nord-Ouest, alors que les eaux ne pouvaient venir que du Sud, soit qu’elles fussent fournies par les sources des coteaux, soit quelles provinssent de l’égoutement des toitures les jours de pluie (inf, p. 226).

Tour à tour, on a vu dans l’excavation maçonnée un bassin aux ablutions, un magasin, une ménagerie, un hammam. J’examinerai successivement ces diverses attributions.

Pour les raisons déjà données (sup., p. 22 2 ), j’élimine tout d’abord l’identification avec le bassin aux ablutions.

Des magasins eussent été très humides et inutilisables pendant la saison des pluies relativement longue au Maroc.

Une prison, une ménagerie auraient convenu à un palais, mais étaient sans objet dans une mosquée. Au surplus, les locaux à leur affecter eussent présenté les mêmes inconvénients pour eux que pour des magasins.

Des bains avec leurs étuves, leurs lavabos, leurs cabinets auraient pu être annexés à un édifice religieux. Et de fait, les Marocains unanimes, à cet égard, considèrent que l’excavation maçonnée était aménagée pour servir de hammam. A l’appui de leur opinion, ils citent à Rabat, même, la mosquée de la rue Souïf a qui est dotée d’installations très sommaires, analogues à celles qu’ils mentionnent. Sans exclure cette identification, j’incline, pourtant, à considérer l’excavation comme un réservoir destiné, durant la saison des pluies, à recueillir les eaux fournies par les toitures et, durant la saison chaude, à pourvoir à l’irrigation des deux terrasses signalées au Nord de la mosquée [inf., p. 226).

Quelques chiffres serviront à préciser ma pensée.

LE l'-colonel dieulafov.

I M I* lUM r.RIE NATION.

LE LT-COLONEL DIEULAFOï .

La surface des terrasses à irriguer était en chiffre rond de io4 m. X 200 m. = 2 5,ooo mètres carrés ( inf p. 229).

Le volume d’eau emmagasiné dans le réservoir approchait de 10,000 mètres cubes ( sup . , p. 224).

La surface des toitures atteignait environ i5,ooo mètres carrés.

Une pluie moyenne fournit au Maroc une couche de o m. o5, soit, pour 1 5,ooo mètres carrés, ^bo mètres cubes.

A supposer même que le réservoir ne fût pas en partie alimenté par les sources captées sur les collines, les pluies d’hiver auraient suffi cà le remplir et, d’autre part, le cube emmagasiné de 10,000 mètres cubes aurait permis un arrosage méthodique des terrasses à dater du mois de mai à et jusqu’au milieu de l’été.

Dans cette hypothèse, tous les détails de la construction s’expliqueraient.

Deux des quatre égouts mentionnés p. 222 seraient des conduits de décharge, tandis que les tuyaux supérieurs signalés dans l’angle Nord- Ouest sup., p. 2 2 5) auraient servi à écouler le trop-plein des eaux amenées dans le réservoir et à maintenir leur niveau au-dessous du dallage de la mosquée. Enfin, il existerait un rapport pratique entre la superficie des terres irrigables, le cube du réservoir, la surface des toitures et la hauteur moyenne des pluies d’hiver et de printemps.

.l ai considéré le cas où le réservoir serait uniquement alimenté par les eaux de pluie, parce que je n’ai pas relevé de conduites d’eau extérieures. Pourtant, de divers côtés, l’on m’a signalé un aqueduc ruiné qui paraît se diriger vers la mosquée et, à 3 kilomètres au Sud , il existe sur les coteaux de Ghella des sources dont on aurait pu capter le trop-plein soit pour alimenter les bassins aux ablutions, soit pour le recueillir dans le réservoir.

L’identification de l’excavation maçonnée avec un réservoir collecteur paraît d’autant plus probable que l’arrosage des jardins de la

[227] LA MOSQUÉE DTIASSÂN.

mosquée n’était pas l’unique but à poursuivre. Un édifice marocain comprenant une médersa et construit à l’usage de l’armée devait être fréquenté par un personnel très nombreux et il importait que l’eau n’y fît jamais défaut.

Si j’insiste sur quelques-unes des dispositions adoptées par les architectes de Yakoub el Mansour, c’est qu’elles sont exceptionnelles, au même titre que la destination militaire de la mosquée, et que je n’en connais d’analogues ni à aucune époque, ni dans aucun pays musulman (sup., p. 171, 188, 189).

