CALCUL DU RAYON DE L’OGIVE
R is is ms
1 " cas. — Perpendiculaire sur le milieu de la corde lis.
ms
!5 = un + ms
im — 2 A ms = -f A
4A2 + ^§A2 4 + yj
R = — aL = A-a
R=^iA = ^i = (4,o357....)A.
Si je fais go = ab , gs = ad + ab = ^3 + — ^ A + ~ — = 4,o833A
gs — R = 0,0476 A = o m. o382 23.
2e cas. — Perpendiculaire en / sur le milieu de bh.
En ce cas, go = ab = -x- comme conséquence de la construction Rt = gh =fg +fh .
sf-U
B;=^4. + IZ2!a.*V“X.44 + 77
Rî= — 2 (a5x i44 + 77')
4Xi2
K,-A^6oo + 59a9-^pi4-22AÎA
ad + i/o = 4,o833 A
o,oi583A
ad + go - - Rj = R = 4,o357A
= om. 01 2848
Dans la première solution, c’est la position du point [g) qui est cherchée. Il est montré que (g) est à gauche et à o,o476A de g , soit, pour l’espèce, à om. o38.
Dans la seconde solution, g est déterminé et c’est (s) qui est cherché. Or, [s) est à droite et à 0,01 6 A, soit dans le cas considéré à o m. 0128.
En théorie, la seconde solution serait préférable à la première; dans la pratique, elles se valent et se superposent.
[281] LA MOSQUÉE D’HASSÀN.
l’on tire un argument contraire de la différence de style entre la mosquée et le minaret, car la porte de ce dernier était construite à l’époque où les arceaux allaient être tournés ou, du moins, le tracé en avait été apporté d’Espagne [inf., p. 296, 3o3, 3o4,§ IX, p. 307).
Un autre enseignement découle des constatations faites au cours des foui 11 es de la salle Centrale. Au fond des tranchées gisaient de larges parties du revêtement des toitures à la face intérieure duquel adhéraient des fragments de bois brûlé et que traversaient de part en part des clous de gabare longs environ de o m. 4o (sup., p. 186; inf., 290). Si ces revêtements eussent offert une faible déclivité, il eût été inutile de les clouer sur la charpente. J’estime donc que le toit se composait d’une série d’ados et que la pente des égouts était même très accusée. Dans les mosquées marocaines, elle atteint environ 45° (pbot. 19). Ici, pour une construction d’une importance exceptionnelle, pour une surface de toiture s’étendant, au total, surprès de i5,ooo mètres carrés et recevant au cours d’une pluie d’orage de 600 à 800 mètres cubes d’eau (sup. , p. 2 2 5, 226), il est à supposer que les constructeurs s’étaient préoccupés avant tout de la solidité des charpentes et avaient adopté une pente au moins égale à celle qui est restée traditionnelle.
La disposition du toit impliquait la construction soit de pignons longitudinaux, propres à porter les chevrons, soit de fermes transversales, reposant sur les tympans des arceaux. Dans le premier cas, les rigoles d’écoulement ou les chéneaux eussent été transversaux et répondu au chevron inférieur. Dans le deuxième, ils auraient reposé sur les tympans des arceaux et suivi leur direction longitudinale.
La seconde solution, en harmonie parfaite avec la disposition des allées, avait été assurément adoptée. Il est présumable que les eaux de pluie recueillies dans les rigoles longitudinales étaient conduites par elles jusqu’au réservoir collecteur.
La restitution de la toiture des portiques (fig. 23) semble aussi certaine que celle de la salle centrale.
Les murs d’enceinte étaient construits dans des coffrages qui re-
LE l'-COLONEL DIEULAFOY.
I U PIMMF.1V I E NATIONALE.
posaient sur des cours de boulins laissés à demeure dans la maçonnerie [sup., p. 177)- Quelques boulins ont disparu, d’autres subsistent; mais, que leur logement dans la maçonnerie soit vide ou rempli, tous ont laissé des traces apparentes suivant des lignes à peu près horizontales, à peu près équidistantes (phot. 3). Soit en raison d’une répartition quasi-régulière, soit en raison de ses faibles dimensions, il est impossible de confondre un trou de boulin avec toute autre pénétration. Or, comme à l’intérieur, on ne relève que ces derniers sur les pans de mur et, notamment, sur le pan de mur 7—1 1 encore intact, on en conclut que les pièces de charpente appartenant à la toiture des portiques n’avaient pas de prises dans les maçonneries. Elles ne reposaient pas non plus sur des pilastres ou des colonnes engagées, puisque, au cours des recherches entreprises le long du parement intérieur du mur d’enceinte, les fondations des quatre demi-colonnes extrêmes des files nos 1 et 2 ont seules été découvertes [sup., p. 199, 200, 2 65). Il en résulte que la toiture des portiques ne comportait pas d’entraits au niveau des chapiteaux. J’ajouterai que la hauteur des colonnes [sup., p. 2Ôo et fig. 9) comparée à celle du mur [sup., p. 2 35) accuse une différence de hauteur de 8 m. 4o — 6 m. 45 = 1 m. 95, très voisine de (2+^=2 m. ooy5 et telle, en tout cas, qu’il ne saurait être question d’une terrasse horizontale, appuyée sur le couronnement du mur et sur les chapiteaux.
D’autre part, la face supérieure de plusieurs chapiteaux des portiques Est et Ouest porte encore une couche de mortier où des poitrails tantôt doubles, tantôt triples ont laissé des empreintes fort nettes (fig. 9).
Si de l’intérieur, on se transporte à l’extérieur, les boulins ponctuent aussi le parement. Mais, outre leurs trous, on y découvre des excavations rectangulaires dont la base — autant que l’usure des arêtes permet de la mesurer — règne à une distance de 2 mètres audessous de la crête du mur (fig. 22 et phot. 3). Ces excavations larges de o m. 4 2 à o m. 46 et hautes, environ, de o m. 60 forment deux
Prises des contre-fiches de l’auvent.
couples médians et deux demi-couples extrêmes, régulièrement répartis sur le pan de mur 7—1 1 où je les ai relevées. La distance axiale des deux couples médians est de 7 m. 2 5 et les axes des deux excavations du même couple sont éloignés de 1 m. 98. Ces mesures répondent respectivement à 9A=7in. 227 et à (2 + 7) A = 2A + (3 = 2111.0075. Quant aux demi-couples, il n’a pas été possible d’en relever la dimension précise en raison de l'effritement des parties supérieures du pan de mur à son ancien contact avec le porche. Toutefois, des mesures prises, on déduit par différence que la distance entre l’axe d’un couple médian et la face latérale du porche le plus voisin était encore de 9 A. En effet, étant su que la distance axiale des deux porches 6-7 (n° 2) et 1 1 — 12 (n° 3) est de 4oA et que le front de chacun d’eux mesure i3A, il appert que les faces opposées des deux ouvrages laissaient entre elles un intervalle de (4o— 1 3 ) A= 27A = 9A+2X9A.
Les trous de boulin sont normaux au parement des murs. Les excavations ne s’en distinguent pas seulement par leur grandeur, elles en diffèrent aussi par leur direction. Au lieu de s’enfoncer comme eux suivant un axe horizontal, elles plongent du dehors au dedans, en pente de 45°, dans le cœur du mur.
Des excavations dont la section droite s’harmonise si bien avec 1 équarrissage d’une pièce de charpente ne pouvaient être que des prises et, à des prises ainsi disposées, devaient répondre les contreliclies d’un auvent jeté sur le trottoir extérieur.
La restitution de la charpente des portiques Est et Ouest se présente désormais avec un caractère de certitude à peu près absolu (lig. 2 3).
Les contre- fich es jouaient, à l’extérieur, un rôle analogue à celui que remplissaient, à l’intérieur, les colonnes des portiques. Les unes comme les autres recevaient un cours de poitrail où reposaient les fermes. L’entrait ne s’assemblait pas avec les extrémités inférieures des arbalétriers, mais il les triangulait au-dessus du couronnement de la muraille et s’appuyait sans doute sur une ou deux sablières.
Même, il est à croire qu’il portait le poinçon à la manière antique et qu’il transmettait à la maçonnerie la moitié du poids de la toiture.
Si l’on se réfère à leur empreinte, les pièces dont se composait le poitrail intérieur mesuraient séparément de o m. 1 26 à o m. 1 64 d’épaisseur, tandis que réunies elles formaient une poutre qui, vide compris,
présentait une épaisseur constante de o m. 4o, soit de o m. 4oi 5 = ^» Les fûts de cèdre qu’il fallait traîner depuis l’Atlas jusque sur le chantier constituaient des matériaux précieux. Aussi bien, les utilisait-on sans perte et les maîtres charpentiers parfaisaient-ils l’épaisseur et la tombée prévues du poitrail en le composant, au mieux,
de deux ou de trois pièces distinctes en épaisseur et de deux ou de trois pièces en hauteur. D’ailleurs, l’emploi du bois d’un faible équarrissage fut toujours et est encore usuel cbezles musulmans. LesOrientaux ne recourent, en effet, ni aux pannes, ni aux chevrons. Les voliges reposent sans intermédiaire sur les arbalétriers de fermes très rapprochées et, partant, légères, quelle que soit leur portée. Enfin, je rappelle qu’à Persépolis, les architraves dont j’ai pu relever les dimensions sur des piles d’angle où elles s’encastraient étaient composées d’un empilage de pièces de charpente.
