‹ La mosquée el-Rifaï au CaireChapitre 2 sur 4 · Rue Souk el-Silâh · texte numérisé non relu

Rue Souk el-Silâh

(I) Ce sont plutôt les diagonau.x des salles et non pas leurs parois qui correspondent aux directions cardinales. Nous adoptons pourtant cet usage des Egyptiens et désignons la Kibla comme étant dirigée vers l'est.

p, . VI. — l'nmiiT projet de m<.<liri« atiuii iiitraiii:iiit la riiUiclion Ki-ncrnie «lu niomiment.

IMaii lie Hen l>cy.

entre elles et séparées par deux porches ouverts et destinées à la sépulture des membres de la famille khédiviale. Au sud deux autres porches correspondant aux premiers, séparent d'autres salles sans destination spéciale excepté celle surmontée d'une coupole, placée entre les entrées et réservée au tombeau du cheikh Yehya el-Ansâri et une autre que nous avons transformé en oratoire. Pour achever la description de cet édifice il nous faut encore signaler: i" trois salles placées soit aux angles de la façade ouest, soit en bordure de la façade sud ; 2" l'aménagement, vers l'extrémité est des travées nord et sud, de deux groupes de pièces où sont distribués, du côté sud un Sébîl (fontaine) et ses dépendances, et du côté nord le Kouttâb (école). Ces deux derniers groupes de constructions laissent entre eux la cour précédemment signalée contre laquelle s'appuie la Kibla et d'où l'on peut accéder directement dans le grand oratoire par une nouvelle porte, ce qui porte à six le nombre des entrées. (Voir aussi la pi. X).

L'examen de la planche II montre les qualités et les défauts de ce plan. En effet, s'il se présente avec une certaine originalité, une personnalité même, qui fait honneur à Hussein pacha, son auteur, il offre aussi prise à la critique. L'idée dominante qui a présidé à sa conception a été la symétrie, si contraire aux principes choyés par les constructeurs de mosquées au moyen-âge. Elle a eu pour fâcheuses consécpunces : l'importance t-xagérée donnée au vestibule d'entréi-, l'adoption d'une st rir de salles inutiles, la nécessité de construira sur le nu'nu' plan U- Sébil et le Kouttâb (|ui pourtant ont des destinations si différentes. De plus, le nombre des portes ist exagéré, celle à l'est de la façade sud ne x r.i même p.is utilisée, \u ([u'i-lle donne directement dans la grande salle de prières, ce qui est un inconvénient des plus graves. On peut aussi critiquer, dans un autre oïdic d'idées, le choix de l'emplacement réservé aux min.irets. Luiscpie l'iiitrée principale était pré-

vue sur le côté ouest, on ne conçoit pas pourquoi ces minarets n'ont pas été réservés pour cette façade au lieu d'avoir été érigés du côté sud, vers une rue trop étroite pour la hauteur qu'ils devaient avoir. Mais malgré tout, nous ne voulons pas nier la valeur du projet d'une conception supérieure à ce qui se fit dans le courant du siècle passé dont la mosquée Sayednal-Hussein commencée en 1865, la mosquée Mohamed Ali achevée en 1848 et copiée sur le modèle des mosquées turques, et la reconstruction partielle sous le Khédive Ismaïl pacha de la mosquée el- Mouayyed, sont des exemples.

Hussein pacha, en effet, hanté par la difficulté de la tâche qu'il avait à remplir en établissant un pendant à la mosquée du Sultan Hassan, la plus majestueuse, la plus imposante du Caire, rêva de faire grand et beau pour que son oeuvre pût soutenir tel voisinage. H fit gigantesque dans l'ensemble et anima le détail de son architecture par une variété d'ornementation qui qualifie son habileté et sa délicate fantaisie. Pour donner une idée de son originalité et de la facilité avec laquelle il composait, signalons que les quatre faces des dés qui surmontent les colonnes en marbre sont toutes différentes l'une de l'autre, bien qu'il n'y ait pas moins de quarante-quatre colonnes dans l'édifice.

PL. Vil. — Fa.inli; <lu plan \ I. — Projet de Her/ bey.

I^iyl^l" ' •^^,'^Sr: j A (HEUREUSEMENT, l'édifice, devait subir de nombreuses vicissitudes.