Au Nord des bassins d’ablution dont il a été fait état et à la hauteur desfdes nos 1 5 à 2 1 inclus, se soudaient les Annexes de la salle Centrale (phot. 8,9, 10). 11 s’agit, on se le rappelle, de deux groupes distincts, formés de trois allées comprises entre des cours de supports où à chaque colonne de pierre succèdent deux piles de briques [sup. , p. 191).

En raison de la rareté et du prix très élevé des bois de charpente, les architectes marocains recourent, autant que possible, à des constructions provisoires maçonnées. Aussi bien, au nombre des visiteurs indigènes qui affluaient sur le chantier, quelques-uns émirent la pensée que les piles de briques des Annexes étaient destinées à porter les cintres d’arceaux jetés sur les colonnes et auraient disparu après l’achèvement de la mosquée. Or la mosquée a été livrée au culte pendant près d’un siècle et demi. A cet égard, nous avons le témoignage d’Ibn Batoûta ( inj. , p. 299). Il ne saurait donc être question de constructions provisoires. En outre, dans un pays où, vu sa grande valeur, le bois a toujours été employé avec parcimonie, l’on 11’eût pas cintré simultanément toutes les parties de la mosquée caractérisées par la présence des piles de briques. C’eut été d’une pratique aussi coûteuse qu’improductive. Puis, il n’y avait pas de colonnes et, partant, pas d’arceaux à cintrer dans l’allée l-II où cependant, vers la fin de la campagnedefouilles,dixpilesdebriquesfurentdégagées(sup.,p. 191). Enfin, les voussoirs de briques étaient plus nombreux et mieux con-

servés dans les ruines de l’Annexe Ouest que dans celles de la salle Centrale. C’est un témoignage irrécusable que beaucoup d’arceaux des Annexes avaient été terminés. Pourtant, aucune pile ne fait défaut. N’est-on pas autorisé à croire que si les piles eussent été destinées à porter les cintres, elles eussent été démolies à mesure qu’elles devenaient inutiles?

Quant à la pile de la file longitudinale VI dégagée entre les colonnes 19 et 20 [sup. , p. 191), où l’on a cru reconnaître un support des cintres de la salle Centrale, elle se rattachait soit à l’Annexe Ouest, soit au retour de la bordure en petits arceaux de la travée 20-21; mais, pas plus que les piles des Annexes, elle ne présentait un caractère provisoire. S’il était jamais démontré que les quelques piles de la salle Centrale sont les derniers vestiges d’une disposition plus générale, on serait simplement autorisé à prétendre que, là comme dans les Annexes, la distance entre deux colonnes consécutives d’une même file avait été jugée trop grande pour être franchie par un seul arceau et qu’011 avait intercalé des piles de Iniques afm de la diviser en trois parties. Toutefois, l’hypothèse est jusqu’ici gratuite.

La question se pose différemment quand on considère les Annexes. Il se pourrait qu’en y multipliant les appuis, l’architecte qui, pour des raisons difficiles à déduire, ne les avait pas comprises entre des piles-culées, eût eu en vue de diminuer la portée et la flèche des arceaux et, partant, leur poussée (inf, p. 288). Peut-être, aussi, les piles de briques servaient-elles simplement à fixer des cloisons de menuiserie ajourées, analogues aux moucharabieh, cloisons assez hautes pour séparer les allées tout en laissant circuler l’air el parvenir la lumière. Les médares de Fez présenlenl des exemples de cette disposition élégante. E11 outre, les architectes musulmans, d’accord avec le ministre chérifien de la Justice, Si Bouchaïb Doukkali, ont reconnu dans les Annexes l’emplacement des salles de cours jointes à la majorité des grands

édifices religieux mogrébins. L’opinion de Si Bouchaïb est de grand poids, car, avant de se fixer au Maroc, il avait professé à la Mecque, puis à l’Université d’EI Azhar et parce que sa science est hautement proclamée dans tout l’Islam sunnite. En second lieu, une longue suite de chambres dont je vais m’occuper existait à l’extérieur de la mosquée, contre une clôture générale. Ne s’agissait-il pas de constructions propres à l’installation d’une vaste médersa — au sens d’habitation pour les étudiants que ce mot prend au Maroc — jointe à la mosquée militaire, soit à l’époque de Yakoub el Mansour, soit après la mort de l’émir P

