‹ La mosquée d'HassânChapitre 3 sur 29 · TT · texte numérisé non relu

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LE L1 -COLONEL DiEULAFOY.

a l’aide de ces quelques soldats que la reconnaissance méthodique de l’édifice fut commencée.

\vec les huit ouvriers dont nous disposions, nous ne pouvions songer ni à déblayer les trois hectares que la mosquée occupait, ni, surtout, cà enlever les 3o,ooo mètres cubes de terre amoncelés sur ses ruines. Le temps et les ressources nécessaires faisaient également défaut. Nousdûmes nous borner à exécute)- des sondages et des fouilles partielles

Le grand obstacle à l’exécution des travaux d’ensemble provenait des cavaliers qui divisaient les parcelles cultivées ( sup p. 176, 18-2). Ils étaient composés d’un mélange hétérogène où dominaient les menus fragments de brique et les éclats de pierre. Cette composition qui en rendait l’attaque difficile et semblait devoir contrarier nos projets en favorisa, au contraire, l’exécution. Dès quelle fut reconnue, MmcDieulafoy eut la pensée d’exploiter les cavaliers comme carrière et pendant plus de trois mois, quarante charrettes furent occupées au transport des matériaux en provenant et à l’empierrement des trois rues principales de Rabat. Nous fûmes ainsi débarrassés, pour le plus grand profit de la voirie urbaine, de 2,800 mètres cubes de gravois dont la fouille eut absorbé la main-d’œuvre militaire, et d’autant plus encombrants qu’il était impossible de leur assigner un lieu de dépôt dans le voisinage du chantier.

Cependant, l’escouade procédait à des sondages sous la direction de M,ne Dieulafoy et la surveillance d’un caporal qui, par un heureux hasard , avait déjà effectué en France des fouilles fructueuses sur une terre lui appartenant.

L’équipe militaire, campée sous la tente, au cœur du chantier, a poursuivi les recherches depuis le mois de septembre 1 9 1 4 jusqu’aux premiers jours d’avril 191 5. A cette date, l’exploration proprement dite était a peu près achevée, bien quelle eût été retardée par un hiver exceptionnellement pluvieux. L’obligation de creuser des tranchées profondes à travers un terrain dont les couches inférieures étaient

surchargées de matériaux et de faire le départ entre les éboulis et les constructions en place avaient, également, ralenti la marche des travaux. D’autre part, un examen attentif avait permis d’isoler d’énormes voussoirs de briques, de reconstituer la situation et les principales dimensions des arceaux d'où ils provenaient, et de reconnaître qu’ils étaient jetés sur les colonnes de la salle Centrale (inf. , p. 275, 278, 279, 281, fig. 20 et 21).

Dès le mois de mars 191 5, les territoriaux que le général Lyautey m’avait fait attribuer avaient été aidés par des prisonniers polonais. Quelques jours plus tard, des prisonniers allemands étaient mis à ma disposition. En même temps que les Français et les Polonais poursuivaient ensemble les recherches, les Allemands nettoyaient jusqu’au dallage le sol de la mosquée (phot. 7 ).

A la fin du second trimestre de l’année 191b, le déblaiement intégral était assez avancé pour faciliter la résolution des problèmes complexes qui se posaient et pour montrer que si 3o3 des 324 colonnes ou piles-culées que l’édifice avait comptées ( uÿ. , p. 189, 2 36) semblaient faire défaut, du moins elles gisaient presque toutes sous une épaisse couche de terre, à l’endroit où elles étaient tombées. En même temps, il devenait manifeste que leurs tambours pouvaient être remis en place sans erreur. Le travail de remontage a été long et délicat, en raison des cassures que la chute avait déterminées, mais, à mon départ du Maroc, il était à peu près terminé.

Désormais, je n’insisterai plus sur l’histoire des fouilles et 11'en retiendrai que les résultats. Ils sont d’une importance capitale tant au point de vue des dispositions et du stvle que de l’attribution, de la date et des causes de la ruine de l’édifice.