Les constructions maçonnées de la salle Centrale et des Annexes étaient stables, solides et autorisaient l’emploi de combles fort élevés et de toitures assez massives pour obtenir, l’hiver, une étanchéité parfaite et pour entretenir, l’été, à l’intérieur de la mosquée une température moins excessive que celle du dehors.
Les portiques et les auvents se présentaient dans des conditions spéciales. Ils étaient de simples abris et ne devaient offrir qu’une protection passagère. Il est donc à supposer que la pente du comble avait été adoucie et que le toit était en tuiles sans adjonction de mortier ni de chéneau de plomb. Au surplus, c’est de la sorte que la couverture des auvents et des appentis anciens et modernes est constituée.
La charpente des portiques qui vient d’être décrile nécessitait l’appui des colonnes. Elle régnait depuis l’extrémité Sud jusqu’à la file 21. Au droit du Q. R. , la disparition du mur d’enceinte rend bien fragiles les hypothèses à présenter. Peut-être, la disposition adoptée à l’extérieur se reproduisait-elle au dedans.
Il est manifeste que, dans la crainte d’affamer la maçonnerie, on n’y avait pratiqué que les prises indispensables. Ici encore, le constructeur de la mosquée avait obéi à une tradition orientale bien ancienne puisque, dès l’époque de Salomon, les architectes du Temple, plutôt que de recourir à des pénétrations, avaient assis sur des redents les planchers des trois étages en bas-côté. Les murs pré-
[287] LA MOSQUÉE D’IIASSÂN.
sentaient des retraites très accusées et leur épaisseur excessive à la base diminuait à mesure qu’ils s’élevaient. A cet égard, il ne saurait subsister de doutes, tant sont précis les renseignements et multiples les cotes fournis par la Bible (1).
A l’exposition du Sud, où l’action du soleil était permanente et la réverbération redoutable, l’auvent régnait plus bas qu’à celles de l’Est et de l’Ouest. Par suite de cet abaissement, il eût été impossible de profiter de l’égout intérieur de la toiture pour équilibrer le poids de la partie extérieure. Aussi bien, l’architecte avait-il fait reposer l’auvent sur des pièces horizontales qui traversaient à la fois le mur et les tours, celles-ci, en leur milieu, par une poutre horizontale, normale au front, puis, latéralement, par deux poutres engagées à mi-bois dans les faces. Ces poutres, dont l’équarrissage moyen atteint o m. 29, soit A = a = o m. 3oii25 d’épaisseur sur o m. 4o5, soit^A = |S = 0 m. 4oi5 de tombée, saillissent, pour la plupart, en dehors de la maçonnerie, à l’extrémité orientale du front. Là où elles ont disparu, leur logement a du moins persisté. Dans ces conditions, la restitution repose sur des données certaines.
Quant à la couverture du portique double, j’estime, sans pouvoir en fournir la preuve, qu’elle se composait de deux combles analogues à ceux de la salle Centrale mais dirigés de l’Est à l’Ouest. En tout cas, elle était distincte des autres toitures et régnait d’une manière uniforme sur toute la longueur, comme en témoignent les demi-colonnes qui, par exception , se trouvent au commencement et à la fin des files nos 1 et 2 (sup., p. 200, 2 65).
Dans les édifices construits en Espagne par les musulmans et dans les mosquées marocaines des xive et xve siècles, les architectes recoururent indifféremment aux pignons et aux croupes ( phot. 1 9 ). En vue de faciliter l’écoulement des eaux pluviales, les croupes, je le présume, étaient préférées quand une toiture longitudinale rencontrait une
(1) Dieulafoy, Le rythme modulaire du Temple de Salomon [inf., p. 3 1 3 , 3i4, note 1).
toiture transversale ou vice versa. Néanmoins, j’estime qu’il n’existait pas de pénétration au sens géométrique du mot.
Les deux piles de briques découvertes entre les colonnes consécutives des files longitudinales des Annexes ( sup ., p. 191, 228 et fig. 1; pliot. 8, 9, 10) servaient probablement à fixer des clôtures ajourées dans les conditions qui ont été déterminées, mais elles remplissaient, sans doute, aussi un rôle constructif, en ce sens que les petits arceaux qui comprenaient l’arceau jeté sur deux piles de briques (fig. 24) amortissaient sa poussée au vide et permettaient de supprimer les culées extrêmes [sup., p. 228). Par voie de conséquence, la distance axiale des piles de briques étant de 4 A et celle entre parements étant de 3 A [sup., p. 199), la montée des arceaux était à celle des arceaux de la salle Centrale dans le rapport de 3 A à 7 A. Il en résulte que les combles qu’ils soutenaient étaient dominés de très haut par ceux de la salle Centrale (1f A part cette différence, ils devaient leur ressembler.
Je viens d’établir que les toitures de la mosquée reposaient toutes sur des fermes, que les arbalétriers présentaient de fortes pentes et j’ai indiqué, également, que, légères mais très rapprochées, ces fermes portaient directement le voligeage sans l’intermédiaire de pannes, ni
O Au cas d’une ouverture d’arceau de 3A (fig. 24 ) , l’application du tracé (fig. 21) de la voussure en ogive outrepassée donnerait pour
la flèche 3x-A=(2 + -') A. Les fractions en 7 V 7/
septième ne se sont pas rencontrées, mais elles seraient d’un emploi correct. Pourtant, il est
probable que, dans la pratique, la fraction était remplacée par la fraction en huitième la plus voisine, soit A La différence de hauteur
entre les flèches calculées en septième —
3 X ^ A — et en huitième — 3 X -k A — est 7 8
négligeable, car elle atteint à peine +om. o43
sur une dimension de 2 m. o65.
Dans la salle Centrale, la flèche calculée serait de 6A = 4m. 818.
mesurerait donc le commandement probable des arceaux de la salle Centrale (pris au sommet de l’intrados) sur ceux des Annexes. La différence de niveau entre les deux planchers était plus grande que celle des arceaux. Peutêtre s’élevait-elle à 4A = 3 m. 212. Ces chiffres sont intéressants k citer, mais il est bien entendu que ne reposant sur aucune découverte précise et ne résultant que de déductions, on avance dans le champ des pures hypothèses.
Fig. 24. — Coupe longitudinale de l’Annexe (arceaux restitués).
Fig. 24. — Plan.
le l‘-colonel dieulafoy.
IMPRIMERIE NATIONALE
de chevrons. Il est probable que l’entrait soutenait le poinçon au lieu d’en être indépendant et que des tirants reliaient les arceaux dans le sens longitudinal comme dans le sens transversal, raidissaient l’ensemble des supports et assuraient la verticalité du quillage.
Dans l'état où les ruines se présentaient, il n’a pas été possible de pousser plus loin la restitution de la charpente et beaucoup de détails nous échappent. Les nombreux fragments qui ont été découverts nous ont du moins instruit de la nature et de la disposition des matériaux qui entraient dans la toiture de la salle Centrale et des Annexes.
Le voligeage constituait un plancher résistant sur lequel était étendue une chape de mortier où s’engageait une couverture de tuile. En raison de son poids et de la forte inclinaison des égouts, la chape était fixée sur la charpente cà l’aide de clous de gabarre ( sup p. 186, 281). Enlin, pour faciliter l’écoulement des eaux, elle était lissée avec soin et portait des stries creusées suivant la ligne de plus grande pente (fig. 2 5). A cet égard, les fouilles ont fourni des renseignements précis [sup., p. 186, 281). D’ailleurs, les mosquées marocaines offrent de nombreux exemples de toitures qui les confirment (phot. 19). Quand le bord de l’égout est apparent, il présente cette particularité que les tuiles saillissent de deux décimètres environ au dehors de la chape et constituent une sorte d’ornement gaufré. Fréquemment, la saillie de la tuile porte un émail vert olive. L’elfet en est heureux et il se pourrait que, dès l’époque des derniers Almohades, les architectes eussent recouru à cette brillante polychromie.
Dans les toitures composées, comme celles de la salle Centrale et des Annexes, d’une suite de combles parallèles et juxtaposés, il est d i (ïicile d’assurer la liaison étanche des égouts opposés de deux combles consécutifs. De nos jours, les architectes ont adopté les chéneaux de /,inc laminé, de fonte ou d’acier fondu. Vers la fin du xne siècle, ou l’on se résignait à subir les suintements qui, à la longue, pourrissaient les charpentes, ou l’on recourait à l’emploi très coûteux du plomb.