Elles commencèrent par l'interruption du travail au moment oiî il avait à peine atteint de deux mètres audessus du sol. Le Khédive Ismaïl pacha, mis au courant des sommes dépcnsct:^, et tttravé surtout de ce que 500000 livr. st. seraient nécessaires pour achever l' édifice commencé, suspendit le travail. Il fut repris ensuite par le Ministère des Travaux Publics qui dut le consigner à son tour à un contremaître européen (') fortement recommandé auprès de Son Altesse. Gai dès qu' il eut la direction de cette affaire, soit qu'il voulût marquer cette œuvre de son goût personnel, soit qu'il se rendît compte des défauts du projet primitif (' ), proposa d'importantes modifications et réclama même, d'après Ali pacha, la démolition de tout ce qui avait été fait jusciu' alors. C'était excessif: aussi, sur le désir de la n()l)le hmdatrice, (iaï se vit-il retirer la confiance qu'on lui avait accordée et qui revint une deuxième fijis au Ministère des Travaux Publics.

A cette époque les travaux funnl poussés avec uni-

(■) El-Khital el-(i. — N'diis itonous nu'il >'agil <lc l'ilalii-ii Haï que nous avons rcncKiiirc il y a une trentaine d'années à la mosquée cl-Riraï et c|iii plus tare! a travaillé au nianlié <l'.\tal>al el-Kliadra C'était alors un vieillard à barbe blanche.

»■') Défauts <|ui sans doute rendirent plus lar<l nécessaires les remaniements que nous avons :i|i|M)rli>.

grande activité et ce, dit Ali pacha Moubarek: «jusqu'à ce qu'il fut fait ce qu'il y a aujourd'hui >>. Il semble même qu'il y eut alors excès de zèle de la part de Khalil Agha qui dans son impatience maltraita les ouvriers au point, que son nom évoque encore aujourd'hui le souvenir d'un chef très redouté.

Loins du chantier, dans de grands ateliers établis expressément, les marqueteurs hâtaient la confection de nombreuses portes et fenêtres, et fondaient les grilles de bronze pendant que Abdalla bey el-Zohdy, le meilleur calligraphe de l'époque, préparait les cartons de l'inscription destinée à former frise sous les plafonds. Le minbar était en partie fait, la maksoura presque complètement achevée autour du cénotaphe du cheikh Ali el-Rifaï et les tapis fournis au dépôt.

Etait-ce peut-être sultan Hassan qui de son voisinage immédiat hantait l'immagination des constructeurs, réveillant en eux l'ambition d'accomplir une œuvre d'importance pareille, aussi rapidement que la mosquée du sultan Hassan même avait été construite?

Comme toujours, d'ailleurs, la grande hâte porta malheur à la bonne exécution du travail.

Il faut aussi considérer que Hussein pacha qui se flattait d'émuler les grands artistes du moyen-âge, se trouvait bien dans un état d'infériorité par l'époque de. décadence dans laquelle il vivait; et nous le trouvons bien hardi de vouloir égaler les grands maîtres inconnus sans les avoir étudiés auparavant. Il innova une ornementation heureuse, il est vrai, mais n'emprunta pas aux anciennes mosquées le secret de leur stabilité et adopta dans son plan, pour des portées de dix mètres, des épaisseurs de murs de i m. 40 et moins, bien que la hauteur totale atteignît 30 m., et sans que des plafonds intermédiaires vinssent chaîner de si colossales maçonneries. Il avait aussi prévu des colonnes qui, ne pouvant pas résister aux charges auxquelles elles étaient soumises, furent la cause d'un mouve-

ment important qui se produisit lorsqu'on décintra les arcs qui reliaient les murs aux colonnes. Antérieurement déjà l'édifice ayant été en danger par suite de la rupture de diverses colonnes, dans le grand couloir ouest, on avait, par prudence, renoncé à compléter les murs qui les surmontent et constitué ainsi de vilaines plateformes situées à une certaine distance des plafonds, hg. 4. Dans la grande salle de prières même, un mouvem.ent faillit entraîner une véritable catastrophe quand , au décintrage encore, diverses colonnes se brisèrent et mirent hors d'aplomb le mur de la Kibla(').

Ces accidents émurent vivement les constructeurs qui, pour rendre au monument sa stabilité, adossèrent au mur est, le massif indiqué sur le plan (fig. 5).