Au Sud, la clôture générale court parallèlement à l’enceinte de la mosquée, à une distance de 5 2 mètres. Au Nord, elle lui est également parallèle mais en est éloignée de io4 mètres avec cette particularité que la déclivité du terrain est divisée en deux terrasses horizontales d’une superficie voisine de 2 5, 000 mq. (io4 mètres de largeur sur une longueur moyenne de 2Ôo mètres). L’une très apparente se termine à 5 2 mètres du parement extérieur de soubassement el l’autre, à la clôture même. Enfin, à l’orientation Ouest et respectivement à 5 2 mètres et à 5 7 m. i5 de l’enceinte de la mosquée, deux murs équidistants relient les têtes des clôtures Sud et Nord. Des murs de refend espacés en moyenne de 3 m. 2 5 d’axe en axe divisent l’intervalle libre et créent un long chapelet de chambres dont les larges portes s’ouvrent à l’Est, vis-à-vis les grandes baies de la mosquée. (Les traces de ces dispositions sont apparentes sur la fig. S. M. H.)

Le chapelet n’a pas été reconnu sur toute sa superficie; pourtant, si l’on divise sa longueur — 52 + 190 + 52 = 294 mètres — parla largeur axiale moyenne des chambres — 3 m. 25 — le quotient compris entre 90 et 9 1 donne d’une manière approximative le nombre des logements. Cette utilisation excellente des clôtures d’un édifice religieux paraît avoir été traditionnelle en Orient. Des chambres d’une superficie comparable à celle de la médersa et de tout point disposées comme elles ont été découvertes dans les temples de Bel et de Nebou

récemment dégagés à Babylone. Le temple de Jérusalem en comportait, aussi, mais disposées différemment (1).

A l’Est, la mosquée s’élève sur la falaise abrupte qui domine de très haut le Bou Régrèg. En raison de l’épanouissement de la crête rocheuse vers le Nord, et par suite, vers le Sud, de son voisinage extrême de l’édifice, il avait été impossible de tracer à cette orientation de l'Est une clôture parallèle au mur d’enceinte. Du moins, l’auteur du projet profita-t-il des espaces disponibles au Nord et les comprit-il entre des murs de soutènement renforcés à la base par une plinthe puissante. Les érosions de la falaise ont eu pour effet de créer des brèches dans ces murs. Néanmoins, j’ai pu relever la majeure partie du plan. Les parcelles encloses sont limitées par des parallèles aux grands axes de la mosquée. Etant donnée la configuration du sol, tout le terrain disponible a été occupé. Au Nord, par exemple, sa largeur atteint 80 mètres, tandis qu’au Sud, il reste une bande à peine suffisante pour y établir un chemin de ronde. Des cellules analogues à celles qui ont été signalées à l’Ouest se rencontrent également adossées à la paroi intérieure de la clôture orientale.

Si l’on tient compte de la médersa et des terrasses qui viennent d’être mentionnées et si l’on attribue a la zone irrégulière signalée à l’Est la superficie de celle de l’Ouest, l’assiette réellement occupée par la mosquée de Yakoub el Mansour atteignait au chiffre considérable et sans précédent de 8 hectares 4 -, 1 3 2 mètres carrés.

La description d’ensemble de la mosquée de Yakoub el Mansour sera terminée quand j’aurai cité les loges mitoyennes dégagées aux angles Nord-Ouest et Nord-Esl ( inf. , p. 272 à 274). Chacune se présente comme une réplique des grandes portes (fig. 18). Seulement, elles sont fermées à l’intérieur par le prolongement du mur d’enceinte. Au surplus, deux d’entre elles offrent derrière la façade

1 Due i.AiOY, Le rythme modulaire du Temple de Salomon (inf., p. 3 1 3 , note 3).

[231] LA MOSQUÉE D’HASSÂX. 71

des estrades carrelées, en lorme de lits de camp. Encore, en ce cas, les architectes musulmans de Rabat et Si Bouchaïb Doukkaii (sup., p. 22 9) furent consultés et, d’un avis unanime, ils reconnurent dans ces fausses baies les logements affectés à des prêtres subalternes ou à des serviteurs tels cpie les muedhdhins, les veilleurs de nuit, les concierges, les lampistes.