Fig: 2 5. — Coupe longitudinale de la toiture par un plan normal à la ligne de plus grande pente et projection horizontale de la toiture décomposée en ses diverses couches.
E, enduit. — T , tuiles. — V, voliges, planches. — d, arbalétriers.
C’est le plomb qu'utilisèrent les constructeurs de la mosquée de Cordoue. La toiture fut désorganisée à l’époque où Herman Ruiz, architecte du chapitre, commença la construction de la capilla mayor
(i523). Don Ambrosio de Morales qui la vit avant sa transformation l’a décrite dans ses Antigüedades de las ciudades de Espaïia (Alcala de Henares, îôyô).
« Les canaux de plomb sont si larges et si hauts que deux hommes peuvent très bien s’y tenir réunis et, presque même, les suivre en marchant. L’épaisseur des lames de plomb est d’un doigt, ce qui fait que le poids total des canaux pourrait être à peine apprécié. »
D’autre part, la grande mosquée de Tlemcen présente des chéneaux habilement conçus et assez bien conservés, qui sur om.6o d’ouverture et o m. 44 de profondeur sont constitués par des feuilles de plomb larges de 2 mètres, clouées à même les arbalétriers, audessous des voliges.
Les dimensions des feuilles de plomb découvertes sous les décombres des parties de la mosquée d’Hassàn respectées par l’incendie ( sup p. 186, 233, 324, 289; inf. , p. 3oi, 3o5) semblent cadrer avec celles relevées à Tlemcen. La disposition devait être traditionnelle au Maroc. Au surplus, les deux grandes mosquées de Rabat et de Cordoue présentaient des analogies telles (sup., p. 190, 263, 291) que l’aménagement des chéneaux devait y être semblable.
La destination de chacun des fragments de la toiture respectés par les flammes (inf., p. 3oo), leur utilité, leurs rapports réciproques dans la constitution d’une partie essentielle de tout édifice paraissent désormais, sinon hors de doute, du moins très probables.
Malgré l’uniformité de la charpente et l’emploi général de la ferme, deux grandes sections caractérisées par la situation relative des fermes et de leurs supports se distinguaient dans le quartier Hypostyle. La première, signalée par de hautes colonnes et par les combles posés sans intermédiaire sur les chapiteaux, se réduisait aux trois portiques Est, Ouest et Sud; la seconde, où des colonnes de faible hauteur recevaient des arceaux, comprenait la salle Centrale et les deux Annexes.
Peut-être, les portiques avaient-ils été élevés tout d’abord laissant entre eux la grande cour dont la place est manifeste entre le réservoir
[293] LA MOSQUÉE DTIASSÂN.
actuel et la file transversale n° 2. En ce cas, l’oratoire eût été à découvert et se fût confondu avec le salin [ sup ., p. 172). Mais, au cours des travaux, Yakoub el Mansour, qui destinait la mosquée aux troupes campées à Rabat et à Salé, et qui comptait les y rassembler le vendredi pour assister avec elles à l'office rituel, aurait-il donné l’ordre de déplacer le bassin aux ablutions et de couvrir l’oratoire? Peut-être? En ce cas, se serait imposée plus que jamais impérieuse la nécessité de restreindre les dépenses. C’est alors que l’architecte, contraint d’utiliser les tambours de colonne ébauchés en carrière, aurait adopté pour les 190 colonnes de la salle Centrale et des Annexes actuelles un type de support très bas, bien que présentant le même diamètre que ceux des portiques, quitte à racheter le défaut de hauteur par des arceaux de briques. De la sorte, se justifierait, entre l’oratoire et la mahsourah [sup., p. 198, note 1) représentés ici, le premier par la salle Centrale et la seconde par le milieu du portique Sud, la séparation constructive, absolument inusitée, que les pilesculées de la file transversale 3 accusent d’une manière flagrante et que la différence de hauteur des colonnes et du mode de couverture rendent également manifeste.
§ VIL Identification de l’édifice de la mosquée d’Hassân.
A l’époque où reporte la construction de la mosquée d’Hassàn, le régime politique du Maroc offrait des complications qu’il importe d’éclaircir avant d’aborder les problèmes relatifs à l’exécution des travaux.
Je rappelle que Yakoub el Mansour [sup., p. 179 et note 1) fut proclamé en 58o de l’hégire ( 1 1 84 de J.-C. ).
Sa première expédition en Espagne remonte à l’année 585 (1189 de J.-C.). Elle fut de courte durée.
Sa seconde expédition eut lieu en 591 (1195 de J.-C.). Elle fut
LE L '-COLONEL DIELLAFOY.
signalée par la victoire d’Alarcos que l’émir remporta cette même année 691. A son retour à Séville, il entreprit la grande mosquée et son minaret.
En 592 (1195 de J.-C.), nouvelle expédition contre les royaumes chrétiens et surveillance des travaux de Séville.
En 594 (1 197 de J.-C.), Yakoub el Mansour est de retour à Marrakech et meurt, sans doute, l’année suivante.
Il a pour successeur son fils, El Nasser. En 609 (1212 de J.-C.), les Almohades qui étaient restés forts et grands jusque-là subissent la terrible défaite de Hisn el Oukab (Las Navas de Tolosa, 16 juillet 1212). Elle met fin à leur règne en Espagne et prépare leur décadence au Maroc où El Nasser détrôné en 610 (i2i3 de J.-C.) est remplacé par son fils, Youssef el Moustansyr, encore enfant.
\ la suite du désastre des armées almohades, la dynastie des Mérinides qui allait succéder aux Almohades prenait de la consistance et s’affermissait.
On trouve à l’origine Abou Khàled Mayou el Zénèta el Méryn qui, à la bataille d’Oukab, commandait les Zénèta. Il meurt dans son pays, au midi du Zab africain, sur la lisière du désert, l’année même où El Mansour était à Séville.
Son fils Abd el Hakk lui succède en 591 (1 195 de J.-C.) et profite peut-être de l’éloignement d’El Mansour pour se faire reconnaître émir par les tribus soumises à son influence directe.
Abd el Ilakk s’éteint en 6 1 4 (1217 de J.-C.). Ses débuts avaient été modestes, mais avant de disparaître, il avait reconquis la puissance et restauré le prestige qu’avait perdus El Nasser EAlmohade, après la défaite d’Oukab.
\fid el Ilakk est remplacé successivement par ses fils :
Abou SaïdOthman, assassiné en 638 (1240 de J.-C.);
Abou Mahrouf Mohammed, mort en 642 (1244 de J.-C.);
Abou 4 hya (pii prend Fez quatre ans plus tard (646 de l’hégire - 1 248 de J.-C.), y est proclamé et exerce dès lors une autorité souve-
raine sur tout le Nord du Maghreb. Il meurt en 656 (î 258 de J.-C.) et laisse le pouvoir à son dernier frère, Abou A oussef A akoub.
Abou Youssef Yakoub règne de 656 à 685 de l’hégire (i258 à 1286 de J.-C.). 11 s’empare de Marrakech où régnait Edriss Abou Debbous, le dernier Almohade, et met fin à la dynastie almohade l’année 667 de l’hégire (1268 de J.-C.).
Durant cette période les dates saillantes sont :
591 de l’hégire : Avènement d’Abd el Hakk le Mérinide;
610 de l’hégire : Renversement d’El Nasser l’Almohade;
646 de l’hégire : Prise de Fez et proclamation d’Abou Yhya le Mérinide;
667 de l’hégire : Prise de Marrakech par Abou Youssef et mort du dernier Almohade, Edriss Abou Debbous.
Toutes les chroniques que j’ai consultées sont d’accord pour déclarer que la mosquée d’Hassân est l’œuvre de l’émir A akoub el Mansour bi Fadl Allah, le troisième khalife almohade.
Mais tandis que l’auteur du Roudh el Kartas ( sup p. 169, note 1) prétend qu’il en ordonna la construction au moment de se rendre en Andalousie pour livrer la bataille d’Alarcos, par conséquent en 590 ou en 591 de l’hégire (1 194 ou 1 195 de J.-C.), Abd el Ouahid el Marrakechi, dans le Moucdjib [sup., p. 170, note 1; in/., p. 297, note 1), dit que «l’on poursuivit, sans cesse, les travaux de la mosquée durant tout le rècjne d’Abou Aoussef (Yakoub el Mansour). Par conséquent, il ferait remonter la fondation de l’édifice à l’année 58o de l’hégire (1 1 84 de J.-C.).
Il est manifeste que la mosquée et le minaret sont des œuvres enfantées sous des inspirations différentes, et que les ruines de la mosquée appartiennent à une école artistique antérieure à celle où l’on peut ranger la tour. Je m’expliquerai un peu plus loin à cet égard (p. 3o3).