Il était malheureusement plus difficile de remédier à l'insuffisance de résistance des colonnes et, bien que de nombreux projets eussent été présentés, la bonne solution n'était j)as trouvée. On proposa nolamnienl de laisser les colonnes en place et ti'introduire entre elles, au centre, une cintiuième colonne en fer qui aurait soulagé les autres; un

FJK. 4. - l'.t:il 'lu veslihiilc cil igoô.

(') Franz pacha iJaiis une U-ltrc du 7 Décembre 1910 dit que (|ueU|ue!i i~i>loiines en niarhre étaient fendues dans toute leur louKticur par suite de l'immense pf«ids des .ins massifs ipii les siirmnntaioiit.

dessin de cette proposition est conservé dans les archives, il ne porte malheureusement pas de signature. Un autre projet consistait à espacer les colonnes de façon à aménager dans leur centre un puissant pilier en pierre de taille ('). Ali pacha Moubarak, nous raconte encore, en parlant de la mosquée, que lorsque l'édifice et ses biens fonds furent

Fig. 5. — Partie du plan primitif de la mosquée, modifié à la suite des accidents survenus avant 1880.

annexés aux Wakfs, l'administration de ces domaines proposa d'adosser aux murs des contreforts qui devaient les décharger. Il signale encore un projet émanant de lui et consistant à reporter toutes les colonnes le long des

(I) D'après Franz pacha c'est sur la proposition de feu Bijard ingénieur de la Compagnie du Gaz, auquel Khalîl Agha a demandé conseil, que ce moyen définitif de renforcement fut adopté. (Lettre précitéee.)

i I I ' f ï hI^

l'i.. l.\. — DeiixièiiR' projel «le iiiodirn ation t.-iitr;iiiiaiit la (leinolilioii i-t reconstruction complète lie Ih in<)M|iK-i-, en conscrvaiil aux tmiilieaiix K-urs cni|ihueineiits priniitit's.

l'Iaii lie Hcr/ I>ey.

I. Oratoire — j. Ti.iiil.eaii •lu iliiikh il-KIlaï. — .;. Tombeau du iheikii Vehia. 4. Sépultures de la famille v.-royale. — 5. Koiiiaine pulilii|uc (au-»lessus iVole). — 6. Minaret.

Pi.. X. — rlan (réxi'iiUimi tiioiitraiit les iiuxlilk-atioiis apportées par lli-rz 1h-\ au prciji-l piiiiiitit.

l.igendr :

I. \ cstitmlf oiifsl. — >. Ciaiidi- salle «le prières. — t,. 'rnnilteaii ilii clieilcli Ah elKifaï.

.j. rniiibeaii <lii l'Iieikh Veliia. — 5-7. Sépultures <lc la taïuille klu'-<li\ iale ;

(j. Zeiiiali II.^IK■tn, fille d'Isinaïl pacha. — b. Tauhlila H.^iiein, lille irismaïl pacha.

Ali l'Ainali. lils irisinail pacha. — </. I.e Khédive Isinail pacha. — >•. Kli(ichi:\r lIAtiein,

Mièie d'Isiiiaïl pacha, l'utidatrice de la inos<|née — /. Diahain Alal liùiieni, troisième

épouse d'Uinaïl pacha. — g. ChohrAt Ii.'\iieni, première épouse d'Ismaïl pacha.

s. Chapelle. — «j. l'assaije (rohiiu-tsi — io. Koiitaiiie pulilii|ue. il. M< nie.

murs pour couvrir ensuite toute la salle par une grande coupole en fer. Ali pacha défendit son étrange projet avec opiniâtreté mais vainement, car la fondatrice, justement conseillée ou inspirée, le rejeta pour adopter celui consistant dans la construction du fort pilier central après écartement des colonnes. L'exécution de ce trava.l entraîna

F (Le cliclic

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— \'iif (les ans accoles aux tniiiailU-s inii voir un .^ la iiaissaïue ilcs arcs pnvii^

atil leur iileineiit s

illlloll.

pilier

aussi le déplacement des colonnes adossées au.\ parois pour construire le long de ces murs di-s piliers semhlaMes à ccu.x des groupes de coloiuus renforcées. Le plan tig. 5, ])résente cc-tte transformation.