A la fin du xiic siècle, alors que Rabat venait d’être fondé, l'embouchure du Bon Régrèg était fréquentée par les pirates de la côte et la simple prudence commandait de monter bonne garde auprès d’un édifice réputé, sans doute, pour sa richesse. Il était donc naturel de commettre des veilleurs et des portiers à sa garde et de leur préparer aux saillants Nord-Est et Nord-Ouest, les plus élevés de l’enceinte, des postes d’où ils pussent dominer les approches sans perdre de vue le sol, même au cours de la nuit.

Une loge à peu près semblable aux fausses baies des saillants Nord- Est et Nord-Ouest a été découverte vers la fin des travaux sur la face Est et dans le voisinage immédiat de l’angle Sud-Est. Bien que construite sur le modèle habituel, elle diffère des autres loges sur deux points : le mur du lond présente une petite porte qui s’ouvre entre les files nos 2 et 3 et cette porte met la pièce en communication directe avec l’unique tour dont le sommet soit évidé. Comme, de sa loge, le gardien n’aurait pu exercer une surveillance efficace, il est à penser que cet évidement répondait à une chambre de guet, à moins que la tour n’eût constitué un minaret provisoire et que la loge n’eût été l’habitation du muedhdhin [inf. , p. 295, 2 96 , 3o3, 3o4 )• La grande mosquée de Damas, la mosquée d’Amrou ont également des minarets d’angle disposés sur le même mur que le milirâb et desservis comme celui-ci par un escalier intérieur.

Les fouilles exécutées sur l’emplacement de la mosquée n’ont pas fourni seulement des données relatives au plan. Elles ont permis de reconstituer les grandes lignes de l’architecture.

LE L'-COLONEL D1EULAFOY.

§ IV. Matériaux.

Je rappellerai d’abord que les matériaux employés dans la maçonnerie étaient la pierre cassée, le moellon tétué et smillé, la pierre de taille, la brique et la tuile.

Le mortier est composé de sable de rivière, de chaux grasse éteinte sur le chantier comme les incuits en témoignent et, parfois aussi, de tuileau pilé. 11 est excellent.

Les colonnes sont enduites d’un mortier spécial qui ne le cède pas en qualité au mortier des maçonneries. Il adhère à la pierre au point de iaire corps avec elle. Son grain très fin lui donne l’aspect du mastic de vitrier dont il partage d’ailleurs la couleur.

La pierre cassée entrait dans la composition d’une sorte de béton d’un usage général. Le mur d’enceinte, les murs de soutènement du réservoir, les fondations, faire où le dallage repose sont en béton.

Tétué, le moellon servait à parementer l’enceinte dans les conditions qui oui été mentionnées (sup.,ip. 176); smillé, il constituait le soubassement des contreforts et la base des murs intérieurs. 11 est calcaire, d’un grain assez grossier et de couleur jaune clair. Les meilleurs bancs de la carrière ont fourni la pierre de taille utilisée dans la construction des porches, des contreforts des murs de la salle Centrale (lig. 19 et 19 bis), des murs entre lesquels sont comprises les rampes qui conduisent aux grandes portes (in/., p. 270) et, avant tout, du minaret.

Les colonnes isolées (sup., p. 187 à 191 ; in/'., p. 235, 248 à 282), les demi-colonnes (sup., p. 200; inf. , p. 2 65) et les piles-culées (inj., p. 2.35 à 2/18) sont en marbre gris bleuté, d’un grain très fin. La carrière se trouve sur les rives du Bou Régrèg, à 4o kilomètres en amont de liabat.

Les architectes recouraient à la brique quand ils entreprenaient des constructions moins vulgaires que les enceintes extérieures et,

pourtant, qui ne réclamaient pas , comme les colonnes el les pilesculées, des matériaux d’une grande résistance. A partir de i m. 20 Je hauteur, les porches, les portes et les murs intérieurs étaient en brique. De même, les piles des Annexes, les voûtes, les arceaux, les tympans, le dallage (sap., p. 1 85, 187, 191, 3oo), le carrelage supérieur des murs (inf, p. 2.34) et les marches d'escalier. Ces dernières sont construites en matériaux posés de champ (inf. , p. 2 58).