D’autre part, bien que dans toute son œuvre, la mosquée décèle un travail rude et hâtif, il est difficile d’admettre avec le Roudh el Kartas qu’on ait pu la bâtir en cinq ans, soit de 590 à 59b de l’hégire.
J’incline à croire quelle fut entreprise vers l’année 585, avant la première expédition d’Espagne ( sup ., p. 294), par des architectes locaux, attachés aux traditions romano-byzanlines qui persistaient dans l'Ouest africain avant l’union politique de l’Islam espagnol et de l'Islam mogrébin. En ce cas, la construction de l’édifice aurait duré dix ans (de 585 à 5q5). Quant au minaret, où se reflètent les plus beaux modèles de l’art musulman andalous, il dut être entrepris au plus tôt en 592, l’année qui suivit la victoire d’Alarcos [sup., p. 294 ; inf., p. 3o4).
La mosquée qui avait été commencée en 585 était donc en cours de construction à l’époque où le minaret fut fondé. Les murs étaient couronnés; les colonnes, quillées. En un mot, le gros œuvre touchait à sa fin [inf., p. 3o2, 3 o 3 ) . Mais il se peut aussi que le tracé des voussures ait été établi et que l’ornementation ait été entreprise d’après les modèles rapportés d’Andalousie et introduits au Maroc par les architectes à qui incombait la tâche d’élever le minaret. Ce sont là des détails d’un haut intérêt archéologique que les fouilles ont mis en lumière.
11 reste à examiner si, comme on l’a prétendu souvent, les travaux furent interrompus à la mort de Yakoub el Mansour pour n’être jamais repris ou si la mosquée a été achevée.
On lit dans le Moucdjib [sup., p. 170, note 1 , p. 217, note 1, 219, 297):
« Celte mosquée (la mosquée d’Hassàn) n’a pas été terminée jusqu’à ce jour car la construction fut arrêtée par la mort d’Abou Youssef Yakoub el Mansour) et, depuis lors, ni Mohammed (El Nasser, fds d’El Mansour), ni Youssef (fils d’El Nasser) ne s’en occupèrent. Ribat el Eath fut achevée du vivant d’Abou Youssef (Yakoub el Mansour). Ses remparts et ses portes furent finis et la ville fut habitée en grande partie. . . Dans la suite, l’émir quitta Ribat el Fath après avoir organisé les services et choisi parmi les Masmouda, des oumanas pour contrôler les dépenses et surveiller les travaux. . . »
Puis, vient la phrase que je viens (le citer :
« On poursuivit sans cesse les travaux de la ville et de la mosquée pendant tout le règne d’Abou Youssef (Yakoub el Mansour) jusqu’en l’année 5g4(1) (1198 de J.-C.) [où il mourut]. »
Le Moucdjib d’Abd el Ouahid el Marrakechi semble avoir simplement paraphrasé deux passages du Roudh el Kartas auquel il vient d’être fait allusion (p. 295). En effet, cette dernière chronique, en retraçant l’histoire du règne de Yakoub el Mansour mentionne deux fois la mosquée et le minaret d’Hassàn.
« Au moment de se rendre en Espagne pour livrer la bataille d’Alarcos, l’émir (Yakoub el Mansour) ordonne la construction de la casbah (forteresse) de Marrakech, de la mosquée sacrée qui se trouve visà-vis la casbah et de son minaret, du minaret de la mosquée El Koutoubiyin (La Koutoubiyia) , de la ville de Ribat el Fath sur le territoire de Salé, enfin, de la mosquée d’Hassân et de son minaret. » Puis, dans la chronologie des événements remarquables qui ont eu lieu sous les Almohades, le Roudh el Kartas, à la date de 5 9 3 de l’hégire (1197 de J. -G.), revient sur le même sujet.
«En 593, la ville de Ribat el Fath fut construite et entourée de murs munis de portes. C’est en cette même année que furent élevés à Ribat el Fath la mosquée et le minaret d’Hassân et ne pas il est fini (au singulier), la mosquée et le minaret de Séville, la mosquée El Koutoubiyin de Marrakech ainsi que la casbah et la mosquée de cette ville. »
Le membre de phrase que j’ai signalé et qui est écrit au singulier peut aussi bien, en arabe, se comprendre au pluriel : « et ne pas ils sont fins » et c’est ainsi que l’auteur du Moucdjib l’a entendu.
Tout autres ont été l’interprétation de l’auteur du Kiiab el Istu/ça (1) et celles de Mohammed ben Abdesselem Rebâti dans les Annales des Alaouites, de Mohammed ben Ali Slaoui dans le Kitab el Itaf et de
(1) Moucdjib -, texte arabe de Dozy (Leyde, (2) Le Kitab el Istiqça est relativement mo-
18/17, 2° édit., 1881), p. 292-393. derne (sup. , p. 170).
le l'-coloxel dieulafoy. 18
IMPRIMERIE NATIONALE
Liban Ibnou i Khatib dans son Parallèle entre Salé et Malaga ( sup . , p. 170, note 1). Le dernier historien résume ainsi ses lectures :
» Bien qu’un souverain (Yakoub el Mansour) ait choisi cette ville (Ribat el Fath) comme demeure et pour en faire la base des opérations contre l’Andalousie, il est certain, après y avoir apporté toute son attention, qu’il n’a pas réalisé entièrement son projet. Le minaret d’Hassân na pas été achevé. »
L’auteur du Kitah el Istic/ça est plus laconique que celui du Parallèle mais aussi net :
« Yakoub el Mansour fit construire la mosquée d’Hassân et son minaret colossal devenu légendaire tant il est imposant et de belle facture. On prétend que la construction du minaret ne fui pas achevée. »
Enfin, tandis que fauteur des Annales des Alaouites écrit que la mosquée existait encore intacte à l’époque des Mérinides (sup., p. 294), celui du Kitah el Itaf insiste pour dire quelle fut terminée durant la vie de Yakoub el Mansour.
Les autres chroniques sont muettes. Mais si l’on pouvait hésiter entre les deux interprétations au singulier ou au pluriel de la phrase du Roudli el Kartas, un passage d’Ibn Batoûta lèverait tous les doutes. En effet, le grand géographe marocain , qui revint dans sa patrie en 75 7 de l’hégire ( 1 3 67 de J.-C.) , s’exprime ainsi dans le Toafat en Noudliar à propos de la mosquée de Balkh (Bactrcs) :
« Tinguiz (Gengis Khan — 1 1 5 3 à 1227 de J. -G.) le Maudit a mis cette ville (Balkh) en ruine et a démoli environ le tiers de la mosquée à cause d’un trésor qu’on lui raconta se trouver sous l’une des colonnes. C’est l’une des plus belles et des plus vastes mosquées du monde. La mosquée de Ribat el Fath, au Moghreb, lui ressemble par la grandeur de ses colonnes, mais la mosquée de Balkh est plus parfaite sous tous les autres rapports.» ( Voyages d’Ibn Batoûta, éd. G. Defrémery et Dl Sanguinetti, t. 111, p. 59, Paris, lmp. imp., i856).
Il résulte de ce parallèle que l’édifice mogrébin n’avait souffert
aucun dommage en 1 3 5 7 quand Ibn Batoûta le visita, puisqu’il insiste sur la destruction partielle de la mosquée de Balkh et qu’il se tait de la ruine plus ou moins complète de celle de Rabat. Donc, la mosquée de YakoubelMansour existait encore au milieu du xive siècle, 1 6 5 ans après sa fondation. Donc, elle avait été terminée.
A défaut d’Ibn Batoûta et des historiens précités, les fouilles se seraient prononcées en faveur de l’achèvement de la mosquée. Je dois même ajouter qu’elles eussent indiqué l’affectation de l’édifice, le nom de son fondateur et, par voie de suite, la date de sa construction.
De nombreuses inscriptions sont gravées soit sur les tronçons de colonne, soit sur les chapiteaux. On y lit djcima (mosquée). Le mot est le plus souvent isolé; parfois, il est suivi d’un ni, première lettre de Mansour. J’ai également déchiffré sur une inscription détériorée la dernière syllabe — sour —, et celle-ci très apparente, du même surnom de Yakoub ben Youssef ben Abd elMoumen.
Mais revenons aux renseignements chronologiques.
Un dirhem trouvé sur le sol antic/ue de l’édifice et qui porte la formule : «Il n’y a pas d’autre dieu qu’AUah; le commandement dans son intégrité appartient à Allah », est au nom d’Abd el Hakk Nasir el Hakk (Le Serviteur de la Vérité, vainqueur par la Vérité), premier khalife de la dynastie des Mérinides, qui régna de 59 1 à 6 1 4 de l’hégire (iig5 à 1217 de J.-C.). J’ai indiqué combien fut précaire le début du règne (sup., p. 294)- il ne prit une certaine consistance qu’en 610 de l’hégire (12 i3 de J.-C.), après le renversement de l’émir almohade. Il est donc à penser que la pièce d’argent fut perdue à une époque qui n’est pas antérieure à 6io. Peut-être fut-elle égarée durant le règne du quatrième fils de Abd el Hakk, qui mena une campagne très active contre les chrétiens, passa quatre fois en Andalousie et dut faire des séjours prolongés et fréquents à Ribat el Fath.