Néanmoins, la confiance m ces miKlifications n'était pas absolue, car certains dissins prouvent (]u'on songea à établir au dessus dis colonnes des arcs dont la douelle

n'aurait pas eu comme largeur celle des piliers augmentée des colonnes, soit trois mètres. Cette fâcheuse disposition (visible sur les planches III et IV et également sur la figure 6) montre la largeur adoptée pour ces arcs. Elle est de I m. 70, soit inférieure de i m. 30 à ce qu'elle devrait être pour se présenter logiquement. C'est peu après l'exécution de ces arcs qu'on eut à déplorer la mort de Hussein pacha dont le projet avait été à peu près respecté jusqu'alors. En 1885, la princesse fondatrice étant morte, elle fut enterrée dans la chapelle intermédiaire située du côté nord de la mosquée. Neuf ans après le Khédive Ismaïl Pacha à son tour fut enterré à côté de sa noble mère. Des riches « tarkîba » marquent leurs tombes sous le dôme construit quelques années plus tard. A la même époque les deux portails nord ont reçu leur plafond avec une peinture peu heureuse. Suivirent quelques autres travaux sans importance: et ce fut tout!

La mosquée resta abandonnée pendant un quart de siècle.

Pl. xi. — \'uc intcriflirt.- di- la Kraiulc salle «ic pricrcs cii l<(o^. (La figure fait voir les piliers en niaioinierie KTossièrc i|ui servaient de cintraRe

(u.iir \,t ■■■■iiif. liiiii i|i-s .ircsi.

KS choses en étaient là quand, en 1905, Son Altesse le Khédive nous confia la mission de préparer les études nécessaires à l'achèvement de la mosquée. Personne ne soupçonnait alors le déplorable état du monument abandonné : murs trop faibles, trop espacés, et déjà lézardés, assises fendues. . . . Aussi, quand après un examen minutieux, nous nous sommes rendu compte des conditions de stabilité de l'édifice et n'ayant pu retrouver qu'un seul dessin ( planche V) attribuable en toute certitude à l'idéateur du projet, Hussein pacha (' ), nous éprouvions un grand découragement.

Près de la possibilité d'achever le travail dans l'esprit qui l'avait conçu, nous formulions deux nouveaux projets en suivant deux idées différentes (planches VI à VIII). Pans l'un l'icK'-c dnminaïUe était d'ôter aux façades la continuité lourile et monotone sans toucher aux parties essentielles tie l'édifice; nous avantagions les façades, principalement celles ouest et sud: celle-ci, tout en conservant sa symétrie, aurait lu ses angles accusés par les minants ce qui était bien désirable; dans la façade ouest, la baie de la porte, trop étroite par rapport aux niches des fenêtres avoisinantis, aurait pris plus d'ampleur par suite de la réduction du nombre dis fenêtres de quatre à deux. Dans le deuxième ]iri>jet nous |)roposions la ib'inolition idmjjlète

Cl Le (k-s^iii ili- i.i laïaili- mhI ilitirii- •.niMliUinriU

l.i l;it ailo rxri nu

et la réédification de la mosquée sur un plan réduit permettant toutefois l'utilisation partielle des fondations anciennes, pi. IX. Il en serait résulté le dégagement de la mosquée du Sultan Hassan au grand avantage de celle-ci aussi bien que de celle d'el-Rifaï.

La proposition qui prévoyait la continuation du travail délaissé, en restant, autant qu'il était possible, dans les limites du projet initial, abstraction faite, bien entendu, des changements nécessités par des raisons d'ordre purement technique, fut adoptée.

Ces changements, indiqués sur le plan définitif, pi. X, où ils sont représentés par des hachures, sont d'une grande importance et, nous le répétons, uniquement dus au besoin d'assurer la stabilité du monument. Ils comprennent notamment le renforcement des murs destinés à supporter les minarets ('), ce qui a eu l'avantage d'assurer aux entrées, en diminuant leur largeur, une proportion plus élégante que celle prévue. Ces renforcements permirent encore de réaliser au-dessus du tombeau réservé entre les entrées, la coupole figurée sur le projet de Hussein pacha. Dans le vestibule ouest, pour faire disparaître les disgracieuses plate-formes (fig. 4) dues à la suppression des maçonneries qui devaient les surmonter, nous avons remplacé les colonnes par des piliers (' ). Dans la grande salle, en raison des principes architectoniques les plus élémentaires, il a été donné aux arcs une largeur équivalente à celle des piliers sans cependant augmenter considérablement leur poids. Nous y sommes parvenus

(') La mise à jour des fondations a montré que celles-ci, au lieu de former empattement, étaient au contraire en retrait du nu du mur en élévation.