J’ai eu l’occasion d’indiquer les qualités et les défauts des briques (sap., p. 21 3; inf., p. 3 1 1 ). Sonores, résistantes, de couleur rouge foncé, elles mesurent toutes depuis om. 287 jusqu’à o m. 273 de longueur sur om. de largeur et ont de o m. 43 à o m. 47 d’épaisseur. Leurs dimensions moyennes — o m. 265, o m. 1 4 , o m. o45 — 31 71s — cadraient avec celles du module et permettaient des

découpes exactes dans tous les sens. Mais l’irrégularité des briques et l’abus du mortier rendraient illusoire le premier de ces avantages. Je me suis expliqué, également, à cet égard.

Les tuiles sont d’aussi bonne qualité que les briques. De dimensions moyennes, fortement coniques, elles présentent un pli accusé vers l’arête médiane au lieu d’affecter la forme d’une nappe à courbure régulière. A part de menus fragments dispersés en grande abondance sur le sol ancien de la mosquée ou mêlés aux autres débris, les tuiles, je l’ai déjà noté (snp., p. l 8 6 ) , étaient comprises entre deux couches de mortier (fig. 24). Au Maroc, on observe cette disposition spéciale dans un grand nombre de mosquées dont les toitures offrent des égouts très inclinés.

Les bois découverts au fond des tranchées comme les boulins et les poutres encore engagés dans les massifs des murs d’enceinte sont en si excellent état de conservation que l’identification de l’essence ne fait aucun doute. Quels que fussent l’équarrissage et la longueur, toutes les pièces étaient en cèdre et provenaient des belles forêts de l’Atlas.

Les feuilles de plomb ont été rencontrées sur l’emplacement fies Annexes (sap., p. 186; inf, 290 à 292, 3oi ). Les unes étaient au

LE J/COLONEL DIEILAFOY.

pied de la colonne n° 16 du portique Est; les autres, vers le centre de I’ \nnexe Ouest. Ces deux gisements ont fourni des plaques de o m. 006 d’épaisseur et d'une superficie à peine inférieure à un mètre carré. Mais de-ci, de-là, des morceaux très fragmentaires se distinguaient au milieu des éclats de tuile et de la poussière de mortier. Grandes et petites, les feuilles de plomb se présentaient déchirées et tordues. Parmi les petites, certaines portaient des ouvertures analogues aux perforations produites par des clous [sup. , p. 186; inf., p. 290 à 292).

Soit dans le mihrâb , soit épars dans la salle centrale, les ouvriers ont egalement trouvé quelques menus échantillons d’enduits creusés cà la gouge et taillés au couteau. Comme technique et comme stvle, ils appartiennent à la décoration dont les premiers spécimens remontent à l’époque des Sassanides et que les artistes persans ont propagée dans toutes les contrées conquises par les musulmans. Il s’agit de sculptures aux arêtes vives, aux évidements prismatiques, exécutées sur des plaques de plâtre durci, épaisses de o 111. o 1 2 ci o m. o 1 5. Autant qu’on peut en juger, le dessin relève d’une bonne école, mais l’exécution paraît un peu rude.

Enfin , f inventaire des matériaux découverts serait incomplet si je ne citais les très rares zéluljes ou morceaux de faïence que les fouilles ont fournis. Quelques-uns paraissent erratiques, mais deux octogones aussi remarquables par la qualité de la brique que par la belle coloration vert olive du vernis méritent, d’être signalés. Le côté de l'octogone a o m. 023 et la plaque atteint o m. 021 d’épaisseur. Elle est légèrement démaigrie afin de faciliter l’interposition du mortier, sans nuire au contact de la surface émaillée. Le fragment provient-il de la décoration de la mosquée? En tout cas, la fabrication est très supérieure à celle des produits actuels de l’industrie marocaine. Seuls les Itaclus persans des belles époques pourraient lui être comparés. Mais tandis qu’ils sont taillés et ajustés à la main, d’ailleurs tout comme les zéluljes, les deux octogones sont moulés.

§ V. Description détaillée des diverses parties de la mosquee

Page 1