Parmi les pièces de bronze découvertes, mais en général très oxydées, un fels fournit également des indications utiles.
La face porte trois lignes d’écriture. Sur la première on lit : Fath
— c’est la fin du nom de Ribat el Fath; sur la seconde : sanna (année) et, sur la troisième : 700 ( 1 3 o 1 de J.-C.). Le revers donnait le nom de 1' émir. On y devine Yakoub, reste du nom du khalife mérinide Abou Yakoub \oussef, fils de Abou Youssef Yakoub, petit-fils d’Abd el Idakk, qui régna, en effet, de 685 à 706 de l’hégire (1286 à i3o6 de J.-C.).
De la sorte, nous atteignons le début du xive siècle. Je n’entends pas tirer de ces découvertes la preuve que la mosquée était fréquentée par les fidèles plus d’un siècle après la mort de Yakoub el Mansour. C’est du moins une indication qu’on ne saurait négliger, fût-elle unique, et ce n’est pas le cas.
Les renseignements fournis par la construction échappent à toute controverse.
Le style de la mosquée, auquel j’ai déjà fait allusion et qui sera bientôt défini [inf.,% IX, p. 807 à 3 10), donne la date approximative de la construction. Quant à l’achèvement des travaux, il me paraît certain. Mon opinion se fonde sur la découverte d’arceaux de brique, de pièces de charpente, de parties de toiture, de feuilles de plomb, de fragments de décors ( sup p. 1 85 , 187, 234, 281, 290, 292), matériaux que nous n’y aurions pas rencontrés si les chantiers avaient été fermés en cours de construction.
Enfin, si noiis ignorons l’époque même approximative de la ruine de la mosquée, le lit de charbon, les pièces de bois brûlées, les tuiles calcinées et les briques ayant subi l’action des flammes témoignent qu’un incendie dévora l’édifice [inf., S VIII , p. 3o4, 3o5).
Le sinistre semble avoir pris naissance à l’intersection des files n° 10 et 11 avec les files nos XII et XIII. Du moins, vers cet endroit, lurent dégagées trois colonnes — les colonnes nos 9, XII; 10, XII et 1 1, XII — , dont les chapiteaux se touchaient presque, tandis que les fûts divergeaient, tels les rayons d’un cercle [sup., p. 187)
Il existe là une sorte d’ombilic, un centre d’attraction vers lequel tendent non seulement les trois colonnes précitées, mais toutes
les colonnes environnantes comme si elles y avaient été entraînées, quand l’équilibre fut rompu.
Les flammes gagnèrent la mahsoiirah ( sup ., p. 198, note 1) ; toutefois, à bien des indices, on reconnaît quelles ne franchirent pas les espaces libres entre la salle Centrale et les portiques Est et Ouest. Elles ne semblent même pas avoir atteint les Annexes. Du moins, les bois découverts sur leur emplacement n’avaient pas subi l’action du feu. De même, les plaques de plomb exhumées au cours des fouilles intégrales des Annexes et des portiques. Elles avaient souffert de la chute des matériaux au milieu desquels elles gisaient, mais ne portaient nulle trace de fusion (sup., p. 186). A l’appui de cette observation, j’ajoute que les seules colonnes restées debout appartiennent aux portiques latéraux, à l’Annexe Ouest et à la tête Ouest du portique Sud.
Un incendie ayant eu des conséquences aussi funestes et un développement aussi considérable que celui dont il vient d’être parlé dut se propager à travers une charpente en place. C’est un nouvel argument en faveur de l’achèvement de l’édifice. En ce cas, encore, les fouilles se sont prononcées d’une manière décisive , puisqu’elles ont mis à découvert non seulement les bois des fermes mais des portions de la toiture y compris les chéneaux de plomb (sup., p. 290 à 292).
L’erreur que les annalistes postérieurs à l’auteur du Rouclh elKartas ont commise en déclarant que les travaux de la mosquée d’Hassân avaient été arrêtés à la mort de Yakoub el Mansour doit être attribuée, en partie, à l’état où se présente le minaret. 11 saute aux yeux les moins exercés que la tour ne s’est pas écroulée. Si, au lieu de s’élever à 65 mètres environ au-dessus du carrelage de la mosquée (sup., p. 277), elle n’atteint que 4 4 en moyenne, c’est que les chantiers furent fermés avant quelle n’eût reçu son couronnement. C’est également hors de conteste.
Les retards que subirent les travaux de la tour pouvaient tenir à la complication du décor autant qu’à l’intervalle de temps qui sépara l’expédition des deux ordres relatifs, le premier à l’exécution de la
mosquée, et le second à l’érection du minaret ( inf. , p. 3o3, 3 o 4 )- Cette dernière raison, si elle ne fut pas unique, paraît, du moins, avoir été prépondérante.
Dès la première inspection , il nous parut que la tour d’Hassàn et les ruines étendues à ses pieds appartenaient à deux écoles distinctes, différenciées par le style de l’architecture et par les procédés de construction [sup., p. 277).
En effet, si, d’une manière générale, les colonnes (fig. 9; phot. 5, 7 à 10, 1 3 à 1 4 ) comme les piles-culées (fig. 4,5, 7; phot. 1 1) se rattachent à un rameau un peu rude, un peu sauvage de l’art romanobyzantin [sup., p. 25 1, 277; inf., p. 307, 309 ) , si les colonnes comme les murs d’enceinte appartiennent à une œuvre large, immense, mais pour la réalisation de laquelle la grandeur a eu pour contre-partie une économie sévère, la tour d’Hassân, au contraire, dénote une civilisation raffinée, luxueuse, prodigue et doit être tenue pour l’un des plus beaux exemples de l’architecture du khalifat andalous, introduit au Maroc par Yakoub el Mansour et dont le plein épanouissement y répond à l'époque des Mérinides (phot. 2, 6).
Enfin, opposition décisive, les colonnes façonnées à la grosse bouchard e étaient ravalées et achevées sur le tas — je vais en fournir la preuve [inf. , p. 3o3) — alors que, malgré la complication du décor, les parements du minaret furent taillés, sculptés et ajustés avant la pose; puis, mis en place sans reprises, ni retouches d’ensemble. Or, ce dernier travail ne réclamait pas seulement des chefs d’atelier, des appareilleurs et des tailleurs de pierre d’une habileté consommée. \vant d’être entrepris et pour être mené à bonne fin, il avait nécessité une révolution complète dans l’organisation du travail depuis l’époque où les colonnes avaient été extraites de la carrière et livrées aux maçons.
La preuve que les colonnes étaient ravalées sur le tas se déduit de la préparation des tronçons. Un grand nombre de supports trouvés intacts présentent une ciselure soigneusement relevée aux deux
[303] LA MOSQUÉE DTIASSÂN.
extrémités des tambours, tandis qu’une génératrice en saillie règne sur toute la hauteur. Les ciselures permettaient le raccord en plan, tandis que la génératrice aidait à quiller verticalement le support pour aussi grossière que fût la taille en carrière ou sur chantier. Plus tard, quand le montage était achevé, les ouvriers abattaient la génératrice et régularisaient les surfaces. L’antiquité classique, dont les méthodes régentaient encore les chantiers marocains au cours du xne siècle, ne procédait pas autrement.
C’est, également, dans la construction que se manifeste l’exécution avant la pose, de la sculpture décorative du minaret. Que l’on considère la face Ouest de la tour d’Hassàn (phot. 6) et l’on remarquera que le parement sculpté forme un mince placage devant la maçonnerie et qu’aucune sorte de lien ne le rattache au massil de la muraille. Or, tel n’eût pas été le cas, dans l’hypothèse où la sculpture eût été entreprise après la construction et en même temps que le ravalement des façades. D’une part, le constructeur se fût gardé de bâtir les murs de la tour en deux couches distinctes et de préparer de ses mains la dislocation possible de l’œuvre, si des facilités extrêmes données aux ornemanistes n’eussent pas racheté cette sorte de malfaçon. Au surplus , il n’eût jamais admis que, dans ces conditions, la taille fût consécutive à la pose, parce qu’il eût craint d’ébranler le mince parement qui en eût été l’objet. Ce sont là des indices qui ne peuvent tromper.
De ce simple exposé, il résulte que la tour fut commencée après l’achèvement du gros-œuvre de l’édifice.