(■') Signalons qu'au moment où nous avons pris la direction des travaux, il manquait au portail ouest deux fûts de colonnes et un troisième, au même endroit, était fait de deux morceaux. Nul doute que ces trois fûts avaient été enlevés pour remplacer ceux qui s'étaient brisés dans la grande salle, ainsi que nous l'avons dit précédemment. Nous avons remplacé ces fûts manquant par d'autres provenant du Palais de Guizeh. Ils sont en marbre italien et non, comme tous les autres, d'origine turque.

Il XII. — \'iii- ili; iliMix pilit-rs <li' l.i niamlf salit- ili- |iiii-tes |>cii<laiit l'i'Xi-i utioii des iii>ii\caii.\ iiavaiix. (l'clui lie KaiU'Iic laisse voir les niudiruatioiis i|iii ont été apporlècs).

^mi'^G'miM^m^M.^^M!^^ . ^-J^^^^B

Pl. XIII. — Façade sud. Des

«nlioii (le HiTZ l>ey.

en employant le ciment armé de préférence aux briques creuses auxquelles nous avions songé au commencement. Les plafonds devant être définitivement habillés de boiseries, le ciment armé était tout indiqué, surtout qu'il nous permettait d'assurer au sommet un chaînage aussi efficace qu'indispensable, vu la hauteur des murailles à relier. Les

.' -Il W

l-ii;. 7. — \'uf ilfs ichafaiid.-igc-s de la !.;raii<le salle |ic-ii<laiil l'cxi'i iitioii lies travaux en (.iniciit armé.

piliers entre Ks («iloiiius i'l;iii-nt en même temps renforcés et prenaient ainsi une expression de puissance rappelant celle des piliers à cnldiuns eiij^agées tics anciennes mosquées, pi. XI et XII.

Une difficulté plus jurande se présintait quant à l'altitude à adopter pour établir les plafonds. Les façades, en eftet. avaient une hauteur nettement fixée par le dessin

de Hussein pacha et aussi par ce qui était exécuté de la façade sud, la plus complète de toutes; d'autre part, les arcs intérieurs étaient compris de telle façon, qu'entre leurs clés et la position normale des plafonds, déterminée par les façades, il existait une hauteur de sept mètres appelée à être toujours dans l'obscurité. Nous avions deux solutions pour obvier à ce grave inconvénient: l'une illogique et simple; l'autre logique, mais plus difficile à réaliser. La première,

Fig. 8. — Vue des façades sud et est avant la reprise des travaux en ic

que nous avons repoussée, consistait à emboîter les plafonds bien au-dessous des murailles extérieures, ce qui aurait donné à l'édifice une incohérence complète entre ses aspects intérieur et extérieur. La deuxième, que nous avons réalisée, consistait à démolir les arcs incorporés aux murs et à les refaire en leur donnant une hauteur beaucoup plus grande. A tous points de vue la solution est heureuse: elle est franche, allège de beaucoup les murs et les piliers et donne à l'ensemble des proportions plus agréables et plus en rapport avec la tradition de l'art arabe. Elle par-

l'i.. .\1\'. — Kat-ailc mkI cl Mllc^l apii-s aclK-vcnK-til <k-N travaux i-n i>iii.

met aussi de donner à la courbure des arcs plus de grâce et d'éléoance. (PI. XVI).

pig. <), — port.iil silil-oucsl après ailiC-vt-iiiciit en l'Mi.

La favade sud a été coniplétée sui\ant les indications du dessin sus-nientionné de Hussein pacha, par un cou-

ronnement composé de trois rangées de stalactites surmontées de la grande corniche; nous n'y avons ajouté que l'inscription formant frise, pi. XIII et XIV et fig. 9. Si l'achèvement des façades nord et est a naturellement découlé de la précédente, il n'en a pas été de même pour la façade ouest, pi. XV, dont le portail mal combiné était difficile à établir sur les colonnes trop faibles pour supporter la masse appelée à le surmonter, fig. 10. Nous avons dû, pour éloigner toute crainte d accident, noyer

Fig. 10. — Etat (lu ].iortail de la façade ouest en 1906.