D’une manière générale, quand 011 ouvrait une tranchée dans le terrain qui recouvrait les constructions centrales, 011 rencontrait une couche de terre arable, puis une zone composée d’éclats de pierre ou de briques réduites à l’état de fragments et, aussi, des tambours de

LE L^COLONEL DIECLAFOY.

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colonne et les voussoirs de briques dont il a été fait mention [sup., p. 1 85 ).

Plus bas, règne un mélange confus de mortier et de tuiles. Les tuiles se présentent en menus morceaux isolés, ou bien elles sont comprises entre deux couches d’excellent mortier. Dans ce dernier cas, à un lit de mortier posé sur des planches ou sur des madriers jointifs qui ont laissé quelques fibres, succède une couverture composée de tuiles au contact et d’autres tuiles disposées en couvre-j oints; puis, vient un matelas de mortier plus épais que le lit inférieur et dont le parement lissé avec soin offre de profondes rainures prismatiques. Des clous de gabarre longs de o m. 4o environ et encore attachés aux tuiles, au mortier et au bois, complètent la liaison de ces divers éléments et servaient à les fixer sur le plancher (fig. 2 5). L’ensemble mesure de o m. 2 5 à o m. 28 d’épaisseur totale, le bois exclu. Des fragments plus ou moins importants de cette toiture ont été retirés de la salle Centrale et des Annexes latérales, ci-dessous définies [inf., p. 190, 1 y i , 200).

Entre les portiques et la salle Centrale, à la hauteur des dernières piles transversales de colonnes, on a également découvert des feuilles de plomb. Elles avaient tellement souffert de la chute que, même après les avoir développées, il fut impossible d’apprécier les dimensions primitives (inf-, p. 2 33, 2 34, 290 à 292). En tout cas, elles ne présentaient aucune trace de fusion. Les débris de la toiture avec lesquels elles étaient en contact direct n’avaient pas non plus subi l’action des flammes.

La remarque précédente est d’autant plus importante que, dans la salle Centrale et vers le centre du portique Sud, quand on exécute des fouilles profondes, 011 remue des tuiles en partie calcinées et, au milieu d’elles, des amas de bois carbonisés à la surface où I on distingue des fragments de madriers et des bouts de chevrons ou de poutres atteignant jusqu’à 3 mètres de longueur [inf., p. 299 ef S VIII, p. 3o4). Le bois et les tuiles dorment sur une

aire rie béton que recouvre par endroit un carrelage formé de briques identiques à celles qui entrent dans la maçonnerie ( inf , p. 2 1 3 , 233).

Enfin, des fouilles exécutées sur les points où nous avions cru reconnaître des emplacements de colonnes, mirent à nu des fûts encore debout et, dans leur voisinage immédiat, des tronçons renversés.

En dégageant le pied des colonnes ainsi découvertes, nous reconnûmes quelles portaient sur des murs de fondation épais de î m. 20. Ils se croisaient à angle droit (fig. 8) et reproduisaient au-dessous du dallage le réseau formé au-dessus par les files longitudinales et transversales de supports [inf, p. 224).

Les colonnes exhumées au cours des fouilles se présentaient dans des situations et sous des aspects différents. Les unes couchées à plat sur le dallage étaient intactes ou, du moins, ne semblaient pas avoir souffert et apparaissaient entourées de matériaux ayant subi faction du feu. Les autres disloquées, disjointes portaient sur une couche de terre à relief tourmenté et gisaient fort au-dessus des amas déjà décrits de bois carbonisés et de tuiles calcinées. Les colonnes du premier groupe étaient tombées de l’extérieur vers l’intérieur. A la croisée des files transversales nos 9 et 10 et des files longitudinales nos XI et XII, il existait même un point où les chapiteaux se touchaient et d’où les fûts divergeaient comme les rayons d’un cercle ( inf., p. 3oo, 3o 1 ).