Quel délai s’écoula-t-i! entre les dates respectives où furent rendus les lirmans relatifs à l’exécution de la mosquée et à l’érection du minaret? Je présume que l’une fut antérieure et l’autre, postérieure à la première expédition de Yakoub el Mansour contre l’Espagne chrétienne ( sup p. 293, 294). L’intervalle est court — huit années, dix années au plus — il est suffisant, car il avait permis à l’émir d’apprécier les merveilles enfantées en Andalousie par l’art des Omeiyades et de reposer ses yeux sur la mosquée et les palais de
Cordoue. En témoignage de son admiration, il avait décrété d’abord la construction de la mosquée de Séville et de son minaret, ensuite, étant revenu à Séville après la victoire d’Alarcos (591 de l’hégire, 1195 de J.-C.), les travaux effectués durant son absence l’auraient satisfait au point qu’il aurait expédié l’ordre de doter la mosquée d’Hassàn et la Koutoubiyia de Marrakech des minarets qui sont la gloire de ces deux villes et de prélever sur les ateliers de Séville, pour les envoyer au Maroc, des architectes, des chefs de chantiers et des ouvriers. Si l’on s’en réfère à la chronologie du Roudh el Kart as, c’est bien, en effet, au cours de 5 9 3 de l’hégire (1197 de J.-C.) que Yakoub el Mansour rentra victorieux à Séville (1) et que furent commencés le minaret d’Hassân et le minaret de la Koutoubiyia.
Ma première impression avait été qu’il s’était passé beaucoup plus de dix ans entre la mise en train des travaux de la mosquée et l’ouverture des chantiers du minaret. Plus tard, en étudiant le régime politique du Maroc durant le siècle qui s’écoula depuis l’avènement de Yakoub el Mansour l’Almohade jusqu’à la proclamation d’Abou Yakoub Youssef le Mérinide [sup., p. 29 4, 295) , je n’y ai trouvé ni l’occasion de commencer, ni le prétexte d’interrompre les travaux de la tour, à moins de se reporter au règne de l’émir Abou Youssef Yakoub (656-685 de l’hégire, 1258-1286 de J.-C.) qui fut très prospère [sup., p. 295). En ce cas, l’auteur du Roudh el Kartas n’eût pas rejeté à plus de cent ans en arrière des événements dont il avait été témoin.
§ VIII. Destruction delà mosquée.
Les recherches entreprises sur le site de la mosquée d’Hassân ont permis de reconnaître le foyer de l’incendie et de suivre la marche des flammes depuis le début jusqu’à la fin du sinistre [sup., p. 3oo).
' La Chronique spécifie udans les trois premiers jours du mois de Safar, 5g3».
[305] LA MOSQUÉE DTIASSÂN.
En revanche, elles n’ont rien appris sur la date du sinistre. Les chroniques et la tradition sont également muettes à cet égard. Mais les Annales des Alaouites connaissent l’incendie et le qualifient de fameux. J’ai même relevé dans ces Annales une seconde allusion à la ruine de la mosquée.
Leur auteur, Abou Abd Allah Mohammed ben Abd Esselam Rebâti qui vivait en l’année 1 1 6 5 de l’hégire (1762 de J.-C.) rapporte :
« Emir el Moumin Sidi Mohammed ben Abd Allah Alaoui (l’Alaouite) avait enlevé aux habitants de Rabat-Salé un grand bateau à l’aide duquel ils importaient des grains pour leur usage et qu’ils avaient construit du temps de son père, Mohammed Abd Allah ben Ismaël. Il ajoute qu’il n’entrait dans le bateau alors connu sous le nom de bateau des Krahdjas que des bois de cèdre provenant de la mosquée d’Hassân. »
Malgré sa date récente, cette mention a une grande importance. Elle établit que la mosquée était ruinée et mise au pillage dès la première moitié du xvme siècle et par conséquent bien avant le tremblement de terre de 1169 de l’hégire (1766 de J.-C.) qui fit au Maroc d’immenses dégâts et auquel beaucoup de critiques modernes attribuaient, avant nos travaux, la ruine de la mosquée. Il est vrai de dire que si le tremblement de terre de 1169 de l’hégire n’est pas l’unique cause de la ruine de la mosquée, du moins il l’acheva. Encore, en ce cas, les fouilles ont fourni des indications précieuses.
Si l’on en juge au nombre des colonnes enfouies au niveau du dallage, la grande majorité des supports de la salle centrale furent renversés par l’incendie. D’autres reposaient sur la surface tourmentée d’un sol où la terre entrait pour la presque totalité. Par conséquent, la chute de ces dernières colonnes est postérieure au sinistre. Certes, beaucoup de celles que l’incendie avait atteintes tombèrent ou furent renversées au cours des années qui suivirent. Mais la ruine définitive de l’édifice fut consécutive au cataclysme dont les annales locales, bien que très avares de renseignements quand il s’agit de la vie de la mosquée, ont conservé un souvenir précis.
LE Lt-COLONEL DIEULAFOY. 19
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Dans ses notes. Si Ahmed Achour Rebâti écrit [sup., p. 170, note 1) :
«Le i3 moharem 1 169 (1756 de J.-C.), un tremblement de terre se produisit qui détruisit une partie de Meknès et tua un grand nombre de personnes. Le tremblement de terre dura quelques jours et la population était affolée. Le 26 du même mois 1169, au matin, une violente secousse détruisit des maisons et occasionna la mort de leurs habitants. La mer fut bouleversée au point que vers quatre heures du soir elle faillit inonder Rabat. Une partie de la tour d’Hassân fut démolie. La journée fut terrible. »
Une mention de ces mêmes faits se trouve dans le Nechr el Malani et dans Ylstic/ça ( sup p. 170, note 1).
Trop de témoignages concordent pour laisser place au doute.
En vérité, la tour d’Hassân ne fut pas découronnée par le tremblement de terre, mais la face Ouest fut sans doute ébranlée. 11 est à présumer que des moellons se détachèrent à la suite des secousses sismiques et que ce fut le moment où le parement sculpté qui regarde l’Ouest subit un décolement partiel [sup., p. 179).
Si les chroniques, qui parlent de la destruction de la tour, se taisent de la chute de quelques colonnes et de quelques pans de mur, c’est qu’en 1169 de l’hégire la ruine de l’édifice était complète et que le fait ne présentait plus d’intérêt ou n’avait même pas été relevé.
Il est admis que les tremblements de terre des i3 et 26 moharem 1169 répondent au cataclysme au cours duquel le Palais-Royal de Lisbonne s’abîma dans les entrailles de la terre avec une partie de la ville pour y être engloutis sous les flots de la mer déchaînée. Or, le tremblement de terre de Lisbonne eut lieu le 1e1' novembre 1752, tandis que les auteurs marocains assignent à ceux de Rabat l’année 1 169 de l liégire répondant à l’année 1766 de J.-C. Il n’existe pas de coïncidence entre ces deux dates; l’écart est trop grand pour que l’on puisse invoquer une erreur des annalistes musulmans.
§ IX. Style.
La mosquée de Yakoub el Mansour, remarquable par son homogénéité, ne décèle ni retouche, ni hésitation. Elle fut élevée d’un seul jet, telle quelle avait été projetée, et, quand elle devint la proie des flammes, elle n’avait subi ni adjonctions, ni remaniements notables.
A cet égard, elle se distingue des grands édifices religieux chrétiens ou musulmans dont la vie s’est longtemps prolongée et qui, au cours de leur existence séculaire, ont connu des périodes de prospérité et des vicissitudes cruelles.
L’unité de style du monument, la conservation du rythme géométrique, l’équilibre du plan n’accusent pas seulement une exécution rapide. Ils ont, dans le domaine archéologique, une importance capitale en ce sens qu’ils caractérisent un stage spécial de l’architecture musulmane au Maroc.
L’auteur du projet s’est inspiré des édifices antiques bien plutôt que des monuments islamiques dont il a modifié les plans rituels. La substitution d’un réservoir vaste et profond à la grande cour d’entrée ou salin ( sup p. 171, 172) est un fait unique. D’autre part, le style robuste des colonnes et la forme des chapiteaux sont, ainsi qu’il a été dit [sup., p. 2Ôi, 3o2 ; iiif. , p. 309), des emprunts manifestes aux constructions impériales de l’Occident et de l’Orient (cf. fig. 9 et phot. 5, 10, 1 3 à fig. 10). A Rome, il faut encore attribuer les colonnes engagées dans les pilastres des piles-culées (fig. 4- 5, 7) et les portiques hypostyles. A Byzance, les arcades sur colonnes, bien que ces derniers thèmes soient moins caractéristiques que les premiers. D'autre part, ce n’est pas sans une surprise profonde que j’ai vu paraître soit autour des portes, soit sur les murs, dans le prolongement des files de supports ces contreforts à redents caractéristiques de l’architecture chaldéo-assyrien ne (fig. i5, 16, 18, i9;phot. 1 5 , 16).
Le modèle en fut peut-être importé des rives du Tigre et de l'Euphrate en même temps que la voussure outrepassée et d’autres thèmes irano-syriens.
Le stvle si particulier de la mosquée de Yakoub el Mansour est une manifestation directe de l’état politique du Maroc, en particulier, et du monde islamique, en général , à la fin du xne siècle et le principal intérêt du monument réside même dans cet accord.