dans l'épaisseur des murs, des poutrelles et établir audessus du portail, de l'ortes poutres armées destinées à repartir les charges sur les pieds-droits de l'ouverture (fig. 1 1 ). Jusqu'ici nous croyons avoir été fidèles au principe, que nous nous étions imposé, de suivre aussi scrupuleusement que possible les idées de Hussein pacha, tant qu'elles nous étaient exprimées, et de les pénétrer quand elles nous faisaient défaut. Et nous pensons que, dans ses grandes lignes, surtout extérieures, la mosquée el-Rifaï est ce que Hussein pacha désirait qu'elle fût. Si l'intérieur a été plus trans-

formé, nous avons la convinction d'avoir agi dans l'intention de l'architecte idéateur, qui, au cours de l'exécution

Viti. II. — l'i. il.nl

^1 .Ipl . - .!■ Il'\ <-|ll(lll III l'I'X).

de son ciuvn-, aurait prohahlenient introduit lui tnénie des modifications semblables aux nôtres.

Mais nous avons eu aussi l'occasion de mettre à contribution nos inspirations. En effet, aucun document ne nous guidait dans la décoration de l'intérieur du monument. Nous avons donc suivi notre impulsion personnelle

Fig. 12. — Un des plafonds de la grande salle de prières.

en essayant de profiter de notre longue expérience, des enseignements que nous avons puisés aux sources les plus belles et les plus pures en restaurant avec amour les mosquées et autres monuments du Caire, merveilleuses productions de l'art arabe.

Pl. XVI. — Coupe longitudinale par la

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Dessin dV-xéculioii do IUt/ licy.

C'est en étudiant ces documents que nous avons acquis la certitude qu'il nous fallait rehausser les arcs, augmenter leur largeur, remanier les piliers de façon à ame-

l-ig- i.î- — l'I.iûiinl <lu poiMil Mi.l-i>t.

ner le noN.ui central à 1 all< urcment des tûts di- colonnes, nous approchant ainsi de rr <pii ixiste à la mosquée d'Ibn 'i'ouluun. ou dans le tomlxau de Kalaoun (PI. XVI t. C'est en nstant aussi dans l'esprit des chefs-d'œuvre

de l'art musulman que nous avons coupé les hautes parois de la salle de prières par le large tirâz et que, afin de l'harmoniser étroitement avec les lambris en marbres

Fig. 14.

Vue du chantier lors de la construction des minarets et de la coupole sud.

polychromes, nous avons introduit ça et là de larges cartouches en bois, dorés et traités comme les plafonds, fig. 12 et 13. Toute la maçonnerie en ciment des plafonds

a été revêtue de boiseries à haut relief richement enluminées et celle en pierre des piliers recouverte d'albâtre ég>'ptien et d'autres marbres.

Les passages et le vestibule ouest, pi. XVII, qui pré-

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Vig. 15. — firilK- 'II- li-iKin

cèdent la ^raïuie salit- de prières sont traités avtc plus de sobriété, vi t-n raison des nombreuses colonnes qui s y trouvant, nous avons dû mcastrer lis n-vétcnients dr marbre au lit-u (k- les sceller m saillie des parois comme nous l'avons tait dans la salle de prières. Tour ne pas sur-

charger les murs, les dômes, à l'exception de celui de la façade sud et de celui placé au centre de la grande salle, ont été maintenus au-dessous des terrasses, fig. 14. Au sud, le renforcement des deux murs latéraux de la coupole nous a permis d'achever cette façade en réalisant l'intention de Hussein pacha, sauf un léger rehaussement de la coupole qu'il avait prévue trop basse, étant donné l'étroitesse de la rue. Pour mieux éclairer le tombeau central privé de lumière directe, nous avons aménagé des ajours dans la coupole qui le surmonte.

i-ig. 16.

Grille du sehfl. (Xeuve).

Cl . WII. — \cNlibuk- oiii'st après aclu-Ncinciit.

ES nouvelles maçonneries de la mosquée ont été exécutées comme les anciennes, avec des pierres provenant des carrières de Bassetyn, et apportées dans le voisinage de l'éditice par un chemin de fer spécial depuis le début du travail. Pour la décoration diverses qualités de marbres ont été employées. L'Egypte a fourni une grande quantité d'albâtre des carrières de Beni-Souêf et aussi de la pierre jaune de Bôche. D'Europe nous ont été fournis divers matériaux: de Grèce sont venus le rouge antique, le vert antique, le beau cypoUin, le tvnos, le skyros et un joli marbre blanc avec k-quL-l nous a\ons fait les nouveaux linteaux des cincj |)ortes, destinés à remplacer les anciens, brisés ou trop étroits. De Turquie, le marbre gris-veiné, « le stambouli », très employé au moven-âge dans les monuments égyptiens. Les larges encadrements des lambris et la dikka (estrade) entière, érigéi- entre les piliers ouest de la grantle salle, ont été faits avec ce marbre. Carrare a fourni le marbre blanc, et tl'autres endroits de l'Italie nous avons reçu le porter jaune et noir, 1<- pavonazzo et le schiste vert. La lU'lgiqui- a i-xpédié 1« marbre noii". Aux Pyrénées nous devons le grand anli(iue, le rose des Pyrénées et la i)elle brèche orientale, lùifin l'Allemagne a procuré le granit rouge de Saxe et le granit gris de Bavière.