Durant la première période des travaux, nous 11’avions relevé aucun indice de l’enceinte particulière de la salle Centrale ( sup ., p. 182), tandis que l’existence des dix files longitudinales de colonnes numérotées de VI à XV et des dix files transversales de colonnes numérotées de 5 à i4 avait été vérifiée. En outre, il était apparu que si huit des allées longitudinales et les neuf allées transversales qui avaient été reconnues présentaient une largeur axiale moyenne de 6 m. 4^4 (s np. , p. 182), la nef centrale, anaza [»y*] dans le dialecte technique

LE L'-COLONËL DIEULAFOY.

marocain 1 , comprise entre les files longitudinales nos X et XI, mesurait 8 m. 2 4 de largeur axiale dans les mêmes conditions (sup., p. 182; inf. , p. 2o5, 206).

Des sondages exécutés, à droite comme à gauche, dans l’axe des files transversales numérotées de 5 à i4 ne mirent à jour aucune colonne nouvelle, mais en prolongeant la file longitudinale n° VIII , depuis l’enceinte Sud jusqu’à l’excavation maçonnée, nous reconnûmes qu’en outre des dix colonnes numérotées de 5 à i4 el déjà repérées, elle comptait, au Sud, les colonnes ou piles n° 4 et 3 qui la raccordaient avec les colonnes du portique double et, an Nord, les colonnes ou piles nos i5, 16, 17, 18, 19, 20 et 21 qui l’amenaient au bord de l’excavation maçonnée. La disposition imprévue de la file n° VIII se répétait sur les fdes longitudinales numérotées de VJ à XV inclusivement. Les piles dont il vient d’être fait deux fois mention appartenaient aux files transversales 3 et 2 1 et se composaient de demi-colonnes engagées dans des piles de section rectangulaire. Afin de les distinguer des autres supports et en raison de leur fonction spéciale, je les désignerai, désormais, sous le nom de piles-culées ( inf p. 191 à 194, 2 35 à 248, 27 6, hg. 4,8,6, 7, 8).

La découverte de sept nouvelles travées était d’une importance majeure. La salle Centrale ainsi agrandie occupait, en effet, tout f espace réservé au salin ( sup ., p. 172), c’est-à-dire à la cour qui précède l’oratoire et où se trouve le bassin aux ablutions. Par cela même,

Au rapport de Si Bouchaïb Doukkali ( inf. , p. a 2 8, 229), les chefs arabes des temps préislamiques priaient dans une direction jalonnée a l aide d’une lance, d’une javeline, anazn, et tout homme qui passait devant cette arme était puni de mort. L'anuza, en tant qu’organe d’orientation, aurait transmis son nom à l'allée centrale ouverte suivant la Idblali et dont l’axe coïncide avec celui du mihrâb. A ce propos, je rappelle que le musulman en oraison regarde

du côté de la caaba (temple sacré de la Mecque) et que, dans les mosquées, la kiblah ou point vers lequel il se tourne pour prier lui est indiqué par le mihrâb. Le sens propre de kiblah [üX*5], chose placée en face, répond bien à celui d 'anazn. (Voir inf.: sur kiblah, p. 221; sur anaza, situation , p. 198, note 1 et p. 220, dimensions, p. 2o4 et 206, 262, 3io; sur mihrâb, situation, p. 221 , description, p. 255, fig. 1 /| . dimensions, p. 255 à 262.)

[] 89] LA MOSQUÉE D’HASSÂY

ie plan ne cadrait ni avec celui de la mosquée-temple, ni avec celui de la mosquée-église.

En présence de cette disposition inattendue, de nouvelles recherches s’imposaient. Elles montrèrent que, si les files transversales numérotées de 3 à 1 4 inclus se composaient de deux supports extrêmes, répondant aux portiques Est et Ouest, et de dix supports centraux, les files transversales nos t5, 16, 17, 18, 19, 20 et 21 régnaient comme le portique Sud sur toute la largeur de l’édifice.

Depuis les dernières découvertes, la distribution des supports se résumait dans les deux tableaux ci-dessous ( inf , p. 2 36) :

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