Le triomphe des Abbassides fut sanglant. Les Omeiyades de Bagdad tombèrent sous les coups des vainqueurs et périrent de mort violente. Un seul parvint à fuir. Il se dii ûgea vers l’Egypte , gagna la Mauritanie , passa en Espagne et y fonda un empire puissant. Dès lors, les relations cessèrent en partie entre l’Occident et l’Orient islamiques. Aussi bien, la civilisation comme les arts musulmans importés en Espagne furentils ceux qui fleurissaient en Asie avant la rupture des relations, c’està-dire avant le milieu du vmc siècle, à une époque où l’influence de la Perse y était prépondérante.
Il v eut désormais deux rameaux issus d’un même tronc mais dont le développement s’effectua dans des conditions différentes.
Des contacts prolongés avec Byzance, avec l’Egypte copte et avec l’Inde bouddhique modifièrent la physionomie primitive du rameau oriental, tandis que soustrait aux influences étrangères, le rameau occidental se développa dans une complète indépendance. Il en résulta que l’Espagne islamique garda les traditions perses avec plus de fidélité que les autres peuples musulmans. Elle contracta également des alliancesavec les royaumes chrétiens, soi twisigot, soit franc. Toutefois, on sait que, dès le début, surtout, elle n’en profita guère et fournit beaucoup plus quelle n’emprunta.
A l’époque où le khalifat espagnol atteignait à son apogée, les Almoravides puis les Almohades avaient supplanté au Maroc lesZénètas qui, eux mêmes, avaient évincé les Edrissites.
L’intrusion violente des Berbères zénètas, almoravides etalmohades comme les guerres incessantes où ils étaient avec les Fatimites d’Egypte
eurent pour conséquence d’isoler le Maroc au même titre que l'Espagne et d’interrompre les relations entre les peuples musulmans voisins. Seulement, si dès le mc siècle de l’hégire (ixc siècle de J.-C.),la prédication de Mouley Idriss et de ses disciples avait conquis l’Afrique occidentale au Coran, le Coran n’avait pas conquis à la civilisation les tribus sauvages et farouches qui s’étaient emparées du pouvoir. Il en résultait que la situation de l’Espagne et celle du Maroc étaient identiques devant le reste de l’Islam et que, néanmoins, le problème se posait de l’un et l’autre côté du détroit dans des termes différents. En Espagne, la culture intellectuelle importée de Perse s’était encore affinée, tandis que les Berbères avaient uniquement reçu un enseignement religieux. Puis, des mosquées très nombreuses étaient réparties sur l’ensemble des pays musulmans, au Nord du détroit, tandis qu’à Rabat, un seul édifice religieux devait recevoir toute l’armée et lui permettre d’assister au même office. Ainsi s’expliquent l’architecture et les dispositions de la mosquée d’Hassân.
Tout en respectant les dispositions rituelles essentielles, les constructeurs adaptèrent le plan au programme spécial qui leur avait été imposé. Pour le surplus, ils donnèrent à l’édifice un revêtement un peu fruste, en harmonie avec l’état général de leur civilisation et s’inspirèrent des monuments romains et byzantins, les seuls dont ils eussent hérité ( sup ., p. 261, 3o2, 307). Sans doute, les voussures, quelques motifs de décoration rappelaient les types usités en Orient. C’était comme le sceau de l’Islam rapporté d’Espagne en même temps que l’architecture du minaret [sup., p. 279 à 281); mais aujourd’hui que le squelette est dépouillé, il ressemble à celui d’un édifice proconsulaire et un effort d’imagination s’impose quand on essaye d’amener devant le mihrcîb les hordes farouches d’un émir mogrébin.
Les éloges que mérite l’architecture des successeurs des Almohades, les Mérinides [sup., p. 294, 298), ne sont pas exagérés. Cependant, parmi les édifices construits sous leur règne, aucun, pas même la célèbre mosquée de Karaouyn de Fez [sup., p. 2 19, 220), n’approche
en grandeur et en noblesse de la mosquée de Yakoub el Mansour. Malgré la simplicité des formes, l’absence d’ornements, elle écrasait ses rivales de toute la puissance que lui communiquaient les grands ancêtres dont elle était comme un rejeton attardé.
§ X. Détermination de l’unité de mesure.
Etant donné que toutes les parties constitutives de la mosquée sont hypostyles, la recherche de l’unité de longueur doit être consécutive cà la détermination du module.
Or, comme les colonnes sont cylindriques et que, considérées par groupes, elles ont le même diamètre moyen, j’ai admis que le diamètre avait été choisi pour module. Les multiples mesures qui ont été prises ont confirmé cette hypothèse.
Je rappelle, notamment, que si l’on divise la distance axiale moyenne — 6 m. 4^4 — par 8, le quotient, o m. 8o3, est égal au diamètre A ( sup ., p. 199) et que si, à la hauteur du fût des colonnes des portiques — 6 m. 07 — , on ajoute la hauteur du chapiteau — o m. 38 — , les hauteurs respectives du fût, du chapiteau et de la colonne couronnée de son chapiteau répondent à (7 + 7) A, 7 A et 8A [sup., p. 'i5o).
En théorie, toutes les allées et toutes les travées auraient dû avoir la même longueur. Le quartier hypostyle eût été carré et aurait mesuré en œuvre 2 1 x8A= 168A [sup., p. 199, 201). Mais il résulte de mesures précises que ce chiffre fut augmenté de 6A dans le sens transversal et de 4 A dans le sens longitudinal, pour atteindre en largeur 174A et en longueur 172 A [sup., p. 209). Le surcroît de largeur répond pour (2,25)A à l 'anaza [sup., p. 206) et pour (3,75) A = 2 X 1 ,875A aux portiques Est et Ouest. Quant aux 4 A ajoutés à la longueur, ils sont relatifs à un excédent de 3A distribué entre le parement intérieur de l’enceinte Sud et la pile 2, et de A entre les Ides 2 et 4 [sup., p. 208).
Ces chiffres dont la signification est manifeste résultent, ainsi qu’il a été spécifié, de moyennes de dimensions de détail très nombreuses et cadrent d’une manière rigoureuse avec quatre mesures d’ensemble relevées : la première à la hauteur du réservoir, la seconde et la troisième suivant les axes de la salle Centrale et la dernière sur le front Sud [sup., p. 207 , note 1). On peut donc les tenir pour exacts et considérer qu’ils représentent la traduction, dans noire système métrique, des mesures auxquelles l’architecte s’était arrêté.
En ce cas, l’unité de longueur usitée à l’époque où la mosquée de Rabat fut construite devra être en rapport simple avec les cotes directrices relevées et, avant tout, avec le diamètre de la colonne et les dimensions de la brique. Si l’on remarque que la longueur B de la brique ne s’éloigne pas de om. 265 [sup., p. 2i3, 233) et par conséquent est telle que 3B = A et que les fractions de A semblent exprimées en moitié, en quart et en huitième du diamètre de la colonne, on est amené à penser que l’unité de longueur était très voisine soit de
soit de
T = 7- = om. 20074.
Or, la longueur o m. 20074etlalongueurom. 3oo555 = -om. 20074 répondent respectivement d’une manière si exacte au chber ou empan et au chber et demi ou pied également usités au Maroc que les indigènes comptent 5 chber au mètre et que, dès le premier jour de l’occupation, le système métrique français fut adopté sans troubler en rien les habitudes locales.
Si la longueur du chber est traditionnelle, le diamètre-module A et legrand côté B de la brique auraient eu pour expressions respectives :
A = 4 chber = 2 de chber ei demi ;
B = 7 chber =- de chber et demi.
L’usage simultané du chbere t du chber et demi comme la notation de la longueur du module A en chber et demi et du grand côté de la brique en chber et en chber et demi montrent que ces deux unités de mesure comportaient des sous-multiples et des multiples régis par le système décimal pour le chber ( ch ) et par le système sexagésimal pour le chber et demi ( ch et d) :
4 ’ 4’ 4’ 4’ 4’ 4 ’ 41 4’ etC ' ’ '
Dans ce mode de notation, les cotes dont l’expression en A paraissait compliquée revêtent une forme simple.
Pour mémoire, je citerai les fractions usuelles
|a = »-j ch,
|A=7 = jci
Par conséquent, l’épaisseur du mur d’enceinte ( sup ., p. 2 1 4 , 270) :
1+4) A = A+2<x=-7 ch, et l’épaisseur du mur de la salle [sup., p. 274, 275) :
(1 +£) A=2y=5 ch.
Les piles-culées n° 3 comportent les dimensions suivantes :
I Ai| A, A, (1 +|) A, 2A,(2+^)a, (2 "f" 4) A, 3A,(5+^)a
[sup., p. 235 à 248) qui, données en chber, deviendraient respectivement :
2 cli, 2,5o ch, 4 ch, 5,5o ch, 8 ch, 9 ch, 1 1 ch, 12 ch , 21 ch.