Des accessoires que le zèle de Khalil agha avait déjà fourni lors de l'interruption (Ui travail vers 1880, nous

avons trouvé déjà mis en place les vantaux des portes, incrustés d'ivoire et d'ébène et une grande partie du minbar, excellent exemple de l'exactitude des marqueteurs qui travaillaient alors dans les ateliers de Kasr el-Ali (').

Les motifs du minbar nous ont inspiré pour l'achèvement du minbar même (') et pour la- confection du Koursi du lecteur du Koran. Les tapis qui avaient été livrés avant l'interruption des travaux, n'ont pas résisté aux atteintes du temps (^), et il a fallu en commander d'autres sur nos dessins a la manufacture de Héréké.

L'or que l'Administration conservait pour la décoration des plafonds depuis les premiers travaux, avait été fourni par Constantinople pour la somme de 2500 livr. st.

Les 44 grandes colonnes en marbre provenant des carrières de Marmara, avaient coûté 1000 liv. l'une ('). Chacune des 18 grilles en bronze des fenêtres inférieures, fig. 15, avait coûté le même prix. Il n'y a que le grille de la grande ouverture du Sebîl de récent: elle revient le même prix tout en ayant une surface presque triple d'une des anciennes grilles.

Tout ce qui concerne l'éclairage est naturellement nouveau. Huit lustres en cuivre jaune rehaussé d'applications en argent et 300 lampes en verre imitant celles du moyen-âge assurent l'illumination de la mosquée. Le grand lustre du centre mesure 4 m. 20 de diamètre. Des 300 lampes en verre, 240 sont émaillées ('') et agrémentées d'inscriptions koraniques et historiques.

(') Kasr el-A!i a disparu depuis, englobé dans le nouveau quartier de Garden-City.

(-') Le chef des artisans de jadis était un nommé Badîr Wahba, originaire d'Assiout. Le hasard a voulu que ce soit son neveu Tadros Badîr, autrefois apprenti à l'atelier de Badîr Wahba, où travaillait son père, qui fût appelé à terminer ce minbar, inachevé depuis plus de trente ans.

(3) Je me rappelle en avoir vu il y a une vingtaine d'années dans les magasins de l'Administration Générale des Wakfs ; ils étaient déjà très âbimés.

(4) El-Khitat el-G.

(^) Ces lampes ont été fournies par la Maison Cari Hosch en Bohème.

Les cartons de la frise scripturale des plafonds du orand oratoire préparés jadis par Abdallah bey el-Zohdi durent être remaniés pour être adaptés à la nouvelle disposition résultée du déplacement des piliers. Le cheikh Moustafa el-Harîri a été chargé de ce remaniement et de la composition d'importants nouveaux textes calligraphiques.

Nous donnons ici la traduction des textes historiques qui sont tous de la main du cheikh Moustala:

1. Sur la façade sud, sous l'entablement entre les minarets :

«En 12S6 de l'hégire (1S69 J. C.) la construction de cette mosquée bénie a été ordonnée par feue Khochiâr Hânem effendi, mère de feu Ismaïl pacha, Khédive d'Egypte, fils d'Ibrahim pacha, fils d'el-Hag Mehemet Ali pacha. »

2. A l'intérieur, sur la voussure du vestibule ouest: « Cette mosquée fut achevée en l'an 1328 de l'hégire. »

3. Sur la frise, à mi-hauteur des parois de la grande salle :

« Cette mosquée l)énie, construite sur la tombe de Sidi Ahmed el-Rifaï a été achevée en l'an 132S de l'hégire (1910 J. C.) par ordre de Son Altesse le Khédive el-Hâg Abbâs II que Dieu rende glorieux son règne et rafermiss<son autorité. »

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