Déjà, la Chaldée et la Perse antiques avaient eu la faculté d’exprimer une même dimension dans le système décimal avec le côté de la brique carrée pour unité de mesure et, dans le système sexagésimal avec la coudée. Seulement la longueur respective des deux étalons était telle que 5 briques égalaient 3 coudées {1).
J’ajouterai que l’on ne peut douter non plus de l’emploi du rythme septénaire dont j’ai signalé maintes applications dans les plans d’ensemble et de détail de la mosquée [sup., p. 173, 190, 204, 21 3, 219, 223, 238, 248, 257). En cela, encore, les architectes de Yakoub el Mansour étaient restés fidèles aux traditions chaldéoperses, figurées par la combinaison graphique du triangle équilatéral construit soit comme hauteur, soit comme côté sur la base du triangle rectangle égyptien 1 (2).
J’ai relevé maintes épures rythmiques dans les édifices de l’antique Orient (3), mais c’est en me référant aux textes concernant le Mausolée
(1) Dieulafoy, L’Acropole de Suse (Paris, Hachette, 1893), p. 253 à 262.
(2) Les passages des travaux cités ci-dessus et ci-dessous (notes 1 et 3), relatifs à l’origine mathématique des vertus surnaturelles attribuées au nombre 7 dès la haute antiquité chaldéenne et, plus tard, de ses propriétés cabalistiques, sont décisifs. Mais on composerait un volume si l’on rassemblait les exemples persistants de sa souveraineté dans l’Ancien et le Nouveau Testament, depuis la Genèse (11, 2, 3) jusqu’à l’ Evangile selon saint Matthieu (xvm, 21, 22), dans le dogme et les cérémonies du Christianisme , dans les rites religieux et les prédilections arithmétiques de la Grèce et de Rome. Les 7 portes de l’enfer co-
ranique, ses 7 étages, les 7 dormants en sont des reflets. 11 en est de même des chiffres qui, le plus souvent, affectent les membres d’architecture, les objets et les jours dans les contes ou les légendes bouddhiques. De ce nombre , je citerai Les deux Frères — Journal asiatique , janvier et février 1914 — où l’on relève, notamment, les 7 fossés du palais du roi des Dragons (§ 8), réminiscence des 7 enceintes d’Ecbatane, les 7 étages du aoeam ( § 3g ) à Limitation des 7 étages des ziggourats , les 7 ancres qui retiennent les navires (§ 3 1 ) , les périodes invariables de 7 jours qui s’achèvent le septième
(3) Dieulafoy, L’Art antique de la Perse (Paris, Morel i884), t. 11, p, 35, 36; t. IV,
IMPRIMEIUE NATIONALE.
d’Halicarnasse et en établissant que l’édifice était une adaptation grecque de la ziggourat ou tour à étages chaldéenne et en étudiant les inscriptions relatives au Temple de Bel Mardouk à Babylone que les occasions se sont offertes d’insister sur l’origine de la méthode, d’en développer les principes et d’en décrire de célèbres et très parfaites applications (l).
Conclusion.
Telle quelle vient d’être restituée, se présenta jusqu’au jour où elle périt incendiée la mosquée ou plutôt la citadelle sacrée de Ribat el Fath, l’acropole du Camp de la Victoire. Son minaret ouvragé n’était pas seulement la tour du haut de laquelle le mouedhdhin laissait tomber l’appel aux prières rituelles, il était la sentinelle qui veille au bord du Bou Régrèg et qui guette à l’horizon maritime le retour des felouques triomphales ou signale l’approche des corsaires redoutés. A ses pieds, les cactus arborescents, les aloès gigantesques entrelaçaient leurs épines aux feuilles larges des figuiers, aux fleurs des grenadiers sanglants, aux rameaux odorants des orangers. Plus loin, blanchissaient ces deux villes si pareilles d’âme et d’esprit, si diverses de forme, d’aspect et d’attitude : l’une Salé à l’Orient , le port antique, couchée dans les sables du littoral où s’amortissent les vagues et meurt l’écume de l’Atlantique, avec ses entrepôts, ses cales, son peuple de négociants et de marins; l’autre Ribat el Fath séparée de sa sœur aînée par l’estuaire du Bou Régrèg, debout sur les escarpements rocheux qu'effritent sans trêve les flots tumultueux de la mer en furie
p. 19 à 29. L’Acropole de Suse, 1. c. , note 1 et p. 32.3 à 33o, 354 à 358, 4i4- La mosaïque de Bel lir, le rythme modulaire du Temple de Salomon, lu ziggourat de Dour Charroultin , le Temple de Bel Mardouk à Babylone ( Comptes rendus île l'Académie des Inscriptions et Belles- I, dires, respectivement 1909, p. 976; 1913, p. 332; 1914, p- 437). Le Mausolée de Chah
Khoda Bendè à Soultanieh ( Bevae générale de I architecture et des travaux publics, i883, n05 5 et 10, col. 97 et 1 45 , pl. XXIII à XXVI ).
(1' Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, tome XXXVIII, 2° partie (1911), p. 2 1 5-265 et tome XXXIX (1913), p 29.3 à 372.
[315] LA MOSQUÉE D’HASSÀN.
et que peuple une armée prête à combattre avec la même ardeur les chrétiens d’Espagne ou les musulmans fatimites du Levant.
Sans doute, les ruines ont succédé aux temples, mais le jour où nous abordions aux côtes africaines, il nous appartenait de soulever des voiles, de déchirer un linceul séculaire, de réveiller d’entre les morts le plus vaste sanctuaire de l’Islam. Cet effort, nous l’avons accompli et les plus fanatiques d’entre les Mogrébins comprendront que la France s’intéresse à leur passé comme s’il participait du domaine national et quelle glorifie, comme si elle les eût créées, les œuvres maîtresses d’un pays dont elle assume la protection et assure la prospérité.
Les fouilles de la Mosquée
N° 2. — Tour d’Hassan.
Vue extérieure, prise du Nord-Ouest.
Pliai de Mme J. Dieulafoy.
De mou l i n frères, Sc
- M i R d’enceinte Sud (Extrémité Est).
Vue extérieure, prise du Sud-Ouest.
N° 5. — Portique Est.
Vue extérieure, prise du Sud-Ouest.
Plwl. de Mme J. Dieulafoy.
Demoulin frères, Sc.
N° 6. — Tour
Vue intérieure prise
d’Hassan.
du Sud-Ouest.
Pliai, de Mme J. Dieulafoy.
Demoulîn frères, Se.
I) EBLAIEMENT DU PORTIQUE EST PAR LES PRISONNIERS DE GUERRE. A droite, un pan du mur d'enceinte Est.
Vue intérieure, prise du Sud-Ouest.
8. — Annexe Ouest. Colonnes et piles de brique. Au dernier plan, à gauche, colonne 1, 21 du portique Ouest. Vue extérieure, prise du Sud-Est.
N° 9. Annexe Ouest. Colonnes et piles de brique.
Au dernier plan, à gauche, colonne I, 21 du portique Ouest ; à l’horizon, la ville de Rabat.
Vue intérieure, prise du Sud-Sud-Est.
Phot. de Mme J. Dieu! afoy.
N° io. — Allée IV-V de l’annexe Ouest.
Au dernier plan, à gauche, colonne I, 21 du portique Ouesi Vue intérieure, prise du Sud.
N° ii. — Pile-Culée V, 2 1 .
Au second plan, la Tour d'Hassân.
Vue intérieure, prise du Sud-Ouest.
N° 12. — Oratoire.
Travées 19, 20 et 20, 21.
Au dernier plan, à gauche, colonne I, 21 du portique Ouest. A l’horizon, la ville de Rabat.
Vue intérieure, prise du Sud-Est.
N° i3. — Portique Est.
Au fond, à gauche, la Tour d'Assân.
Vue extérieure, prise du Sud-Est.
Phot. Je Mme ./. Dieitlafoy.
Démon li n frères . Sc.
N° 14. — Colonne III, 2 de portique Sud.
Vue intérieure, prise du Nord-Ouest.
Demonlin frcrcs. Sc.
Pliot. de Mme J. Dieulafor.
droite, colonne du portique Est.
Vue extérieure, prise de l'Est.
1 i6. — Culée Sud du porche Est, n° Au second plan, colonnes du portique Est. Vue extérieure, prise de l'Est-Nord-Est,
Porte de la Tour d’Hassan.
Vue prise du Sud.
Phot. de Mme J. Dienlafov.
. Sc.
De m 011 1 i 11 frè res
N° 1 8. — Porte de mosquée a Fez.
Phot. de Mme J. Dieulafoy.
Demoulin frères, Sc .
N° 19. — Mouley I DR I SS.
Au premier plan, à gauche, la mosquée funéraire de Mouley Idriss; au dernier plan, à gauche, le djebel Zehroun.